Voir ri-dossous, page
de Liitzow, ambassadeur d'Autriche à Rome, en avait eu aussi connaissance. C'était la solution franco-espagnole avec inspection. Seulement, d'après des rumeurs discrètes, tandis que TAutriche se tenait à cette solution raisonnable et laissait Tinspecteur à son inspection, l'Allemagne, obstinée à exclure, même quand elle feignait de l'accepter, la police franco-espagnole, voulait que l'inspecteur eût, outre un droit de contrôle général, le commandement direct d'un port où les instructeurs seraient de même nationalité que lui : elle reprenait ainsi d'une main ce que, de l'autre, elle semblait donner. Dans ces deux systèmes tenait en germe toute la discussion, dont l'accord, à la fin, devait sortir. Plus l'Autriche verrait s'approcher l'heure du vole, plus l'action qu'elle exerçait à Berlin se ferait forte et insinuante. De ce côlé encore, nous n'avions que des motifs de souhaiter un scrutin public.
Ainsi se précisait, pour le gouvernement français, la nécessité, chaque jour plus impérieuse, de prendre la décision à laquelle l'interruption forcée du débat sur la banque le conduisait d autre part ^ : à savoir, d'amorcer la discussion sur la police en amenant les délégués à émettre un vote qui, à défaut de conséquences matérielles, eût du moins une signification morale.
On pouvait considérer que les tentatives de conciliation, poursuivies simultanémentàSaint-Pélersbourgetà Washington, avaient délînitivement échoué. L'Allemagne, à moins d'y être forcée, ne reviendrait pas sur des refus aussi énergiques que nombreux-.
\. Voir ci-dessus, pago 240.
2. Un détail, que je suis en mesure d'affirmer de la façon la plus catégorirpie, montre quel soin mettait rAllcmagnc à user contre nous de tous les moyens propres à nous isoler et à nous créer des difficultés. Au début de février, l'ambassade d'Allemagne à Constanlinople, pria Abd-ul-Hamid d'écrire au Sultan du iMaroc pour lui conseiller d'écouter les avis de l'Allemagne - protectrice des Musulmans ». Abd-ul-Iiamid y consentit et lit reniellre la leltro ù. l'ambassade, qui l'expédia au D' Rosen, lequel la fit portera Fez. La manœuvre, d'ailleurs, ne réussit pas; car Abd-el-Aziz répondit qu'il no reconnaissait pas le Sultan de Constantinoplo et n'avait rien à voir avec lui. Quelques jours après, le chancelier s'cft'orçait de se servir encore de la Turquie, — c'était à la veille de la séance du 3 mars, — en la priant do signaler à l'Italie les . « agissements de la Franco sur les confins de la Tunisie cl do Tripoli»). Inu-
Etail-ce dans un vote de la conférence que Ton pouvait trouver le moyen de lui forcer la main ? Oui^ s*il nous assurait une impo* santé majorité ; non, s*il nous laissait face à face avec elle. Mais, ce vote, sur quel terrain le provoquer ? Sur la banque ? C'était bien imprudent. Si, en effet, il était suivi d'une rupture, la France aurait l'air d'avoir voulu cette rupture pour des intérêts financiers, ces intérêts que M. Jaurès, chaque matin dans VHumanité et le 24 février à la tribune de la Chambre, dénonçait comme le ressort caché de la politique française dans l'affaire du Maroc. Qu'au contraire, l'Allemagne devenant conciliante, Taccord s'établit sur la banque, c'est-à-dire sur un terrain où, quoi qu'on fit, ce que nous cédions était plus important que ce que nous recevions ; sur un terrain, enfin, où nous n'avions admis l'hypothèse de consentir des concessions que pour en obtenir d'autres en matière de police, l'espérance d'arriver, sur cette dernière question, à un arrangement sortable s'évanouissait sans retour. La conférence se séparait, sans que les tiers eussent été mis dans la déplaisante nécessité d'opter, mais sans que l'avenir ni le présent même fussent pour nous sauvegardés. Pour conjurer ces risques, un seul moyen : obtenir, avant que l'Allemagne n'eût répondu sur la banque, que l'organisation de la police fût inscrite à l'ordre du jour de la conférence et, si, comme il était probable, l'Allemagne faisait résistance, provoquer sur cette inscription même un vote, qui ne serait évidemment qu'un vote de procédure, mais dont l'effet moral, s'il était favorable, ne nous échapperait pas et maintiendrait ouverte la discussion.
Cette détermination était d'autant plus nécessaire que la prolongation, — inévitable, si l'on tient compte des écueils parmi lesquels se mouvait la délégation française, — des pourparlers secrets avait énervé l'opinion. Le 23 février, M. DenysÇiochin, puis M. Jaurès, demandaient à M. Rouvier, qui ne pouvait pas en donner, des explications sur notre politique extérieure *. M. Jaurès, por-
tile d'ajouter que celte accusation no reposait sur rien et ne tendait qu'à brouiller les cartes entre Rome et Paris.