‹ La concurrence étrangèreChapitre 88 sur 119 · III. — Leçons théoriques · texte numérisé non relu

III. — Leçons théoriques

Lundi: M. Cassaët. — Intoxications alimentaires. — Mardi : M. Lagrange. — Complications oculaires des fièvres éruptives.

— Mercredi : M. Cassaët. — Intoxications alimentaires. — Jeudi : M. Le Dantec. — Phagédénisme des pays chauds. — Vendredi : M. Dubreuilh. — Verruga. — Samedi : M. Cbavannaz.

— Aflections du foie.

Voilà, certes, qui est pariait et qui, eu Fespace de quelques années, va nous donner toute une pépinière de jeunes médecins, relativement très au courant de toutes les maladies coloniales, de visu^ autrement qu'en théorie, comme Ton s'était trop contenté de le faire jusqu'à présent.

Mais, dussé-je passer pour n'être jamais satisfait, je veux encore, aujourd'hui, formuler un vœu nouveau, parce que d'abord je le crois pratique et ensuite parce que je crois le moment venu de le réaliser.

Ce que j'ai fait ici moi-même, bien modestement dans ce volume, sous une forme voulue de vulgarisation à la portée de tout le monde, car il s'agissait de parler de faits inconnus d'un grand nombre de lecteurs, je voudrais le voir également refaire par les éminents professeurs dont j'ai eu souvent l'occasion de citer les noms et sous la forme suivante :

lo Toujours en tenant compte de la grande et primordiale théorie des altitudes, il faudrait publier un manuel très clair, très précis et très complet en même temps, traitant de toutes les maladies intertropicales, communes dans nos colonies ; des moyens de les éviter en partie, de les reconnaître, de les soigner, en attendant la venue du médecin, etc., etc., à lusage des colons ;

2o Le même traité, mais plus scientifique, plus complet, conçu sous la forme purement médicale alors, devrait être publié pour le service des jeunes médecins allant se fixer aux colonies.

Je suis convaincu que ces deux volumes sont absolument

indispensables à Theure présente et qu'ils rendraient . immédiatement des services incalculables à nos colons, à nos fonctionnaires, à tous les Français, en un mot, qui vont au loin, en dehors de la mère patrie, dans nos colonies ou dans les colonies étrangères.

Si dans cet ordre d'idées, que je crois tout à la fois très pratique et très patriotique, il se trouve un jeune savant qui veuille mettre sur pieds le premier manuel à Tusage des colons et qui pense que ma vieille expérience puisse être bonne à quelque chose, je suis à son entière disposition pour devenir son collaborateur et mettre au monde Tenfant dans les meilleures conditions possibles de viabilité.

Nous aurons ainsi rendu les plus grands services à la colonisation de notre pays, en démontrant pratiquement et définitivement que, dans l'état actuel de la science médicale, on peut se bien porter partout, avec une sage hygiène et les précautions nécessaires en pays chauds.

Et ce sera beaucoup, que dis-je, ce sera tout, d'avoir détruit beaucoup de préjugés et fait disparaître beaucoup de craintes, en présentant la question sous son véritable jour, tout à la fois pratique et scientifique, pratique pour le colon et scientifique pour le médecin qui est appelé à s'établir dans notre superbe domaine colonial.

MÉDECINE COLONIALE

LA QUESTION DES ALTITUDES. — SON TRIOMPHE DÉFINITIF SUR LA COTE OCCIDENTALE d'AFRIQUE

J'ai raconté ici, tout au long, comment depuis la guerre, c'est-à-dire depuis plus de trente ans, j'avais toujours exposé et défendu la grande question des altitudes, affirmant que c'était là la base unique et féconde de la colonisation, aussi bien au point de vue de la mise en valeur des terres que de l'hygiène des colons.

Au début de ma campagne, on marquait souvent un peu d'étonnement ; puis, un jour, Jules Ferry vint me donner l'appui de son grand talent et de son patriotisme éclairé, en songeant à me donner un cours spécial à la Sorbonne. Mais les hasards de la politique ne tardèrent pas à l'emporter, et je n'eus malheureusement mon cours que de longues années plus tard, car j'aurais pu, enfin, imposer le dogme colonial des attitudes plus tôt, du haut d'une chaire autorisée.

Mais, tout est bien qui finit bien et aujourd'hui, après deux années de cours à l'amphithéâtre Michelet, j'ai enfin la joie de voir mes théories définitivement admises et, ce qui est mieux, défendues par tout le monde.

C'est ainsi que mon confrère, Paul Masson, veut bien reprendre la campagne et défendre la même cause en termes excellents :

La bordure occidentale du continent africain est généralement formée de terres basses, marécageuses, bordées par des lagunes malsaines, s'étalant dans l'intérieur des terres sur des largeurs variables, quelquefois 50 ou 60 kilomètres. Au delà, s'étend une épaisse ceinture de sombres forêts, aux arbres gigantesques ; le sol, que n'atteignent jamais les

rayons du soleil, est humide, formé d*une épaisse couche d'humus et de détritus végétaux en décomposition. L'air y est lourd, étouffant, saturé d'humidité, chargé de miasmes pestilentiels. Mais quand cette zone est franchie, on pénètre dans une contrée large et ouverte, avec de hautes terres, des pâturages, de fertiles vallées où les cours d'eau jie tarissent jamais, de hautes montagnes qui dessinent leur profil bleuâtre sur l'horizon lointain. La chaleur devient plus supportable, l'air est plus vif et, s'il n'est pas atteint d'anémie trop profonde, l'Européen s y remet assez facilement des fièvres qu'il a contractées sur les lagunes du littoral.

Cette différence de sol, de température, de climat, frappe tous ceux qui, même dégagés de toute préoccupation scientifique, pénètrent dans le haut pays, pour leur service ou leurs affaires. M. G. Borelli, vice-président de la Chambre de commerce de Marseille, a des intérêts au Dahomey, dont il a voulu étudier sur place les ressources commerciales. En un voyage de quelques semaines, il a à peu près atteint la limite qui sépare les terres basses du haut pays. Voici comment il résume ses impressions : •

« Dans le Bas-Dahomey, sol d'alluvions argileuses, profondes, pas un caillou ; pays entièrement boisé, eaux stagnantes et peu courantes. Dans le Haut-Dahomey, sol de granit et de quartz, conglomérats ferrugineux; pays découvert, grandes plaines herbeuses, brousse coupée de bois rares et maigres; eaux courantes, bonnes, fraîches et limpides.

« Dans le Bas-Dahomey, l'atmosphère est généralement humide ; les émanations paludéennes prédisposent à la fièvre, à l'anémie. Dans le Haut-Dahomey, lëtat hygrométrique est normal, la fièvre rare ou nulle.

a: Une preuve familière : vous roulez une cigarette dans le Bas-Dahomey ; le tabac est mou, collant, visqueux ; dans la partie haute, il est sec, brisant comme dans nos pays, en saison sèche.

« Une autre, mille autres. Voyez les fonctionaaires qui

reviennent du Haut-Dahomey et vous me direz s'ils ont Tair malade.

« Dans le bas pays, remarquez les poules ; la crête est incolore, exsangue ; dans le haut pays, elle est rouge vif, comme en Europe. C'est que les poules, comme nous, ont la fièvre dans les terres basses. »

M. le docteur Barot a réuni, contrôlé toutes ces observations, et y joignant les renseignements, les documents précis relevés par lui pendant un séjour de trois ans au Nord de la Guinée et de la Côte d'Ivoire, démontré que l'Afrique occidentale rehferme de vastes régions saines, fertiles, facilement habitables, où l'Européen peut vivre et travailler. Elles s'étendent sur une surface de sept cent mille kilomètres carrés, englobant les plateaux des Haut-Niger, Haut- Sénégal, Haut-Bandama, Haut-Volta et Haut-Ouémé. La température y oscille entre + 5 et + 32». Ce sont des pays d'élevage où bœufs, moutons, chèvres, ânes et chevaux vivent facilement : des pays de culture où les céréales, les légumes d'Europe, les fruits, les plantes précieuses — caoutchouc, gutta, vanille, café, cacao — donnent d'excellents résultats ; des pays sains, où, malgré les mauvaises conditions actuelles d'installation, les statistiques médicales font constater chez les Européens 2,5 0/0 comme mortalité et 11 0/0 comme morbidité.

Le Dr Barot a longuement développé toutes ces observations et les conclusions pratiques qu'il faut en tirer dans une conférence faite à la Société de géographie de Paris. Il met actuellement la dernière main à la rédaction de cartes qui condenseront les résultats relatifs au système orographique, hydrographique et climatérique, à la répartition des populations et des cultures, au degré de salubrité des différents territoires de l'Afrique occidentale.

En attendant la publication de cet important travail, sur lequel nous reviendrons, nous nous contenterons aujourd'hui d'enregistrer les conclusions originales, et de la plus haute importance, qu'il faut préciser :

lo Toute rénergie coloniale future se concentrera en Afrique, dans les grandes zones habitables du centre, sur les hauts plateaux de l'intérieur ;

2o Les villes du littoral ne seront que les têtes de ligne des voies de pénéti-ation et des entrepôts commerciaux.

Et de ces vérités démontrées découle la nécessité d'assainir dans des proportions raisonnables, et sans de trop grandes dépenses, les postes commerciaux du littoral, et de résen^er toutes les ressources disponibles à la construction rapide de voies de pénétration vers l'intérieur du pays, seul moyen d'implanter la colonisation effective et pratique dans ces régions habitables où, suivant le mot du général Faidherbe, s'élèvera la capitale future du Soudan français ; j'ajouterai où s'élèveront les chefs-lieux des colonies voisines, Dahomey, Côte d'Ivoire et Guinée.

Voilà qui est parfaitement dit et qui résume admirablement tout ce que j'ai enseigné depuis trente ans. Et ne perdez pas de vue que cette théorie est vraie pour toute l'Afrique, pour les hauts plateaux de Madagascar, de l'Emyrne, de l'Hanauae au Mexique, pour l'Equateur, pour tous les pays où se trouvent des montagnes et des terres élevées sous les tropiques, puisque l'on peut dire que la température s'y abaisse à peu près de 40 centigrade, au fur et à mesure que l'on s'élève de 400 mètres d'altitude.

Le jour où l'on aura des doubles cartes d'hygiène et de culture, suivant les altitudes, comme Jules Ferry s'était promis de les faire dresser sur mes indications, pour toutes nos colonies inteilropicales qui sont en majorité, ce jour-là, avec quelques chemins de fer de pénétration à voie étroite et les grandes découvertes de la thérapeutique et de la prophylaxie des maladies coloniales, comme je lai exposé ici môme; on pourra dire que Ton tiendra enfin la solution pratique et féconde de la colonisation européenne.

Mais que dis-je ? C'est fait, et c'est cette constatation qui est bien de nature à combler de joie les vieux coloniaux, car

ils y trouvent clairement lu prospérité indéfinie de la mère patrie et de ses colonies.

Ceci dit, je pense qu'il est encore intéressant de mettre sous les yeux de nos lecteurs le tableau suivant d'une semaine d'enseignement de Médecine coloniale à Bordeaux :

Tableau de sen'ice du 5 au iO janvier 1003

(à 8 heures du matin)

I. Enseignemknt CLINIQUE. — MM. les professeurs de clinique et chefs de service des hôpitaux civils et militaires et M. Le Danlec, professeur de pathologie exotique.

M. luC Danlec, — Présentation d'un matelot chaulTeur atteint d'éléphantiasis avec placards cutanés anesthésiques : Examen bioptique négatif, discussion du diagnostic. (Service de M. Démons). — Exercices cliniques sur des matelots entrants. (Service de M. Rondot.)

(A 2 heures)

II. Travaux phatiques. — Jf. S*a/v7'aa\s.— Ankylotomiase, Eminophilie des affections parasitaires. — Lundi.

M. Feiré. — Le Charbon. — Mardi.

3/. Le Dantec, — Filariose. — Distomatase endémique du Tonkin. — Mercredi.

Fièvre de Malte. — Jeudi.

M. Ferré. — Fièvre thypholde. — Vendredi.

M. de Nabias. — Helminthes (revision). — Samedi.

(A 5 heures)

III. Lp:(;ons tfiêoriques. — M. Le Dànfec— Béribéri. — Lundi.

M. Lagrange. — Héméralopie. — Mardi.

M. Cassaël. — Scorbut. — Mercredi.

M. Morache. — Mode de recrutement des troupes coloniales. — Jeudi.

M. Pitres. — Intoxications aiguës et chroniques par Topiura, le haschisch et leurs dérivés. — Vendredi.

M. Auché. — Etude des venins des serpents. Symptômes et lésions déterminés par les morsures des serpents venimeux. Leur traitement. — Samedi.

Encore une fois je ferai remarquer qu'il s'agit là, tout à la fois, de science et de médecine expérimentale dont les heureux résultats ne tarderont pas à se manifester sur la jeune génération de savants et de praticiens que nous préparons à Tlieure actuelle.

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