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LA NOUVEAUTÉ EXAGÉRÉE DANS LA FAMILLE INSTABLE

voie, les peuples résistent difficilement à l'invasion des nouveautés dangereuses : l'histoire n'en signale pas un seul qui, après avoir atteint la célébrité, ait pu échapper à la souffrance.

L'exagération de la nouveauté : trait caractéristique des familles instables et des races ébranlées ou désorganisées.

Quand l'invasion de la nouveauté dépasse certaines limites, la race s'ébranle, puis se désorganise. Les plus solides familles stables deviennent impuissantes à réprimer dans les jeunes générations les désordres émanant du vice originel. Dès lors elles ne tardent pas à se transformer et elles sont, à la longue, remplacées par des familles anormales qui ont pour caractère distinctif l'instabilité , et pour tendance habituelle la discorde. A cet égard, les « civilisés » qui abandonnent leur tradition se condamnent eux-mêmes à subir les fléaux que déchaînent les pires conditions de la vie sauvage.

La stabilité est conservée chez certaines races sauvages par la soumission à L'autorité paternelle. Les familles instables conslilurni , ,ui contraire, les peuples chasseurs chez lesquels l'adolescent peut subsister sans le concours des parents. Elles sont particulièremenl dégradées

chez ceux qui, dans leurs incessantes migrations, sont contraints d'abandonner les faibles et les infirmes. Privées de la sagesse et de l'autorité des vieillards, dominées par la prépondérance malsaine de la jeunesse, les populations tombent dans un état habituel de dégradation et de souffrance.

Chez les civilisés, comme chez les sauvages, la famille instable se reconnaît à quelques caractères communs. Elle se constitue par l'union de deux adultes émancipés, s'accroît par la naissance des enfants, s'amoindrit par les départs successifs de la nouvelle génération et se dissout enfin, sans laisser aucune trace, par la mort précoce des parents abandonnés.

Malgré leur identité, ces phénomènes soulèvent un plus vif sentiment de répugnance, quand on les observe chez les populations instables et désorganisées, après avoir visité les admirables familles -souches des régions contiguës. Au lieu d'arbres séculaires, enracinés dans un sol fertile, donnant de vigoureux rejetons, répandant autour d'eux une ombre protectrice, on n'a plus devant soi que de maigres arbrisseaux qui ne dissimulent pas la tristesse d'un territoire desséché.

La prospérité ou la souffrance réparties parmi les peuples, selon qu'ils affirment ou nient le vice originel.

Tous les peuples n'emploient pas les mêmes moyens pour se procurer le bonheur, qui est le but commun de leur activité. Les contrastes qu'ils offrent, à cet égard, tiennent à beaucoup de causes qui sont successivement exposées dans ce livre. Ces causes elles-mêmes dérivent en partie des opinions opposées que soulèvent les faits signalés dans ce chapitre comme permanents au sein de l'humanité. Au milieu de leur diversité extrême, les opinions qui régnent à cet égard en Europe et dans les régions contiguës do l'Asie, dérivent de deux doctrines contradictoires qui nient ou affirment ces faits et qui se résument en peu de mots.

Selon la première doctrine, qui, depuis plus d'un siècle, se propage surtout dans l'Occident . tous les individus naissent également portés vers le bien, c'est-à-dire vers les idées el les actes qui conduisent les hommes au bonheur. Mans un temps où la science met chaque jour en lumière (\<-> vérités nouvelles, 1rs parents s'exposeraient à égarer leurs enfants, s'ils continuaient à leur inculquer les traditions groupées dans le

passé sous le nom de loi morale. Ils ont seulement à fournir le pain quotidien aux jeunes générations, jusqu'à ce que celles-ci soient devenues capables de le gagner elles-mêmes par leur travail. Dès qu'elle a obtenu ce résultat , la famille n'a plus qu'à se dissoudre. Abstraction faite de ce lien matériel et momentané, la société comprend seulement deux termes, l'individu et l'État. La majorité des individus fixe, par ses votes, les règles d'après lesquelles l'Etat doit pourvoir au bonheur de la communauté en assurant la paix sociale.

Selon la seconde doctrine exposée dans ce chapitre, l'enfant dès sa naissance incline généralement vers le mal. La famille, guidée par la tradition de la race, est seule capable de l'amener au bien par la discipline de l'éducation. En dressant les individus à pourvoir à leurs deux besoins essentiels, c'est-à-dire à pratiquer la loi morale et à produire le pain quotidien, la famille fonde la société à son image. Conformément à la même tradition et à la nature des lieux, les chefs de famille se concertent pour gouverner, au besoin par la contrainte, les hommes faits qui ne se montrent pas suffisamment initiés à la pratique de la paix sociale. Enfin, l'État, réduit à sa vraie mission, intervient seulement quand il y a défaillance, soit chez les chefs isolés, soit dans les corps dirigeants qu'ils constituent.

J'affirme que cette seconde doctrine est la vraie. J'en ai fourni la preuve dans de longs écrits. Ici j'ai seulement à redire que les faits permanents sur lesquels elle repose peuvent être constatés par tout observateur de bonne foi. Pour connaître la vérité sur ce premier chapitre, comme sur les suivants, chacun peut recourir à la méthode que j'ai employée et que notre école enseigne journellement.

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