AVANT-PROPOS
La conférence dCAlgésiras a marqué le dénouement de la crise la plus grave que la France ait traversée depuis 1875. Elle a tenu en haleine^ trois mois durant, la curiosité du monde. Puis, raccord établi^ elle est to?nbée dans un oubli dont n'a pas suffi à la tirer la publication du Livre Jaune enregistrant ses protocoles.
Cette prompte insouciance s'explique par bien des raisons : d'abord par une tendance nationale à la sécurité et à l'opti' mismCy ensuite et surtout par Pignorance où est restée fopi^ nion des conditions réelles d'un débat, dont Algésiras ne vit que la plus médiocre part et qui eut pour théâtre V Europe et r Amérique, Cest à dissiper cette ignorance que ce livre est destiné. Ceux-là seuls le trouveront prématuré qui prétendent imposer à une démocratie les actes de foi diplomatiques que les régimes absolus exigent de leurs sujets.
Quotidiennement mêlé par mes « Bulletins » du Temps à la discussion de Vaffaire marocaine, jai soutenu^ pendant ces semaines de lutte, ce que je croyais la vérité avec énergie et avec passion. Peut-être nenfaudra-til pas plus pour que certains aujourdhui me reprochent de manquer d'impartialité, A cette accusation, ce volume^ purement historique et documentaire, répondra pour moi.
Je Fai écrit sans parti pris comme sans complaisance, en donnant la part large à l'exposition des faits, en réduisant
Ta RDI EU a
ri AVANT-PlfOPOS
au minimum les appréciations personnelles. Si la politique allemande apparaît, dans les pages qui suivent^ souvent inquiétante et inamicale^ ai-je besoin d'ajouter que personne en France ne songe à en rendre l'Allemagne responsable ? Les fautes du gouvernement impérial lui sont personnelles. Il est utile de les connaître^ légitime de les préciser. Ce nest pas là faire acte cThostilité contre une grande nation qui mérite et possède l estime du peuple même qui a le plus souffert par elle.
Me sera-t'il d'ailleurs permis de rappeler que, durant les huit mois qui ont précédé la réunion de la conférence y j'ai été de ceux qui croyaient à la possibilité dune entente que la diplomatie allemande nous pro?7iettait honorable ? Si, du 15 janvier au W mars 1906, cette confiance a été trompée et si les hommes politiques et les ptiblicistes, qui avaient en France un avis à exprimer, ont alors affirmé leur surprise, à qui la faute ? Le gouvernement allemand s'est plaifit de la véhémence de l'opinion française. C'est lui qui l'avait déchaînée par r équivoque de sa diplomatie et la violence cal^ culée de sa presse officieuse. Et il l'a justifiée finalementy en acceptant, après dix semaines de résistance, les solutions que, dès le début, nous avions recommaîidées à f Europe.
Les renseignements le plus souvent inédits, que j'ai coor' donnés et contrôlés après les avoir recueillis dans la plupart des pays représentés à la conférence, s'enchaînent historique^ ment avec une rigueur qui me dispense d'insister sur leur exactitude. On pourra discuter leur interprétation. On ne contestera pas leur authenticité. Ils se divisent en trois séries parallèles : discussio?is publiques à la conférence, pourparlers coîifidcîitiels entre plénipotentiaires, négociations entre chancelleries. C'est de ces trois sources inséparables que devait se composer l'histoire diplomatique de la conférence. Cest à concentrer cette histoire — fragmoitaircment conmte et parfois totalement ignorée jusqu'ici, — que s'est appliqué mon effort.