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Pourquor LE MINISTÈRE TACHÉ-MACDONALD A-T-IL EU RECOURS À LA L CoNFÉDÉRATION ?
1° Pour garder le pouvoir.
L'un des srguments les plus fréquemment invoqués en faveur de la Confédération par les journaux .ninistériels, c'était sa n‘cessité. Seion eux, il n’y avait plus moyen pour le pays de sortir des difficultés sectionnelles qui entravaient la marche des affaires. Le Haut et le Bas-Canada étaient à couteau tiré. Il fallait un remède nouvean, et ce remède, les ministres conservateurs ont feint de le trouver dans la Confédération.
Si tel avait été le cas, s’il eût réellement fallu un remède, le plus simple eût été le rappel de l'Union : ils n’en voulaient point. Il y avait encore l'union fédérale des deux Canadas, mais une véritable union fédérale, qui Rurait assuré à chaque province le contrôle de ses affaires locales. Le daut-Canada s’en contentait ; le Bas-Canada l'aurait acceptée de bonne grâce : ils la repoussèrent.
Tant qu'ils crurent être capables de garder le pouvoir, ils trouverent bonne l'Union des deux provinces, cette Union ‘ qui nous avait sauvés ”, selon leur dire. Mais quand ils virent les rênes de l’administration menacer de leur échapper des mains, au lieu de recourir au rappel de l’Union ou à l'union fédérale des deux Canadas, ils entreprirent la Confédération —cette union législative déguisée, —d’abord parce que l'œuvre était plus difficile que les autres, parce qu’elle était plus compliquée, et que par cela seul ils avaient la perspective de conserver plus longtemps leurs portefeuilles, ensuite parce qu’ils ambitionnaient de devenir les instruments des élèves de lord Durham.
Depuis 1852, le Haut-Canada réclamait, dans la constitution, un changement qui lui accordât une représentation parlementaire plus norabreuse que celle du Bas-Canada. Toujours ses demandes avaient été repoussées, lorsqu’en 1864, le 14 mars, M. Brown fit nommer un comité de vingt membres qui fut chargé de trouver un moyen de faire disparaître les diffi-
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cultés sectionnelles. Ce comité se composait de MM. Cameron, Cartier, Chapais, Cauchon, Dickson, A. A. Dorion, Dunkin, Foley, Galt, Holton, Joly, J. A. Macdonald, J.S Macdonald, MacDougall, McGee, McKellar, Scoble, S'reet, Turcotte et Brown. |
Le 14 juin suivant, M. Brown, président du comité, faisait rapport : Que le comité s'était réuni huit fois et s'était efforcé de trouver aux difi- “ cultés existantes une solution qui pût avoir l'approbation des deux sec- “tions de la province ; qu’il y avait chez les membres du comité une forte
“ tendance vers des changements dans le .ens du système fidéral appli- ;
“ qué soit au Canada seul, soit à toutes les rovinces de l'Amérique bri- “ tannique du Nord, et que le comité avait fait assez de progrès pour être & justifiable de recommander que la question fût encore renvoyée à un “ comité à la prochaine session du parlement.”
Le comité ne fut pas unanime à adopter ce rapport.
M. John A. Macdonald, le chef du cabinet, se prononca absolument contre toute idée de changement. M. Dorion n'assista pas à ce comité. (Voir les Journaux de l'Assemblée Législative, à la date du 14 juin 1864.)
Le même jour, 14 juin, le gouvernement était défait sur la question de l'avance de $100,090, faite sans autorisation de la législature, par le ministère Cartier-Macdonald, en 1859, pour racheter un égal montant de bons dus à la cité de Montréal par la Compagnie du Grand- Tronc,—et neuf jours après, le 23, M. J. A. Macdonald aunonçait à la Chambre qu'il avait entamé des négociations avec M. Brown e* lui avait dit “qu'ils ne pourraient s'entendre à moins que le principe fédératif & recommandé par les rapports du comité de M. Brown ne fût choisi comme “ base d’arrangements.” (That, unless a basis could be found on the federaiive principle suggested by the reports of Mr Browns committee, it did not appear to them likely that anything could be settled).
Quelques jours après, la coalition était formée. M Cartier et M. Brown marchaiïent bras dessus bras dessous, et trus deux se préparaient à sppliquer aux provinces Lcitanniques le principe fédératif que le chef du gouvernement trouvait inacceptable le 14, qu'il proposait le 23 et qui était accepté le 24.
Cette effroyable immoralité politique inspirait ur article foudroyant à l'organe du clergé catholique, le True Witness, qui disait, Cans son numéro du 24; “Il est à peine nécessaire de parler de la mcralité de cette “ démarche, et il n'est pas besoin de commenter le triste spectacle ‘“ qu'offrent les hommes qui s'appellent les défenseurs du catholicisme et “ de la nationalité franco-canadienne, présentant la main de l'amitié au 4 grossier diffamateur de leur religion, à l'ennemi mortel de leur race.”
Si la Confédération était nécessaire, ce n’était qu'aux ambitieux intrigants qui tenaient, avant tout, à garder le pouvoir.
Le rapport mème du comité de M. Brown, comme on l’a vu plus haut, démontre que les changements n'étaient pas nécessaires, n’etaient pas urgents au moins, puisqu'il proposait de renvoyer l'examen de la question à la session suivante,
M. John A. Macdonald repoussait toute idée de changements constitutionnels le 14 juin 1864; il trouvait excellent le système actuel; il ne songeait point à l’abolir Puis, neuf jours après, attendu que le pouvoir lui échappait, il eut, comme Saul sur la route de Damas, une révélation dans laquelle il vit la Conféd ration comme l'unique moyen de demeurer ministre. Nous savons qu'il y eut recours, et nous saurons bientôt, quand après la peur nous aurons subi le mal, quel prix nous aurons payé pour satisfaire l'ambition de ce chef et des satellites qui ne pouvaient différer
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2° Pour réaliser le programme de lord Durhan.
Quand lord Durham écrivait en 1839 son célèbre rapport, qui indiquait de si efficaces moyens de faire disparaitre du Canada l'influence de l’élé. ment français, il indiquuit, avec une sagacité extraordinaire, au gouvernement impérial, comment s’y prendre pour parvenir à cette fin. Ses conseils 0” ‘porté leurs fruits : “ Donnez aux chefs, disait-il, des honneurs ‘et des places, ouvrez une libre carrière à leur ambitioù légitime, et vous “les attacherez à vos intérêts et les ferez concourir à votre but” (1) Nous avons eu, depuis l'Union, des chevaliers, des baronnets, des honneurs et des récompeuses de toutes sortes, et la politique d'avancement personnel a remplacé la politique de dévouement et de sacrifice qui était celle de nos devanciers.
Mais avec cette politique mesquine nous avons eu nos hontes, comme autrefois nous avions nos gloires nationales. Sous l'empire de ces influences néfastes, les plus ardents champions des droits du peuple sont devenus les plus dociles, les plus soumis, les plus abjects supports de l'autorité. Ce sont eux qui, trahissant leurs professions antérieures, désertant le drapeau que leurs compatriotes leur avaient confié, ont troqué pour des honnéurs et des salaires infimes le dépôt sacré des libertés populaires qu'ils avaient été chargés de défendre,
Le but de lord Durham était l’'anglification du Bas-Canada. Quelqu'un en doute-t-il, voici ses propres expressions :
“ Jamais la population anglaise ne souffrira d’être gouvernée par une #4 Cliambre d'Assemblée où les canadiens-français auront, où mme seront “ près d'avoir la majorité.” ;2)—1 Le Bas-Canada doit être anglais, quand même il devrait cesser €’être britannique.” (3)—Si, dès la conquête, on ‘avait adopté la sage politique d’anglifier la province et qu'on y eût i persévéré, les français auraient été bientôt noyés, etc.” (4)—‘Je n’entre- “ tiens aucun doute sur le caractère national que l’on doit donner au Bas- { Canada ; ce doit être celui de l'empire, celui le la majorité de la popu- “lation de l'Amérique britannique, celui de cette grande race qui doit ‘avant longtemps prédominer sur tout le continent amtricain. A l'avenir “le premier et permanent objet du gouvernement anglais doit être d’éta- “ blir en cette province une population anglaise, avec la langue et les lois
“anglaises, et de n’en confier le gouvernement qu’à une législature déci- ‘dément anglaise.” (5)
“ Mais je répète que l’on devrait tout de suite commencer à changer le “ caractère de la province et continuer à agir dans ce but avec fermeté, ‘ quoique avec prudence ; que quelque mode que l’on adopte pour gouver- ‘ner le Bas-Canada, le premier objet doit être d'en faire une province “ anglaise ; et que dans ce but l’ascendant ne doit jamais être laissé en ‘d’autres mains que celles de la population anglaise.................
“ Le Bas-Canada doit être gouverné maintenant, comme il doit l'être “ci-après, par la population anglaise.” (6)
(1) Voir la conclusion de son rapport, page 112 de l’édition publiée à Loüdres, par ordre de la Chambre des Communes, en date du 11 février 1839. (2) Page 20, préambule. (3) Page 235. (4) Page 26.
(5) Page 103. (6) P.106.
Rien ne peut être plus explicite. Ce que l'on réclame pour ces nouveaux veuus que la conquête a jetés au milieu des anciens habitarts du pays, ce n’est pas l'égalité, c'est la domination ;—c'est la soumission d’un million d'hsbitants parlant la langue de Jeurs pères à une miaorité insignifiante d’une autre origine, C’est d'enlever à ce million d'habitants sa langue, ses loi, ses institutions pour transformer son caractère national ; c'est l'extinction de sa nationalité et de sa race que l’on exige. Voilà dans touie sa vrutale franchise la proposition que le haut fonctionnaire impérial soumettait en 1839.
Pour atteindre ce but, lord Durham propose d'abord l'union du Haut et du Bas-Canada : elle nous a été impusée. Mais le moyen le plus prompt et le plus certain, c’est l’union légisiative de toutes les provinces anglaises : on nous l’a encore imposée, Voici comment il l'indique : ‘‘ À mon arri- “ vée au Canada, j'inclinais fortement vers un projet d'union fédérale... “ Mais le temps des transitions graduelles est passé pour le Bas-Canada.. & Je crois que la tranquilliti ne peut être rétablie qu'en soumettant cette # province à la lri rigoureuse d'une majorité anglaise et que le seul gou- “ vernement efficace serait celui formé par une union législative.” ,.... (1)
“ Je suis porté à me demander si ce but ne serait pas plus sûrement atteint par l’union législative de toutes les provinces... Cette union réglerait décidément aussitôt la question de races.” (2)
& Je crois cependant que les provinces auraient le droit de se plaindre & si l'administration locale et la distribution des fonds pour des objets. locaux étaient transférées des assemblées locales à la législature géné- & rale, ce qui serait sujet à de plus graves objections.... Pour prévenir & cela, je préférerais conserver les assemblées provinciales en leur lais- “ sant les attributions et les pouvoirs de simples municipalitès.” (3)
Après avoir recommandé comme mesure d'urgence l'union du Haut et du Bas-Canada, 2vec pouvoir de s'adjoïndre les autres colonies, et que l'or nommât ane commission pour fixer les limites des divisions électorales, le rapport ajoute :
tt Le même commission devrait former un plan de gouvernement loca! ‘représenté par des corps électifs subordonnés à la iégislature géné- {rale.” (4)
Une union législative de toutes les provinces avec des parlements locaux subordonnés à la législature générale et n’exerçant que des pouvoirs municipaux, tel est le plan de lord Durham pour consolider la domination anglaise davs le Bas-Canada et pour opérer cette transformation qui doit effacer jusqu’au dernier vestige des canadiens-français dans le pays.
La prétendue Confédération que l’on vient de nous imposer n'est-elle pas identiquemement le projet de lord Durham : une union législative ?
Une législatu2 générale ayant un cuntrôle absolu sur l'administration de la justice civile et criminelle, sur l’éducatioz, le commerce, l’agriculture, les :ois réglant les mariages et le divorce, la nar‘zation, les pêcheries, les postes, :a milice, les chemins de fer et tous les objets d’un intér’t général, !- perlements locaux subordonnés au gouvernement général et remplissant des fonctions municipales, la r présentation basée sur la population, afin de noyer l'élément français : voilà la substance de la mesure qui unit les provinces britanniques.
N'est-ce pas ce que lord Durhsm recommandait ?
Le bill en dit assez par lui-même, mais les explications données dans le parlement anglais ne laissent aucun doute à ce sujet. Lord Carnarvon.
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en proposant la mesure s’est donné la peine d'expliquer que :es législatures locales n'auraient aucun pouvoir qui re fût subordonné à la législature générale, et M. Gladstone dit en toutes lettres que l’objet du will était de ne donner aux législatures locales que des pouvoirs municipaux.
Ainsi s’accomplissent une à une les recommandations que lord Durbam faisait, dans son trop fameux rapport, pour anglifier le Bas-Canada : union du Haut et du Bas-Canada d’abord, puis union législaiive de toutes les provinces. Ce programme s’est accompli à la lettre. C'est M. Cartier et sa complaisante majorité parlementaire qui se sont faits les outils de lord Durham.