Voir notamment ci- dessous, page
poids. Il appartient à chacune d'elles successivement et intégralement. Pour le Maroc, celle qui le guide, c'est qu on Ta provoqué, qu'il s'est engagé, qu'il doit l'emporter. Quant à l'essence du problème, à ces (c détails », qui sont tout lorsqu'on discute sur des droits et sur des intérêts, il ne s'y arrête pas : il les ignore, il les supprime. Lt il lui manque ainsi cette vertu supérieure des véritables hommes d'État qui est, suivant l'expression d'Albert Sorel, de pénétrer dans Tàmc de leurs adversaires, de se placer à leur point de vue pour juger leurs raisons, d'entrer, comme on dit, dans leur peau. De cela, Guillaume II est à peu près incapable. Et la difficulté de négocier avec lui en est sensiblement accrue.
A côté de l'Empereur, hostile par amour-propre, le chancelier. Figure curieuse, complexe et décevante *, le prince de Bulow n'a pas été en cette affaire ce qu'espéraient ceux qui avaient recueilli de sa bouche tant de protestations amicales pour la France. Que cette attitude ait été déterminée par sa propre conviction, par la volonté de son souverain ou par l'influence de ses bureaux, elle est bien nette. Et, comme TEmpereur, il s'obstinera jusqu'au dernier jour à chicaner sur les conséquences pratiques de a l'intérêt spécial » qui nous a été reconnu le 8 juillet 1903. A dire vrai, pour s'étonner du contraste entre ses promesses à M. Bihourd et ses déclarations de Baden-Baden d'une part, son discours de décembre et son hostilité durant toute la conférence d'autre part, il faut oublier que M. de Biilow se pique avant tout d'être un réaliste, un utilitaire, un opportuniste. Préoccupation, consciente ou non, de continuer Bismarck, souci d'éviter les fautes dont ont pâti d'autres nations, instinct ou calcul, peu importe. Le fait est là. Dès ses premiers discours, celte idée s'est affirmée.
Le temps est passé où les Allemands laissaient à un de leurs voisins la terre, à l'autre la mer et gardaient pour eux le ciel où plane la pure doctrine*.... Nous ne jouerons jamais les brandons de discorde, mais jamais non plus les cendrillons^.
\. Voir Georges Yilliers. Le prince de Biilow. Revue Bleue des 11 et 18 novembre 1905.