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CONCLUSION

Le rôle de M. Laurier à la conférence (1)

Quel a été. eu somme Tattitude particulièi'e des délégués eanadieus à la conférence? Des deux collègues du premier ministre, il n'y .a rien à dire. Sir Frederick Borden, nous ont appris les journaux de Londres, a été malade d'indigestion à peu près tout le temps; et ^L Brodeur n"a pas échappé un seul instant aux effets incurables de --^a nullité ckronique.

^lodifions donc la question.

Quel a été le rôle personnel de sir Wilfrid Laurier?

En somme on peut le résumer en deux paragraphes:

Désir manifeste de servir les fins politiques du ministère Asquith ;

Préoccupation intense de dérober ses attitudes sur les questions vitales de l'emipire.

Sur le premier point, je ne dirai qu'un mot.

Au banquet du Consiitiiiion-al Club, sir Wilfrid Laurier déclarait qu'au Canada il était lihéral (hum! n'insistons pas) mais qu'en Angleterre, il n'appartenait à aucun parti. C'est vrai dans le sens qu'il a tour à tour servi les divers gouvernements au pouvoir à Londres. ]\Iais cette année, au sortir d'une conférence de trois semaines où le premier ministre canadien avait rendu au ministère radical de la Grande-Bretagne des services constants et signalés, cette déclaration de neutralité, faite dans l'un des foyers du torysme unioniste, se teintait d'une ironie et d'une impertinence délicieuses.

^lais l'autre point est pour nous d'un intérêt plus immédiat. '

Avant, pendant et après la conférence M. Laurier a pris des précautions vraiment extraordinaires fpour voiler ses attitudes et cacher au public la nature et la portée de ses actes.

Pourquoi tenait-il à ce point au secret des délibérations?

Les exigences de la diplomatie et de la stratégie n'ont été que le prétexte de tout ce mystère.

Pas un homme sérieu.x ne croira que les lords de l'amirauté se soient enfermés avec ^I. Brodeur afin de profiter de ses lumières, ni /•juc dans les rares intervalles de se^ crises d'indigestion, notre joyeux ministre de la milice ait donné des leçons de stratégie à lord Roberts, à lord Kitchener ou au général French.

H) Cet article a paru le 28 juillet 1911.

Nom. 1j;i riiison du sociH't. r'osl l;i l'rainti^ de sir Will'rid Lnui-ior do laivSwM- ('oiuiiiîtr(>, avant K's pnu'haiiuM ('U'cliniis sn vrrit,al>K> altitude

Tu .journal an.ulais t ros IvicMi riMisciirui'. 1(> Yin-hsliirt /'(/>■/. a mis lo doijii sur la plaio liirsiju'il a dit nuo "M. Asquith avait lié la t'oii- " t'ôronco au scorol absolu l'oiu'oruant l'attitudo du l'anaiia. tollo ^uo " ivpn'sontôo par sir WiH'rid liauri(>r;" c\ à un autro miomumU quo la t'raiutc dos nalioiiali>tos oauadious liaulail visihlonionl lo pri-iuior nii iiisti'o.

La jM'ouNo la plu.s j'aloutt' Av sou dôsir de rostor dans lo olaii-- ■obsour. M. I/juirior viont ilo la diuinoi- en attiMidant quo M. Ahudc lo puu8st» l'Opoo dans los roins pour jiroduiri^ lo rapport cionplol do la l'onTôronoo, rondu p\d>lio à bondros dopuis ipiin/o jous!

Lo priMuior niinistro no fora oroiro à ptu" (unu> vu dohors de son troupoau tl'ounuiiuos ipi'il ii^noiait (pu- lo rapport i'ùt publié à Loj\dros dopuis lo L^ juillot.

Quoi? lo Nostor de la oiinforonoo, lo plus iiiand liontiut> dM'itat de LKnipiro. ainsi Iraito par-dos.s(Uis Im jainb(> ot par cos niinusoulos polit ioiiMis aiiii'lais (pi "il a si bion niatos ol rouK's! ;dlons iltuu' !

La \orilo. o'osi ipio \e nii)|port osl arrivt* à Ottawa doiMiis pluvsiours jours, quo lord (!roy Ta irardô si>i4rnousonuMU ot quo M. Laurior s'ost bion iïanlô do lo lui doniandor avant d'ôtro t\)roô do lo proiduii'o.

1"-! condtivMi d 'cxoniplairos produirai -il ?

l'as jilus laril ipi'liior, je faisais dtMuaiuloi- à ("ttlawa un i^xoniplairo du ooniplo rondu rosunu'\ [>ublio au jour lo jour par lo Tinhs et iniprin\ô on Vwve lilou par lo irouvoriuMuont brilanniquo. On nio vôpond qu'il n ' v en a qu'un oxoniplairo à la bibliolhoqui' !

\'oilà bion avanoi's Us nialbouroux l'anadions qui voudi'aiont suivro pas à pas l;i routo t rionipbailo de lour proniior niinistri»!

i''t pourtpioi tout 00 aiystoro oos ri'puirnanoi>s, ('os rotards à lais or oonnaîtro la vôritô?

L(>s dôoisions los plus iniportantos no soront pas dovinb'os niônio par lo i'onipt(> rtMvdu dôlinitit"; ollos rostont ont'ouii^-; ilans l(>s "aroanos de l'oinpiro." dans los roooins ob.si'iirs du ooniitô de la dofonso. Kt sur toulos los autros questions Latlitudo de M. Laurior a e{é si pou oonipronu>ttanto, si habiloniont ondoyai\to!

Mais e'e \ prot'isiMuont ee quo lo proniitM- niinisiro ne vont pas laisser oonstator de tro,p pri\s. \)e tout ttunps. M. Laurior a pratiqué avoo un rar(< su't'oos. \e jou dos posos ntajostui usos. dos iroslos noiblo.> ol d(>s t'ornuiU^s solonnollos piuir l'ouvrir lo vido de sa ponséi> ot Loppoi'luniino do sa politique. Dans l'o ironro il ost vraiment morveilloux: et peut otre n'a-t-il jan\ais déployé autant ilo s.uplosso ot d'artili.o que sur la soèno de la oonl'éronoo de llMl.

Mais par contre, M. Laurier ne tombe pas dans l'erreur commune aux comédiens sur le retour. Nulle vanité sénile n'aveugile sa elairvoj^ance. Il n'ignore pas que son jeu et ses moyens s'usent rapidement et que l'éloignement et l'éclat factice sont plus que jamais nécessaires pour entretenir l'illusion d'un publie bla.sé. Il redoute plus que tout qu'un oeil indiscret pénètre dans les coulis-es et ne dévoile les secrets de ses maquillages, 1 "intimité décevante de ses perruques et de ses costumes multiples.

Les monteurs de la pièce ont entrepris de lui faire subir l'épreuve des prochaines élections dans une posture héroïque. Ils ont fabriqué de toutes pièces une scène imaginaire où leur maître joue le rôle d'un demi-dieu, sauvant sa patrie des griffes d'un monstre dévorant. Ce montre, l'inupérialisme, ils en niaient l'existence lorsque leur héros s'en faisait le complice et le pourvoyeur. Aujourd'hui qu'il trouve profit à faire semblant de le combattre, ils en exagèrent les traces et les embûches afin de mieux préparer le décor de la scène et la pose du sauveur.

En réalité, le rôle de M. Laurier, à la conférenee de 1911 a été beaucoup plus effacé qu'aux réunions de 1897, de 1902 et de 1907. Son attitude a été toute passive. Il n'a pris les devants qu'en deux circonstances: la modification des traités de commerce et la proposition d'enquête sur les ressources naturelles et le commerce de l'empire.

Sur la première question, on l'a vu, il n'a fait que ''prier le gouvernement de Sa ^Majesté d'entamer des négociations'' afin d'obtenir, si possible, que les colonies soient dégagées des traités exidants.

Non-seulement est-il resté bien en deçà des résolutions de 1897 et 1907 mais il a reconnu par le texte même de sa motion, l'autorité absolue du gouvernement britannique en cette matière.

Sur le deuxième point, il a très habilement lancé la conférence sur une tangente, afin d'éviter à ses alliés de Londres l'ennui d'être forcés de se prononcer sur la question des tarifs de faveur et à lui même^^e dé.sagrément de se faire poser des Cjuestion^ indiscrètes sur la réciprocité.

En dehors de là. le premier ministre du Canada s'est habituellement dérobé derrière les représentants des autres colonies.

La seule proposition véritablement autonomiste qu'il ait appuyée. c'est celle de sir Joseph Ward. réclamant pour les colonies des pouvoirs plus étendus sur les lois qui régissent la navigation et le commerce maritime. ^Nlais à eux deux, ils n'ont pu entraîner un seul des autres membres de la conférence — sauf ]M. Brodeur qui n'avait })as droit de vote et qui croit tout de même que c'est voté.

'SI. Laurier s'est élevé avec ostentation contre la formule de l'impérialisme intégral — le Conseil de l'P^mpii'e — dont pei-sonne ne voulait. Il en tire le motif d'un beau dcH;or et d'une scène émouvante d'amour pour ses "chers comi)atriotes" de Québec. ]\Iais il néglige de

leur dire qu'il a également combattu la proposition la plus propre à affranchir les colonies des influences secrètes du Bureau colonial et des intrigues des gouverneurs entreprenants: — je veux parler de la motion proposant de faire des hauts commissaires les seuls intermédiaires entre les autorités impériales et les gouvernements des colonies.

Mettant au rancart sa fière attitude de 1903 sur le treaty making powcr, il se prononce en paroles contre la partici,pation des colonies aux traités impériaux sous prétexte qu'il ne veut pas être entraîné dans les guerres de l'Empire. Ses partisans en tirent la matière d'un hymne de gloire. ]\Iais le lendemain il vote en silence la proposition qu'il a combattu la veille.

Il fait habilement répandre dans les journaux de Londres que le Canada entend rester uiaître de décider à quelles guerres il prendra part ; puis, dans le secret du comité de la défense, il se fait ou se laisse impeser ce ; fameuses zones qui. malgré la duperie des textes en réalité soumettent de plus en plus la 'marine canadienne" aux décisions de l'Amirauté anglaise. Il conclut également avec lord Ilaldane une entente secrète assurant l'unité des forces impériales en temps de guerre.

M. Laurier disait à son retour qu'il allait subir à la fois, les attaques des "jingos impérialistes" et celles des '"jingos nationalistes". Le premier ministre pratique l'antithèse presque aus i volontiers que Victcr Hugo. ^lais, comme les comparaisons, les antithèses ne sont souvent justes qu'à moitié.

La conduite de ^I. Laurier à Londres, ne sati fait ni les impérialistes ni les nationalistes, c'est certain. Mais ce n'est pas parce qu'elle est trop impérialiste pour les uns et trop nationaliste pour les autres. C'est tout simplement parce qu'elle n'est ni l'une ni l'autre. C'est parce qu'elle n'offre aucune solution satisfaisante lointaine ou prochaine à aucun des problèmes (lui s'impo-ent à l'attention des peuples divers de l'empire.

Cette atttitude est sans doute fort habile au point de vue des tactiques politiques de ^I. Laurier. Elle lui permet d'être à l'avenir ce qu'il a été dans le pa-sé. tour à tour impérialiste ou annexionniste ipartisan du statu quo ou champion de l'indépendance. prote;'tiGnniste. libi'e-échangiste ou réciprociste.

M. Laurier a pu. dans le passé, jouer tous ces rôles avec beaucoup de succès, récolter des applaudissements, des fleurs des rappels et même des renouvellements de saison. ]\Iais à mesure que la consoience et la virilité nationales se développent et s'affermissent, le peuple canadien comprend davantage que ces graves problèmes se règlent ailleurs que sur la scène misérable de nos luttes de parti et que l'avenir ■d'une nation ne dépend ipas principalement de régoïsme. de la versatilité et des triomphes personnels d'un s:eul homme tînt-il le premier rôle et fût-il le plus charmeur des artistes.

Impérialistes et nationalistes sincères sentent, en effet, que le moment est venu où ces quêtions vitales doivent se poser nettement au Canada comme dans tout le reste de l'empire. Est-il étonnant que l'homme du "juste milieu", des "compromis honorables", de la fausse conciliation et pour tout résumer d'un mot: le pontife de l'opportunisme intégral — la seule doctrine à laquelle il ait jamais cru — voit venir la fin de son règne ?

Il n'a nulle raison de se plaindre et de crier à la persécution. Nous aurions également tort de le blâmer trop sévèrement. En somme il suit sa voie et il arrive à sa fin. Il a été, iplus que tout autre, le créateur de son système, de ses succès et de sa gloire. Il est aujourd'hui l'instrument de sa propre déchéance, beaucoup plus que les "jingos impérialistes" et les "jingos nationalistes."

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