‹ La conférence d'AlgésirasChapitre 52 sur 357 · Voir Livre Jaune, page · texte numérisé non relu

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I. Chefs (fÉlal et gouvernements. — Guillaume II, le prince de Bûlowet M. dcHolslein. — M. Loubet et M. Fallières. — M. Rouvier et M. Léon Bourgeois. -- Edouard VII et sir Edward Grey. — Nicolas II et le comte Lamsdorf. — Victor-Emmanuel III ctses ministres. —Alphonse XIII et M. Moret. — M. RooseveltctM. Root. — François-Joseph et le comte Goluchowski.

II. Les plénipotentiaires. — M. Révoil et M. Regnault. — M. de Radowitz et le comte de Tattenbach. — Sir Arthur Nicolson. — Le comte Cassini et M. Bacheracht. — Le duc d'Almodovar et M. Ferez Caballcro. — Le marquis Visconti-Venosla. — M. lïcnry While. — Le comte de Welscrsheimb. — La vie à Algésiras. — L'h^ieX QiVayuntamiento.

III. Vopinion. — L'évolution do l'opinion française. — Les préparatifs militaires. — La presse. — Le Temps et M. Clemenceau. — - M. Jaurùs et l'Humanité, — Le public allemand. — Les journaux et roffîciosité. — Los tiers.

IV. L'ouverture de la conférence. — Les instructions de M. Révoil. — Les premiers entretiens avec sir Arthur NicoLson et le comte Cassini. — Le discours du duc d'Almodovar et M. Révoil. — Compliments et procédure. — La déclaration de M. Révoil (15 janvier).

La conférence d' Algésiras allait mettre en jeu, avec les intérêts des États qui y participaient, les tempéraments divers des hommes qui les gouvernaient.

Du côté allemand, Guillaume II, comme toujours, est au premier plan. Cette « personnalité puissante » — l'expression est du prince de Biilow * — n'a point coutume de laisser faire et de laisser passer. Elle parle et elle agit elle-même : non pas qu'elle soit toujours, dans Tinstant qu'elle intervient, fixée sur la valeur de son intervention, mais parce qu'il est de son rôle d'affirmer ses initiatives. Le voyage de Tanger a révélé cette double disposition : au dernier moment,rempereur hésite ; il semble chercher, auprès

1. Reich8tag,i4 novembre 1906. Voir le Temps du IG novembre 1006.

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de rofticier français commandant le Du Chayla, un prétexte pour ne pas débarquer.

— La mer ne sera-l-elle point mauvaise ? questionne-t-il avec insistance.

Après deux heures d*attente, il vient à terre. Et là, ce sont de nouvelles interrogations au comte de Cherisey, chargé d'affaires de France .

— Ktes-vous sûr de n'avoir rien reçu de Paris ^ ?

On dirait qu'il voudrait être retenu ; qu'il craint les conséquences de son acte. C'est qu'en effet, après cet acte d'hostilité, va commencer un « nouveau cours ». La courtoisie appliquée dont la France a été l'objet de sa part depuis 1888 * ne saurait prévaloir contre cette « agression diplomatique ». Devant réchec brutal infligé à ce qui est le grand dessein de sa politique, que fera le gouvernement français? Si affaibli qu'on le suppose à Berlin, on peut craindre un ressaut soudain, la guerre peut-être, en tout cas la brouille. C'est pour cela que Guillaume II est incertain. Enfin '

i. Je liens c«*s délails «los tûinoins in«'^nios de la scène.

2. Voir Gooiî^os Viliicrs. Guillaume II el la France. Revue Bleue, 29 avril 1905 : « S'agit-il de comniéiiKirer un anniversaire de 1870, l'empereur no manque pas de rendre hommage à n l'ennemi clievalerestiue » (14 décembre 1891), aux a bravos soldats fran«;ais luttant avec le courage du désespoir pour leurs lauriers, leur passé, leur empeivur » [i septembre 1895). Lo maréchal do M&c- Mahon meurt ; le jour même, il charge le comte de Munster de porter à, la duchesse do Magenta Ihommage de ses condoléances (18 octobre 1893). Le président Camot est assassiné à Lyon ; là. encore, il sait trouver la note juste et, le premier des souverains étrangers, il exprime sa sympathie à la veuvo du président qui, « digne de son grand nom. est mortau champ d'honneur». A cotle oocdaion. et malgré une certaine résistance de l'opinion allemande, il lait mettre en liberté deux oflieiers de marine français arrêtés pour espionnagtî. Viennent ensuite des démarches analogues à la mort du maréchal Canrobort (29 janvier 1895). de Jules Simon (8 juin 189C}, au lendemain do rinccndio du Bazarde la Ciiarité (4 mai 1897), ou do la perle du transaUantique la Bourf/o(ftie «juilUîl 189S), et, plus pr^sdenous encore, aux obsèques de Félix Paure, où il délègue, pour le représmler, l'un des généraux allemands les plus proches delà France par ses rflalions<k' famille, le prince xVntoine RadziwiU (février 1899). Le 6 juillet de la mémo année, se trouvant tlans les eaux norvégiennes, il visite le vaisseau-école franeuis Iphîf/énie el télégraphie à M. Loubot pour le féliciter « comme marin et comme camarade » de l'aimable accueil qui lui a été réservé. En 1900, il veille personnellement à eo que la section allemande do rtlxposilion soit aussi biillanto ({ue possible. Kn lUoI, il roçoil à Berlin, le général IJonnal qu'il avait invité aux mana.'uvi-es et le comble d'égards. Plus récemment cnlin. la calaslrophe de la Martinique lui fournit une autre occasion do nousadresser un de ces télégrammes émus où il excelle et d'entretenir une atmosphère amicale, un peu artificielle peut-être, ulile cependant et salutaire parla détente qui en résulte. »

il franchit le Rubicon marocain et, personnellement, il s'engage à proléger le Sultan. De ce jour, c'est lui, c'est sa dignité, qu'on va nous opposer. Dès ce moment, d'ailleurs, il se tait. On n'entend plus sa voix. Sa diplomatie seule occupe la scène. M. Delcassé, qui « parlait mal de lui ' », s'en va. M. Rouvier arrive. L'Empereur persiste dans le silence. Il le rompt, à la fin de décembre, dans une conversation privée, mais faite à coup sûr pour être répétée, en affirmant ses « intentions conciliantes* ». De nouveau donc, le voilà qui tend la main à la France. Mais la France est défiante. Et laccueil réservé fait à ses propos irrite Guillaume II. C'est un engrenage fatal. Une double tendance se partage alors la volonté impériale. L'Empereur désire une entente. 11 le dit. Il le répète à tous ceux qu'il reçoit et, sans doute, il est sincère. Mais cette entente, il la veut telle qu'elle soit pour nous inacceptable. Hypo > thèse, dira-t-on ? non : car, au long des pages qui suivent, on verra Guillaume II, à toutes les heures de crise, agir contre nous, non pas môme par l'intermédiaire de son chancelier ou de ses ambassadeurs, mais directement'. Il est, il Taflirme du moins, las de toutes ces difficultés marocaines. Mais il entend qu'on puisse dire que l'Allemagne a triomphé et ce souci d'orgueil exaspéré faitde lui, dès le début de la conférence, l'adversaire acharné de notre diplomatie. C'est lui qui décide. C'est lui qui télégraphie aux chefs d'Étalr étrangers. C'est de l'action exercée sur lui que sortira à la dernière heure l'accord honorable conquis par notre fermeté.

Or celte action est d'autant plus malaisée que Guillaume H est homme d'impression et d'impulsion. Son intelligence vive et assimilatrice connaît malle fond des affaires. Il en a des vues incomplètes et flottantes. C'est laranron de son omnicompétence, de son activité multiforme. Les idées qui le frappent n'ont pas de contrc-

1 . M. Delcassé eut. assure-t-on, le tort dans les couloirs de la Chambre d'oxpriîiicr trop librement son opinion sur la politique allemande et surriJinperour lui-même.

Quand on apprit la dcinissiondii M. Delcassé, l'Empereur, qui se trouvait à une manœuvre militaire iiC(Mô du général de Lacroix, envoyé on mission s])éciale pour le mariage du Kronprinz, lui dit tout à coup : « 11 est parti 1 » II, c'était M. Delcassé.

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