‹ La concurrence étrangèreChapitre 90 sur 119 · DROMADAIRES. — LES RATS ET LA PESTE · texte numérisé non relu

DROMADAIRES. — LES RATS ET LA PESTE

Chaque jour apporte sa pierre et, comme je l'ai dit souvent ici même, le moment n'est pas loin où nos savants et nos médecins auront trouvé le remède à la plupart des maladies intertropicales qui ont effrayé trop longtemps nos colons et nos fonctionnaires.

Voici d abord une note du plus haut intérêt sur les moustiques à la Côte-dlvoire, d'ailleurs beaucoup moins nombreux dans la brousse, à l'intérieur, comme l'a constaté lui-même M. Jonchier.

MM. R. Blanchard et L. Dyé ont communiqué récemment à la Société de biologie une note sur un lot de moustiques recueillis par M, Jonchier, ingénieur des mines à la Côte-d'Ivoire dans le courant de Tannée 1902, époque où cette colonie était éprouvée par la fièvre jaune. Faute d'alcool, ils avaient été conservés dans le gin ; mais ils sont parvenus en excellent état.

Il résulte du travail de ces savants, que l'abondance du Stegomyia calopus^ à la côte d'Ivoire, tout au moins dans la zone littorale, est d'accord avec la fréquence et la gravité de la fièvre jaune dans cettte même région ; ici encore, cet insecte doit donc être le véiiicule du germe encore inconnu de cette terrible endémie. En 18()3, la maladie se déclarait, à Assinie et à Dabou ; ^28 Européens étaient frappés, 21 mouraient.

En 1898, 1899 et 1902, des épidémies éclataient à Grand- Bassam ; en 1889, sur un ell'ectif de 40 Européens, 33 étaient

atteints et 29 succombaient ; en 1902, on comptait 15 cas et 13 décès.

Cette épidémie de 1902 put être rapidement enrayée, grâce aux mesures énergiques qui furent prises; elle mérite d'être rappelée ici, car c'est la première fois que dans une colonie française, on entreprit une lutte systématique contre les moustiques en temps de fièvre jaune, essai bien timide encore, si on le compare à Teflort réalisé dans cette voie par les Américains à Cuba, essai pourtant des plus féconds en résultats et des plus encourageants, puisqu'il a suffi à conjurer le fléau.

Il nous a semblé nécessaire, disent MM. Blanchard et Dyé, d'attirer d'une façon pressante l'attention des pouvoirs publics sur les enseignements que comporte la constatation de l'abondance des Stegomyia à la Côte-d'Ivoire : à Grand-Rassam, en particulier, la fièvre jaune tend à devenir endémique, menaçant ainsi à tout moment d'une nouvelle épidémie nos colonies voisines : Sénégal, Guinée, Dahomey ; or, la ville de Grand- Bassam est toujours insalubre, elle n'a encore ni hôpital, ni maison d'isolement. Nous obéissons donc à un devoir impérieux en poussant un 'cri d alarme : le moustique qui inocule la fièvre jaune abonde dans la colonie ; il constitue un danger permanent ; c'est aller d'un cœur léger au-devant des plus terribles responsabilités que de ne pas prendre d'urgence toutes les mesui'es que connnande une aussi redoutiible situation.

D'un autre côté, voilà que Ton vient de découvrir la cause de cette terrible maladie du sommeil qui a fait tant de ravages sur. les noirs en Afrique et qui a été si bien décrite par mon savant ami Almada Négreiros ; l'information suivante ne semble laisser aucun doute à cet égard.

La maladie du sommeil est une aflection particulière à l'Afrique, qui entraîne toujours la mort à plus ou moins longue échéance et qui sévit sur les noirs qui là redoutent avec raison, la considérant comme des plus contagieuses.

Le sujet qui en est atteint est pris d'un sommeil invincible et en oubUe le boire et le manger.

La maladie a été attribuée à diiYérerites causes, tantôt on incriminait le sol des régions ou elle sévit, tantôt on l'attribuait à une filaire commune dans beaucoup des colonies africaines.

Le docteur Castellani écrivait d'Entebbe — Uganda, — à la date du 5 avril 1903, qu'il venait de découvrir une espèce de trypànosome dans le liquide cérébro-spinal de noirs atteints de la maladie du sommeil.

Les tiypanosomes, du moins ceux qui ont été observés sur les animaux sont, ainsi que nous avons eu déjà Foccasion de le dire dans ce journal, des parasites qui sont inoculés par des mouches piquantes et qui pullulent dans le sang. Il est à présumer, par conséquent, que ce sont aussi des mouches ou des insectes qui véhiculent le trypànosome constaté dans la maladie du sommeil.

Le (Colonel Bruce, à qui Ton doit la découverte d'un tiypanosome qui porte son nom, a contrôlé la découverte du docteur Castellani et annonce que dans 38 cas de maladie du sommeil, il a toujours trouvé le trj'panosome dans le liquide cérébro-spinal obtenu par la ponction lombaire et qu'il avait également constaté sa présence dans le "sang, douze fois sur 13 cas de maladie du sommeil.

Cette découverte, très importante au point de vue scientifique ne l'est pas moins au point de vue prophylactique. Connaissant la cause de la maladie, il ne reste plus pour se mettre à l'abri de ses atteintes qu'à rechercher l'insecte qui la véhicule.

On sait comment la terrible mouche tsetsé a obligé autrefois les Anglais eux-mêmes à abandonner certains de leurs établissements sur les grands lacs dans l'intérieur de l'Afrique.

Voilà que nos pauvres dromadaires du Soudan français — cela résulte d'une note envoyée par M. Cazalbori, vétérhiaire aux spaliis sénégalais — ont, dans la mouche tsetsé, une ennewiie mortelle.

Elle décime les caravanes, et il est grand temps, a dit

M. Laveran, àFAcadémie, d'employer contre elle des mesures de précaution aussi rigoureuses que contre les moustiques, propagateurs des fièvres paludéennes.

Heureusement que le savant docteur Laveran est plein de confiance dans les mesures prophylactiques qu'il indique et, cette fois, grâce à Texpérience acquise, il est certain que nous serons plus heureux que les Anglais ne le furent autrefois contre cette féroce bestiole !

J'ai raconté comment la peste était véhiculée à travers le monde par les puces des rats à bord des navires, et comment il fallait trouver des asphyxiants pour se débarrasser de ces dangereux rongeurs, en cours de route en pleine mer. S'ils servent de pâture aux requins, il n'y a pas de mal. Ur, voici un simple fait divers qui vient me donner terriblement raison ; en effet, on écrit de Marseille :

Des ouvriers travaillaient à bord de la France (T.-M.), lorsqu'on ouvrant un panneau ils trouvèrent une trentaine de rats morts. Ils loi jetèrent de côté et continuèrent leur travail, mais bientôt plusieurs d'entre eux se trouvèrent indisposés. Une odeur nauséabonde s'échappait des rats. On prit alors deux de ces animaux et on les transporta à la Santé, où l'on constata qu'ils étaient pestiférés.

Le service de la Santé a fait prendre alors des mesures spéciales à bord de la Finance, ainsi que le nom et l'adresse de tous les ouvriers qui ont travaillé sur ce bateau, afin de pouvoir, le cas éché mt, les faire conduire au lazaret du Frioul.

Cette fois, c'est l'administration qui devrait être d'accord avec la science pour forcer tous les capitaines de navires à asphyxier et à jeter à la mer tous les rats du bord, en cours de route, régulièrement à chaque voyage, à chaque traversée, car il y va simplement de la santé du monde tout entier.

C'est ■ très bien d'avoir des lazarets, mais c'est encore mieux d'avoir à s'en servir le moins possible, d'éviter de faire des victimes et dans l'état actuel de la science, ce n'est pas un rêve impossible, au contraire.

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