‹ La Condition Juridique Du Batard Au Moyen AgeChapitre 13 sur 58 · LE BATARD HORS DE LA FAMILLE · texte numérisé non relu

LE BATARD HORS DE LA FAMILLE

Lorsqu'on aborde les textes nombreux du xrr1e siècle qui nous ont été conservés, une chose frappe immédiatement : le bâtard, dans les pays coutumiers, est atteint de déchéances diverses, plus ou moins accentuées suivant les diverses coutumes, mais les unes et les autres se rattachent aux deux idées générales que nous avons essayé de dégager :

1° Le bâtard est devenu un étranger à la famille ;

29 Le bâtard, par sa qualité même de bâtard, est, dans la société, un être inférieur, diminué.

De cette idée que tout lien est rompu entre le bâtard et ses parents, l’ancien droit à tiré deux sortes de conséquences, les unes, inhérentes à la vieille conception de la solidarité familiale, qui ont disparu au fur et à mesure que l’individualisme est allé en s’accentuant, les autres, qui ont duré et persévèrent encore, relatives principalement à la transmission du patrimoine à cause de mort.

19 Guerre privée et asseurement.

De l’anarchie d’où est sortie la féodalité, de la faiblesse du pouvoir central, sinon de sa disparition, 1l est advenu que deux hommes, ayant à trancher une querelle, ont eu recours à la guerre privée ; non pas qu'elle soit un produit de la féodalité

donare ; quia si hoc essel permissum, accideret inde frequens prius natorum filiorum exheredatiopropter majorem patrum affectionem quam sepe erga postnatos filios suos habere solent, sed numquid filio suo bastardo potest quis filium el heredem habens de hereditate sua donare ? Quod si verum est tune melioris conditionis est in hoc bastarudus filius quam mulieratus post natus, quod tamen verum est (Livre 7, p. 461).

pure, un fruit naturel, comme on l’a écrit ‘ ; la guerre privée du moyen âge n’est qu’une résurrection d'institutions primitives auxquelles elle emprunte cette caractéristique de dresser l’un contre l’autre non seulement deux individus, mais les parents des deux adversaires jusqu’au degré où le mariage devient licite *?.

Ces principes une fois admis, il est facile d’en conclure que le bâtard, n'étant pas de la famille, peut bien sans doute être en guerre privée pour son propre compte mais qu’il lui est impossible d’être entrainé dans une guerre privée en raison du lignage. C’est en effet le principe que pose Beaumanoir :

Aucunes- personnes sont exceptées des guerres tout soit ce qu'ils soient du lignage naturelment à ceus qui guerroient, si comme clerc et cil qui sont entré en religion, et fames, et enfant soussagié, ef bastars — s'il ne se met en la guerre par son fet — et cil qui sont mis ou rendu es maladreries ou es osteleries : toutes tens personnes doivent estre hors du peril de la guerre de leurs amis. Et quiconques s’en prent à eus, il ne se puet escuser du mesfet par droit de guerre.

A la guerre privée, l'Église opposa d’abord la paix de Dieu et la trêve de Dieu ; puis le pouvoir royal, déjà plus fort au x111 siècle, combattit la guerre privée par l’asseurement, c’est-àdire la promesse solennelle de garantir contre toute violence faite par un membre quelconque du parti de celui qui le fournit, promesse d’abord librement et volontairement faite, puis imposée par le seigneur souverain, roi, duc, comte ou baron‘, et pour avoir toute son efficacité l’asseurement était d'ordinaire prêté « de se et suis, pro se et suis », c’est-à-dire qu’il comportait un engagement pour soi et ceux de son lignage envers une personne déterminée et ceux de sa ligne ÿ.

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