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302 LA r.ONFKRENCE D ALGKSIRAS
tant que puissance, n'était pas en effet mieux traitée que l Espagne. Nous avions une part, tout comme elle, — rien de plus; nous restions donc dans la lettre de nos arrangements qui prévoyaient pour elle une situation meilleure que celle des autres puissances, la France exceptée. Quant aux droits du consortium, c'étaient des droits privés dont nous n'avions pas à nous occuper. Que le consortium, tenant compte des concours espagnols qu'il avait reçus S fiit prêt à rétrocéder une des deux parts qu'on lui attribuait en échange des articles 32 et 33 de son contrat, nous nous en félicitions. Mais nous ne pouvions intervenir dans ces arrangements qui ne nous regardaient point. Pour les ports, nos droits s'établissaient de la façon suivante. Nous avions, en vertu d'engagements du Sultan, une situation acquise à Tanger, Rabat Casablanca. Restaient donc cinq ports à répartir. Nous en demandions trois, Sali, Mazagan et Mogador, mais, conformément à l'arrangement de 1905, nous consentions à ce que la police de Tanger fût immédiatement franco-espagnole et, par une dérogation à cet arrangement, nous admettions qu'il en fût de même pour celle de Casablanca. L'Espagne nous répondait qu'elle aurait préforé nous laisser Casablanca et avoir Tanger. Mais cela ne dépendait pas de nous. Ne savait-on pas, en effet, que, pour soustraire Casablanca à nos instructeurs, l'Allemagne avait demandé d'abord son attribution à la police suisse ; qu'ensuite elle avait spécifié, en renonçant à cette demande, qu'il faudrait en tout cas que Casablanca n'eût pas une police française =^? Force était donc d'y créer une organisation mixte. Mais, alors, on ne pouvait pas nous demander d'abolir celle de Tanger pour livrer cette ville à l'Espagne seule. C'était une question d'équité. Et les exigences de l'Allemagne ne laissaient pas le choix des solutions. Une seule était possible : celle que nous proposions.
L'Espagne invoquait, il est vrai, l'esprit, sinon la lettre, des accords do 1904. Elle montrait que ces accords avaient tracé les limites respectives de l'action française et de l'action espagnole, d'après la situation géographique et les intérêts notoires des
4. Les baïKjues espagnoles, crôancit'.TCS d'uii empiunt anh.'iieur rniub jih; «? huv cfilui (lu 12 juin VfOi, avaient été intéressées à l'opéralinn du eonsorîiuMi fran(;ais.
^2. "j'oir ci-dessus, page .38j.
LV rUlPARTITION Di:S PORTS 393
doux pays. Et à cet égard, il eut été logique que l'Espagne fût seule à Tanger, la France seule à Casablanca. Mais cette solution présentait le grave inconvénient de dévoiler, sous le feu de TAllemagne, les arrangements de 1904. Et l'aveu qu'elle eût impliqué eût été pour la chancellerie impériale une raison de plus d'exiger que le chef de la police à Casablanca ne fût pas un officier français. De quelque côté donc qu'on envisageât le problème, il fallait se tenir au système arrêté, après mûre réflexion, par M. Léon Bourf^eois, quelle que fût, pour la combinaison espagnole, la sympathie de certaines personnes, notamment de M. Jules Cambon.
Du i27 au 31 mars. M. Ilévoil s'appliqua à résister aux vives instances du duc d'Almodovar et à le maintenir sur le terrain où nous entendions demeurer. La chose n'était pas aisée. Car si .M. de Radowilz s'abstenait d'intervenir, en revanche le comte de Tattenbach ne cessait d'encourager les désirs de la délégation espagnole. Le jeudi !29 mars, un nouvel cfl^ort élait tenté à Paris par M. de Léon y Caslillo et M. Bourgeois devait renouveler les objections qui ont été résumées ci-dessus. Le vendredi 30, M. Perez Caballero insistait de nouveau auprès de M. Regnault pour obtenir satisfaction à Tanger. C'était une lutte de tous les instants. C'est seulement à la veille de la séance où la question (levait être traitée que l'accord finit par s'établir, dans une dernière conversation entre M. Révoil et le duc d'Almodovar, sous sa foiine définitive et tel que nous étions obligés de l'exiger : c'est à savoir, Tanger mixte avec un chef français, Casablanca mixte avec un chef espagnols Tetouan et Larache à l'Espagne, Safi, Mogador, Rabat et Magazan à la France.
M. Bacheracht, qui, à la séance du lundi :2(), avait proposé (11' réserver à une entente franco-espagnole le soin de présenter sur la répartition des propositions précises, ouvrit la discussion par la déclaration suivante :
Au cours de la séance du 26 mars, la délégation russe avait l'xprimé l'espoir qu'on pourrait rechercher une combinaison sur la répartition des ports entre les instructeurs espagnols et les inslrucleurs français, qui put donner satisfaction à tous.
1. Cet engagement fut pris vorbalomont par M. Révoil dans une conversa»
li.n uvrc M. (le Radowilz.
394 LA CONFÉRENCE D ALGÊSIfliS
Les délégations espagnole et française avaîent p^n^è quo ce(ic question pouvait être réglée directement entre eilei el le maghzen
La délégation russe est heureuse de pouvoir annoncer k In conférence qu à la suite des pourparlers poursuivis à ce sujet t les deux délégations se sont prêtées, en vue de faciliter utie enlertie. à une solution établie sur les bases suivantes :
La France a fait observer que des engagements antérieurs du Sultan lui avaient déjà assigné un mandat de même nature f^ Tanger fit h Rabat. Elle était même en état de faire valoir une situation analogue k Casablanca.
La France n'ayant pas insisté sur ce dernier porL il a été eonveim, d'un commun accord, entre les deux pays, qu'il n'y avait plus h s'oc cuper que de la répartition des instructeurs dans six porU, irtm devant revenir aux instructeurs français, trois a m instructeurs espagnols.
Mais TEspagne ayant invoqué le grand intérèi quVlle avait â participer à la police de Tanger, en raison de Tim porta nce de sa colonie dans cette ville, il a été admis par les gouverneiuentâ que les cadras des instructeurs seraient répartis de la façon suivante, el la délégation russe propose de rédiger comme suit l'article Xï du réjçlemenl àur la police :
Le cadre des instructeurs de la police chériiienne (ofâciers et sonsofficiers) sera : espagnol à Tetouan, mixte à Tanger, espagnol à Larachc, français à Rabat, mixte à Casablanca, français dans les Irois iiulres ports '.
Cette dfktlaration était propre à flatter la siiseeptibîtilu de VEspagne, puisqu'elle nous montrait consentant, à &u demande, dtmx concessions, l'une à Tanger, l'autre à Casablanca. Le dur d'Almndovar, comme il s'y était engagé la veille au soir, déelarir qti il acceptait cette formule. M. Révoil y adhéra à son tour. Et ia conférence adopta le texte proposé sous l'article XI par la délégalion de Russie.
C'était, semble-il, la fin du débat. Il y eut encore, pour le rouvrir, une tentative indirecte. Les Espagnols restaient inconsalablei de partager avec nous la police de Tanger. Et du reste le due d'Almodovar et M. Moret redoutaient, à cet égard, le8 attaques île M, Mon^ i tero Rios et des journaux de sa nuance. C'e.sUlanscescoûdïlions que, le 1^' avril, il fut question, à titre privé, enlre M. Révoil et le duc d'Almodovar, d'un arrangement, qui eut coupr» en deux la
1 , Voir IVotocoles, page 2:;^».
police de Tanger, confiant Tanger-ville aux Espagnols et Tangerbanlieue à la France. Cette division avait peut-être des avantages pratiques de commodité locale. Elle avait, en tout cas, le grand inconvénient de nous exclure de Tanger môme et de nous faire perdre, au regard de l'opinion, le bénéfice de notre succès de la veille. Si l'Espagne commandait à Casablanca, il fallait que nous commandions à Tanger : or, dans la combinaison envisagée par .M. Révoil et le duc d'Almodovar, il n'y avait plus de commandement pour la police de Tanger. M. Bourgeois et le Conseil des ministres estimèrent que c'était impossible. Et la conversation n'eut pas de suite. On s'en tint, par conséquent, à la formule lue par M. Bacheracht. Et c'est cette formule, telle quelle, qui s'inscrivit, huit jours plus tard, dans TActe général.
Nous arrivions ainsi au terme de celte secondaire, mais diflicilo négociation, en préservant, autant que faire se pouvait, nos accords de 1904 et de 1905. Nous avions, à plusieurs reprises, déclaré au gouvernement espagnol ou à ses représentants, qu'après comme avant la conférence, ces accords restaient pour nous la charte de nos relations avec lui. Nous avions réussi à limiter au strict minimum les modifications qu'ils subissaient, puisque ces modifications se bornaient à remplacer par une police mixte la police française de Casablanca — Safi, Mogador et Mazugan. dont les accords ne parlaient point, étant tous trois confiés à des instructeurs français. Sans doute, distinguait-on chez le duc d'Almodovar quelque mauvaise humeur de cette issue. Mais, par de bons procédés, nous devions, aidés de l'Angleterre, réussir à la dissiper. L'essentiel était donc acquis. Tous les points litigieux étaient définitivement réglés. El il ne restait plus à la conférence qu'à trancher, avant (le se séparer, un certain nombre de questions de détail sans importance comme sans périls^
1 . Au cours de cette dernière discussion, les délégués marocains exprimëiciit une réserve expresse et générale quant à l'adhésion de leur souverain uuK mesures adoptées pour l'organisation de la police.
CnAPlTKK IV LACTE GÉNÉRAL
I. Les dernières négociations (26 rnars-l avril). — Les censeurs et les parts. — Les réserves marocaines. — Les droits de douane et rcstimation des valeurs. — Le comité d'estimalion et le comité permanent. — Les services et travaux publics. — Les vœux anj^lais, marocain, américain, allemand, aulrichien et espagnol.
II. /.« signature {1 avril). — La préparation de l'Acte général. — Le protocole additionnel et la mission Malmusi. — La séance de clôture. — L'économie do l'Acte général. — Le rôle du corps diplomatique. — Le départ. — Interviews des plénipotentiaires. — Distinctions et récompenses.
III. L'impression en Europe. — La presse française. — La presse allemande.
— Les ti^ers. — Le discours du prince de Bûlow (6 avril). — Le discours de M. Léon' Bourgeois (11 avril).
IV. Les mesures d'exécution. — La mission Malmusi (juin-juillet 1906). — Les puissances et la ratiiication. — La Banque d'État et le comité d'études. — Les doux sessions de mai et de novembre. — Les statuts et le règlement. -:- La police et l'anarchie. — L'intervention franco-espagnole (décembre 1906).
— Los règlements économiques.
Du "26 mars au 8 avril, la conférence mil la dernière main à son œuvre. La plus importante des questions, dont le détail restait à régler, était celle de la Banque d'État. Lors de la séance du 26, deux points seulement demeuraient en litige : la nomination et lès attributions des censeurs ; le nombre des parts à attribuer au consortium dans la constitution du capital, en échange des droits de l'article 33 intégralement cédés, et de ceux de l'article 32 cédés sous certaines réserves ^ Pour les censeurs, on admettait en principe qu'ils fussent désignés par les Banques d'État des pays intéressés. Mais on n'était pas d'accord sur leur nombre. On avait parlé d'abord de quatre : un Français, un Espagnol, un Anglais et un Allemand. Cette combinaison eut été acceptée sans débat, si