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32 LA CONFtnKNCE I) ALGICSIRAS

qucs, mais avec le ministre de France. Dans une lettre adressée, à la fin de juin lOO'é, au comte de Saint-Aulaire par le ministre des finances chéri lien, on lisait en cfTet : « Nous avons répondu au délégué dos banques que, s'il désire cette création, la demande en sera faite par votre intermédiaire et vous êtes juge du moment opportun pour la formuler. »

Nous lenions donc, à litre de garantie, le seul revenu sûr du maghzen *. Nous étions liés à lui non seulement pour le présent, mais pour l'avenir, par le droit de préférence reconnu au consortium. Et il admettait, sous réserve d'une négociation ultérieure avec notre légation, la constitution par les soins de nos banques d'une Banque dKtat marocaine. Est-il besoin d'ajouter que ces avantages décisifs, qui sur le terrain économique nous faisaient, vis-à-vis du Maroc et vis-à-vis de l'Europe, non demandeurs, mais défendeurs, étaient largement molivés par l'importance sans égale de notre concours financier ? Du moins, faut-il observer que, du 14 juin 1904 au IG janvier 1900, aucune protestation contre cet état de choses n'avait été énoncée. Nous ne demandions, — les accords franco-anglais et franco-espagnols en faisaient foi, — aucun monopole commercial, aucun privilège douanier. Nous étions résolus à défendre, pendant la conférence comme avant, la liberté commerciale. Mais nous n'étions pas moins décidés à sauvegarder nos droits ac(iuis et à en obtenir le respect.

Outre ces droits contractuels, nous pouvions invoquer aussi la capacité spéciale résultant, pour l'accomplissement des réformes, de notre situation en Algérie. Si nous avions prétendu tirer parti des arguments historiques, nous aurions pu rappeler que nos privilèges au Maroc, — exterritorialité de nos nationaux, protection accordée à des sujets marocains, traitement de la nation la plus favorisée, préséance consulaire, — étaient les premiers en date, puisqu'ils remontaient aux traités de 1031 et de 1707 -. Mais nous n'avions que faire d'emprunter au passé les titres que le présent nous fournissait abondamment. L'histoire des quatre dernières années n'établissait pas seulement le besoin que le maghzen avait eu de notre collaboration : elle prouvait reflicacité

i. Voir ci-dessous pagos 114 à 119 pour la situation des finances marocaines. 2. Voir Rouai d de Gard, Les Irai f es de la France et du Maroc.

LES INTÉRl^TS ET LES DROITS 33

de notre concours. Aucun pays, TEspagne exceptée, n'était capable de rendre au Maroc des services égaux ou analogues à ceux qu'il avait reçus de nous. Par nos officiers et sous-ofliciers algériens, nous avions des cadres tout prêts pour l'instruction de ses milices. Et Ton a vu que Texpérience en avait éprouvé la valeur. Par notre habitude des questions musulmanes, nous pouvions, sans préparation préalable et de plain-pied, aborder Tœuvre réformatrice. Ainsi que M. Bacheracht, second délégué russe et M. Perez Caballero, second délégué espagnol, devaient l'expliquer le 5 mars à la conférence *, si l'on considérait, en dehors de toute controverse politique, Tintérét objectif des réformes à accomplir, il fallait confier le soin de les diriger à ceux là et à ceux-là seuls qui avaient qualité pour y réussir. Nous avions, pendant quatre ans, fait valoir cet argument auprès d'Abd-el-Aziz. 11 nous appartenait de le soutenir désormais devant l'Europe. Et libres, vis-à-vis de TAllemagne, de tout engagement quant au mode d'exécution des réformes à introduire par voie d'accord international ^ nous avions le droit indiscutable de réclamer la mission de présider, comme mandataires des puissances, à celte exécution.

il résultait d'ailleurs et du texte de nos accords avec TAllemagne et des négociations d'où ces accords étaient sortis, que le gouvernement impérial reconnaissait la qualité spéciale de nos droits et de nos intérêts. Le l''' et le 8 juillet 1905, M. Rouvier avait dit au prince de Radolin « sans que celui-ci laissât prévoir la moindre difTiculté », qu'il complaît que « le gouvernement allemand ne ferait pas d'objcclions à nos vues sur le mandat international que nous demanderions à la conférence de nous confier en ce qui concernait les réformes militaires ou plus exactement de police^. » Le 8 juillet, le protocole signé par le prince de Radolin avait consacré « la situation faite à la France au Maroc par la contiguïté, sur une vaste étendue, de l'Algérie et de l'empire chérifien et par les relations particulières qui on résultent entre les deux pays limitrophes, ainsi que par l intérêt spé-

i. Voir ci-(lcssous, page 283.

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