‹ La Condition des Paysans et les Réformes Agraires en PrusseChapitre 52 sur 68 · hectares, soit 27 1/2 hectares par propriété · texte numérisé non relu

hectares, soit 27 1/2 hectares par propriété

Sous la forme de proportions, on aurait le tableau suivant :

Aix-la- Chapelle Dantzig

Très petite propriété (0 à 2 hectares). 52,90 0/0 26,51 0/0

Petite propriété (2 à 6 hectares). . 27,55 17,14 Moyenne propriété (6 à 50 hectares). 18,87 45,49 Grande propriété (50 à 200 hectares). 0,65 8,89 Très grande propriété (plus de 200

LS AT EN Er SEE 0,03 1,97

Tous ces chiffres par eux-mêmes nous indiquent la situation et le font d'autant mieux que le terme de comparaison : le district d’Aix-la- Chapelle, a un régime de propriété analogue à. celui de la France.

Au Landtag, à la séance du 22 février 1886, M. Lucius, ministre de l'Agriculture, s'appuyant sur des statistiques récentes, donnait les chiffres suivants pour les provinces de la Prusse.

Les grandes fermes dépassant 100 hectares dans les sept provinces prussiennes à l’est de l’'Elbe étaient au nombre de 18,000 et représentaient 42 0/0 de la surface agricole.

Voici les chiffres pour chacune de ces provinces ; | |

Propriétés dépassant 100 hectares

POréranie AMAR LTÉE 51 0/0

POSRARIE RS LE 0 LR SAV 55 Prusse occidentale . . . . . 47 Prusséiarientué 227.) AA, 39 DEAN DOUTER... 0 DS Sent 34 ST TO NOT PS UNE MAS RE er 16 Province dé Saxe. MEN, 27

Si l’on prend à part la Nouvelle Poméranie citérieure, on trouve que la proportion était encore beaucoup plus forte. Les fermes de 600 morgen (160 hectares) y occupaient (en 1881) 75 0/0 de la superficie des terres et même, avec leurs dépendances, il faut compter 80 0/0. Il restait pour les paysans 15 0/0, 5 0/0 appartenant aux villes.

Pour prendre un point de comparaison, qui fera mieux sentir l’importance de ces chiffres, ajoutons que dans le Hanovre, la Westphalie, la Hesse-Nassau, la province rhénane et la principauté de Hohenzollern, cette proportion n’est plus que de 6 0/0 et descend même quelquefois

le Reichsanseiger des 10, 23 février et 11 mars 1891 publiait quelques tableaux sur la mauvaise répartition de la propriété en Prusse au début de 1891. Voici un de ces tableaux dis-

tinguant la grande, la moyenne, la petite propriété et la propriété parcellaire (1).

Catégories SR A Re

. de pro- en chiffres propor- en hec- Proporpriétés privées absolus tion 0/0 tares tion 0/0 Grande pro-

priété . . 32.488 2,1 9.673.187 Ra Moyenne pro:

priété . . 182.410 LIL 1:1127150 A5 er Petite pro-

priété . . 266.187 17,1 4.509.869 18,9 Propriété

parcellaire. 1.078.627 69,1 3.238.236 13,5 1.559.712 100,0 23.933.442 100,0

Il serait intéressant de comparer ces chiffres avec ceux de la France et particulièrement avec ceux de la grande enquête de 1884. Mais dans les statistiques françaises, les grande, moyenne et petite propriétés ne correspondent pas avec les divisions des statistiques prussiennes. De plus, la comparaison ne pourrait être très concluante, car l’enquête de 1884 en France confond propriétaires et exploitants, ce qui n’est pas du tout la même chose, car il arrive qu’un fermier fait valoir plusieurs propriétés, et réci-

1. On appelle ici grande propriété celle dont le revenu net imposable dépasse 1.500 Marks :

la moyenne propriété, va de 300 à 1.500 M. ;

la petite propriété a un revenu de moins de 300 M. ;

enfin la propriété parcellaire est celle qui n’est pas suftisante pour assurer l'existence du propriétaire.

proquement un propriétaire peut avoir plusieurs fermiers différents. En Prusse, qui dit : exploitant dit presque toujours propriétaire.

Les nombreux chiffres donnés plus haut n’en montrent pas moins clairement la situation de la propriété foncière et la répartition du sol après la loi de 1850 et avant l’organisation des Rentengüter.

En quoi cette répartition est-elle défectueuse :

Ce n’est pas le lieu d'examiner ici avec détails les avantages et les inconvénients réciproques de la grande et de la petite propriété. Disons simplement que si la grande propriété se fait souvent remarquer par une culture supérieure à celle des petites tenures, encore faut-il qu’elle remplisse deux conditions : {° il faut au grand propriétaire des capitaux suffisants, 2 il faut qu'il soit secondé par une main-d'œuvre de première qualité. Or en Prusse, surtout dans la partie orientale, les capitaux disponibles sont loin d’être en proportion de l'étendue des terres possédées par les grands propriétaires. Quant à la main-d'œuvre, les travailleurs agricoles ayant été expulsés de leurs propres terres, il ne reste plus que des ouvriers inférieurs. Dans ces conditions, l’agriculture ne pouvait prospérer.

Quels sont ces ouvriers agricoles dont nous venons de parler? On distingue :

1° Les domestiques, qui louent leurs services à l’année, sont logés chez le maître, et sont le plus souvent payés en nature. Ils vivent sans initiative, sans espoir d'améliorer leur sort, Ce sont des ouvriers médiocres.

2 Les journaliers libres qui habitent le village voisin et louent leurs services non plus à l’année, mais au jour et à la semaine, tantôt à l’un, tantôt à l’autre. Ces travailleurs ont une situation plus indépendante, leur salaire est payé en argent, Parfois, ils réussissent à avoir un livret de caisse d'épargne, puis à acquérir un petit lopin de terre s’il s'en trouve un à leur portée.

3 Les ouvriers nomades, qui vont d’un pays dans l’autre, apparaissent au moment du travail à l’époque de Ia moisson et disparaissent ensuite,

La situation générale de ces ouvriers agricoles est des plus médiocres. Bien que, depuis quelques années, les salaires aient augmenté considérablement, doublé même, ils ne peuvent conquérir une réelle indépendance que s'ils réussissent à devenir propriétaires. En faire des propriétaires, voilà la question à résoudre ! Or, il est presque impossible pour un ouvrier d’acquérir le moindre arpent de terre et on en a la preuve quand on examine, dans le tableau

donné plus haut (v. p. 153), combien est petite la part de la propriété parcellaire, celle de moins d’un hectare, c’est-à-dire la seule à laquelle puisse espérer l’ouvrier.

En présence d’une telle situation, les travailleurs agricoles ont recours à l’émigration. Ils vont dans les provinces de l’ouest où la vie est moins pénible, ou bien même vont.chercher fortune dans l'Amérique du Nord. Dans la période de 1871-1887, la moyenne de l’émigration fut de 120.000 par an. Et en constatant que ce sont les plus énergiques qui partent et que les gens sans initiative, sans volonté, restent dans le pays, on s'explique l'expansion énorme de PAllemagne à l’extérieur, mais on comprend aussi les plaintes amères des grands propriétaires à l’intérieur.

Voici à ce propos ce que disait le Jahresbericht des landivirtsehaftlichen Provinsialvereins für Posen (1) :

« Les doléances des agriculteurs augmen- « tent d’année en année. Dès le commencement « du printemps, les jeunes ouvriers et ou- « vrières affluent par centaines et par milliers « vers les gares de chemin de fer pour aller « dans le centre et le sud de l'Allemagne cher-

1. Rapport annuel de l'association agricole provinciale de Posen, année 1889, pp. 9 et 10.

cher du travail agricole ou industriel à des salaires plus élevés que ceux qui sont payés ici par les agriculteurs. Le plat pays se dépeuple ainsi et nécessairement nos agriculteurs doivent essayer de se tirer d'affaire avec les ouvriers moins capables qui restent. Ajoutez à cela que les travaux considérables entrepris dans la province même pour l’amélioration des voies de communication, (qu’il s'agisse de la construction de chemins de fer, de routes, ou de grands travaux de pavage), enlèvent à l’agriculture beaucoup de travailleurs auxquels on paie des salaires plus élevés que pour le travail agricole. Enfin, dans les grandes villes, le taux des salaires des ouvriers de construction et des manœuvres, ceux même des domestiques, ont subi une augmentation ; de sorte que pour toutes ces raisons les agriculteurs sont forcés d'élever de leur côté aussi les salaires. Il est surtout difficile de se procurer des servantes pour traire les vaches, parce que ces domestiques n'acceptent pas de place où elles doivent traire... ».

Le D' Max Sering résume la situation en

disant que la législation agraire du xx’ siècle a

certainement amélioré la condition des classes

moyennes de paysans (en 1865, il y avait

196.265 corvéables et redevanciers rachetés par l'effet de ces lois) ; mais elle a été la cause de la diminution des petites exploitations et elle a consommé « la séparation de la classe des travailleurs de cellé des paysans ».

Il est évident que, dans ces conditions, la grande propriété ne pouvait remplir son rôle économique ; le seigneur restait inactif et découragé sur son vaste, trop vaste domaine. Aussi tout le monde était d'accord : gouvernants et économistes, pour réduire la grande propriété, propager la moyenne, et surtout la petite propriété et La propriété parcellaire, afin de fixer les ouvriers agricoles dans les campagnes en leur donnant l’espoir et la perspective de s'élever toujours au-dessus de leur présente condition.

Ce fut le programme que le gouvernement prussien se traça (était-ce dans lintérêt des paysans où dans l'intérêt de la noblesse ? nous le verrons) et qu'il essaya de remplir en faisant voter les lois de 1886, 1890-91, 1896 et 1900.

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