‹ La conférence impériale et le rôle de M. Laurier [microforme]Chapitre 2 sur 15 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Cette brochure n'est que la réimpression d’une série d'articles parus dans le Devoir, du 6 au 25 juillet. Sans en exagérer la valeur et la portée je crois pouvoir dire qu'ils offrent des aperçus assez justes sur les principaux problème: impériaux. Je me suis surtout appliqué à faire comprendre l'évolution accomplie dans le gouvernement et la constitution de l’empire britannique depuis l'établissement du régime des conférences, et à marquer le terme de cette évolution,

Il y a bientôt dix ans, je donnais du mouvement impérialiste la définition suivante :

‘Le véritable impérialisme anglais, c’est la contribution des colo- ‘€ nies aur guerres de l'A ngleterre—en hommes et en deniers, en hom- ‘‘ mes surtout.” (1)

Il ne me semble pas que je me sois beaucoup trompé.

Pour atteindre leur but, les impérialistes de la grande école, disciples de Chamberlain, étaient prêts à y mettre le prix. Afin d'’obtenir des colonies des contributions militaires substantielles et permanentes, ils leur offraient les avantages d’un tarif douanier impérial et le partage du gouvernement de l'empire.

Les libéraux impérialistes, moins hardis mais plus rusés, ont adopté un moyen terme, Ils préfèrent laisser aux colonies, ‘‘en temps de paix,”? toutes les apparences de l’antorité sur leurs flottes et leurs armées, comptant sur les circonstances, sur l’orgueil et la solidarité de la race anglo-saxonne ct sur la faiblesse des politiciens d’outremer, pour obtenir ou arracher le concours des forces coloniales ‘‘en temps de guerre.’?

Cette politique a trouvé son expression dans le texte des arrangements conclus à la dernière conférence, entre les autorités impériales et les gouvernements canadien et australien.

Elle est exprimée d’une façon brutale et grotesque dans le traité relatif à l’emploi des vaisseaux canadiens.

Le premier article proclame solennellement que ‘‘le service naval ‘<et les forces du Canada et de l'Australie seront exclusivement sous ‘€ la direction de leur gouvernement respectif.’?

Mais les seize autres artic'es tendent tous à écourter cette autorité ‘‘exelusive”” des gouvernements coloniaux. A tel point que si une guerre éclatait au moment où les vaisseaux canadiens seraient à faire du charbon ou des provisions dans un port étranger, ils se trouveraient en état de guerre et sous l'autorité ‘‘exelusive’” de l’Amirauté impé-

(1) Grande Bretagne et Canada.—Avertissement (1901).

sn É

riale, ‘pendant toute la durée de la &uerre,”” sans qu'il soit mème be. soin d’un décret du cabinet d'Ottawa pour les mettre à la disposition

de l'Angleterre !

On sait que ces Arrangements ont été conclus en secret, Sir Wil. frid Laurier n'en a produit le texte à la Chambre qu'à la dernière extrémité, Pressé par M. Monk, il r’en a donné qu'un seul exemplaire envoyé immédiatement à l'imprimerie.

Les journaux officieux avaient annoncé un discours magistral du Premic: ministre sur les résultats de la conférence, M. Laurier avait même menacé M. Monk ae ses foudres. Et le parlement a été dissous brusquement sans que le premier ministre ait desserré les dents, et avant même que le texte des arrangements ait été distribué aux sénateurs, aux députés et au publie,

Il nous faut nous contenter de ce que les Journaux ont pu en attraper, On trouvera à la fin de cette brochure la version lrancaise, Parue dans le Canada du 29 juillet, de l’arrangement relatif à la marine.

Quant à la ‘coopération’ des forces de terre, j'ai fait traduire l'analyse que la Free Press d'Ottawa en a publiée le 31 juillet. C'est la plus complète que j'ai lue,

Signalons en Passant que les représentant: du Canada au Comité de la défense impériale étaient sir Frederick Borden, le major-général Mackenzie et le colonel Sam H ughes. à

Oui, Sam H'ighes, l’impérialiste, l’orangiste, le tory. le mangechrétiens, l’ogre anti-français dont la valetaille ministérielle nous a si souvent jeté le nom à la tête! Et c’est lui que MM. Laurier, Brodeur et

mieux ont chargé de déterminer les conditions auxquelles le Canada Participera aux guerres de l’Empire!

Un réalité, ce brave Sam Hughes espèce de Tartarin-Ramollot de l’Ulster n'est guère dangereux, His bark is worse than his bite. Mais quand on se rappelle l’usage que les domestiques de M. Laurier ont fait de son nom pour faire peur aux petits enfants rouges de Québec, cette mission à la conférence de Londres nous fait mesurer le degré d’hypocrisie des faux masques qui nous gouvernent.

Sam Hughes délégué de sir Wilfri” Laurier, de Brodeur, de Le-

mieux! oh! là! là !

À cette étude et à £es appendices j'ajoute deux articles sur l’attitude du premier ministre à Londres : l’un, antérieur à la conférence : —Sur quelle corde dansera-t.ùl ?—paru le 12 mai; l’autre en date du 28 juillet, conclusion de cette étude.

Je laisse au lecteur le soin de décider si j'avais prévu avec quelque clairvoyance le rôle que M. Laurier jouerait à Londres et si j'ai ensuite analysé ce rôle avec impar‘ialité.

Au risque de désappointer les adversaires les plus ardents du premier ministre, à un moment où les passions Politiques surchauffées exi-

gent des opinions extrêmes, j'ajoute que l'homme mérite plus d'in. dulgence et de pitié que ses actes. Entraîné dans un courant dont la puissance domine les partis et les hommes, enserré dans les mailles d’une politique d’expédients dont il n'a jamais caleulé les const. quences lointaines, victinw. de sn Propre conformation cérébrale, nuageu-e, sans idée nette ni principe arrêté—flottant dans l'air ambiant, ainsi qu'il le disait un jour avec tant de justesse—M. Laurier est beaucoup moins responsab'e qu'on ne le croit de sa duplicité, de ses atermoiements, de sa politique sinueuse et san: principes,

Ce qui pèse aujourd'hui sur ses épaules, au point de l'écraser, c'est le rôle exagéré que ses thuriféraire; et ses valets ont voulu lui faire jouer dans la grande politique impériale, Le premier ministre du Ca. nada est certainement l'un des hommes publics contemporains les plus distingués de l'empire. En Angleterre avec une autre formation, mieux entouré, il aurait san: doute été l’un des hommes marquants de son époque. Il est probablement. Par nature, supérieur aux hommes qu: gouvernent actuellement le royaume-uni et les autres colonies, Mais enchaîné par les petitesses et les exigences de notre misérable esprit de parti, rapetissé par les ruses et les expédients de la politique tout opportuniste qu'il a poursuivie depuis quinze ans, il n'est pas de force à tenir tête à des hommes dont la formation. le milieu, l’habitude de la grande politique ont raffermi le caractère et élargi les horizons.

En mettant au service d’une doctrine et d'un principe les qualités remarquables dont la Providence l’a douée, M. Laurier aurait pu rendre des services inappréciables à son pays et à l'empire, Ila préféré servir tous les dieux. Ses professions de foi au pied de tous les autels lui ont valu maints coups d'ensenscir. Il s'est élevé une gloire facile, et du haut de sa chaire de faux pontife il a excommunié les ‘‘fanatiques”” de toutes les sectes.

Mais les fumées de l’encens se dissipent. Les hommes sincère; de tous les groupes ne se laissent plus prendre à la gri-erie des phrases sonores et trompeuses : ils veulent des paroles claires et des actes vrais.

Et c’est pour cela que la puissance de l’homme des ‘‘compromis

honorables’”, du ‘juste milieu”? et de la fausse ‘‘conciliation”’ s’évanouit comme la brume du matin sous les coups d’un soleil ardent.

Henri BOURASSA Montrée, 19 août 1911.

N. B.—J'avais emprunté au ‘‘Times'’ les nombreuses citations du compte-rendu sommaire des conférencez Ayant reçu, depuis, le ‘‘précis’’ publié par le gouvernement impérial, c’est aux pages de ce document que se réfèrent maintenant les notes PE renvoyaient

tant, comme l'on sait, une sorte de journal officiel au point de vue de l'exactitude des comptes-rendus

Ceci évitera à M. Lemieux l’occasion de répéter la niaiscrie qu’il a débitée je ne sais trop où, que je priesis mes opinions dans le ‘iTimes’”, ‘‘isurnal uitra-impérialiste et * de sir Wilfrid Laurier. Dans ces seize articles, je n’ai cité l'opinion du ‘‘Times’’ qu'une fois, et cette Opinion était favorable à M. Laurier. Mais on sait aujourd'hui ce que valent les dires d’un Lemieux l

Sur quelle corde dansera-t-il ?

(Du ‘DEVOIR’’, du 12 mai 1911.)

Le premier miniitre est en route pour Londres et la conférence impériale.

Qu'y fera-t-il? Que proposera-t-il? Queïle attitude prendra-til sur les propositions soumises par les autres délégués de l’Empire ?

Demandera-t-il la dénonciation des traités qui assurent à plusieurs nations étrangères le bénéfice de la convention Knox-Fielding ?

Offrira-t-il une préférence plus grande aux produits anglais ?

Va-t-il ouvrir ou fermer les portes des conseils de l’Empire? se plonger dans le ‘‘gouffre du militarisme”? ou s’en éloigner avec horreur ?

Se vantera-t-il de sa marine de guerre comme d’un moyen d’affermir l’autonomie du Canada et même de préparer l'indépendance de la colonie, ainsi que l’affirmaient plusietirs de se; lieutenants dans l'élection de Drummond-Arthabaska ?

Emboîtera-t-il le pas à son principal ministre. M. Fielding, en offrant à l'Angleterre la flotte et le sang du peuple canadien pour toutes les guer°es “justes ou injustes’? de la mère-patrie ?

Ce serait le temps pour les journaux à gros tapage, à grand tirage et à faux plumage d’ouvrir un concours de devinettes. Toutes les réponses auraient chance de gagner un prix.

Le premier ministre a bien déclaré, il y a quelques jours, qu'il n'avait rien à proposer à la conférence. Mais ceci ne veut rien dire. Il y a souvent loin des parole; aux actes de°M. Laurier. On ne peut même pas prendre pour acquis le contraire de ses affirmations; il a atteint, dans l’art de tromper, le degré de perfection que préconisait Talleyrand.

Le premier ministre a laissé entendre qu'il ne modifierait en rien sa politique.

Nous ne sommes guère plus avancés.

Quelle est la politique de M. Laurier, en matière d’impérialisme ? Comme en toute autre chose, il n’en a qu’une: c’est de n’en avoir aucune, où plutôt d’être prêt à les avoir toutes, suivant les courants et les besoins du moment.

Voici la quatrièae conférence impériale à laquelle M. Laurier prend part. Suivons ses traces et résumons ses attitudes.

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