‹ La condition du travail aux Etats-Unis et l'encyclique "Rerum novarum" [microforme]Chapitre 3 sur 4 · ANT · texte numérisé non relu

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Pour faire sentir au peuple que vous l’aimez, ce dont il ne doute pas, c’est certain, alors même qu'il vous repousse, vous ne négligez rien de ce qu’il faut apprendre pour le bien connaître ; quand il vous aura vus pénètrés de cette connaissance, comment résistera-t-il à votre amour, comment vous refuserat-ille plus beau privilège de votre ministère, celui de le servir ?

Enfin, pour vous tous, MEssiEuRs, qui voulez bien me prêter quelques instants de votre attention, je ne m'attarderai seulement pas une minute à vous faire l’éloge de la France, par la raison bien simple et bien naïve que je suis de la famille.

Un peu plus d’un siècle de séparation, il est vrai, et environ un millier de lieues de mer nous font vivre sans lien politique entre votre pays et le mien ; mais qu'est-ce que le temps, qu'est-ce que la distance, quand l’unité du Cœur, de la Race et de l’Idée est restée intacte ?

Pour vous parler du salaire, Messieurs, et vous en parler au point de vue américain, je ne crois pas pouvoir mieux faire que de commencer par vous dire un mot de la condition du travail aux Etats-Unis. C’est, en effet, la supériorité de cette condition qui forme la principale cause déterminante de cette poisse si considérable de l’émigration vers le territoire de

Union Américaine; et, vous le savez, cette émigration se compose presque exclusivement d’ouvricrs sans travail dans leur propre patrie. C'est donc aïinsi que se trouvent liés ensemble, là-bas, par une corrélation naturelle, cestrois mots : condition des ouvriers, condition du travail et condition du salaire.

Or, aux Etats-Unis, le travail se distingue par trois caractères d’une remarquable supériorité sur ce qui se passe chez les autres nations :

son caractère économique : le travail y est évalué,

on caractère moral : le travail y est Lonoré, Son caractère organique : le travail y est soulagé.

Et, d’abord, le travail est évalué; c’est-à-dire que sa valeur y est justement comprise; c’est-à-dire encore qu’il est mieux rétribué que partout ailleurs. | ne

La manière la plus technique de vous en convaincre est, me semble-t-il, de vous présenter le tableau des salaires courants, affectés à quelques catégories d'ouvriers dans l'Etat de New-York,

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Salaires des artisans, ouvriers et cultivateurs dans l'État de New-York.

Par semaine de 40 à 60 fr.

Par semaine de 60 à 90 fr.

Par semaine de 90 à 100 fr.

Par semaine de 90, 100 et 120 fr

Par semaine de120,150et 160 fr

Au mois avec nourriture

Au mois avec nourriture et logement.

A la journée

etsansnourriture.

Barbiers.

Blanchisseuses, Rémouleurs.

Batteurs d'or.

Bronzistes.

Chapeliers.

Cigares (ouvriers en).

Confiseurs.

Ferroniers.

Fleurs artificielles (ouvrières en).

Modistes.

Photographes.

Pianos (ouvriers en).

Relieurs.

Repasseuses.

Tailleurs pour dames.

Bijoutiers.

Horlogers.

Masons.

Menuisiers.

Mouleurs, Tailleurs pour hommes,

Billards (ouvriers en),

Chapeaux de soie (ouvriers en). :

Ebénistes,

Imprimeurs.

Peintres décorateurs.

Sculpteurs sur bois.

Ciseleurs d’or.

Gantiers.

Marqueteurs.

De 100 à 150 fr. Garçons d'hôtel.

De 150 à 200. Domestiques (hommes) dans les familles.

De 375 à 760. Cuisinier chef. Hôtels.

De 200 à 400, Cuisinier grade inférieur.

De 250 à 400. Cuisinier dans les familles.

10, 90 et 100 fr. Aide cultivateurs(garcons deferme).

7 fr. 50 à 10 fr. Terrassiers.

À quelque différence près, ces salaires sont les mêmes dans les autres Etats de l’Union Américaine.

Mais ce n’est pas tout; dans la condition de la classe ouvrière, il faut encore, pour en avoir une notion exacte, considérer le côté des dépenses obligatoires du travailleur. Or, contrairement à ce que l’on croit généralement en Europe, le prix des choses nécessaires à la vie n’est pas plus élevé en Amérique que sur le vieux continent; il y serait même plutôt, dans son ensemble, inférieur. La chose est, d’ailleurs, facile à contrôler sur cet autre tableau des prix empruntés aux marchés et au commerce de la ville de New-York, où tout est pourtant plus cher que sur les autres points du pays.

Moyenne des prix de la vente au détail des principaux articles de consommation, avec prix de location d’appartements et pensions, dans la ville de New-York.

LOT PACE os. 0 fr, 50 le kilo.

Macaroni et riz... O0 fr, 50 — Viande de bœuf, veau, mouton et porc (suivant les morceaux) de.....,....,... 4fr. à 2 fr. 25 le kilo. Volailles. .., PRO PT PINOT .s é. 2fr. , lekilo. Jambon, charcuterie,..,.,...........e. 4 fr. 50 3 fr. 50 LP 0 fr. 75 mn TAN: rs renaeeesauersevteés 1 fr. 50 Savon, ...,,.. de , Ofr. 50 — Charbon de terre PERRET 25 fr. latonne de 1000k, Chemises de toile pour hommes..,.,,.,.... 80fr. la douzaine, — — pourfemmes,,......,., 70fr. — Vêtement complet de drap pour homme.. 70 fr.

Souliers,.,.,,,.... dore otre ben déc contre LIT 16 paire, Location d'un appartement de 4 à 5 pièces. 40 à 80 fr. par mois. Pension pour homme (logement et nour- TUE)... 0e Snonooseosenseessessss 25 fr, par semaine. — pourfemme......,...ss.ssesssce 20 fe, —

Il n’est pas sans importance de vous faire remarquer que: les chiffres de ces deux tableaux sont empruntés, pour le. premier, celui des recettes (salaires), à la coutume courante, et pour le second, celui des dépenses (nécessités de la vie), à la mercuriale des marchés, à la moyenne des transactions également courantes..Ces derniers prix sont donc ceux de: toutes les classes, ceux de tout le monde. Vous me semblez

trouver qu’ils sont assez élevés pour la classe ouvrière; c’est que la classe ouvrière n’est pas précisément sur le même pied en Amérique qu'en Europe. Elle est, chez nous, une classe

énéralement aisée, tandis que, chez vous, une classe généralement besogneuse. Aussi, la conception de l’ouvrier, dans l'esprit américain, est-elle toute autre que celle de l'ouvrier dans l’esprit européen.

Pour être tout à fait exact, je dois dire encore qu’il y a, aux Etats-Unis, comme en Europe, des ouvriers dans la gêne, des ouvriers qui ne peuvent pas, ou ne peuvent qu'à force de privations, joindre les deux bouts, mais cet état tient à des circonstances particulières et accidentelles (crises, catégories spéciales de travailleurs, incapacités, déplacements, etc.), et non à la condition du travail. Eh bien! même pour ceux-là, les ressources matérielles de la vie sont bien plus accessibles aux Etats-Unis qu’en Europe. C’est ainsi qu'ils peuvent se procurer de la viande de qualité inférieure, mais saine, à 30 ou 40 centimes la livre, et même au-dessous, puisque les bas morceaux, comme la tête ou les pieds des animaux de boucherie, se donnent presque; c’est ainsi que l’on trouve à acheter des chemises à 1 fr. 50 ou 2 francs et des souliers à 4 ou 5 francs, et le reste de même ; sans parler des /odging houses ou tenements, sortes de cités ouvrières, où tout est

rossier, mais nullement insalubre. Les tableaux que je viens e vous soumettre à titre de spécimens, — et ils pourraient être plus développés, — ne concernent donc que la généralité de la classe ouvrière, celle à qui la condition réelle du travail permet, avec une bonne conduite, cette modeste et heureuse aisance, qui entretient le courage et réconforte l’âme, tout en laissant les moyens de ne pas vivre au jour le jour et de pratiquer la féconde loi de l’épargne. | nfin, ce qui, même économiquement, facilite encore de beaucoup cette situation justement enviable du monde du travail américain, c’est que la plupart des ouvriers sont mariés et que la femme mariée est toute à son ménage.Elle ne cherche pas, elle n’a pas à chercher à l’extérieur, dans des manufactures ou des magasins, des salaires ou moyens d'existence personnels. C’est là une coutume d'ordre social d'essence absolument chrétienne (1).

(4) C'est, en effet, un des traits caractéristiques de la population ouvrière américaine que la femme mariée ne met presque jamais les pieds à l’ate- Jier. Une jeune fille, même instruite, ne croit pas s’abaisser le moins. du monde en travaillant dans une filature, dans une fabrique de chaussures ou d’étoffes; mais une fois mère de famille; elle entend bien que son mari

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Le caractère moral du travail en Amérique, c’est, ai-je dit, qu’il y est Aonoré.

Aux Etats-Unis, la doctrine courante est que nul n’est icibas pour rien faire; que, s’il est permis d’être riche, il ne l’est pas de rester oisif. Aussi, le plus riche se fait-il un devoir et observe-t-1l comme une coutume d'occuper sa vie. Or, c’est de la coutume que naît la tradition. Ceux qui soutiennent qu’il n'y a pas de tradition ou d’esprit de tradition aux Etats-Unis, pensent superficiellement et parlent de même.

La préoccupation constante de l’Américain riche n’est donc point de savoir comment arriver à tuer le temps, mais comment pouvoir l'employer pratiquement, c’est-à-dire d’une façon utile à soi-même et profitable aux autres.

J'ai connu un ferblantier qui, devenu millionnaire, abandonna son métier à l’âge de cinquante ans. « J’ai fait de l’or avec du fer blanc, disait-il, il faut maintenant qu'avec mon or, je tâche de faire du bien. » Le repos professionnel que lui assurait sa grande fortune, il l’employa à l’amélioration du sort et des conditions d'existence de la classe ouvrière.

Je sais un riche négociant à New-York, un Américain de race française, qui, rencontrant un jour quelques petits vagabonds dans la rue, eut la pensée de les recueillir afin de les moraliser. Il commença par leur louer un appartement en ville pour qu'ils eussent un gîte, et leur donna un mentor pour les instruire et les surveiller. Le premier soin de. ces petits malheureux fut de sauter par la fenêtre, afin de reprendre la clé des champs. L’honorable commerçant ne se découragea pas.Il comprit quec’était positivement aux champs qu’il aurait plus de chance de réussir.il se mit à la poursuite

subviendra seul aux besoins de tous, jusqu'à ce que les enfants deviennent capables à leur tour de gagner leur vie. En parcourant les salles où sont employées les femmes, chez M. Dobson, par exemple, je remarquais que la piupart paraissaient fort jeunes: presque aucune n'était mariée, au dire de la persoune qui m'accompagnait. Dans une autre fabrique, employant environ 250 femmes, le directeur, très au courant de son personnel, m'affirmait qu’il n'y avait chez lui, à sa connaissance, qu’une seule femme mariée, et encore, n’avait-elle pas d'enfants. Au surplus, les statistiques sont d’accord avec ces observations personnelles. M. D. Carroll Wright a publié, en 1888, un rapport très intéressant au sujet du travail des femmes dans les manufactures : sur 15387 femmes interrogées, 745 seulement étaient mariées et 1038 veuves. Ces chiffres se passent de commentaires : ils prauvent d'une manière irréfutable que les ouvriers qui se marient gagnent généralement d’assez gros salaires pour subvenir à eux seuls aux charges du ménage qu'ils fondent. C'est là un signe important de prospérité sur lequel j’attire l’attention du lecteur. M. Jules

Simon n'aurait pas écrit l’'Ouvrière aux Etats-Unis. a vie américaine,

par Pauz pe RoustEns, ouvrage illustré. Paris, Firmin Didot, 1892.)

de quelques autres petits vagabonds, et, cette fois, les installa à la campagne dans une sorte de chaumière. Eh bien! au bout de quelques années de persévérance, cette chaumière-refuge était devenue un Protectory magnifique, avec des bàtiments immenses, un véritable village ouvrier organisé sur un pied tellement perfectionné que les touristes vont le visiter par curiosité. Le fondateur de cet institut s’y était tellement attaché qu’il abandonna sa maison de commerce à son fils pour se consacrer tout entier à sa noble entreprise. Aujourd’hui, l’on y compte des milliers et des milliers d’apprentis s’exerçant à tous les métiers qui battent leur plein dans l’établissement, avec tout le luxe des inventions modernes, et il en sort toute une génération d'ouvriers habiles, chrétiens et reconnaissants.

Tout le monde, en Amérique, cela va sans dire, n’a pas cette vertu; mais je ne crains pas d'affirmer que tout le monde y a cette morale, parce que l’honneur du travail y fait partie de l’honneur national.

Sur le terrain industriel, l'honneur national ,porte en Europe sur la perfection de la chose manufacturée; en Amérique, sur l’amélioration du sort de l’omme qui manufacture. Avouez, Messieurs, que, sous ce rapport, la tradition, la vraie tradition chrétienne, la très ancienne doctrine en vigueur aux siècles de foi, est plus intacte dans cette partie du Nouveuu Monde que dans toute l’étendue de l’ancien.

Enfin, et c’est le point de vue organique, aux Etats-Unis, le travail est soulagé.

Entre autres moyens nombreux qui concourent à cette fin, j'en signalerai deux principaux : la liberté d'association et le repos dominical.

C'est par la liberté d'association que le travail se trouve garanti contre tous ou à peu près tous les accidents qui peuvent le menacer dans sa régularité, dans son honneur et dans ses fruits. C’est la liberté d’association qui assure au travailleur toutes les facilités d’instituer des sociétés qui soient la sauvegarde de ses justes droits et la protection de ses légitimes besoins.

Vous avez entendu parler, sans doute, des Chevaliers du Travail. Fondée, il y a quelques années, à Philadelphie, par un ouvrier tailleur, cette association, avec ses nombreuses sociétés-sœurs, compte aujourd'hui plus de trois millions d’affiliés, répartis dans toute l’Union Américaine. Ils se recrutent sans aucune distinction de langue, de race, de culte ou

d'opinion politique. Vous comprenez d'emblée, sans que jy insiste, la force et la sagesse que présente ce faisceau de: sociétés, soit locales, soit professionnelles, reliées ensemble par l’unité de la condition sociale. C’est une vaste et intelligente organisation, exerçant une action, pour ainsi dire décisive, entre le capital et le travail; mais cette action sert heureusement les intérêts de ce dernier sans attenter à la nécessaire existence du premier. C’est que cette action est née d’une pensée généreuse et non d’une pensée haineuse. L'association des Chevaliers du Travail n’a donc pas voulu, elle ne veut pas, j'espère qu’elle ne voudra jamais la destruction du capital. Elle demande seulement au capital de ne pas étouffer le travail; bien loin de là: de le soutenir, de le respecter, de le rétribuer selon qu’il lui est dû. Pour arriver à ses fins, elle se garde bien de prendre l'attitude d’une mendiante, d’une quémandeuse ; elle ne sollicite ni aumônes, ni faveurs. Elle affirme des droits ; elle en réclame la réalisation; elle invoque l’éternelle justice ; celle que le grand pontife Léon XI a enseignée dans l’Encyclique sociale RERuM

Novarum, en établissant que « si, au caractère de la personnalité du salaire, l’on joint celui de sa nécessité, la pensée « peut bien en faire l’abstraction, mais n’en est pas séparable : — Cogitatione quidem non re separabilis. — En effet, conserver l’existence est un devoir imposé à tous les hommes et auquel ils ne peuvent se soustraire sans crime.

De ce devoir découle nécessairement le droit de se procurer les choses nécessaires à la subsistance et que le pauvre ne se procure que moyennant le salaire de son travail. Que le patron et l’ouvrier fassent donc tant et de telles conditions qu’il leur plaira; qu’ils tombent d’accord notamment sur le chiffre du salaire ; au-dessus de leur libre volonté, il est une loi de justice naturelle plus élevée et plus ancienne, à savoir que le salaire ne doit pas être insuffisant à faire subsister l’ouvrier sobre et honnête. Que: si, contraint par la nécessité, ou poussé par la crainte d’un mal plus grand, il accepte des conditions dures que, d’ailleurs, il ne lui était pas possible de refuser, parce qu’elles lui sont imposées par le patron ou par qui fait l'offre du travail, c’est là subir une violence contre laquelle la justice proteste. » | Dans le but qu’ils poursuivent, les Chevaliers du Travail et les autres sociétés ouvrières ayant la même fin défient donc tout bläme, puisque le droit et la justice sont de leur côté. Je n’oserais pas en dire ‘autant de tous les moyens qu’ils.

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emploient au service de leur fin, n’étant pas suffisamment édifié sous ce rapport. Je sais qu’il est reproché, sur plusieurs points du territoire, à ces grandes associations d'exercer une pression quasi-despotique sur les ouvriers qui refusent d'entrer dans leurs rangs et de se laisser conduire aveuglément par elles; qu'elles les boycottent même quelquefois au point de forcer, par des procédés plus ou moins commina-

toires, de grands industriels à leur refuser tout travail. L’an-

tagonisme entre les associations ouvrières et les associations patronales aurait donc une malheureuse tendance à s’accentuer aux Etats-Unis!

En résumé, si les allégations que je viens d’indiquer sont exactes, et là où elles le sont, c’est une faute impardonnable, une injustice flagrante, un moyen indigne, un funeste égarement; un égarement d'autant plus funeste qu'il est plus contradictoire au principe même sur lequel repose l’existence de ces associations, à savoir: la liberté que possède et que doit à tout prix conserver chaque travailleur de poser les conditions auxquelles il fournit son travail.

Mais il ne faut pas perdre de vue non plus que, si ces associations ouvrières errent dans quelques-uns de leurs moyens, elles ne laissent pas que d’être légitimes et secourables dans leur fin : la protection du travail.

À ce titre essentiel, elles méritent d’être encouragées par toutes les saines influences dans la poursuite d’un si noble but, et, à ces mêmes influences incombe le devoir de les éclairer, de les moraliser et de les convaincre sur l’honnèêteté des moyens à employer pour l’atteindre. On ne saurait trop insister auprès de toutes les grandes organisations ouvrières sur cette vérité que la liberté n’est que le choix des moyens dans la sauvegarde du but.

À côté des associations destinées à régler et à coordonner les ea avi du capital et du travail, il existe encore, aux Etats-Unis, une multitude de sociétés de bienfaisance, de secours mutuels, d'épargne et de crédit. Elles subviennent aux besoins de l’ouvrier dans la maladie, en lui fournissant, pendant toute la durée de celle-ci, des subsides auxquels son titre d’associé lui donne droit. S'il meurt, elles font face aux frais de ses funérailles et distribuent à sa veuve et à ses enfants des secours qui leur sont légitimement dus. Ces secours empêchent la misère de venir s’asseoir où la place du chef, du pes de famille est demeurée vide.

La mu «ts et la variété des Caisses d'épargne sont dues, aux Etats-Unis, à la popularité des services que rendent ces :

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établissements, à la coutume de leur usage qui est tout à fait. entrée dans les mœurs. Il n’y a guère d’apprentis, d’âge encore très tendre, n'ayant ses petites économies, ses dépôts réguliers, qui fructifient et prospèrent dans quelque institution de ce genre. Enfin, les Assurances sur la vie, spécialement celles qui traitent avec le monde du travail, sont d’un usage également répandu. Elles viennent si puissamment en aide aux familles en deuil; elles donnent une si grande sécurité du lendemain dans cette constante préoccupation de toute existence honnête: l’avenir des siens quand on ne sera plus de ce monde!

Ces Assurances n’ont rien de draconien dans leurs conditions ou leurs statuts. Elles acceptent indifféremment la clientèle des hommes et des femmes, des jeunes gens et des jeunes filles et même des enfants encore au berceau; elles ne s'inquiètent. de la diversité ni des métiers, ni des races, ni des langues. Quelques-unes cependant sont exclusivement recrutées parmi les membres d'une même religion.

Disons encore que, pour ce qui concerne les sociétés de bienfaisance et de secours mutuels, Von constate qu’elles se fondent avec beaucoup plus de facilité et qu'elles prospèrent davantage, quand elles ne se recrutent que d’associés ayant la même origine nationale et, presque toujours aussi, professant le même culte. Ce fait s'explique de lui-même, sans qu'il soit besoin d'appuyer sur son instructive signification.

Toutes ces associations, toutes ces sociétés, toutes ces branches du travail organisé font plus que soulager le travailleur; elles l’ennoblissent, le rehaussent à ses propres veux, lui inspirent la fierté de sa propre condition. Comment et pourquoi ? Voici :

C'est le travailleur qui leur donne naissance. Elles sont l'ouvrage de ses mains laborieuses. Elles sont faites de ses sueurs, de sa probité, de sa sobriété, de sa prévoyance, de son esprit d'ordre et d'économie, de son amour de la famille, des plus belles et des plus fortes vertus en un mot. Elles sont sa chose ; il en est l’auteur; il a autorité sur elles: Auwctor, Auctorilas.

Ce ne sont pas des sociétés qui font des affaires avec l’argent du peuple; c’est le peuple qui fait ses propres affaires avec son propre argent, par l’organe d’associations qui sont de lui, à lui et pour lui.

Tout l’avenir de ce que tant de bons esprits veulent bien appeler la démocratie est basé sur cette simple notion de la mutualité, circonscrite dans la sphère des intérêts communs et de l’apport personnel. ;

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Voici, en effet, comment naissent, vivent et fonctionnent ces associations : |

Ceux qui veulent en faire partie payent un droit d’admission qui varie selon leur âge, mais suffisant pour créer un capital ou fonds de réserve ; puis, une contribution mensuelle ou annuelle assez élevée pour assurer des subsides à ceux qui

ont droit. Elles ont toutes la sanction légale; car il leur suffit de s'adresser à l’Etat sur le sol duquel elles se constituent, pour en recevoir ce qu’on appelle l’incorporation, c’est-à-dire la capacité civile la plus étendue.

Très sobres de rouages administratifs, très regardantes sur les frais généraux, elles restent modestes tant qu’elles n’ont que le nécessaire pour vivre.Elles ne deviennent imposantes, ne prennent rang parmi les grandes maisons que lorsque le superflu leur advient.

Au résumé, grâce à cette liberté d'association, l’ouviier aime son travail, s’y attache, s’en honore, s'améliore dans les différentes péripéties de son ascension sociale; toutefois, sans jamais mépriser le premier échelon qui lui a servi à gravir les autres; enfin, il se protège lui-même contre ies accidents, voire aussi les écarts, de cette grande puissance du travail dont il est ici-bas le noble artisan. :

Parlons maintenant du repos dominical, de ce bienfaisant et divin repos que le Créateur a institué dès le commencement, bien plus pour l’homme que pour lui-même; afin que l’homme se perpétuàt dans sa propre dignité et témoignàt ainsi qu’il a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu.

Le travail incessant, ininterrompu, sans arrêt, sans repos, sans détente, devient le plus abominable agent de ruine : ruine du corps, et, plus encore, ruine de l’âme; termite destructeur des sociétés humaines qui laissent s'implanter en elles cette coutume demort. L'intelligence, le cœur, la volonté, la joie, la santé, la famille, la patrie elle-même, ce qui constitue l’être moral tout entier, s’en hébète, s’en atrophie et passe à l’état de cadavre. C’est une chair qui n’a plus de mouvement que par les vers qui la rongent : caro data vermibus, selon l’étymologie, tant soit peu fantaisiste, mais très philosophique qu’en donne de Maistre.

: Et, grand Dieu ! qu’en est-il quand on se pose en face du travail moderne, du travail où la machine s’associe au bras du travailleur !

Dans toutes les branches de l’industrie humaine, sur toute la surface du globe et jusque dans la culture du sol; le travailleur se trouve réduit à des mouvements automatiques.

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