‹ La Confédération générale du travail, historique, constitution, but, moyens [microform]Chapitre 2 sur 8 · AUTONOMIE · texte numérisé non relu

AUTONOMIE

L’on vient de voir le mode d’organisation, la composition et le fonctionncmient de la Confédération générale du travail et de ses divers comités ou commissions. 11 serait on ne peut plus arbitraire d’en conclure — et nous attirons l’attention de nos lecteurs sur ce point particulier, parce que cela a été dit — que la Confédération est un organisme centralisateur, un espèce de « Comité directeur du mouvement syndicaliste ».

Rien de plus inexact, en effet. Fédérations de inétier et d’industrie et Bourses du travail sont libres au sein de la Confédération. Chaque organisation est autonome et mène sa propre action comme il lui convient ; c’est ainsi que le respect de l’autonomie des organisations la composant est poussé si loin au sein de la Confédération que, par exemple, la Fédération du Livre a pu, malgré la décision du Congrès de Bourges, en ce qui concerne la journée de 8 heures, décider, dans son Congrès tenu l’année suivante à Lyon (1905), de ne faire campagne qu’en faveur de la journée de 9 heures.

De même les corporations de l’alimentation et des coiffeurs, par exemple, se sont plus particulièrement agitées pour l’obtention du Repos hebdomadaire, première et indispensable étape pour ces corporations vers une diminution des heures de travail.

Pour les Bourses du travail, il en est exactement de même ; chacune d’elle s’organise et mène

son action comme elle l’entend et sans jamais en référer à l’organisme central : Confédération.

La seule obligation faite, tant aux Bourses du travail qu’aux Fédérations est la communication de leurs statuts constitutifs, lorsqu’une nouvelle agonisation demande son adhésion à la Confédération.

Le Bureau confédéral examine alors si les statuts sont conformes à l’esprit de la Confédération et le Comité est appelé à se prononcer : celui des Bourses du travail en ce qui concerne cellesci ; celui des Fédérations pour ces organisations — sur l’adhésion sollicitée.

Ce léger contrôle restrictif est établi par mesure de précaution pour éviter qu’il puisse se glisser au sein de la Confédération des organisations mixtes composées d’ouvriers et de patrons ou des organisations jaunes à la solde des partis réactionnaires.

^ Rarement la Confédération a dû intervenir, et c est à peine si, quelques fois, l’un des Comités ayant à se prononcer sur une adhésion, a demandé à l’organisation solliciteuse de modifier un texte afin qu’il fut dans un esprit plus conforme aux statuts confédéraux.

fédérations et Bourses du travail sont donc libres et autonomes au sein de la Confédération libres et autonomes doivent être les syndicats au sein de leur Fédération ou de leur Bourse.

Ici, nous devons reconnaître, et regretter pour notre part, que dans certaines Fédérations les

d c^its ne soient pas aussi libres de leur action qu’elles ne le sont elles-mêmes au sein de la Confédération. C’est là, à notre avis, une anomalie qui, étant donné l’esprit qui anime le syndicalisme français, doit tôt ou tard prendre ffn.

C’est ainsi, par exemple, que les syndicats faisant partie de certaines Fédérations ne peuvent s engager dans un mouvement de grève ou même

simplement laisser tout ou partie de leurs membres prendre part à un mouvement de grève sans en avoir auparavant référé à leur Fédération et sans avoir en quelque sorte reçu l’autorisation.

Assez nombreuses sont les Fédérations ayant inscrit cette restriction dans leurs statuts, l’aggravant même de la menace de ne soutenir ni moralement ni financièrement le syndicat qui y aura transgressé, mais je m’empresse de dire que la plupart des Fédérations sont dans l’impossibilité absolue d’imposer l’application stricte de cet article.

C’est le cas pour l’importante Fédération de la Métallurgie, pour celle des Cuirs et Peaux, etc.

Par contre, la Fédération du Livre, organisée sur des bases beaucoup plus centralisatrices, applique strictement cet article de ses statuts et ne saurait y admettre la moindre dérogation.

Nous citons cette restriction — avis et approbation de la Fédération pour que le syndicat puisse s’engager dans une grève — ■ parce qu’à notre avis c’est de beaucoup la plus importante. D’autres restrictions de l’autonomie des syndicats au sein de leur Fédération existent bien, mais ayant la plupart du temps un caractère si strictement professionnel que les syndicats ne s’en trouvent aucunement atteints dans leur autonomie.

En ce qui concerne les syndicats admis dans les Bourses du travail (i), la même autonomie de se gérer comme bon leur semble existe, sous la seule réserve unanime que le Conseil d’administration de la Bourse a donné son approbation aux statuts

(1) 11 est bien entendu que chaque fois que nous écrivons Bourse du Travail nous entendons dire également Union locale ou départementale de syndicats adhérant au même titre à la Confédération.

desdits syndicats, toujours dans le but d’écarter l’élément jaune ou mixte.

Nous venons de voir, et il ne peut y voir à cet égard aucun doute que la Confédération générale du travail est un organisme à base fédérative, que la Fédération et la Bourse du travail sont libres au sein de la Confédération, que le syndicat doit être libre dans sa Bourse du travail et dans sa Fédération, il nous reste à dire quelques mots et de montrer qu au sein même du syndicat l’homme c’est-à-dire le syndiqué, reste libre.

L on a en effet trop tendance à comparer — encore que 1 appréhension soit beaucoup moins vive sur ce point - le syndicat de nos jours à 1 ancienne Corporation fermée, restrictive et attentatoire à la liberté individuelle qu’était la «Corporation )) avant que la Révoluton de 1789 n’en décidât la suppression.

Sous 1 ancien régime, pour pouvoir travailler, et pouvoir exercer un métier, il fallait la plupart du temps faire partie d’abord de la Corporation, y avoir été apprenti, puis compagnon, ou avoir été agréé comme tel. etc., etc.

Aujourd hui, rien de cela, c’est librement que Ion rentre dans le syndicat, et celui-ci n’a rien de 1 aspect purement corporatif de l’ancienne Corporation. Le syndicat d’aujourd’hui est, avant tout un organisme de défense et de lutte contre 1 exploitation capitaliste. L’esprit « corporatif » y tient une place aussi relative, que possible, et ouvrier ne devient un « syndiqué » que pour pouvoir, en régime capitaliste, mieux défendre son salaire ou en acquérir un plus rémunérateur ; sauvegarder sa dignité d’homme et faire que soit moins écrasante pour lui sa condition de salarié.

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