LES TROIS FAUSSES DOCTRINES DE I.'ERREUR
caractère essentiel est « l'accord entre la formule de la loi suprême et la nature de l'homme » ; faute de cet accord , le règne de la loi morale et le service du pain quotidien ne sauraient être garantis efficacement.
Les novateurs dont je parle ne se sont guère préoccupés jusqu'à présent de relever, par ces qualités maîtresses, la valeur de leurs doctrines. Loin de là, on constate , en suivant les débats qui se produisent, même entre leurs auteurs, qu'ils ne s'accordent, ni sur la définition qu'ils adoptent, ni sur les besoins qu'ils prétendent satisfaire. Je vais signaler les lacunes et les contradictions de ces trois enseignements nouveaux, et mettre ainsi en lumière les questions que la science sociale doit résoudre.
Les principes de 1789.
Depuis près d'un siècle, on signale, sous ce nom, à la confiance des peuples les nouveautés qui devraient remplacer, comme règle suprême de conduite, les institutions surannées de la Constitution essentielle. La pratique des partisans de la doctrine et le texte des principales déclarations qui L'ont définie, fournissent le plus sûr moyen de connaître la pensée des novateurs :
les trois mots qui la résument sont « liberté systématique , égalité providentielle , droit de révolte ». Il est donc facile de démontrer que ces formules n'ont pas la clarté désirable, et qu'elles n'expriment point les besoins généraux qu'une bonne constitution sociale doit, avant tout , satisfaire.
Les enseignements de l'histoire et de la raison condamnent la liberté pratiquée sans contrepoids, ou même sans entrave formelle. Partout, on réprime, dans l'enfance et la jeunesse, les inclinations, et chez les hommes faits, les actes, qui sont incompatibles avec la paix publique. D'un autre côté, chez les races modèles, ces contraintes nécessaires se trouvent en présence de libertés légitimes. On peut même dire que la liberté et la contrainte sont, en quelque sorte, enchevêtrées par leur nature même. C'est ainsi que les meilleurs régimes appliqués à la direction de la jeunesse peuvent être nommés avec la même exactitude : « liberté d'éducation » ou « coaction paternelle ». La liberté et la contrainte sont conciliées dans chaque élément de la vie sociale et s'y pondèrent l'une par l'autre dans un harmonieux équilibre. Le problème est résolu par la Constitution essentielle : les sept principes établissent les règles communes à tous les peuples; les coutumes familiales et sociales imposent la pratique spéciale à chaque localité.