‹ La confédération [microforme]Chapitre 3 sur 18 · MANIÈRE DONT LA CONFÉDÉRATION NOUS A ÉTÉ IMPOSÉE · texte numérisé non relu

MANIÈRE DONT LA CONFÉDÉRATION NOUS A ÉTÉ IMPOSÉE

On a vu plus haut que la Confédération n’a été dès l’abord qu’un expédient, entre les mains des conservateurs, pour garder le pouvoir. Voyons rapidement de quelle manière elle nous a été imposée.

Après que les ministres tories de 1864 eurent découvert que cette mesure devait faire le bonheur du pays, ils rencontrirent à Charlottetown, le 2 septembre, les délégués des autres colonies anglaises, et le principe de la Confidération fut adopté par la Conférence, dont les délibtrations furent tenues secrètes. Ni le parlement ni le peuple ne les avaient autorisés à nous représenter à cette Cnférence.

Le 10 octobre, ce fut au tour des délégués des provinces maritimes à rencontrer les ministres canadiens. Une Cnférence qui dura deux semaines se tint à Québec. Elle s’entendit sur les détails de la Confédération, Ses. délibérations furent encore tenues secrites.

Quelque temps après, le gouvernement faisait parvenir aux députés canadiens copie des résolutions de la Conférence, leur recommandant de les tenir secrètes. J.B. E. Dorion, député de Drummond et Arthabaska, se révoltait contre cette prétention et publiait les résolutions dans le Défricheur.

Une session s’ouvrait le 19 janvier 1865. Le 3 février, M. Powell demandait au gouvernement ‘s'il entendait que la chambre adoptit le {“ projet de Conf:dération en entier, ou s’il Ini serait permis d'en adopter “une partie et de rejeter l’autre” (1) Le gouvernement répondait par M. J. A. MacdonalG : ‘ qu'il présentait le projet comme un tout et qu’il # emploierait toute son influence nour le faire adopter cars changement,” (2) et il menaçait la chambre de retirer le projet si elle lui faisait subir des amendements. (3) Ce fut en vain que M. Holton dit: “ Je crois que le gouvernement devrait demander un vote affirmatif sur chacune des réso-

“Jutious. Elles ont été prépartes et pass’es par uu corps constitué de “ Jui-mème, sans l'autorité de la Chambre ou du peuple. À moins que la ‘# Chambre ne soit un mythe ou une moquerie, le moindre égard que l'on “pourrait avoir pour elle serait d'obtenir son approbation directe sur “ chaque article ;” (4) ce fut en vain que toute l’opposi.ion r<clama le mime droit; ce fut en vain que M. Powell, un ami du gouv2rnement, äéclara cette conduite indigne et ineultante ; (5) ce fut en vain que M. Evanturel la trouva iilogique. (6) M. McDougall r'pondit : “ Le projet ‘a l+ caractère d'un traité, et en conséquence il faut le voter par oui ou “non.” (7) Le gouvernement, sûr de son obstquieuse majorité, ne permit

(1) Débats sur la Confédération, p. 15. (2) Ibid., p.16. (3) Ibid. (4) Jbid. (5) P. 719. (6) P. 723. (7) P. 728-4.

point de changer un iota à ces résolutions. On aurait dit qu’elles étaient parfaites comme la loi dés Douze Tables que Dieu donna à Moïse sur ie Sinaï |

Puis, durant cette session et la suivante, le gouvernement s’opposa sans cesse à l'appel au peuple.

Vouà de quelle manière il s'est moqué de la nation: voilà comment le serviteur à traité ses maitres.

La nouvelle constitution portera éternellement en elle le vice radical d'avoir été élaborée en convention secrète, de n'avoir été sollicitée par personne, et d'uvoir été promulgu'e sans l’assentiment des populations. Après avoir été adoptée, par des hommes sans mandat, qui cachaient leur conspiration au regard du public, elle a été imposée à la législature, comme une œuvre à laquelle personne n'avait le droit d'apporter une modification, puis au pays, malgré les protestations de plus de 23,000 signataires de pétitions venues de plus de 100 villes et paroisses du Bas- Canada.

L'on se fera une idée des moyens employés par le gouvernement pour s'assurer la majorité dans les Chambrscs, si l’on songe : 1o que MM. Alleyn, Dickson, Powell et Ferguson ont ét: rcompensés de leur docilité, le premier par le shérifat de Qu bec ; le second par le bureau d’enrégistrement de. Huron et Bruce ; le troisième, par le shcrifat de Carleton ; le quatri:me, par le sh rifat de Frontenac; 20 que le gouvernement avait inséré dans le projet de Québec une clause (la 14e) qui voulait que les sénateurs fussent choisis autant que possible parmi les membres des Conseils L'gislatifs des diverses provinces ; 30 que MM. Boss’, Dankin, Irvine, de Niverville, Webb, Denis et Taschereau, tous ardents suppôts de la Conf dération, viennent d'itre nommés Conseils de la Reine, honnevr professionnel que plusieurs d’entr'eux ne m‘ritent nullement.

On verra bien d'autres espèces de récompenses d'ici à quelques jours.

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