LA RELIGION
tiques qui se résument dans les termes suivants : Dieu n'est pas seulement le créateur de l'univers et de l'humanité; il a concédé à celle-ci, par une exception unique, une partie de sa grandeur et de sa puissance. Il a dispensé l'homme d'obéir aveuglément à l'instinct qui lie les animaux soumis, dans l'intérêt de leur conservation, aux forces de la nature. Il a concédé le libre arbitre qui permet à sa créature privilégiée de dominer ces forces dans une certaine mesure, et de s'établir en maîtresse sur presque toute la terre. Les sociétés humaines peuvent, il est vrai, abuser de cette liberté au point de se détruire elles-mêmes, en supprimant les moyens de conservation assurés aux animaux; mais une seconde concession complète la première sans détruire la liberté. Dieu a révélé au premier homme, dans son Décalogue, la loi morale qui fournit aux familles et aux sociétés le frein qu'elles ne trouvent pas dans leur propre nature. Celles-ci réagissent contre les premiers abus de leur liberté, en demandant à Dieu la grâce qui leur est nécessaire pour devenir capables d'accomplir cet effort. L'établissement de cette relation directe de l'homme avec Dieu s'impose aux familles et aux sociétés aussi impérieusement que la satisfaction des deux besoins essentiels : jamais, chez aucune race, on n'a pu établir ce lien indispensable à la pratique de la loi morale, sans instituer une autorité spé-
ciale chargée de ce service. Tel est le cas surtout quand le reste du peuple ne suffît pas à la production du pain quotidien. Partout le personnel investi de cette autorité est secondé par des « rites locaux », dont la pratique n'est pas moins nécessaire que la consommation du pain quotidien. Chaque jour, en effet, la faim rappelle à l'homme qu'il a besoin de nourrir son corps. Chaque jour également la pratique des rites lui rappelle qu'il doit être soumis à bieu pour observer la loi morale , c'est-à-dire pour procurer à son âme la nourriture qui est la seconde source du bien-être temporel. Partout la religion assure aux croyants le même bienfait : elle établit entre eux cet accord admirable que les chrétiens nomment si justement « la paix de Dieu » ; mais elle a pour manifestation extérieure ce personnel et ces rites. Chez les races simples, cette manifestation est purement domestique. Chez les races compliquées, elle donne lieu à de puissantes institutions qui grandissent à mesure que la majorité des familles, absorbée par le travail croissant du pain quotidien, devient moins capable d'enseigner ses enfants. Partout l'enseignement public de la religion insiste sur l'obéissance à la loi de Dieu et sur la double sanction réservée à la soumission ou à la révolte : dans la présente vie, la prospérité ou la souffrance; dans la vie éternelle, la récompense ou la punition. La méthode sociale