Voir ci-dessus, page
2. Le prince de Radolin ne rentra do congé & Paris que le 30 décembre 1905.
n*avaient pas tardé à frapper l'esprit même Jes plénipotentiaires qu'aucun engagement ne liait à nous; notre droit, parce qu'après avoir subi ce que la réunion de la conférence avait de vexant et de pénible, il était juste que les avantages de cette réunion, — publicilc des négociations, exclusion de certains procédés que nous connaissions trop bien, appui moral de l'opinion — nous fussent assurés. 11 était cependant évident que, si M. de Radowitz exprimait à M. Révoil le désir de causer à l'avance avec lui des grosses questions du programme, le plénipotentiaire français ne pourrait, ne fûl-ce que par courtoisie, se dérober à l'entretien. Le refus de cet entretien nous eût donné d'ailleurs une apparence de raideur, d* autant plus inutile à prendre que nous restions maîtres d'arrêter à notre heure le dialogue officieux pour revenir au débat officiel. Les plénipotentiaires de Russie et d'Italie étaient d'avis que nous n'avions rien à perdre à cette manière de procéder.
En partant pour Aigésiras, M. Révoil pouvait penser que la négociation s'engagerait de piano devant la conférence. Kn y arrivant, il devait prévoir le contraire. En effet, dans les conversations tenues à Madrid au moment du passage des plénipotentiaires, M. de Radowitz avait fait part à diverses personnes notamment à M. Jules Gambon, de son projet de se mettre, dès les premiers jours de la conférence, en rapports avec M. Révoil. A vrai dire, ce projet ne parut point d'abord devoir être suivi d'exécution. Entre le délégué allemand et le délégué français, les relations furent immédiates et fréquentes, mais d'une absolue banalité. M. Révoil n'avait pas à prendre l'initiative qui eût mis fin à cette banalité. Et M. de Radowitz semblait avoir perdu le souvenir de ses proposde Madrid. Le 19 janvier, une occasion s'offrit à lui. Le baron de Richthofen, secrétaire d'État à l'office impérial des Affaires étrangères d'Allemagne, venait de mourir. M. Révoil se rendit chez son collègue pour lui présenter les condoléances du gouvernement delà République. M. de Radowitz se montra touché de cette démarche, insista sur le prix qu'il y attachait : mais, celle fois-là non plus, pas un mot de politique ne fut prononcé. Il était clair que le plénipotentiaireallemand entendait s'en tenir à l'invite vague qu'il avait faite à Madrid, et que, cette conversation qu'il affirmait souhaiter, il voulait que M. Révoil l'engageât. Au même moment, le vendredi 19 janvier, le baron d'Estournelles
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de Constant, sénateur, qui, en traversant Berlin, avait rendu visite au prince de Bi'ilow, rentrait à Paris et rapportait une impression identique; le chancelier lui avait déclaré que, sur la question capitale, c*cst-à-dire sur la question de la police, M. de Radowitz attendait les propositions de M. Révoil, les suggestions d'une tierce puissance ne pouvant en Tespèce se substituer à ces propositions directes. On doit croire que, bien que sans mandat, M. d*Estoornelles ne manqua pas de montrer au prince de Bulow ce que cette prétention avait d'inacceptable. En tout cas, M. Bouvier renouvela à M. Révoil, qui était à cet égard en parfait accord avec lui, rinstruction de ne pas rechercher les conversations prîvée9 et, si ces conversations s'engageaient, de garder une absolue réserve, tant que FAllemagne n'aurait pas abattu ses cartes.
Pendant toute une semaine, cette situation ne se modifia point. Du 15 au :23 janvier, M. de Radowitz continua de se taire, cependant que son second, le comte de Tattenbach, semblait poursuivre, auprès des différentes délégations, une méthodique campagne d'intimidation. Enfin, le mardi 23 janvier, M. de Radowitz, comprenant sans doute que ce jeu ne gagnerait rien à durer el que M. Révoil resterait jusqu'au bout sur la défensive, craignant peotr être aussi qu>n laissant passer les jours, il n'arrivât dans de mauvaises conditions morales à un débat public sur la police et sur la banque, se décida à faire une double démarche auprès du marquis Visconli-Venosta et de M. Henry White. A Tun et à l'autre, il s'en vint exprimer son regret que l'heure des discussions importantes approchât, sans que Français et Allemands eussent échangé leurs vues. La discussion en conférence et en comité sur la contrebande douanière d*abord, surlesimpôts ensuite, marchait d'une vive allure. Aborderait-on la banque sans savoir ce que l'on pensait de la police, alors que peul-élre » en couplant ces deux problèmes », on pourrait parvenir à une entente? Des bases de cette entente, M de Radowitz ne disait, il est vrai, rien de positif. Il excluait un certain nombre de solutions : celle qui aurait consisté à réserver pour un règlement ultérieur l'organisation de la police dans les ports; celle aussi qui aurait donné à la France mandat d'organiser cette police; celle enfin qui aurait partagé ce mandat entre l'Espagne et nous. Après quoi, ayant écarté ce que la France pouvait éventuellement accepter, il se déclarait prêt à étudier
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toute autre solution, voire à la payer d'importantes concessions, probablement finaneières. (Tétait toujours le même système : amorcer, puis retirer; en tout cas ne formuler aucune offre ferme et nous amener par là à nous découvrir : raison nouvelle pour nous de persister dans notre attitude.
(Test ainsi qu^en jugèrent M. Révoil et sir Arthur Nicolson, lorsque les deux plénipotentiaires, que M. de Radowitz avait pris pour intermédiaires^ vinrent leur rendre compte de celte conversation, L*ambassadeur d*Angleterre déclara que sa politique était trop profondément solidsûre de celle de son collègue français pour qu'il pût même consentir à se faire, auprès de lui, le truchement de propositions transactionnelles. Quant à M. Révoil, il insista de nouveau sur le paradoxe qu'il y avait à voir rAllemagne, instigatrice de la conférence, s'obstiner dans une attitude négative, impuissante h apporter des propositions, recourant à des tiers pour nous convier à en énoncer, alors que, depuis le début, toutes les transactions avaient été suggérées, définies, etpayées parnous. Ni le plénipotentiaire italien, ni le plénipotentiaire américain ne purent méconnattre la force de ces arguments. Ni Tun ni l'autre ne purent davantage se méprendre sur la résolution de M. Révoil de s'y tenir fermement attaché. Il devenait donc évident que, si M. de Radowitz voulait, avant le débat public, un têle-à-tète avec le représentant de la France, il serait obligé de le solliciter et d'en accepter la responsabilité. Après quelques jours d'hésitation, il se résolut à cette initiative.
C'est le jeudi 25 janvier, dans la soirée, que M. de Radowitz prit son parti. Répétant presque textuellement ce qu'il avait dit au marquis Visconti-Venosta et à M. White, il exprima à M. Révoil son désir de causer avec lui, de s'entendre avec lui avant le débat public et son intention de lui rendre, à cet effet, visite le lendemain matin 26. (Tétait là entre la délégation allemande et la délégation française le premier contact politique. Parle contraste même qu'il présentait dans sa forme avec l'attitude antérieure de l'Allemagne, il marquait combien les représentants de l'Empire, à Algésiras, sinon à Berlin, avaient déjà changé d'avis sur l'avantage qu'offrait à leur pays cette conférence pour la réunion de laquelle ils avaient depuis sept mois, si énergiquement insisté. Toutefois cette conversation, importante comme symptôme, le fut médiocrement à consi-
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dérersa substance. Car M. de Hadowilz, qui eût préféré qu'elle s'engageât dans d'autres conditions, évita avec soin toutes précisions. Il aftirma d'abord son désir d*entente. Cette entente à deux était, disait-il, la condition nécessaire du succès de la conférence : rien de plus juste, puisque la conférence elle-même n'avait pas d'autre cause qu*un désaccord à deux. Il ajouta qu'il était très désireux de connaître les idées de M. Révoil : toujours par conséquent cette méthode questionneuse, à laquelle nous refusions de nous prêter, puisque la déclaration, lue à la Chambre le 16 décembre par le président du Conseil, contenait de notre politique un exposé complet. 11 parla alors de la Banque d'État, qui bientôt devait venir en discussion et offrit que le comte de Tattenbach s'en entretînt confidontiellement avec M. Uegnault. 11 répéta que rAUemagne ne pourrait consentir à ce que le mandat d*organiser la police fût conféré à la France; qu'au surplus le D' Rosen, au retour de sa mission à Paris, avait dit que M. Rouvier était résolu à ne pas solliciter ce mandat.
C'était là, comme précédemment, non point un corps de propositions, mais un ensemble de négations et d'interrogations, qui ne pouvait servir de hase à une négociation ni même provoquer de^ réponses utiles. Sur un point seulement, une réplique s'imposait et M. Révoil ne manqua pas de la formuler. M. de Radowitz, prenant à son compte une thèse que la diplomatie allemande devait soutenir sur d'autres points, entre autres à Saint-Pétersbourg et à Vienne ^ et que la presse berlinoise développait déjà avec une véhémence inspirée -, prétendait que le gouvernement français avait promis, en septembre, de ne pas solliciter le mandat d'organiser la police dans les ports; qu'en d'autres termes nous avions, ù ce moment, consenti, outre les engagements inscrits dans raccord du ^8, d'autres promesses encore, celle notamment de ne pas défendre devant la conférence l' « intérêt spécial » reconnu par rAUemagne à la France le 8 juillet 1905 '. Il soutenait que la reconnaissance de cet intérêt se trouvait dans la liberté qui nous était laissée d'organiser la police sur la frontière de l'Algérie sans que