‹ La conférence d'AlgésirasChapitre 165 sur 357 · Voir notamment ci-dessus, page 174, note · texte numérisé non relu

Voir notamment ci-dessus, page 174, note

2. Le Lokal-Anzeiger, du 4 mars 19^6, avait ainsi résumé le groupement •des puissances : « Nous pouvons dire que, du côté russe, des démarches telles que celles attribuées au Tsar ou à M. Witto ne furent pas faites. Les intérêts purement économiques de la Russie demandent une prompte fin de la conférence, parce que le gouvernement français a fait savoir à Saint-Pétersbourg que le marché de Paris ne pourrait prendre de nouvel emprunt russe qu'après la conférence. La Russie obtint une semblable réponse des autres gouvernements auxquels elle s'adressa dans son pressant besoin d'argent. L'Autriche ost toujours aux côtés de rMlemagno, tandis que les Etats-Unis demandent la porte ouverte comme l'Allemagne, mais sans s'occuper de l'intérêt particulier ou général. L'Ualie voudrait éviter dans l'avenir comme dans le passé toutes tendances antiallemandes. Les rôles de ces deux dernières puissances portant la marque de la neutralité bienveillante, sont donc favorables à. l'issue heureuse de la conférence. L'Angleterre se fit jusqu'à présent un devoir de suivre la France dans toutes ses exigences comme dans toutes ses concessions et n'a pas été jusqu'à présent un trouble-paix. L'Espagne est encore hésitante dans ses sympathies pour les exigences excessives de la France qui ont peu de points communs avec la manière de voir du gouvernement de Madrid. Elle est balancée entre la crainte de tunisirication du Maroc et l'espoir de voir donner satisfaction à ses desseins particuliers. La situation est donc assez claire. » (Voir le Temps, 5 mars 1906.)

elle que TAutriche, et, — concours compromettant entre tous, ■ le Maroc, dont nui n'ignorait le désir de voir la conférence aboutir— à une faillite. Ni pour le gouvernement allemand, ni pour M. d^^ Hadowilz, ce vote n'était un succès. Pour l'un et pour Tautre^ c'était un avertissement.

Cet avertissement, souligné par les conversations qui eurent lieu, à l'heure du cigare, dans Taprès-midi du 3, provoqua chez les membres de la délégation allemande des réactions contradictoires. Au marquis Visconti-Venosta, au duc d'Almodovar, au baron de Joostens, d'amers reproches furent adressés sur leur attitude. Le comte de Welsersheimb lui-même entendit critiquer sa « mollesse ». Et comme le bruit courait déjà que les vues françaises sur la police seraient exposées, le lundi 5^ par M. Bacheracht, M. de Radowitz s'en plaignit au comte Cassini sur un ton si vif que le plénipotentiaire russe, sortant de son calme habituel, lui répliqua très-vivement que la Russie n'avait pas d'ordres à recevoir et qu'elle exprimerait, quand et comme bon lui semblerait, son avis sur toutes les questions. Cette riposte directe, qu'accentua M. White en signalant à M. de Radowitz la lourde responsabilité que prendrait TAllemagne si elle semblait vouloir relarder la discussion et entraver l'entente, porta-t-elle ses fruits ? On pourrait le croire. Car, ce môme jour, un peu avant le diuer, M. de Tattenbach, qui, dans la journée, s'était plaint de l'intransigeance de ses instructions, venait voir M. Révoil. Il l'accablait, comme de coutume, a de protestations, d'offres et de serments ». Puis, brusquement :

— Je vais vous dire la limite extrême de nos concessions. Que le consortium cède à la Banque d État, outre son droit de préférence pour les emprunts (art. 33j son droit de contrôle sur les douanes (art. 16), et nous lui accorderons deux parts sur quinze dans le capital. Pour les censeurs, ne parlons plus delà désignation par le corps diplomatique, puisque vous la repoussez, mais cherchons un procédé qui assure aussi fortement leur indépendance. Pour laléj^islation, nous acceptons la loi française. Don nez< nous la juridiction mixte en première instance. Et gardons, pour l'appel, la cour de Lausanne.

Le jeu élail facile apercer. Si M. Révoil, séduit par la possibilité de conclure iinmédiatement sur la banque, avait dit oui, jamais

la police, dont M. de Taltenbach ne soufflait mot, ne fût devenue objet d'entente ni même de discussion; et le Maroc fût resté ouvert à l'action politique de rAllemagne. Du même coup, la négociation directe aurait été renouée, et ce, le soir môme du jour où nous avions prié la conférence de discuter et de se prononcer. Celait nous déjuger, en marquant à son endroit une impertinente versatilité. Au surplus, la concession que M. de Tattenbach nous demandait (abandon du droit de contrôle) et que peut-être il croyait sincèrement acceptable, était matériellement impossible, ce contrôle constituant la garantie, non des banques, mais des porteurs. Pour toutes ces raisons, également fortes les unes et les autres, M. Révoil ne pouvait répondre à M. de Taltenbach. Il devait même lui faire comprendre que l'heure était passée des conversations officieuses. M. de Tattenbach, sans avoir rien obtenu, dut se retirer en renouvelant ses assurances d'amitié et de bonne volonté.

Pendant ce temps, la presse allemande, sur un mot d'ordre promptement donné, ou faisait sur le vole un silence absolu ou en diminuait à dessein Timporlance*. A la chancellerie, le fonctionnaire, chargé des relations avec la presse, disait au correspondant du Temps^ :

Nous n'estimons nullement que le scrutin de samedi diminue les chances d'entente : car nous ne voulons pas y voir une manifeslalion contre nous, mais simplement l'expression d'une opinion sur le meilleur moyen de faciliter la discussion de la banque.

1. La Gazette de V Allemagne du Nord écrivait le 5 mars : « Dans la séance de samcili soir, à Algésiras, on a voté sur la question do savoir si on de val L délibérer dans une séance conlidenticlle de comité sur l'organisaliou d • I;i police avant que la conférence ellc-niOmL', en séance plénièiv, ne tcrinin;\L la discussion des statuts de la banque. Pendant (jue les délégués allemands éLiiient d'avi.s qu'on réf^làt d'abord la queslijn de la banque, la mujorilé de tous les autres délégués trouva plus opportun d'avoir une délibération conlidenlielle sur la question de la police avant la prochaine réunion plénière devant discuter la question de la banque. Le motif allégué à ce propos par plusieurs délégués est qu'un tel procédé pourrait faciliter une entenlf finale dans les deux qiesiions. Le vote concernait, par cousé(|uent, uiir question de règlement intérieur et on a eu tort de lui attribuer, comme IVmt l'ait certains journaux étrangers, une signification politique. Si le mode pn'-féré par la conférence pour discuter pratiquement les drux questions principales, facilite réellement un accommodement des dilficuUés qui existent encore dans chacune d'elles, alors cette manière de faire est absolument conforme au but de la politique allemande ». (Voir le Temps, 7 mars 1906.)

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