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Toute la concentration de son esprit, tout le mobile de sa capacité se bornent à pousser le même ressort dans la même direction, d’après un idéal d’isochronisme, et de façon à ce que l’ensemble de la machine, dont il n’actionne qu’un rouage, trouve sa perfection dans l’invariabilité de ses mouvements. Or, je vous le demande, si vous ne donnez pas de répit à ce pauvre automate, si vous ne l’éloignez pas de temps à autre du monstre qu’il fait marcher, mais qui l’emporte, il est perdu pour lui-même et pour les conquêtes du progrès moral.
Le xix° siècle n’a pas seulement inventé des machines industrielles et agricoles ; il a découvert des forces matérielles inconnues, et il les a vulgarisées en les mettant aux mains de tous. Il ne s’est point borné à développer la puissance de la production ; il a, d’une façon terrifiante, exalté la force de la destruction. S’il a su rapprocher les peuples par les envahissements de l’industrie, par les relations du commerce et par les appts du gain, il a aussi organisé ces mêmes peuples pour la guerre, leur fournissant des engins et des armes dont le génie homicide tourne le dos à toute civilisation et atteint les proportions d’une barbarie achevée !
De plus, le xix° siècle a proclamé des libertés, préconisé des théories la plupart généreuses, mais dont l’application, si elle n’est pas sagement réglée, peut, à ses heures, sonner le tocsin des plus désastreuses conflagrations.
Eh bien ! Messieurs, ces forces matérielles vulgarisées et ces instruments de destruction; ces libertés et ces théories aux promesses séduisantes, si nous ne moralisons pas l’homme qui en dispose, nous les verrons se tourner contre nous et contre la société tout entière ! Nous ferons de décevantes expériences ! nous connaîtrons, non plus seulement la barbarie, mais la sauvagerie de la civilisation !
Nous serons ensevelis vivants, nous et nos villes, nous et nos grandes œuvres, nous et nos belles conquêtes, sous des explosions, à côté desquelles celles des avertisseurs comme Ravachol, ne seront plus que de timides essais, que d’insignifiants enfantillages. |
Mais la morale, c’est la religion qui l'enseigne (1)! Or, la religion, son école, sa grande école, j'ai presque dit, son unique école, c'est le dimanche,
(1) J'invite ceux qui douteraient de cette vérité à lire trés attentivement un livre récent : Religion, par M, G. pe Mounani. Le grand socio- 1ogue n'a pas, il est vrai, invoqué à son aide les enseignements de la foi: catholique; mais il a appelé à son secours. toutes les lumières naturelles qui peuvent jéiilir de la raison ét du’ génie: de l'homme. De ces clartés
+ C'ést pourquoi, si le repos du dimanche n'était pas inventé par Dieu, c’est le xix° siècle qui aurait dù en faire la découverte, tellement il en a besoin! Et c’est, tout au contraire, le x1x° siècle, par ce qu'il est le siècle d’un capitalisme éhonté, qui blasphème le repos du dimanche, qui voudrait l’extirper de l’organisme social et qui, à défaut de pouvoir faire prévaloir la négation de sa valeur, s’attache à provoquer la prostitution de sa vertu.
« C’est de la dignité de l’homme, que Dieu lui-même traite » avec un grand respect, que découle la nécessité du repos et » la cessation du travail au jour du Seigneur. » Ainsi s’exprime encore l’Encyclique Rerum novarum, et cette dignité de l'homme, dont le réveil marque précisément d’une empreinte ineffaçable la supériorité morale de cette fin de siècle sur son commencement, n’est pas faite de vaines joe et d’utopies retentissantes, mais bel et bien de l'équi-
ibre concret et reposé de toutes les facultés psychiques de l’homme.
Ah ! laissez donc le/repos du dimanche au moins aux arti-
sans de la matière, afin qu’un jour sur sept, ils puissent appartenir à leur famille avec ses affections douces et ses joies honnêtes; appartenir à leur propre âme qui trouvera dans le temple saint les chants qui émeuvent, les enseignements qui éclairent, les mystères qui retrempent, les prières qui réconfortent et tout ce qui empêche la Pensée de s'éteindre! ‘: Donnez une fois par semaine de l'air libre à toutes ces poitrines haletantes ; une fois par semaine, le baume du repos à tous ces membres endoloris ; une fois par semaine, la manne du foyer à ces époux, à ces pères et à ces fils, à ces proches et à ces amis; une fois par semaine, un rayon d'espérance à tous ces cœurs enténébrés | a
Vraiment, ni l’homme, ni Dieu ne sont exigeants en ne réclamant pas davantage! C’est le soulagement indispensable. C’est le maintien des forces physiques dans le renouvellement de la force morale: ps A PAT ‘Le général-président Graït, qui fut un dés Américains illustres de l’histoire contémporaine, répondant à quelques amis qui lui demandaient ce qu’il avait vu de plus beau dans la vieille- Europe : « Les grandes cathédrales, disait-il, et les
naturelles aux lumières surnaturelles, la distance est. faite de la grâce d'en haut, Cette grâce, mon âme sacerdotale et reconnaissante la souhaite à l’éminent périseur quia bien voulu m'offrir so œuvre: Elle ajottterait à son renom déjà si pür un ‘supréme:raÿonnement” RQ 9 eboo de on à
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» chefs-d’œuvre de l’art religieux »,et il ajoutait cette philosophique réflexion : « C'est le passé; mais il n’a produit » toutes ces merveilles que pour le dimanche, et le dimanche » est le jour où Dieu arrose la plante du travail pour lui » faire porter ses fruits. » $
Aux Etats-Unis, je n'ai pas besoin de l’ajouter, car vous le savez de reste, le repos du dimanche est inscrit dans les lois et implanté dans les mœurs. On peut dire qu’il y est absolu, embrassant le commerce, l'industrie et les entreprises, les spéculations, les contrats, les affaires, les trafics de mar- PAS les travaux et les services privés ou publics. Puis il est sanctionné par des pénalités telles, que nul n’est tenté de l’enfreindre.
Messieurs, lorsque l’on creuse cette question du travail on demeure étonné de toutes les ramifications qui procèdent d'elle; on reste confondu devant l’immensité et la totalité des intérêts vitaux de la société moderne auxquels elle touche.
‘ Quand on élève cette question à la hauteur de sa conception
synthétique, quand on la porte vers les sommets d’où jaillit toute vraie lumière, on comprend mieux « l’ensemble des » secrets desseins de Dieu, les opérations de sa Providence » qui dirige, derrière le voile des phénomènes, l’universalité » de la création, qui pèse le droit et la justice, qui meut toutes » choses vers leur fin éternelle et qui se reflète dans l’histoire » comme dans un miroir » (1).
C'est de ces hauteurs qu’il faut juger la question que je vais soumettre à votre sympathique jugement; j'ai nommé l'Inégalité des conditions.
Dans l’économie de l’ordre social, tel que nous le comprenons en Amérique, tel qu’en particulier l'élément catholique pur de la nation s’efforce et s’efforcera toujours d’en maintenir les principes, nous acceptons l'inégalité, mais avec des tempéraments ; nous voulons une inégalité proportionnée.et non disproportionnée aux services rendus. Kous concevons mal une inégalité faite d’abîines, et nous la redoutons comme un: péril, comme un fléau, comme un anathème.
Notre Saint-Père le Pape Léon XIII, dans son Encyclioue
sur la Condition des ouvriers, rappelle que « la nature a établi
(1) ManrnagiNecke, cité par le cardinal HerceNRœŒTtues. Introduction à l’Histoiré de l'Église. —$ Le Pragmatisme historique, Ed)
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» parmi les hommes des différences aussi multiples que pro- » fondes ; différences d'intelligence, de talent, d’habileté, de » santé, de force; diflérences nécessaires, d'où nait sponta- » nément l'inégalité des conditions. »
S’inspirant du grand Apôtre saint Paul, dans un des plus beaux chapitres de sa première Epître aux Corinthiens, le Pape, qui restera dans l’histoire LE PAPE DES OUVRIERS, ajoute : e même que, dans le corps humain, les membres, malgré ieur diversité, s'adaptent merveilleusement l’un à l’autre, de façon à former un tout exactement proportionné et qu’on pourrait appeler symétrique, ainsi, dans la société, les deux classes (les capitalistes et les travailleurs) sont destinées par la nature à s’unir harmonieusement et à se tenir mutuellement dans un parfait équilibre. Elles ont un impérieux besoin l’une de l’autre, il ne peut y avoir de capital sans travail, ni de travail sans capital. La concorde engendre l’ordre et la beauté ; au contraire, d’un conflit perpétuel, il ne peut résulter que la confusion des luttes
» sauvages. » Eh bien! ce que je viens d'appeler l’inégalité faite d’abîmes, c'est ce conflit perpétuel, c'est cette confusion
des luttes sauvages, que signale la parole du Souverain Pontife et voilà pourquoi, en Amérique, c'est-à-dire, à l'unisson, aux Etats-Unis et au Canada, nous ne voulons à aucun prix de cette inégalité subversive, de cette inégalité de
perdition.
Aussi, travaillons-nous de tout notre pouvoir à appliquer dans les faits cette doctrine que, malgré l'inégalité qui les différencie par tant de côtés à la fois, les hommes ont cependant des points de contact communs par lesquels ils se ressemblent et qui leur communiquent à tous des droits dijféremment semblables. Et c'est ainsi que nous revendiquons fièrement les droits de tous et de chacun à la vie, à la prospérité et à la justice.
La justice! J'appuierai, non sur le mot Va j'entends invoquer de toutes parts; mais sur la chose elle-même qui me paraît à la fois plus précieuse et plus rare. Et je vous demande la permission de le faire par un exemple tiré des entrailles mêmes de ce monde qu’on appelle avec tant de raison le monde du travail et du capital. Pardonnez-moi seulement, je vous prie, de me mettre un instant en scène à seule fin d'amener la filière de ma démonstration. :
Le 21 novembre dernier, je quittais Albany, capitale de l'Etat de New-York, où j’exerce ue ministère sacerdotal dans une paroisse de mes compatriotes canadiens fixés aux Etats-
Unis. J'étais, en partant, muni d’une double permission hiérarchique: l'une de mon évéque de fait, celui d'Albany; l'autre de l’archevèque de Montréal, mon ordinaire de droit, m'autorisant l’un et l’autre à venir en Europe pour la durée d'au moins une année. Son Honneur le Maire d'Albany avait bien voulu m’octroyer une lettre officielle, mais intime, pour me recommander tout particulièrement aux ambassadeurs et consuls américains, afin qu'ils me protégeassent au besoin pendant mon séjour dans les divers pays européens que je visiterais.Avec cesrecommandations précieuses,je partais donc en voyageur et non en vagabond, assuré que je recevrais partout, de l’autorité ecclésiastique et de l'autorité civile, la protection due àmon caractère de prêtreet à ma qualité de citoyen.
En même temps que pour des raisons de santé, j’entreprenais ce nouveau voyage en Europe pour étudier la question sociale qui n’intéresse pas moins l’Amérique que les autres continents. J'étais donc, par le fait, un peu transformé en observateur, et voici ce que, dès les premiers moments du départ, l’observation m'a fait recueillir et m’a surtout fait admirer sur les droits du capital et du travail.
Depuis l'instant où j'ai franchi le seuil de mon presbytère, jusqu’à celui où vous me faites le grand honneur de m’entendre, j'ai trouvé partout, sans la moindre lacune et la plus légère contradiction, le capital et le travail unis, se compénétrant l’un l’autre et rivalisant d'activité au service de tous les progrès qui intéressent le genre humain. ee
Des merveilles sans nombre n’ont cessé de se dérouler devant mes yeux.
J'ai vu des chars de feu courant; sous l’aiguillon puissant de la vapeur, sur des voies de fer ou d’acier, pour l'établissement desquelles on avait comblé des ravins, percé des montagnes. et jeté sur des fleuves des ponts gigantesques. FERA mobiles, plein de luxe et de confort, ayant la docilité d’un enfant sous la main de cette même vapeur généreuse, sillonner Fa mer en se jouant de la résistance des eaux et.du caprice des vents. AE de Re"
J'ai vu l'électricité se faisant de plus: en: plus la servante des besoins de l’homme, accomplir :de miraculeuses merveilles .et de bienfaisantes réformes.'Je: lai ,vue, diminuer la criminalité de la rue, dans le ‘silence des. nuits, en: y. substituant la lumière aux ténèbres. de l’ai vue réconcilier, dans la douceur des foyers; par l'atelier à domicile; la maïnd'œuvre industrielle: avec l’esprit:de famille: où2i0au vaut
‘ai vu des monstres marins, ou plutôt d'immenses palais
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J'ai vu des villes, des villages, des champs innombrables ; grandiose panorama où les palais dorés et les cabanes de chaume, ou le clocher à flèche étincelante et la cheminée d'usine au noir panache, où la gerbe de blé, l'herbe de ja prairie, les fleurs des parcs publics et des villas privées, où l'ancêtre dés forêts et l’étalage du magasin, où tout, en un mot, depuis la charrue du paysan jusqu’à la plume du penseur, contribue à former cet admirable ensemble de activité humaine mise au service de tous.
Et quand je me suis demandé quelles forces, ayant les apparences d’être surhumaines, avaient pu accomplir tous ces progrès merveilleux, réaliser toutes ces entreprises hardies et faire marcher le monde en de tels avancements, j'ai dû me nommer à moi-même le capital et le travail; deux énergies mutuelles, deux puissances sociales indivisibles, tellement indivisibles que vous ne pouvez les disjoindre, les désunir, ni même les concevoir séparées sans arrêter du coup l'humanité dans sa marche, sans la réduire à la plus complète impuissance; deux forces solidaires, tellement solidaires, tellement dépendantes l’une de l’autre que vous ne pouvez les opposer l’une à l’autre sans appeler, avec les plus terribles conflits, les plus épouvantables désastres et des ruines audessus de toute imagination.
Puis, j'ai essayé d'aborder un calcul qui m’indiquât, ne fütce que par à peu près, ce que le capital avait dû semer d’or sur mon chemin pour me rendre ainsi rapide et agréable le transport d’Albany au Havre; du Havre à Rome, et de Rome à Paris; pour me faire la vie douce et facile partout où je passais, partout où je m’arrêtais ; et je me suis trouvé perdu
* dans un océan de milliards!
Mais, en même temps, j'ai cherché à me rendre compte, ne fût-ce qu’en rêve, de quelle quantité de sueurs fécondes, de force musculaire et de patience accumulée se composait la somme du travail épandu aussi sur ma route, toujours pour me la rendre commode, je dirai presque enchantée, et j'ai vu comme un autre océan sans rivage, dont les ondes bienfaisantes portaient partout la fertilité et la vie!
Et alors, plus que jamais, j’ai compris que, si le capitaliste, qui a l'initiative de tous ces grands remuements de la matière
our la transformer en services, a droit d’en retirer des bénéñces qui lui permettent de s’asseoir dans les rangs élevés de la société et d'y jouir d’un plus grand raffinement extérieur de l’existence, parce qu'il consacre à la société un plus grand taffiñement de : sa pensée, le travailleur, de son côté, a droit
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de recevoir de cette mème société, avec le pain de chaque jour, une sécurité, un bien-être, une honnêteté de condition, qu'il déversera sur son foyer en rosée d'honneur et de bonheur.
t enfin, j'en suis arrivé à cette conclusion aussi simple que claire: l'inégalité sociale est un principe, et un bon. Par conséquent, ce n’est pas un despotisme ni une anarchie; car un bon principe n’est jamais oppresseur ni anarchique. est aussi un fait qu’il faut accepter, mais non pas les yeux fermés ; tout au contraire, en établissant ses lois ét en se gardant bien de les méconnaitre : lois de justice et d'équité, qui veulent que chacun, du poste d'honneur ou d'obseurité qu'il occupe dans l'échelle sociale--échelle inévitablement graduée, sans quoi ce ne serait plus une échelle, —reçoive des produits du capital et du travail sa part légitime et proportionnée, selon la mise d’or, d'intelligence et de sueurs qu'il y à apportée ; part dont le minimum ne doit jamais être inférieur, pour aucun travailleur honnête et consciencieux, à son triple droit à l'existence, à la famille et à la propriété.
Permettez-moi, Messieurs, de fixer encore quelques instants votre attention sur deux points ayant leur importance dans l’ordre de nos présentes considérations.
Le premier est l'esprit de défaveur avec lequel est considérée chez nous /a médiocrité des salaires et la raison d’être de cette défaveur. Le second se rapporte, par contre-coup, au couronnement de la question, c’est-à-dire l’heureuse issue qui se trouve au bout d’un système de salaires élevés: la possibilité de devenir propriétaire.
L’Américain est l'ennemi de l’avilissement des salaires, et, je dois le dire, il est porté à un certain mépris pour la caté-
gorie des émigrés qui, prenant pied sur son sol hospitalier,
se contentent de salaires dérisoires ou même au-dessous de la moyenne. Que ces émigrés viennent d'Europe, d'Asie ou d’Afrique, leur travail à bas prix, s’il est momentanément recherché par quelques entrepreneurs avides de gain, dont l’engeance existe partout, est positivement mal vu par l’ensemble de la population. Et la chose s'explique aisément. Cette pratique choque d’abord les intérêts généraux des
classes laborieuses, dont tous les efforts se concentrent à.
maintenir les salaires suffisants et équitables. Cela « gâte les prix », selon l’expression vulgaire, mais juste. Ensuite, cette
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même pratique déprécie la valeur du travail, que la tendance universelle cherche, au contraire, à définir et surtout à faire respecter.
La valeur du travail! Ah! Messieurs, comme voilà une uestion encore envéloppée de nuages et d’indécisions, faute ’avoir été suffisamment approfondie, faute d'avoir été minu-
tieusement examinée à la lumière de la philosophie chrétienne! Pourtant, quel intérêt n'y aurait-il pas à pouvoir poser les principes éssentiels, à établir la charpente, l’ossature de cette colossale question! Voilà, certes, un beau sujet d’études sociales !
Enfin, l'œil perspicace de l'Américain entrevoit dans la dépréciation du salaire normal une sorte d'atteinte latente au développement du commerce intérieur. Et il n’a pas tort.
Pour développer le commerce intérieur au sein d’une nation, il faut, avant tout, n'est-ce pas, y multiplier les acheteurs, les y multiplier, non point en surexcitant en eux des appétits de luxe et de lucre, mais bien en répandant parmi eux l’aisance et le bien-être. En d’autres termes, pour développer la production, il faut lui assurer un sage écoulement. Cela semble élémentaire. Or, comment songer à développer dans un pays la production des choses nécessaires à la vie (nourriture, logement, vêtement), sans songer à ÿ multiplier le nombre de ceux qui sont capables de se procurer ces produits?
Par exemple, si nous fabriquons des chaussures ou des chapeaux, si nous montons une briqueterie ou l'exploitation d’une carrière, si nous cultivons du froment ou plantons de la vigne en abondance, nous faisons une excellente chose que j’appellerei un heureux commencement, un bon début; mais excusez, s’il vous plaît, cette assonnance qui rend ma pensée: À bon début, bon débit. Que ferons-nous, en effet, de ces divers produits : souliers ou couvre-chefs, briques ou pierres, farine ou vin, etc., si nous nous trouvons en face de masses et de masses d'individus qui sont dans lPimpossibilité, faute de ressources pécuniaires, d’en revêtir leurs membres, d’en abriter leurs nuits, d’en sustenter leurs jours?
Or, ce qui donne aux masses les moyens de se procurer, d'acquérir, de consommer les produits de l’industrie, les objets de commerce, ce sont les salaires, puisqu'ils sont l'unique ressource de la grande moitié du genre humain, l'unique solde de l’immense armée des travailleurs.
Et qu’on n’invoque pas le commerce extérieur pour suppléer amplement à la consommation faisant défaut à l’intérieur!
Le commerce extérieur repose principalement sur l’échange de‘ la production. Pour porter ses produits chez l'étranger, il faut que celui-ci ait intérêt à les recevoir. Or, pour l'étranger, cet intérêt consiste essentiellement dans celui qu’il aura d’écouler chez vous une partie de l’excédent de sa production. De sorte que, si vous ne pouvez pas consommer chez vous, dans le degré convenable, vos propres produits, 1l vous sera difficile de consommer les produits étrangers. Est-ce leur “exotisme qui sera la panacée de votre insuffisance?
Donc, une nation intelligente — et elles le sont toutes quand il s’agit de vivre, — établit sur ses propres intérêts l’assiette de ses relations extérieures en fait de négociations commerciales et d'échange d’objets soit bruts, soit manufacturés.
Laissez-moi dès lors vous en faire juges, quels intérêts peuvent être invoqués à commercer avec les peuples chez lesquels les masses réduites à la privation des choses nécessaires à la vie, au lieu d’être des facteurs vigoureux du développement industriel et de la prospérité commerciale, n’y figurent que comme des invalides ou des membres paralysés?
J'ai mentionné la facilité de devenir propriétaire, j'ai signalé l’ouvrier propriétaire. liélas! c’est parce que ces deux mots semblent, de nos jours, dans les pays qui ont vieilli trop vite, ne pouvoir jamais parvenir à se trouver réunis sur la même tête, que le malaise social y est si grand et l'avenir si chargé de menaces.
Charlemagne, cet incomparable génie, si justement appelé le Père de l’Europe, avait quelque part dans ses Capitulaires posé ce principe d'ordre naturel que tout homme qui n'est pas propriétaire est sur le point de devenir un bandit. Mgr Ketteler, l’'éminent sociologue, ne pensait pas autrement, ainsi qu'ont pu s’en convaincre ceux qui ont eu l’avantage de lire les sermons qu’il prononça en 1848 dans sa cathédrale de Mayence; sermons dans lesquels, rappelant la fameuse formule : « La propriété c’est le vol », il sut prouver une fois de plus que toute erreur, si monstrueuse qu’on la suppose, vient pourtant d’une vérité dont on abuse.
L'ouvrier propriétaire ! Mais Léon XIII l’a salué amoureusement dans son immortelle Encyclique, et il l’a fait, vous le savez, avec des accents si lumineux, si convaincus, surtout si convainquants, que la lumière est désormais faite sur cette importante question. :
« La violence des révolutions politiques a divisé le corps » social en deux classes et creusé entre elles un immense
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» abîme. D'une part, la toute-puissance dans l’opulence ; une » faction qui, maîtresse absolue de l’industrie et du com- » merce, détourne le cours des richesses et en fait affluer vers » elle toutes les sources; faction, d’ailleurs, qui tient en sa » main plus d’un ressort de l’administration publique. De » l’autre, la faiblesse dans l’indigence : une muititude, » l’âme ulcérée, toujours prête au désordre. Eh bien! que l’on » stimule l’industrieuse activité du peuple vers la perspec- » tive d’une participation à la propriété du sol, et l’on verra » se combler peu à peu l’abîme qui sépare l’opulence de la » misère et s’opérer le rapprochement des deux classes. En » outre, la terre produira toute chose en plus grande abon- » dance, car l’homme est ainsi fait que la pensée de travailler » sur un fond qui est à lui redouble son ardeur et son appli- » cation. Il en vient même jusqu’à mettre tout son cœur dans » une terre qu’il a cultivée lui-même, qui lui promet à lui et » aux siens, non seulement le strict nécessaire, mais encore » une certaine aisance. Et qui ne voit sans peine les heureux » effets de cette activité sur la fécondité de la terre et sur la » richesse des nations? »
Mais je crois saisir une interrogation : « En Amérique, l’ouvrier devient donc propriétaire ? » Très certainement, vous répondrai-je, et c’est tout juste l’élévation des salaires qui lui donne l’accession à la propriété.
L'année dernière, dans une conférence que je fis à Rome, et que beaucoup d’entre vous ont eue entre les mains, puisque la jeune et sérieuse Revue d’études sociales, le XX® Siècle (1), a bien voulu l’éditer, en parlant de mes compatriotes canadiens français, fixés aux Etats-Unis, j’établissais par des statistiques officielles que, dans une seule partie du territoire américain, celui qu’on appelle la Nouvelle- Angleterre, sur 58 857 familles canadiennes, il y avait 10 770 chefs de familles propriétaires d’immeubles au montant de 18 356 346 dollars, c’est-à-dire près de cent millions de francs; et aussi, que la propriété mobilière de ce contingent est presque égale à la propriété immobilière. . d’ajoutais quelques autres chiffres —etremarquez-le, je vous prie, pas plus alors qu’en ce moment, je ne parlais du Canada, colonie britannique, mais seulement des Canadiens fixés sans
. (1) Le xxe Srècue, Revue d'études sociales, paraît tous les mois et forme au bout de l’année un fort volume de 7 à 800 pages. Son siège est à.Mareille, 39, rue Sainte. Le prix de l'abonnement annuel est de 10 francs. Le xxe Siècle vient d'être honoré d'un bref’caractéristique de notre Saint- Pére le Pape. 00e D BA SONO 57 SOIN ON
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esprit de retour, aux Etats-Unis, au nombre approximatif d’un million — j’ajoutais, dis-je, quelques chiffres qui démontrent à la fois, par la simple éloquence des faits, et l’excellence de la condition du travail sur le territoire de l’Union Américaine, et la vitalité de l’élément de race française, apportant son légitime concours à la prospérité morale et matérielle de cette même Union-fédérale. Ainsi, je faisais valoir que, sur cette population de 323 002 âmes établie dans les simples six Etats de la Nouvelle Angleterre, l’on compte déjà 28 465 électeurs, c’est-à-dire devenus citoyens américains et en âge d'exercer tous les droits politiques que cette naturalisation comporte. Enfin, je faisais remarquer à mes au:titeurs que les Canadiens fixés aux Etats-Unis, y sont arrivés n’ayant que leurs bras pour gagner leur vie, et que c’est pourtant de leurs deniers, exclusivement de leurs deniers, qu’ils ont bâti leurs églises, leurs écoles, leurs couvents, leurs établissements de bienfaisance ; qu’ils pourvoient à l’entretien de leurs pasteurs, aux dépenses du culte, aux frais du personnel enseignant et au bon état des maisons d'éducation instituées par eux pour l'enfance et la jeunesse de leur religion et de leur nationalité d’origine ; au total, jusqu'ici, 180 écoles fréquentées par 26 050 élèves, des deux sexes; 34 académies dirigées par des religieux et des religieuses, comptant 14 192 élèves (en tout, 214 maisons et 40 242 élèves); plus, 210 sociétés de secours mutuels, de bienfaisance et autres, comptant 30840 associés. Les frais annuels du culte et de l’enseignement se montent à 300000 dollars au minimum, c’est-à-dire à plus d’un million et demi de francs. Dans l'Etat de New-York, il y a près de 100 000 Canadiens français presque tous industriels ou commerçants et tout aussi bien partagés, sinon mieux, sous tous les rapports que leurs frères de la Nouvelle Angleterre; dans l'Ouest, 400000, la plupart cultivateurs et proprüétaires de leurs champs, et environ 100000 dans les Etats du Sud. Je vois avec quel intérêt, Messieurs, vous suivez ces éclaircissements et je ne puis me défendre d’en être profondément touché. Quand la France nous a abandonnés à l’Angleterre, nous étions 60 000, et c’est avant tout à nos quelques prêtres, ue nous avons dû de rester Français en dépit de toutes les épreuves imaginables ; ce qui déniontre une fois de plus que « le Christ aime les Francs, Chrestus diligit Francos »; et aussi, à considérer le nombre que nous sommes aujourd’hui, (nous nous sommes doublés tous les 25 ans), que si l'on s’imagine de nous refuser le génie inventif, l’on est bien forcé de nous reconnaître la force créatrice. ie
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La France, j'en ai le ferme espoir, ne nous abandonnera as deux fois, car les formes changent, les besoins varient, es illusions tombent, mais la lumière se fait et la mission
demeure.
Pour rentrer bien vite dans mon sujet d'aujourd'hui, j'ai la confiance que vous concluerez avec moi de toutes les données exactes qui précèdent, qu'elles sont une preuve tangible en faveur des justes salaires, et que cette justesse est d’une intime corrélation avec la justice de tous les droits du travailleur, et notamment la justice du plus contesté de ses droits, celui de la propriété.
Toutes ces doctrines sont belles et bonnes, dira-t-on, mais en thèse générale, comment les faire passer dans les faits ? Ÿ parvient-on toujours, en Amérique, où elles semblent avoir plus d’écho que partout ailleurs?
. Occupons-nous d’abord de cette seconde partie de l’objection, celle qui regarde l’Amérique, et soyons francs, tout à fait francs.
En Amérique, si nous avons de belles et bonnes doctrines, nous en avons aussi de déplorables, des doctrines aux germes de mort. Et, si nous ne savons pas nous délivrer du mal, nous aurons des agitations, des bouleversements et des ruines. Espérons que nous verrons clair à temps propice, afin d'éviter les écueils et les dangers qui nous menacent.
Bien que ce ne soit ni l’heure ni le lieu de traiter ce sujet, qu'il me suffise, pour ne pas prononcer devant vous une parole en l’air, d'indiquer seulement du doigt quelques-unes des principales causes du péril social imminent aux Etats- Unis; et, dans cette simple indication, je ne m’appuierai pas sur mon jugement privé, mais sur de très hautes autorités ecclésiastiques américaines, ainsi que sur l’autorité suprême du Chef de la catholicité. Ce sont :
Dans l’ordre économique, le Monopole (1).
Sur le terrain de la formation morale des jeunes générations, l'École neutre (?).
Dans le sanctuaire de la famille, le Divorce (3).
pendice. Note I.
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(4) S. Em. le Cardinal Giesons, archevêque de Baltimore. — Voir à )S. G. Mgr Irecann, archevêque de Saint-Paul. — Voir à l’Appendice.
Note Il.
(3)S. Em. le Cardinal Gissons. — Voir a l’Appendice. Note IL.
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Enfin, dans le domaine religieux, cette situation si nettement spécifiée dans la dernière Encyclique de Notre Saint- Père le Pape « AU MILIEU DES SOLLICITUDES », la situation de a l'Eglise réduite à la liberté de vivre selon le droit commun » à tous les citoyens. »
« Cette situation, il est vrai », dit Léon XIII] {et c’est là celle de l'Amérique), « se produit dans certains pays. C'est » une manière d’être qui, si elle a de nombreux et graves » inconvénients, offre aussi quelques avantages, surtout quand » le législateur, par une heureuse inconséquence, ne laisse » pas que de s’inspirer des principes chrétiens; et ces avan- » tages, bien qu'ils ne puissent pas justifier le faux principe » de la séparation de l'Etat et de l'Eglise, ni autoriser à le » défendre, rendent cependant digne de tolérance un état de » choses qui, pratiquement, n’est pas le pire de tous. »
Et encore :
«Nous ne voulons pas nous arrêter ici à démontrer tout ce » qu'a d’absurde la théorie de cette séparation; chacun le » comprendra de lui-même. Dès que l'Etat refuse de donner » à Dieu ce qui est à Dieu, il refuse, par une conséquence » nécessaire, de donner aux cifoyens ce à quoi ils ont droit » comme hommes; car, qu’on le veuille ou non, les vrais » droits de l’homme naissent précisément de ses devoirs » envers Dieu, d’où il suit que l'Etat, en manquant, sous ce » rapport, le but principal de son institution, aboutit, en réa- » lité, à se renier lui-même et à démentir ce qui est la raison » de sa propre existence. Ces vérités supérieures sont si clai- » rement proclamées par la voix même de la raison naturelle, » qu’elles s’imposent à tout homme que n’aveugle ‘pas la » violence de la passion. » É
Et maintenant, pour ce qui concerne la première partie de l’objectica énoncée tantôt, je n’ai qu’un mot à vous dire, Messieurs: Sursum corda! | ‘{ ne: faut désespérer ni de l’homme, ni des sociétés, ni. du genre humain ! ; |
Nous nous trouvons, il est vrai, à un tournant de l'histoire, mais si, à l'expiration de notre siècle de progrès, le but à atteindre nous paraît encore bien éloigné, ‘est-ce une raison pour nous de nous décourager? Dans la vie de l'humanité, nous sommes une étape, une grande étape, si vous voulez; mais nous ne sommes qu'une étape. Le genre humain nous survivra; Après nous, ce ne sera pas le déluge, nous pouvons ‘en être sûrs; l'humanité poursuivra sa marche vers ses destinées providentielles. ‘7: FRA ER
e- Nous manions, nous façonnons admirablement la matière, t- nous l’asservissons à tous nos besoins, nous triomphons de de toutes ses résistances ; nous scrutons l'inconnu, nous arraun chons à la science bien des secrets ; nous secourorns la nisère ; nous soulageons la souffrance ; nous relevons les là faibles; nous accomplissons mille autres prodiges ! Et tout st cela est beau, noble, glorieux et grand !
es Toutefois, c’est peu, en vue des conquêtes, des progrès, des nd : triomphes et des devoirs de l'avenir!
se Laissez aux mains de l’homme la grande force expiatrice n- du travail ; laissez en son cœur un grain de sénevé de foi; en pe son âme, une soif ardente de la justice; en tout son être, la le charité. Faites qu’ainsi pourvu pour son pèlerinage terrestre, de qu’ainsi armé pour la poursuite de ses fins temporelles et éternelles, il sache disposer de toutes les gràces que le Christ, l’homme parfait, met à sa disposition, et vous verrez l’homme ce grandir dans des proportions inouies ; vous le verrez remuer le des forces inconnues, accomplir des miracles inespérés dans er l'ordre matériel, scientifique, social, politique et religieux. ce Si je n’ai pas la mémoire égarée, je vous parlais, Messieurs, it en commençant ceci, de la première leçon du catéchisme ; is laissez-moi finir par le Pater. C'est Notre-Seigneur Jésusrs Christ lui-même qui nous y a dicté cette invocation à adresser ce à son Père céleste : « Que votre règne arrive! » et pour qu’il a- arrive : « Que votre volonté soit faite sur la terre, comme >)n elle l’est dans le ciel! « Adveniat regnum tuum, fiat volon- 1= Ê tas tua, sicut in cœlo et in terra ! » Oserions-nous supposer e, que cette prière ne sera pas exaucée, que cette perspective la n’est qu'un rêve, que cette volonté de l’homme, se modelant ° ’ Û sur celle de Dieu, ne sera pas quelque jour tangible ici-bas, le ‘c’est-à-dire une réalité terrestre? Sicut in cœlo et in terra ? e, Et que serait-ce alors, si ce n’est l'avènement social du Christ, le triomphe, non de la Démocratie, qui n’est qu'une ni caste politique; mais de la CHRISTOCRATIE, ce qui signifie la rande famille humaine régénérée, restaurée; la grande e, amille humaine formée enfin d'hommes parachevés, c'està à-dire devenus d’autres christs,; d'hommes parfaits dans leur )n nature finie, comme leur Père céleste est parfait dans sa é, nature infinie; d'hommes qui sauraient que le fini ne s’achève L ; -que là où l'infini commence; d'hommes qui n’auraient, par 15 conséquent, jamais raison de se lasser dans la poursuite de 1S tous les progrès de cet incommensurable fini ; d'hommes qui, 2 ne cherchant que le royaume de Dieu et sa justice, recevraient
tout le reste par surcroît ; d'hommes qui, transformés dans.
4 + : » MU EL ARE NE RE AT PEN PART RAA CE PNR TRS Re PEAR
la Charité du Christ intégral, vrai Dieu et vrai Homme, laquelle est le principe et la fin de tout salut, ne sauraient faillir en aucune de leurs œuvres.
Je m'arrête, Messieurs, j'ai voulu simplement essayer de vous exposer ici comment la vie ouvrière, en pays américain, tend chaque jour et peut tendre encore chaque jour davantage à «illustrer » la doctrine catholique sur la question du travail humain, la plus palpitante du siècle; et je ne puis mieux clôturer ce rapide exposé, qu’en vous faisant entendre une dernière fois la parole de Léon XIIL, qui a résumé l’enseignement traditionnel de l'Eglise sur la matière; d'autant que le court passage de l’Encyclique Rerum novarum, que je vais vous citer, est comme la prophétie de cet Adveniat regnum tuum ! dont nous récitons le vœu chaque jour. Or, un accent
rophétique sur les lèvres du Pape, n'est-ce pas pour tous es catholiques de race, le Mobile, le Lien, l'Espérance ?
« Le bien commun, dont l’aquisition doit avoir pour effet » de perfectionner les hommes, est principalement un bien » moral. Mais, dans une société bien constituée, il doit se » trouver encore une certaine abondance de biens extérieurs » dont l'usage est requis à l'exercice de la vertu. (1) »
« Or, tous ces biens, c’est le travail de l’ouvrier, travail » des champs ou de l’usine, qui en est surtout la source » féconde et nécessaire. Bien plus, dans cet ordre de choses, » le travail a une telle fécondité et une telle efficacité que » l'on peut affirmer, sans crainte de se tromper, qu'il est la » source unique d’où procède la richesse des nations. »
(1) Quorum usus est necessarius ad usum virtutis (S. Thom. De reg Princip. I, C. XV.)
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