‹ La conférence d'AlgésirasChapitre 281 sur 357 · Voir ci-dessus, page · texte numérisé non relu

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danger économique tout ensemble. Le jour où prendrait corps l'idée, chère à Guillaume II, de créer, soit par la persuasion soit par la force, les États-Unis d'Europe, les États-Unis d*Amérique se sentiraient en péril. Or, ce péril ne vient ni de Londres ni de Paris. L*allure impérialiste et dominatrice de la politique allemande, pendant l'affaire du Maroc, irrita le gouvernement de l'Union. Cette irritation n'alla pas jusqu'à lui faire prendre publiquement parti. Mais tout ce que pouvait sa formidable impartialité s'employa, dans la coulisse, à barrer la route aux entreprisesallemandes. Au surplus, ce que nous voulions accomplir au Maroc lui rappelait, par beaucoup de traits, ce qu'il avait réalisé à Cuba. Le liberté commerciale étant garantie, il n'admettait pas qu'on pût encore l'invoquer pour refuser à la France et à l'Espagne la mission, à laquelle il les jugeait aptes, d'organiser la police ^ A Washington comme à Saint Pétersbourg, bien que pour des motifs différents, l'Allemagne s'aperçut qu'il ne lui suffisait pas de parler pour être entendue, d'exiger pour être obéie. Là, comme en Europe, elle constata que, sans nourrir contre elle de mauvais desseins, on entendait cependant n'être pas mené par elle. Ce fut le cas d'ailleurs, non seulement des grandes puissances, mais des puissances secondaires, qui toutes refusèrent l'indiscrète « protection » qu'on leur offrait; — du Portugal, qui, ouvertement, se prononça pour la France; de la Belgique, qui résista dans sa neutralité à toutes les injonctions de Berlin ; des Pays-Bas, qui, plus accessibles à l'influence allemande, refusèrent pourtant de s'en faire les agents; de la Suède, qui sauvegarda avec un soin scrupuleux le droit qu'elle avait de s'abstenir. Si donc, pour l'Allemagne, l'isolement consiste à n'être pas suivie, elle était, à l'issue de la conférence, isolée de tous ceux qui n'étaient pas liés à elle. Sur ces derniers, du moins, son autorité s'exerçait-elle sans partage?

Du côté de Tltalie, on a pu mesurer déjà les limites de cette autorité. Au regard du cabinet de Berlin, le représentant de l'Italie à Algésiras devait être le « second » de M. de Radowitz, — et rien de plus. En choisissant comme plénipotentiaire le marquis Visconti- Venosla, le marquis de San-Giuliano avait marqué qu'il ne se

i . Voir ci-dcPSTis, page .H3a.

oontenlerait pas de ce rôle^ Effectivement, c'est en arbitre et en pacificateur, c'est-à-dire avec indépendance, que voulut agir et qu'agit le délégué de Tltalie. Une se laissa détourner de sa voie ni par les flatteries dont il fut d'abord accablé ni par les remontrances discourtoises qui lui furent ensuite prodiguées ^ Aussi bien, si Talliance de l'Allemagne est indispensable à l'Italie pour vivre-^r un pied correct avec TAutriche-Hongrie, elle n'a pas un moindre besoin de l'amitié française et de l'amitié anglaise. Livrée pendant vingt années à la Triple-Alliance pai* son hostilité contre nous, elle a voulu reconquérir cette liberté d'action, dont la maison de Savoie, avant même qu'elle ne songeât à la couronne d'Italie, avait fait entre la France d'une part, les puissances de l'Europe centrale d'autre part, un si subtil et profitable usage. Elle a voulu surtout trouver dans la Méditerranée, laissée toujours en dehors des stipulations de la ïriplice, la garantie d'un statu quo, qui n'exclût pas cependant le développement éventuel de ses ambitions historiques, notamment à Tripoli K Sur ces deux points, elle a obtenu satisfaction. Elle a gardé sa place dans la Triplice. Mais elle a ajouté au prestige qui lui en venait l'influence politique qui résulte, suivant le mot de M. de Bûlow, du « jeu du contrepoids ». A un contrat elle a opposé un autre contrat. A des alliés, en qui les questions économiques autant que celle d'Albanie, l'obligeaient à voir des rivaux possibles ou prochains, elle a montré que, si soucieuse fût-elle de leur amitié, elle n'y était plus, comme naguère, condamnée par la solitude. L'alliance allemande a cessé d'être une alliance subie pour devenir un accord voulu. Et le «jeu » qui s'y est introduit en a doublé le prix. Si l'on observe d'autre part que, dans la Méditerranée, l'Italie a trouvé les sûretés qu'elle cherchait ; que, par des accords dont le texte est resté secret, mais dont l'esprit est connu, elle s'est procuré auprès de l'Angleterre et delà France, pour sa situation navale, des garanties de conservation analogues à celles qu'en 1882 elle avait obtenues de l'Autriche et de l'Allemagne pour sa frontière terrestre ; si l'on considère enfin son crédit restauré grâce à notre concours financier,

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