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En 1897, il voulait le libre-échange dans l’Empire et offrait son tarif de faveur à l’Angleterre, en pur don de reconnaissance. et d’amour. En 1902, il faisait montrer les dents par M. Fielding et menaçait de relever ce tarif de faveur. En 1907, il louvoyait entre ces deux courants.
En 1897, il ne rêvait que guerre et carnage; il appelait de ses voeux les ‘‘feux des collines’” et le ‘‘elairon des batailles’’ afin de donner aux enfants des colonies l’occasicn de verser leur sang pour l’Empire. En 1902, il nous mettait en garde contre ‘‘le gouffre du militarisme”” et refusait de conduire son pays au ‘CRIME’ et au ‘‘SUI- CIDE”’ des armements impériaux. En 1907, il rejetait. en termes déjà plus mesurés, les projets de l'état-major impérial et de l’amirauté. En 1909, par un arrêté ministériel adopté à la sourdine, il acceptait exactement les mêmes projets, dans l’ensemble et dans les détails; et il envoyait ses deux hommes de guerre, Borden et Brodeur, nous engager résolument et sans notre consentement dans la voie du ‘‘crime”” et du ‘‘suicide.’?
Non: ni les actes passés ni les paroles récentes du premier ministre ne peuvent éclairer personne—ni lui-même—sur ses intentions.
Un de ses mercenaires, payés pour faire auprès de ses ‘‘chers compatriotes’, la besogne d’emplissage (pardon!), écrivait, l’autre jour, que M. Laurier allait encore une fois défendre l'autonomie du Canada contre les entreprises impérialistes. J'’oublie si celui-ci fait ses gages au Soleil ou au Canada, ou s’il coudoie le valeureux Ajax à la cantine de la Vigie. Peu importe: c’est la même encre payée du même argent volé à la communauté. Ce qui est intéressant. ce n’est pas l’individu qui tient la plume ni les mots qu’il aligne; c’est la pensée de ceux qui le paient et le font écrire.
M. Laurier se prépare évidemment à répéter la comédie de 1907.
S'il est vrai qu'il ne va à Londres que pour pontifier et parader dans les banquets et les fêtes publiques ;—s’il n’a nullement l’intention d’entrer plus avant daus la centralisation militaire de l’Empire, — pourquoi emmène-t-il avec lui M. Brodeur, ministre de la marine, et M. Borden, ministre de la milice, au lieu de MM. Fielding, ministre des finances, et Paterson ministre. des douanes, ses compagnons de 1902 ?
On a d’abord fait entendre que le premier ministre ne voulait pas laisser à Ottawa le plus gaffeur de ses collègues, de crainte qu’il ne mît les pieds dans les plats plus souvent qu’à son tour. Mais cette explication, très plausible pour M. Brodeur, ne s’applique pas à sir Frederick Borden. Notre ministre. de la guerre se compromet parfois dans les banquets et les affaires de coeur, mais c’est un parlementaire très adroit. Sa parenté avee M. R. L. Borden l’a jusqu'ici protégé contre les attaques de la gauche. Et cette impunité est encore fortifiée par
ee pe
le fait que le chef dela comptabilité du ministère de la milice, cousin du ministre, est le propre frère du leader de l’opposition.
Du reste l’ajournement des Chambres à disposé de cette explication.
Ce n’est pas non plus à cause tion et de leur éloquence que M. Lau deur, de préférence à M. Fielding, potentiaire mondial, à l’A!
Rodolphe Lemieux.
Mais, dira-t-on, c’est précisément parce que le premier ministre veut résister victorieusement aux assauts de l'impérialisme militaire qu'il se fait accompagner par son connétable et son grand-amiral.
Non, M. La
Sir Frederick Borden e:t
de leur Prestige, de leur distinerier a choisi MM. Borden et Broà M. Fisher et surtout à son plénicibiade afrikando-japonais du ministère, M.
Mais ses.
. plus notoires que ses faits d'armes, l’ont
et Stratégie avec lord Roberts ou les.
M. Brodeur a, je crois, présidé à quelques régate; de chaloupes, aux destinées des.
bution gratuite aux
entre Saint-Hilaire et Saint-Mathias. Il veille
Non. M. Laurier a pris afin de leur faire faire la be complir lui-même.
Il prendra, lui, le; attitudes héroïques; il lancera les périodes. ronfiantes sur la grandeur de l'empire et la fierté des ‘‘nations soeurs.”
Il fera quelques déclarations creu ement autonomistes et vaguement impérialistes. Aux séances plénières du congrès, il repoussera les propositions centralisatrices les plus avan
cées. dont les Anglais eu«mêmes ne veulent pas, si ce n’est pas un procédé lent et graduel—""g. slow’ but gradual process. ??
Aux antiimpérialistes qui dominent encore, ministère Asquith, il fera valoir les bienfaits d Fie!ding, négociée et conclue dans une larg
ses ministres de la marine et de la milice sogne qu’il ne peut pas et ne veut pas ac-
quoique faiblement, le e la convention Knoxe mesure pour débarrasser
les radicaux anglais de l’agitation Pour la réforme du tarif.
Aux impérialistes qui règneront dem possibilities’” de sa Politique navale.
temps de paix, mais impériale en temps
ain. il fera entrevoir lez de sa flotte ‘‘canadienne en de guerre’’—et qui, en atten-
LE
dant le moment de nous plonger dans le ‘: gouffre du militarisme . permet à l'amirauté anglaise de coller aux bons Canadiens les rebuts
Et tandis que le grand comédien opèrera sur la scène exposant aux regards du publie de l’empire les ressources prestigieuses de son art et la diversité de ses costumes et de se; grimages, ses deux comparses feront, dans la coulisse, les opérations et le bedides avvaires auxquelles il ne se soucie pas d’associer son nom.
Ce qui est certain, c’est que l'impérialisme ,a avancer encore d’un degré plus ou moins considérable; et M. Laurier y aidera, sciemment ou aveuglément, quels que soient le ton, la forme ou l'éclat de ses déclarations publiques et la nature de se; attitudes secrètes.
Le premier ministre est un homme habile et un merveilleux négociateur; mais il n’a ni la netteté de pensée ni la force de conviction. ni la vigueur de caractère qu’il faudrait pour tenir tête aux hommes puissants qui dirigent le mouvement impérialiste. Il est totalement incapable de résister aux moyens de conquête et d’intimidation dont les impérialistes disposent. Il peut jouer quelque temps avec eux. leur glisser à maintes reprises dans les mains: mais comme le saumon qui a mordu à l’amorce du pêcheur habile, il a beau se débattre et ruser, plonger au fond ou remonter à la surface, faire le mort ou bondir et partir comme une flèche en amont Ou en aval du courant, il finira par se noyer et se laisser prendre.
À tous ceux qui ont à coeur le maintien et le progrès de l’autonomie du Canada et le sentiment des vraies traditions britanniques, de suivre d’un oeil vigilant les évolutions et les mouvements de notre opportuniste national.
Au Devoir, nons aurons l'oeil ouvert.
Le courrier de Londres nous à apporté, ces jours-ci, les comptesrendus des dernières séances de la conférence impériale. Il est maintenant possible de se faire une idée assez juste de l’ensemble des tra- Vaux accomplis. On peut même soulever un coin du voile que nos oligarques impériaux, sur les instances de M. Laurier, ont prudemment jeté sur leurs délibérations les plus importantes.
J’ai attendu cette documentation, du reste encore incomplète, avant de faire l’analyse de ces travaux et d’exprimer une opinion sur l’ensemble et la Portée de la conférence,
Les domestiques du ministère, gagés et nourris Pour écrire sans Penser, se sont étonnés de ce silence. Ils en ont fait des gorges chaudes à l'office. C’est naturel.
Les lecteurs du Devoir, habitués à un autre genre de journalisme, comprennent le motif de ce retard. Cela me suffit.
Voici les points qu’il me semble intéressant de mettre en relief : la
multiplicité et l’importance des sujets traités; la place envahissante que la conférence prend parmi les institutions politiques de l’Empire ; la tendance centralisatrice qu’elle va imprimer forcément au gouvernement des possessions britanniques ; l’accentuation marquée de l’impérialisme militaire; l'influence prépondérante du gouvernement impérial ; l’attitude Pa”. 'culière de sir Wilfrid Laurier; enfin la nature et les motifs réels de: « itiques que le chef du gouvernement Canadien a subies pour la Première fois, en Angleterre.
Sujets traités.
La conférence a adopté des voeux ou formulé des décisions sur les matières suivantes :
Naturalisation impériale ;
Tarifs des câbles transocéaniques ;
Impérialisation des câbles transatlantiques ;
Etablissement de stations impériales de télégraphie sans fil ;
Postes et voies maritimes impériales ;
Réduction des tarifs du canal de Suez
Distruction des combines maritimes.
Elle a réclamé 01 recommandé l’adoption, Par tout l’empire de lois unifcrmes relatives aux objets suivants :
Navigation et commerce maritime ;
Droits d'auteur; brevets d'invention et marques de commerce ;
Compagnies à fonds social ;
Accidents du travail ;
Immigration ; Expulsion des aubains ; :
Exécution, dans tout pays britannique, des jugements et sentences arbitrales rendus dans une partie quelconque de l’empire.
Elle a préconisé l'établissement d’un tribunal suprême de l’empire.
Elle a décrété, sur la proposition de M. Laurier, la constitution d’une Commission Rcyale ou plutôt impériale, chargée de s’eenquérir des ressources des pays britanniques et de faire rapport sur les ‘‘lois’? et ‘‘méthodes’” propres à les mettre en valeur:
Voilà pour la législation et le gouvernement intérieurs.
Par son adhé-ion à la Déc'aration de Londres, sur l'initiative de M. Laurier, et surtout par l'adoption du voen formulé par M. Fisher. elle s’est liée moralement à la politique internationale de l'Angleterre.
C’est ce voeu que M. Laurier—détail caractéristique—a combattu de sa parole et ‘appuyé de son vote.
. Je reviendrai sur cet incident, l’un des plus intéressants et des plus significatifs de la .conférence. … ‘ IN REC
Sur la question suprême, celle’de la défens? militaire et maritime ‘de l’Empire, la conférence a délibéré dans le secret le plus absolu—
non-seulement lorsque les autorités britanniques lui ouvrirent les arcana imperü, suivant l’expression de M. Asquith, c’est-à-dire les mys- tères de la stratégie et de la diplomatie; mais encoré lorsqu'on diseuta . le partage des responsabilités constitutionnelles et financières entre la mère-patrie et les colcnies.
Ceci encore démande un chapitre spécial.
Cette brève énumération suffit à indiquer l'importance des débats qui. se sont clos à Londres le 20 juin; et d’après le premier ministre ‘du Royaume-Uni, les dé'ibérations secrètes sont beaucoup plus graves
que celles dont le publie a eu connais:ance, les ententes tacites ou officieuses ont une portée plus considérable que les voeux et les résolutions adoptés sous une forme concrète.
‘Importance de la Conférence.
Ce qui est peut-être encore plus significatif que tout le travail accompli, c’est la nature même de la conférence; c’est la place énor- - me, envahissante que cette institution née d’hier menace de prendre - dans le jeu des institutions britanniques.
Sur ce point tout le monde est tombé d'accord. ; Passant en revue le chemin parcouru depuis la conférence de 1907, M. Laurier disait, à la séanee d'ouverture, le 23 mai: er ‘‘Le plus important des résultats obtenus a été de substituer au genre de conférences coloniales éphémères qui s'étaient réunies précédemment, un véritable régime impérial de cotiférences périodiques entre le gouvernement de Sa Majesté dans le Royaume et les gouvernements de Sa ILajesté dans les pos sessions d’outre-mer, pour la discussion des intérêts communs.’’ (‘‘Précis’?, page 6). -
ri de
À la séance de clôture, l'éminent homme d'E gouvernement de l'Empire M. Asquith, disait que rence n'avait fait autre chose que d'initier, pour la première fois les #ouvernants des possessions d'outre-mer aux secrets de la politique
impériale ‘‘elle Mmarquerait d’un jalon Permanent le développement de l’histoire constitutionnelle de l’Empire, ’’ (... it would have been
a landmark in the development of what I May call our Imperial Constitutional h istor y.’ Précis? F
Au banquet des Pilgrims, 'e 23 mai, lord Robert, Parlait de “’é.
‘ volution graduelle de ces conférences, autrefois réunions acciden-
‘* telles, sans caractère officiel. . .âvvenues une institution impériale ‘© permanente. ”? (Times, 24 mai.) .
tat qui préside au même si la confé.-
» lord Curzon, ancien vice-roi des Indes, pron Ï Après avoir signalé i 8 de l’empire a donla conférence :
Le progrès que la conférence a fait taire à 1 ble et solide, À
cours du Ministre des térieure de l’Empire: ji!s ont exprimé dans lesquelles
vernement impé 1£ juin.)
es coups d’aile qui donnent à
de plaï:anteries familière
la plupart l’ampleur du génie politique, a été
8, la marque et vus loin encore. Après avoir rap-
igue de la Fédération
Je pourrais multiplier les citations de ce genre. Celles-ci, em. pruntées aux paroles des hommes les plus éminents de l’Empire, dans tous les groupes d'opinion, suffisent à marquer l’orbe parcouru et et à faire présager les progrès de cette évolution.
PER: 7e
Me sera-t-il permis. pour la justification du mouvement de résistance inauguré dès l’envoi des contingents d'Afrique, de rappeler ce que je disais, il y a près de dix ans, avant la conférence de 19029
‘*Ne croyez pas d’ailleurs que ce conseil surgisse tout à coup, constitus par un acte du parlement impérial. Ce n’est pas la méthode anglaise. On “onnait mieux là-bas l’art de Préparer les évolutions Constitutionneules,
On va commencer par consulter ies premiers ministres coloniaux qui iront, à Londres l’an prochain, assister au couronnement du Roi (Edouard II) et assurer Sa Majesté de la fidélité in7io'able et de la naïveté robuste de ses sujets des colonies. Ce ne sera du reste qu’une répétition du Jubilé.
veau nos représentants au pied du trône. Ces visites ‘‘ad limina’’ finiront par devenir régulières — et dans les intervalles, les agents coloniaux sont toujours là, trop heureux de jouer le rôle des duègnes de comédie qui portent les billets doux des amoureux illicites. En‘in on donnera 1: sanction constitutionnelle aux
. C'est de cette manière que toutes les institutions britanniques se sont étae8.’? (‘Grande-Bretagne et Canada'’, 1901, page 35).
Il me semble que j'ai vu aussi clair que les eunuques ministériels qui, alors comme aujourd’hui, me traitaient de fou et d’énergumène— en ce temps-là. parce que je prédisais ce qu'ils affirmaient être irréa-
ru aujourd’hui parce que je combats ce qu'ils prétendent inévitable.
Oui, la conférence est devenue un véritable Conseil d’empire, une Junte secrète, ne laissant connaître au public que ce qu’il lui plaît de dévoiler de ses débats et de ses décisions. C’est un Etat dans l’Etat— ou plutôt un Etat au-dessus des Etats—un véritable cabinet impérial, suivant l'expression de lord Curzon, sans responsabilité au peuple de l’Empire, puisqu'il n'existe pas encore de parlement impérial yui puissent en contrô'er les agi-sements; sans responsabilité non plus à aucun des Pays autonomes de l’empire, puisque les délégués de chaque Etat n’ont droit qu’à une seule voix collective. Et ces délégués, sans mandat défini, peuvent toujours se dérober à leurs responsabilités particulières, soit en invoquant la volonté et le vote prépondérant des représentants des autres Pays, ou en s’abritant derrière le secret des ‘ délibérations et la censure arbitraire des comptes-rendus officiels.
Si le temps et 1 ’espace le permettaient il Y aurait ei des développements intéressants à faire. des comparaisons et des rapprochements historiques entre cette oligarchie hybride et l’ancien conseil privé des Tudors et des Stuarts, le Conseil des Dix de Venise et le cabinet américain.
Je me borne à exprimer l'avis que cc régime ne peut être que transitoire. Il peut satisfaire les exigences des peuples conquis ; les compensations qu’il offre à la vanité personnelle des politiciens peuvent suffire à l’orgueil déprimé d’un Laurier ; mais il est trop inférieur aux habitudes et à la fierté des Anglo-Saxons modernes pour durer longtemps sous sa forme actuelle. Il va continuer d'évoluer dans le sens
LE
impérialiste jusqu'à ce qu’il ait amené l’Empire au point où l’attendent les prévisions de lord Rosebery—à moins que quelque contre-courant soudain ne surgisse pour en changer le cours, et alors ce serait la rupture de l’Empire.
Autonomie coloniale. —Prépondérance anglaise.
Le régime des conférences impériales tend inévitablement à la concentration du gouvernement de l’Empire et, par conséquent, à l’affaiblissement de l'autonomie et de la liberté de chacun des pays qui le composent—ou plutôt des colonies; car cette concentration de pouvoirs ne peut s’opérer qu’au bénéfice de la métropole, ;
Les délibérations de cette année prouvent surabondamment cette thèse, en dépit des précautions prises par les délégués coloniaux pour dérober à leurs mandants la nature et la portée de leurs engagements sur la question primordiale des, armements impériaux.
La seule énumération des sujets traités—je l’ai donnée hier— suffit à marquer les tendances centralisatrices de la junte impériale.
Non seulement pousse-t-elle à l’uniformisation de lois et de règlements administratifs abandonnés jusqu'ici au ressort des divers parlements coloniaux, mais elle: a même commencé à pénétrer sur le domaine du droit privé, des lois civiles, qui, au Canada et en Australie, ressortent à la juridiction des provinces ou états.
L'an dernier, M. Gouin et M. Taschereau protestaient contre les empiètements du gouvernement fédéral dans la législation relative aux compagnies à chartes. Que pensent-ils, que feront-ils dire et écrire par leurs esclaves—qui sont également ceux du ministère fédéral — -des voeux adoptés à ce sujet par la conférence impériale, avec le consentement de MM. Laurier et Brodeur, et recommandant l’adoption, ans tout l’empire, de lois uniformes. sur les compagnies ? .
Que penseront-ils et que feront-ils des résolutions préconisant l’impérialisation des lois relatives aux accidents du travail? Et sur-
tout du voeu adopté à la demande du gouvernement de Londres, nour permettre, dans tout pays britannique. l’exécution d’un jugement rendu dans n'importe quelle :utre partie de l’Empire ?
Voit-on d'ici la situation d’un malheureux pris au collet à Tomonto. pour mépris de cour, commis, sans qu’il le sache, peut-être, à Cape Town ou à Melbourne; ou voyant ses biens saisis à Montréal en ‘vertu d’un jugement rendu par défaut à Liverpool, à Calcutta ou à Sydney ? cs
Mais c’est surtout dans l'étude des grands problèmes impériaux que la force de concentration s’est affirmée :
Et cette manifestation est:d’autant plus remarquable qu’à une exception près—sir Joseph: Ward, premier ministre de la Nouvelle- Zélande—les membres de la conférence de 1911 étaient beaucoup moins imbus d’impérialisme que éeux des trois conférences précédentes —
surtout de 1897 et 1902, alors que M. Chamberlain jouissait de tout son prestige.
Le premier ministre anglais, M. Asquith, est l’un des rares libéraux impérialistes de la première heure; mais son impérialisme se borne à la coopération militaire de l’empire, c’est-à-dire aux moyens à prendre pour entraîner les colonies dans les armements impériaux. Il est opposé à tout projet de représentation des colonies et surtout à toute forme de politique douanière impériale.
M. Fisher, premier ministre de l'Australie, est l’élu du parti ouvrier, anti-militariste et anti-impérialiste. Le général Botha. en dépit du loyalisme qu'il affiche un peu trop souvent peut-être, n’est pas un impérialiste. Sir Edward Morris. de Terreneuve, non plus—du moins, si l’on en peut juger par son attitude à la conférence.
Dès le début, M. Asquith affirma que la politique de centralisation est absurde. la désintégration impossible, et qu'il faut à l’empire un régime intermédiaire ‘‘une combinaison de l’autonomie loale et du dévouement à un seul souverain’’— l'autonomie étant ‘‘l’articulus stantis aut cadentis imperü.”’
M. Laurier, avec sa rare souplesse et son habituel bonheur d’expression, s’empressa d’emboîter le pas au premier ministre de la Grande- Bretagne, et à sa définition d’ajouter la sienne, plus heureu:e encore : “l'unité impériale basée sur l’autonomie locale.’
Et cependant, sur ce terrain si peu favorable à l'impérialisme, l’idée de concentration a encore avancé d’un cran, la suprématie de l’Angleterre s’est encore affirmée avec une force et une évidence remarquables, soit lorsque la conférence a repoussé les propositions les plus impérialistes de sir Joseph Ward ou qu’elle a refusé d'adopter le voeu le plus autonomiste formulé par le même M. Ward et combattu par M. Laurier.
MM. Asquith, Laurier et Ward.
C'est une personnalité intéressante que celle du premier ministre de la Nouvelle-Zélande. Evidemment inférieur à M. Asquith et à M. Laurier comme diplomate et négociateur, il leur est infiniment supérieur par le courage et la netteté de ses vues. Il a exprimé plus hautement que tout autre membre de la conférence la fierté et les aspirations des colonies.
On a dit que M. Laurier avait été le Nestor de la conférence. Il serait peut-être plus exact de dire qu’il a joué le rôle d'Ulysse, prudent, habile et rusé. M. Asquith en est resté tout le temps l’Aga-: memnon. le maître incontesté--maisun Agamemnon sage et tempéré. Sir Joseph Ward en fut sans contredit le bouillant Achille, mais un Achille ne boudant jamais, même quand ses rivaux lui dérobaient ses Briséis.
Dès l’ouverture des séances, sir Joseph Ward proposa la publicité des délibérations. Tous ses collègues, M. Laurier en tête, s’y sont
ER s
opposés vivement et le régime du sec Le Néo-Zélandais a pris, à lui seul, ] initiative de près de la moitié des propositions. I] en a vu re
Pousser plusieurs et des plus retentissantes; mais il a réussi à en faire accepter un
tion impériale, les missions de des tarifs télégraphiques, etc.
Conseil Impérial.
ard proposa son voeu recomman.
| d’empire, ou ‘parlement de la défense impériale’? chargé d’aviser le gouvernement britannique sur t particulièrement sur la défense et e représentation, un s de la Population ac-
Royaume-Uui, 220; Canada, 37; Australie, 25; Afrique-Sud, 7: Nouvelle-Zélande, 6;
Il appuya sa Proposition sur un des colonies à la représentation. Ilr consentiraient pas longtemps à cont sans être consu'tés.
principe incontestable : le droit appela que les Anglo-Saxons ne ribuer à la défense de l’empire
l’Empire n’ont aucune voix estions qui touchent à la Paix et à la &uerre, et pourtant elles y Par exemple, contribue (à la
ense) et avec le temps elle se Propose d'augmenter notablement son sub-
flotte, elles ont assurément quelque autorité (entitled to some voice) sur ces matières qui sont ‘< pour elles des problèmes vitaux. ”’—(‘‘Précis’’, page
Ce n’est pas, comme on l’a prétendu ici, le débat contre la Proposition de M. Ward.
Le premier ministre du Canada se borna à faire observer que le Parlement et le comité suggérés par le délégué de la Nouvelle-Zélande bornes d’un simple conseil consultatif,
terminer le chiffre des subsans avoir
M. Laurier qui conduisit
Il combattit la Proposition au nom de l’autonomie des colonies en matière de défense locale.
PAT, Ness
MM. Botha et Morris s'Y opposèrent également.
Mais c'est M. Asquith qui attaqua la Proposition à fond, au nom de l'unité et de la sécurité de l'empire, Dès le début, il avait signalé la différence essentielle—le défaut
d'unité territoriale—qui distingue l'empire britannique de l'Allema. gns et des Etats-Unis, dont M. Ward, fidèle à ln doctrine de M. Cham. berlain, avait invoqué l'exemple.
Puis dans sa réponse il écrasa la proposition d’un mot :
Où aboutirait ‘dans l'usage, l'organisme projeté par sir Joseph Ward? I! amoindrirait, s’il ne détruisait entièrement, l'autorité du Souvernement du Royaume dans ces STaves matières: la direction de la politique étrangère, la conclusion des traités, le maintien de la paix ou la déclaration de la guerre. EN CES MATIERES LA RESPONSABILITE DU GOUVERNEMENT IMPERIAL, SUJETTE AU PARLEMENT IMPERIAL, NE PEUT ETRE
Parlant au nom du gouvernement britannique, il ne peut accéder à une Proposition aussi Contraire aux principes sur lesquels l'Empire a été cons. truit et gouverné. (‘‘Précis'’, pages 17-18).
Je garde tout Parce que primo nominor leo!
Pas un des délégués coloniaux ne regimba sous ce coup de patte du lion ;—mon, pas même sir Wilfrid Laurier, père de la grande ‘‘nation”” canadienne, —de cette nation libre, qui, dans ‘‘]a majesté de son indépendance”? achète ou construit des "’aisseaux et enrôle des marins et des soldats pour la défense de l’emr re, mais à qui son maître fait comprendre qu'elle n’a rien à dire 4x matières dont dépendent la paix et la guerre pour l’embpire.
Sir Joseph Ward, avec un courage que j'admire réfuta d. na mieux les objections, mais i! retira sa proposition.
C’est, si l’on veut, une victoire pour l'autonomie. C’est aussi et bien davantage la reconnaissance formelle de la suprématie absolue de l’Angleterre.
Ministère des Colonies.—Secrétariat permanent.—Gouverneurs et Hauts-Commissaires.
A la conférence de 1907, lord Elgin, ministre des colonies. avait fait écarter les propositions relatives à l'établissement d’un conseil impérial et leur avait substitué une proposition tendant au même but sous une forme moins radicale. Cette résolution constitutive définissait la nature, la fréquence et le fonctionnement des conférences futures et décrétait l'établissement d’un secrétariat ou bureau permanent des conférences, sous l'autorité du ministère des colonies.
Afin, sans doute. de la rendre plus alléchante aux coloniaux. le ministre anglais changea le nom de Conférence coloniale en Conférence impériale et substitua au mot ‘‘colonies’” celui de Dominions beyond the seas. Les bons Canadiens. suivant l’exem, le un peu puéril donné par sir George Cartier, traduisent Dominions par ‘‘Puissances tandis qu’en réalité la traduction exacte est ‘‘possessions’”, puisque