‹ La conférence d'AlgésirasChapitre 152 sur 357 · Voici la réponse de M. Rouvier · texte numérisé non relu

Voici la réponse de M. Rouvier

« La Chambre comprendra qu'il est impossible au ministre des ÂfljBûres étrangères de suivre l'honorable M. Jaurès dans le développement de ses critiqnes.' Aussi bien, ne suis-Je pas à cotte tribune pour loi opposer une réponse ezplicite, mais simplement pour établir ce que j'ai dit dans une interrnption, à

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tant h la tribune ses articles quotidiens, interpellait à la fois le gouvernement et le journal le Temps. Au gouvernement, il reprochait de trop peu renseigner la Chambre, au Temps, de trop renseigner le public. Il s'indignait que le président du Conseil s'en tînt à sa déclaration du 16 décembre et affirmât que, ce jour^là, il avait dit, des instructions données à M. Révoil, tout ce qu'il en pouvait dire. Il s'indignait que le Temps réfutât, au jour le jour, avec preuves à l'appui, les inexactitudes que la presse allemande publiait sur les négociations d'Âlgésiras. Comme personne ne le suivait et qu'il le savait, il ne sollicitait pas de la Chambre un vote qui eût été une déroute. Mais sa campagne se développait dans VHumanUé. Au moment où l'Allemagne accentuait sa méthode dilatoire ; au moment où tous les Français clairvoyants compre-

Bavoir que les instructions données à notre plénipotentiaire ù Algésiras sont absolument et exactement conformes à la déclaration lue devant la Cliambre. Et si personne ne i)eut contester cette affirmation, est-il exact de dire que le gouvernement assume seul la responsabilité de la direction do la politique extérieure ? Est-ce que l'exposé détaillé et précis de cette politique n'a pas été fait devant vous le jour où, le Livre Jaune vous ayant été distribué, vous aviez les documents sous les yeux, et si la Chambre, par un vote d'une formidable majorité, a reconnu qu'il ne fallait pas instituer de débat, est-ce que cela ne revient pas à dire qu'elle approuvait les déclarations du gouvernement et que, par là môme, elle approuvait les instructions données à notre plénipotentiaire ?

» Vous constatez, M. Jaurès — et nous sommes d'accord sur ce point — que nul, eûl-il du génie, n'a le droit, dans le régime sous lequel nous vivons, d'avoir une politique extérieure personnelle ; que celui qui parle au nom de la France a le devoir — devoir profond, étroit, impérieux — de s'imprégner de la volonté nationale. Mais ne vous êtes* vous pas demandé, avant de porter vos critiques à, cette tribune, si votre langage n'allait pas de l'autre côté de la frontière, permettre an doute sur la communauté des sentiments entre le gouvernement et l'opinion publique, et si un tel doute venant à se produire n*était pas de nature à affaiblir l'action extérieure de notre pays. » (Voir Journal officiel du 24 février 1906).

Le Temps apprécia ainsi cette séance (25 février) :

« Tout est bien qui finit bien. Nous nous félicitons par conséquent de l'intervention de M. Jaurès, puisqu'elle a mal fini pour lui. Celle de M. Gochin, prudente et mesurée, n'était sans doute pas nécessaire, et l'bonorable député a tenu d'ailleurs à atténuer ses critiques rétrospectives par l'adhésion qu'il^ a donnée contre M. Jaurès aux déclarations du gouvernement. Le président du Conseil était donc autorisé à conclure que l'attitude de la très-grande majorité de la Chambre le dispensait heureusement d'insister sur un débat dont les risques étaient évidents. La conférence peut poursuivre son œuvre : l'unanimité française n'est pas entamée, et nos représentants, aujourd'hui comme hier, ont le pays derrière eux. Si, quand viendra l'heure des éleclions, la conférence d'Algésiras a, par l'intransigeance de l'Allemagne, été condamnée à ne pas aboutir, on pourra constater que la France républicaine considère avec autant de sérénité le statu quo ainsi maintenu qu'elle eût volontiers accepté nn accord en harmonie avec ses intérêts et ses droits. »

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liaient qu^il n'olait de salul que dans le recours immédiat à la conférence, M. Jaurès faisait le jeu de nos adversaires, en suggérant des combinaisons dont chacune eût provoqué un arrêt des délibérations. Tantôt*, le Temps ayant demandé qu'on abordât le problème de la police, il accusait ce journal de vouloir livrer le Maroc ^ aux « entreprises financières », — bien que ce fût, en vérité, une étrange façon de livrer le Maroc à ces entreprises que de réclamer, au lieu d'un accord immédiat sur la banque fait pour satisfaire les gens de bourse, une discussion sur la police qui ne pouvait les intéresser. Tantôt, changeant de tactique, mais visant au même but, il demandait que la conférence se transformât en tribunal arbitral ^. M. Rouvier avait déjà, à la tribune, écarté cette hypothèse. M. Jaurès y revenait. Sans admettre qu'une conférence internationale est, par sa constitution, par son caractère, par sa compétence essentiellement différente d'un tribunal ; sans indiquer comment, à Algésiras, les prétentions en présence pourraient entrer dans le cadre du droit des gens et faire l'objet du « compromis » qui est la condition de toute sentence arbitrale, il se butait à son idée, dont la seule conséquence pratique eût été Tajournemenl, auquel, au mémo moment, M. de Radowitz travaillait de toutes ses forces \ Sans doute, M. Jaurès était isolé et sa voix, en France, retentissait dans le désert. Mais on se faisait en Allemagne

1. Voir XUumanUè. 26 février, 27 février, 28 février, !•' mars 1906.

2. Sur h qnrslioii do rarhllrapo. voir le Temps, !•»• mars 1906 : « Pour en finir îivor cet lu (jucslion de l'arbitrage, il suffit de rappeler qno Tarbitrage, soîulioTi juridiijue, c'esl-à-dire soumise à des règles fixes, dos conflits internatioTiaux, siippos»* un accord préalable qu'on nomme « compromis *.>, et ([ui énonce la règle de droit, le principe à appliquer aux faits en cause. Conmient pourrait-on. dans le cas présent,.étabUr cet accord? Nous fondons nos prétentions sur nos intérêts politiques les plus essentiels, sur le danger que ferait courir à l'Âlgério la prédominance au Maroc d'une inûucnee hostile ù la nAtro. :^ur l'iniporlunce do notre commerce, sur la part que nous avons pri<«^ ù la constitution du crédit marocain. Peut-on soutenir que l'appréciation du ces prétentions relève du droit des gens ou du droit privé? Aperçoiton diprès t|u«'l principe juridiffue devrait être définie la mesure dans laquelle nos demandes sont iccuvables? VA faute d'un « compromis » précis, n*csl-il l)as évident que le jugenionl arbitral serait en réalité un jugement arbitraire? I^a seule question susceptible d'être tranchée par voie d'arbitrage, c'est celle de l'interprétation de l'article 17 de la convention de Madrid Invoqué par rAlleina<.'ne pour enquH'lier la Franco d'obtenir au Maroc des avantages ou des concessions. Sur ce terrain, une décision arbitrale serait possible. Mais le débat aujourd'hui est plus large. C'est donc en forme diplomatique, c'esl-à* dire par la conféreme, qu'il doit être traité à Algésiras. »

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