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LES CLASSES RURALES EN PRUSSE AU XVIII® SIÈCLE

Avec ce nouveau chapitre, nous abordons le xvur siècle. À cette époque apparaît un nouvel Etat qui, d’abord réduit aux sables de Brandebourg, va s'étendre peu à peu et englober bientôt la plus grande partie de l'Allemagne du Nord et de l'Est sous l'administration énergique de ses rois. C'est la monarchie prussienne.

En s’annexant les provinces allemandes, la Prusse du xvi° siècle ne modifia pas leur organisation sociale et nous retrouvons toujours la même aristocratie toute-puissante, maintenant les populations rurales dans une étroite servitude.

La noblesse était seule propriétaire du sol.

Le Ritterqut (1) comprenait le domaine propre du seigneur qu’il exploitait lui-même (2) et les

1. V. Knapp, Die Bauernbefreiung, 1, pp. 4 ets. 2. Unter seinem pflug genommen.

ON

terres occupées par les paysans qui cultivaient le sol moyennant des redevances et des charges eXCESSIVeS.

M. Cavaignac (1) explique cet état des personnes par l’état des biens. La répartition du sol en Prusse selon lui, à elle seule, imposait des servitudes de tout genre aux populations rurales.

L'un des principaux caractères de cette propriété est qu’elle n’était pas individuelle, comme nous avons l’habitude de nous la figurer aujourd’hui. Le type était la propriété collective et dans certaines régions l’étendue des térres communes dépassait le 1/3 de la surface totale. Ce régime était universel en Prusse aussi bien à l’ouest qu’à l’est de l'Elbe et même là où on avait fait une sorte de répartition des terresentre les habitants, cette répartition était plus théorique que réelle.

Tout ce territoire ruralétaitenserré, comprimé par le bien noble que le seigneur exploitait luimême. Ce domaine était disposé de telle manière qu'il lui fût plus facile d’opprimer les tenures rurales.

À l’ouest de l'Elbe, c’étaient des parcelles disséminées, éparpillées au milieu de celles des paysans.

1. Cavaignac, Formation de la Prusse contemporaine, I. Congnet 3

Mais à l’est de l’Elbe l’enchevêtrement était encore plus compliqué et cette confusion donnait occasion au seigneur de dominer les tenures rurales. En effet on ne pouvait cultiver une parcelle, enlever les récoltes sans passer par dessus celles des autres et alors forcément dans l'intérêt de tous il fallait réglementer la culture. Le « Flurzwang» n'a pas d'autre origine (1).

Le caractère dominant de cette tenure paysanne était qu’elle était possédée à titre précaire : le paysan cultivait sa terre en vertu d’une sorte de concession du seigneur qui conservait sur elle un droit de copropriété. En compensation le tenancier devait au noble des services et des corvées de toute espèce afin d'assurer à celui-ci une main-d'œuvre gratuite pour l'exploitation de son propre domaine.

Quant à sa transmission, la tenure était tantôt héréditaire — et c'était le cas Le plus rare — avec certaines obligations comme le droit pour les seigneurs de désigner celui des héritiers qui succéderait ; tantôt — et le plus souvent — la tenure n’était pas héréditaire et en droit le hobe-

1. On entend par cette expression une série de prescriptions pour déterminer la nature, l’époque, l'heure même de chaque travail. Chaque soir, le chef de la communauté rurale, le schulze, réunissait tous les paysans et leur indiquait la tâche du lendemain. Et tous partaient le matin pour faire le même travail avec les mêmes outils.

reau pouvait expulser les tenanciers en les prévenant six mois à l'avance, mais en fait il laissait toujours les membres de la même famille sur la même tenure.

En dehors de cette propriété féodale, il y avait encore en Prusse au xvin* siècle, comme dans le reste de l’Allemagne, des propriétés indépendantes et libres appelées « Alleux ». Les tenanciers de ces propriétés ou Xœlmer étaient particulièrement nombreux dans la Prusse orientale. M. Cavaignac explique leur origine en les faisant descendre d’anciens colons attirés dans le pays moyennant certains avantages qu'ils avaient légués à leurs descendants.

Mais c'était là une exception, la propriété rurale était presque partout asservie.

Tel était l’état des biens dans la Prusse du xvint siècle. Il est aisé de constater que la féodalité avait laissé là des traces profondes de son passage.

L’état des personnes n’était pas moins compliqué.

Le paysan étaitnon seulement le tenancier du seigneur, il était son serf. En dehors de lPassujetüssement de la tenure rurale au bien noble, existait la dépendance personnelle du paysan vis-à-vis du seigneur. C'était même là le seul lien qui existait entre eux quand le paysan

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n'avait pas de tenure et était simple journalier agricole. Cette dépendance personnelle se désigne en allemand par les mots : Erbunterthcænigkeit, Leibeigenschaft — Eigenbehærigkeit — etc., ce que l’on traduit habituellement en français par l’expression : sujétion héréditaire.

En quoi consistait cette sujétion héréditaire ? I] nous sera répondu par le rapport que fit la commission de législation le 16 décembre 1799 au roi Frédéric-Guillaume II à la suite d’une enquête que celui-c1 avait ordonnée. Ce rapport en effet définit la sujétion héréditaire qui était la forme générale du servage prussien à la fin du xvin* siècle.

D'abord le serf était attaché à la terre du seigneur (an der Scholle gebunden,adseriptus glebæ), vendu ou donné avec elle Si par hasard il obtenait l’autorisation de s’en aller, il devait payer à son seigneur un droit appelé Loskaufyeld.

Cette obligation de ne pas quitter la terre se traduisait sous la forme suivante. Si l’assujetti était tenancier, 1l devait cultiver la tenure qu’on lui avait désignée et pas une autre. S'il n'avait pas de tenure, s'il était journalier rural, il devait offrir son travail à son seigneur et pas à un autre (1).

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