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LES COUTUMES FAMILIALES

soit dans la famille, soit dans la société. En second lieu, obéir aux prescriptions formulées dans les commandements VI et IX; réprimer les attentats commis contre l'honneur de la femme , sous l'impulsion de l'appétit sensuel le plus dangereux; en retour de la légitime prépondérance que l'homme s'attribue dans le gouvernement de la société, ne faire expier qu'à lui seul les défaillances qui violent le respect ou simplement la protection que les sociétés prospères accordent à la vierge; enfin, comme compensation à cette lourde responsabilité de l'homme, réprimer par une alliance prudente des mœurs et de la loi, l'industrie scandaleuse des femmes qui, se révoltant contre l'institution du mariage, provoquent et exploitent la corruption de la classe riche.

Au milieu de l'ébranlement que l'âge de la houille imprime aux sociétés, les régions froides et tempérées de l'Europe et de l'Asie m'ont offert des exemples admirables de ces coutumes. L'école de la paix sociale en donne la description, au moyen de ses monographies de famille. L'enseignement spécial consacré à l'art des voyages fournira à la jeunesse et aux missionnaires des grandes races européennes les moyens d'acquérir personnellement, par l'observation scientifique des familles, la connaissance approfondie de ces coutumes. Cette connaissance peul seule donner, en présence du relâchement actuel des

mœurs, les convictions énergiques à défaut desquelles les amis de la réforme resteront impuissants. Après avoir fait ce qui dépendait de moi pour incliquer le but, j'attends avec résignation que l'opinion publique vienne en aide à ceux qui veulent l'atteindre; et je me borne ici à nommer les pratiques essentielles que décrit notre enseignement et que signalent les Ouvriers européens, dans les localités où se conservent les bons modèles de la Constitution.

Toutes les familles y participent à la propriété foncière, soit sous l'une des trois formes définies ci-dessus, soit sous les formes innombrables de la subvention permanente. Les plus pauvres possèdent au moins le foyer domestique, complété souvent par l'atelier de travail et par quelques dépendances agricoles. Quand une nouvelle famille doit être établie, l'acquisition préalable du foyer domestique est une des premières conditions dont se préoccupent les intéressés.

La conclusion des mariages est subordonnée à de longues méditations. Le principe des unions est l'affection réciproque des futurs époux. La prospérité du ménage est garantie par l'accord des caractères, des aptitudes et des sentiments, qui permettra à la nouvelle famille de conquérir le pain quotidien et de pratiquer la loi morale. Cette garantie, elle-même, est donnée par Tins-

titution des fiançailles, qui sont célébrées longtemps avant le mariage. Les deux fiancés sont dès lors en contact journalier. Ils se concertent pour compléter le futur établissement par leur propre travail, avec l'assistance des parents et des amis. Ils abrègent ainsi, autant qu'il dépend d'eux, le délai opposé par la tradition à la célébration du mariage.

Quand la famille est solidement établie sur le sol, grâce à la possession du foyer domestique; quand les époux offrent des conditions de paix intérieure garanties par l'affection réciproque, par le travail qui procure le pain quotidien, par les sentiments qui assurent la pratique de la loi morale, il reste encore à transmettre cet état de bien-être aux générations suivantes. Sous le régime de la Constitution essentielle, ce résultat est obtenu par un ensemble d'habitudes qui se rattachent à deux groupes principaux.

La fécondité du mariage est un trait commun à toutes les familles stables. Les traditions de la race enseignent que les enfants issus du même sang ont des aptitudes et des qualités fort différentes. Les garanties d'un heureux avenir se fortifient donc pour la famille, à mesure que s'accroît le nombre des enfants : dans ce cas en effet, les parents voient augmenter l'espoir de choisir un jour un héritier digue de sa mission. C'est ce motif qui fait redouter aux familles la

stérilité du mariage, et qui les porte à regarder la fécondité comme un signe de la faveur divine. Une épargne, tenue en rapport avec l'importance du foyer et de l'atelier, est réalisée chaque année : elle remédie, s'il y a lieu, aux fléaux déchaînés par les désordres atmosphériques et les calamités sociales; mais, sauf ces cas exceptionnels, tous les produits épargnés dans le cours d'une génération sont également partagés, à titre de dot, entre tous les enfants que la famille doit établir pendant ce même intervalle de temps. Toute la communauté s'inspire du même sentiment : le désir de perpétuer la famille. Le père et la mère, seuls pouvoirs institués par le IVe commandement, propagent autour d'eux ce désir, en s'appuyant sur la plus puissante des forces humaines, sur l'amour paternel. D'après leur enseignement, que confirme la pratique de la vie journalière, le bonheur acquis est le résultat évident des traditions léguées par les ancêtres avec le domaine familial; et ce bonheur ne peut être transmis aux descendants que sous les mêmes influences.

Dans les rangs supérieurs de la société, de même que dans les situations les plus humbles, la famille stable et féconde est, pour la race entière, la vraie source de la prospérité. C'est l'unité sociale par excellence : celle où se perpétuent l'application au travail , la soumission à

Dieu et à sa loi, la simplicité des goûts et la frugalité de l'existence.

Après avoir goûté, grâce à ce régime, toutes les satisfactions propres à l'enfance, les jeunes adultes fondent à leur tour de nouvelles familles. Ils s'établissent, en général, dans les localités où ils peuvent compter sur l'appui des parents qui les y ont devancés. Ils y arrivent pourvus de la quantité d'épargne que comportent, et le travail de leur génération et la puissance productive du domaine paternel. Toutefois, au premier rang de leurs ressources figure la totalité des forces morales accumulées au foyer et à l'atelier par les générations successives des ancêtres. Quelques adultes, peu enclins au mariage, restent au domaine paternel en y conservant leur dot, sous forme de pécule : dans cette condition les filles, plus encore que leurs frères, sont la providence des enfants et la joie du foyer. De loin en loin un rejeton, doué d'aptitudes supérieures, s'élève par ses talents et ses vertus au-dessus du rang occupé par sa famille. I lependant tous ceux qui ont fondé un nouvel établissement, les plus humbles comme les plus illustres, se plaisent à honorer la maison-souche; ils y reviennent en pèlerinage, à certains anniversaires, même des lieux les plus éloignés, cl signalent ainsi la source de leur succès. Par là • •LMlemenl . chaque pèlerin enseigne à ses des-

cendants les traditions d'honneur et de vertu, que doit perpétuer la famille nouvelle. Quant à l'héritier de la vieille maison, il reste au foyer natal dans la condition des aïeux. Pendant un demi-siècle, il procure l'éducation, puis l'établissement à deux générations nombreuses composées de ses frères et de ses propres enfants. Enfin, après avoir institué son héritier de concert avec ses parents, et après l'avoir guidé longtemps encore, il meurt heureux, avec la pensée qu'il revivra dans la mémoire de ses descendants.

Les coutumes sociales de la Constitution essentielle.

Chez les races simples et primitives éparses sur de vastes territoires, où se présentent les tableaux que je viens de tracer, où le père et la mère conservent à leur foyer la paix intérieure et ne troublent pas celle de leurs voisins, on ne sent pas le besoin d'instituer des pouvoirs publics ayant pour mission d'imposer aux familles les devoirs que celles-ci pratiquent spontanément. Tout au plus confie-t-on à quelques familles renommées par leur prudence le soin de remédier aux accidents qui amèneraient, en certains lieux, la perte du pain quotidien, la violation de la loi morale ou le déchaînement de la discorde. Sous

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