LA MAINMISE DE L'ETAT SUR L'ENFANT
Après avoir soustrait presque complètement l'enfant à la puissance de son père, la Révolution va essaver de l’accaparer à son profit ; elle va tenter de s'emparer de l’âme de l'enfant pour lui donner, selon le mot de Jean-Jacques Rousseau, « la forme nationale » (1). « Nous nous emparons, dit Rabaut-Saint-Etienne, de la génération qui naît. » :
L'éducation et l'instruction publiques préoccuperont de bonne heure l'opinion publique et attireront l’attention du législateur intermédiaire (2). Dès le début de
(1) J.-J. Rousseau : Considérations sur le Gouvernement de Pologne. Ch. IV : Education.
(2) Cahiers de demandes et instructions du Tiers-Etat de la Vicomté et Prévôté de Paris hors les murs. Educations et mœurs. Art. 1° : « Il sera fait un plan d'éducation nationale dont le principal but sera de donner aux élèves une constitution robuste, des sentiments patrioliques et la connaissance des principes nécessaires à l’homme socïal, au chrétien et au Français ; à ce sujet, les états généraux seront invités à examiner s’il ne serait pas nécessaire de séparer les différents âges et de reléguer hors des villes les maisons d’éducalion. » — Le cahier du Tiers-Etat de Bar-le-Duc demandait que « l’on établisse une école nationale qui, comme à Sparte, formera des hommes et des citoyens ». — Arch. Nat., AD Ville 21 : Brochures sur l'éducation. — Avis aux bons parents ou plan d'éducation patriotique présenté à l'Assemblée nationale par M. l'abbé Hazard, directeur de l'Ecole militaire de Nanterre, 1789. — Projet d'éducation pour tout
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la Révolution, Mirabeau propose un plan d'éducation nationale « qui enchaîne l'instituteur et s'empare de l'esprit de la jeunesse ». C'est par une instruction publique bien organisée que l’on fera pénétrer, dans le cœur des foules, les principes de 1789 et l'amour du nouveau régime : l'enfant ne sera plus seulement une intelligence à façonner par une culture désintéressée, ce sera surtout un citoyen à former.
Aux assemblées qui se succédèrent de 1789 à "1795, la question de l'éducation et de l'instruction publiques donna lieu à de nombreuses discussions et à de nombreux projets de décrets.
A la constituante, les 10, 11 et 19 septembre 1791, Talleyrand, au nom du Comité de Constitution, fait un rapport et propose un projet de décret (1). Il fait remarquer « qu'on ne seurait trop tôt faire connaître à la jeunesse, et les lois naturelles, et cette constitution sous laquelle elle est destinée à vivre et que bientôt elle jurera de défendre au péril de sa vie ». Il demande une instruction universelle et libre pour tous les ci-
le Royaume, par M. l’abbé Auger, vicaire général de Rescar, de l’Académie des inscriptions et belles lettres et de celle de Rouen, 1780. — Abrégé des études de l’homme fait en faveur de l’homme à former dédié aux Etats généraux par M. Leclerc, écuyer, chevalier de l’ordre du Ray, etc. 1789. — Tableau d’un collège en activité par J.-F. Major, professeur au collège de Bar-le-Duc, présenté à l’Assemblée Nationale le. 22 décèémbre 1790. — Discours sur l'éducation de Mgr le Dauphin, par Mme de Brulart, 1790. — Mémoiré sur l’éducation nationale française suivi d'un projet de décret par M. l’abbé Andrieu, vice-gérant du collège des Grassins, présenté à l’Assemblée Nationale le 11 décembre 1790. — Motion faitè à l’Assemblée Nationale par M. Gossin, député de Bar-le-Duc, sur la nécessité d'établir des écoles nationales, sans date. ;
(1) Arch. Nat., AD VIII, or : Rapport sur l'instruction publique fait aù nom du Comité de constitution à l'Assemblée Nationale le ‘0, 11 et 19 septembre 1791 par M. de Talleyrand Périgord, ancien évêque d’Autun.
St AE
toyens : « À peu près vers l'âge de 7 ans, dit-il, un enfant pourra être admis aux écoles primaires. Nous disons admis pour écarter toute idée de contrainte. La nation offre à tous les bienfaits de l'instruction ; elle né les impose à personne. Elle sait que chaque famille est aussi une école primaire dont le père est le chef. » Cè plan de Talleyrand est très libéral et très sage ; il institue une instruction publique ; il la met à la portée dé tous, mais ne l’impose pas. Il laisse au père la liberté d'envoyer son enfant à l'école publique ou de lui donner un maître de son choix. Nous sommes loin encore des erreurs sectaires de la Convention.
Le 25 mars 1792, le sieur Julien Leroy, instituteur à Paris, et un grand nombre d’autres citoyens, se présentent à la barre de l’Assemblée législative pour demander une loi sur l’organisation de l'instruction publique. Cette pétition est renvoyée au Comité (1).
Le 20 et 21 avril 1792, Condorcet présente un rapport et développe un nouveau plan d'instruction nationale (2). C’est encore la liberté qui prévaut et, pour assurer plus sûrement cette liberté, Condorcet propose - de na’dmettre l'étude d'aucun culte dans les écoles de l'Etat. « Ainsi, dit-il, les parents, quelle que soit leur opinion sur telle ou telle religion, pourront sans répugnance envoyer leurs enfants dans les établissements nationaux. » Sous cet apparent libéralisme, l'esprit sectaire commence à percer.
Le jour où Condorcet expose son plan, Louis XVI
(x) I est fait mention de cette pétition dans le procès-verbal de la séance du 25 mars 1792.
(2) Arch. Nat, AD VIIT, or : Rapport et projet de décret sur l’organisation générale de l’instruction publique, présentés, à l’Assemblée Natonale, au nom du Comité d'instruction publique, par Condorcet, député de Paris, 20-21 avril 1792. :