‹ La conférence impériale et le rôle de M. Laurier [microforme]Chapitre 8 sur 15 · TPNAUDEN FRET -MICEN SEE SIENS ETÉQNERETENEIEÉ · texte numérisé non relu

TPNAUDEN FRET -MICEN SEE SIENS ETÉQNERETENEIEÉ

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Déjà un journal de Londres se demandait si la décision de la con-

férence serait imposée ‘‘par le gouvernement impériai aux colonies ou par les colonies au gouvernement impérial. ’?

Inutile de dire que le gouvernement impérial l’a emporté grâce à add et à l’habileté du ministre des affaires étrangères, sir Edward

rey.

Interpellé à la Chambre, un jour ou deux avant l'ouverture de la conférence, le sous-kecrétaire d'Etat, M. McKinnon Wood, avait répondu que ce n’était pas l'intention du gouvernement d'attirer l’attention des délégués des colonies sur le mouvement d'opposition au traité, Le gouvernement fit mieux, il fit jouer les premiers ministres des colonies dans ses mains et changea l'attaque de l'Australie en approbation.

Le ler juin. M. Fisher proposa la motion dont son gouvernement avait donné avis.

Il l’appuya de quelques observations brèves, mais énergiques. Il se déclara favorable à l’établi:sement du tribunal! international; mais il dit que les ‘‘colonies auraient dû être consultées”... .‘‘qu'elles de- ‘‘ vraient être renseignées et. au besoin, consultées avant que des ar- ‘‘ rangements qui affectent leurs intérêts soient conclus avec d’au- ‘{ tres pays.””

Son collègue M. Batchelor, fut encore plus explicite.

Si l'Australie, dit-il, avait été une nation indépendante comme quelquesuns des états secondaires qui ont été consultés. elle aussi aurait été consuitée: mais ls première information que nous avons reçue au sujet de la Déclaration est le Livre Bleu qui la contient: et lorsque nous: suggérâmes quelques modifications, on nous répondit qu’il était trop tard. Nous reconnaissons absolument qu’il ne doit y avoir, dans l'empire, qu’une seule politique étrangère et une autorité finale, mais ceci n'exclut Pas la possibilité d’un mode quelconque de consultation. (‘‘Précis’’, page 23).

Puis il attaqua la convention en employant la plupart des arguments indiqués plus haut.

Sir Edward Grey fit valoir les points de justification que j’ai également résumés.

Au cours de son plaidoyer, admirablement agencé et qui mérite d’être lu et reln, même dans la sècheresse du compte rendu officiel et abrégé. le ministre des affaires étrangères fit, au sujet de la marine anglaise, une déclaration précieuse, que je mettrai en lumière au chapitre de la défense de l’empire. (1)

(1) Je n’ai pas fait cet article, qui m'aurait entraîné trop en dehors du cadre de cette étude. La déclaration que je voulais signaler est celle-ci : ‘Si en temps de guerre, nous ne pouvions tenir les mers libres pour le transport des approvisionnements sous pavillon anglais, nous serions dans l’impossibilité de nourrir notre population et nous serions à la merci de l’ennemi (we should be brought to our knees)... Une seule chose peut assurer notre sécurité en temps de guerre, c’est la supériorité de la flotte anglaise. ’? (‘‘Précis’”, page 25).

C’est l’affirmation, maintes fois faite par les hommes les plus autorisés d’Angleterre, que le peuple britannique est obligé de maintenir sa flotte pour assurer sa propre existence et non pour la défense des Colonies.

et

Il ajouta qu'il était essentiel de ratifier la déclaration, ne fût-ce que pour assurer le succès du traité d'arbitrage projeté entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis.

Quant à la consultation, il dit que les colonies n'avaient pas été pressenties avant la publication de la Déclaration parce qu'’e!les n'avaient pas été consultées avant la conférence de la Haye et la constitution du tribunal. La réponse n’était pas victorieuse, puisque la constitution du tribunal est sujette à l’acceptation de la Déclaration. Il ajouta alors ces paro!es que je transcris du compte rendu officiel :

The government entirely agreed that the Dominions ought to be consulted. They would be consulted before the next Hague Conference took place, and they would be consulted automatically about every thing which arose out of it. (‘‘Précis'’, page 25).

Le gouvernement accorde absolument que les possessions doivent être consultées.. . Elles seront consultées avant la prochaine conférence de la Haye: et nes seront consultées automatiquement sur tout ce qui résultera de cette con-

rence.

Lorsque le ministre eut terminé M. Fisher lui demanda si le projet de consultation n'avait trait ‘‘qu'aux matières qui pourront être ‘© référées à la conférence de la Haye.”’

‘Sir Edward Grey répondit qu'il n’avait pas fixé cette limite. Il ‘* y avait, néanmoins. des cas, des traités, sur lesquels il serait excessi- ‘* vement difficile de consu'ter (les colonies). mais autant qu'il serait possible de le faire, le gouvernement le ferait.”’

LE

La parole était alors à M. Laurier. Afin qu'on ne m'’accuse pas de torturer sa déclaration, je traduis du compte rendu officiel tout le passage relatif à la consultation.

Sir Wilfrid Laurier dit que c’est Une proposition d’une portée très étendue que de décider que les Dominions seront consultés au sujet des traités négociés par le gouvernement central. Quant aux traités de commerce, la pratique a déjà été adoptée de ne jamais y inclure les possessions d’outre-mer sans leur consentement, ce qui implique la consultation. Le Canada a réclamé la liberté de négocier ses propres traités de commerce, et cette liberté lui a été accordée. QUANT AUX AUTRES TRAITES, le gouvernement impérial pourrait se trouver dans un sérieux embarras s’il devait consulter les Dominions, car il recevrait peut-être de l’ Australie un avis dans une direction, de la Nouvelle-Zélande un avis dans une autre, et du Canada un avis dans une troisième direction. Bien que l’Empire soit une famille de nations le p'us lourd fardeau doit reposer sur les épaules du gouvernement du Royaume-Uni; et ce serait aller trop loin que de dire que les Dominions d’outremer doivent être consultés en toute circonstance. 8! un Damninion insistait pour être consulté dans des matières qui pourraient engendrer la guerre, cela impliquerait [pour la colonie] la nécessité de prendre part à la guerre. Il croit qu’en somme IL EST PREFERABLE DE LAISSER LA QUESTION ENTIEREMENT A LA DISCRETION DU GOUVERNEMENT BRITANNIQUE. (‘‘Précis'’, page 28).

L'opinion de M. Laurier.

Analysons cette doctrine en écartant tout d’abord i’hypothèse de la consultation des colonies ‘‘en toutes circonstances.’’ Personne n’a

ee mener «©

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jamais suggéré cela—sauf M. Lauri , ni poussait la proposition à l’absurde afin de se faire une base de r° »

‘ation plausible, C'est une vieille tactique à lui que je connais bien.

M. Fisher n'avait parlé de consul tières qui touchent à leurs intérêts fected.”’ M. Batchelor avait rec solue, l'autorité suprême de colonies qu’une consultation tuations ou leurs intérêts.

Mais M. Laurier ne veut pas même de cela, tisfait de la liberté dont les colonies jouissent actuellement dans la négociation de leurs traités de commerce, Il a lai obtenu cette liberté. Il a eu la pruden lui en a pris. Car cette liberté limitée s’ En 1888, avec les Etats-Unis, en 1894, a canadien a négocié des traités avec ni

- les colonies que sur les ma- ‘by which their interests were afonnu explicitement la souveraineté ab.

l’Angleterre, Ils ne demandaient pour les préa!able aux traités qui affectent leurs si.

mme aux époques d’‘‘asservisse.

ment,’”’ les négociati i traités se sont signés sous la tutelle de la Grande-Bretagne.

Mais, dira-t-on, les traités sontaujourd’hui sujets à la ratification du parlement canadien, Eh! oui; et cela non plus n’est pas nouveau. L’Angleterre l’avait accordé à sir John Macdonald. dès 1871, pour Je traité de Washington.

Mais ce qui est intéressant, c’est le reste de la proposition. Le premier ministre du Canada ne veut pas être consulté par le gouvernement impérial, même sur des matières qui affectent les intérêts du Canada, de peur d’être entraîné à la guerre.

En vérité voili scrupule étrange et soudain chez l’homme de 1899, le complice et 1 18trument de Chamberlain, qui partit en guerre au Transvaal sans avoir été consulté et sur une matière qui n'intéressait nullement le Canada : c’est lui-même qui l’a déclaré, Prudence singulière chez l’homm i s’écriai mandait à quelles guerre Juerre partout! Lorsq est en guerre!’?

Laurier s’est soumieux.

plutôt comme tous ceux que la tion il a dépassé la mesure. Les jingos

LE

le culte de la lâcheté. Partout et tout le temps, ils ont affirmé la nécessité de prendre part aux guerres suscitées par les intérêts canadiens, le devoir de défendre de toutes nos forces le territoire canadien.

La doctrine énoncée par M. Laurier, à Londres, le ler juin, réduirait à néant le lien impérial. ‘‘Poussée à la conclusion logique, ’’ ainsi que le Times le disait très justement, le 3 juin, ‘‘elle signifierait 1" rupture complète entre le Canada et l'Empire. ”’

En attendant, elle nous mériterait le mépris de l'Angleterre.

Quant à nous. ‘‘jingos nationalistes’’, nous la répudions en effet. Nous la trouvons indignes de la fierté canadienne.

“Il est préférable de laisser la question entière—(de la négociation des traités) —à la discrétion du gouvernement britannique.’

Ces paroles sont-elles vraiment tombées des lèvres de l’homme qui, en 1903, réclamait pour le Canada non seulement le droit d’être consulté, mais celui de faire lui-même ses traités—non pas ses traités de commerce seulement, notez bien, mais fous ses traités, ceux même qui peuvent entraîner le Canada à la guerre, puisqu'il s'agissait dans l’espèce, du traité relatif aux frontières de l'Alaska. Voici ce que proclamait en 1903. le premier ministre:

J'ai souvent déploré, M. l’Orateur, et jamais plus que je ne déplore maintenant, de vivre dans le voisinage d'un grand peuple qui, je crois pouvoir le dire sans qu’on m'’accuse de malveÿlance à son égard, montre, dans sa vie nationale, un grand désir d’empiéter. J'ai souvent déploré aussi qu'à côté de cette nation grande et puissante, LE CANADA NE SOIT QU'UNE PETITE COLONIE, qui grandit, il est vrai, mais qui reste colonie. Je regrette bien das fois que nous n’ayons pas dans nos mains le pouvoir de faire nos traités et d'arranger nous-mêmes nos affaires. A propos de cette question d'arbitrage, nous avons dû plier devant les circonstunces — nous n'avions pas, hélas! ce pouvoir de faire nous-mêmes nos traités... .

Mais nous n’avons pas ce pouvoir; nos mains sont liées par le fait de notre dépendance de la mère-patrie, qui nous fait ses agents, sans nous laisser libres d'agir, et qui nous oblige à craiter de nos affaires par l'entremise de l'ambassadeur anglais,

Le mal, selon moi, consiste en ceci QUE NOS POUVOIRS ACTUELS NE SUFFISENT PAS pour la préservation de nos droits, et qu'il en sera ainsi tant que le Canada demeurera une dépendance de la Couronne anglaise. Il est important que nous demandions au parlement de la mère-patrie des pouvoirs étendus, de façon que, si nous avons jamais à traiter d’affaires comme celle-là, nous pourrons le faire à notre guise, et au mieux de nos intérêts. (1)

À cette phrase:—‘‘le Canada n’est qu’une petite colonie’? comparez la déclaration ronflante si souvent répétée par le même homme: ‘le Canada est une nation,’’ et, ajoutait-il, le 10 novembre 1910, afin de justifier la loi de la marine : ‘‘i! doit subir la peine des nations.’

On dira peut-être que le Canada a marché depuis 1903. Assurément. mais pas dans la voie des nations, puisqu’en 1903 son premier

(1) Débats, Ch. des Communes, 1903, col. 15116 et 15119.

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ministre était prêt à exiger plus que ce qu'il n'ose demander en 1911, par crainte des responsabilités nationales qu'il lui a fait assumer en 19101!

Juxtaposez ces deux phrases du Washington canadien : “IL est im- Dortant que nous demandions à La mère-patrie des pouvoirs étendus’— en matière de traités internationaux (1903)—":77 est préférable de laisser la question entière à la discrétion du Jouvernement britannique.”’ (1911).

O! ‘‘inaltérable firité des Principes!’

M. Laurier fait voite-face.

Au moins, direz-vous, le maintenu à la conférence sa derniè adhésion à la déclaration de Londres, et su politique d’abstentionnis-

C’est bien ce qui ressort, en effet.

biques du Canada, du Soleil, de la Vigie, a voulu a été accepté, que

disant: ‘Ceci me semble helming) ‘* pour que les Dominions es à cet «6 égard. ”

Quelle singulière attitude! Il pose d’abord en principe que le Souvernement impérial ne doit pas consulter les colonies sur les questions de politique étrangère afin de ne pas s’exposer à recevoir des avis contradictoires. Puis aussitôt il donne, au nom du Canada, un avis diamétralement opposé à celui de l'Australie, au sujet d’une question internationale très complexe sur laquelle les colonies n’ont pas été consultées. Il déclare que les colonies ne devraient pas demander à être consultées, même sur Les questions qui les intéressent particulièrement, de crainte d’être entraînées à la guerre; et l'instant d’après, il prend Position et lie la responsabilité du gouvernement canadien à celle du gouvernement impérial sur une question essentiellement connexe à la guerre, où le Canada n’a pas d'intérêt immédiat ; et de plus il se met, sans y être obligé, en antagonisme avec le haut commerce, les autorités navales et un groupe politique considérable du Royaume, puisque une motion suggérant que la queition soit déférée à une expertise n’a été rejetée, le 3 juillet, à la Chambre des Communes. après un débat très vif, que par un vote inférieur à la majorité ordinaire du gouvernement: 301 à 231. ;

Je ne prétends pas. notez le bien, que l’avis de M. Laurier sur le

mérite de la déclaration soit mauvais. Il ne fit du reste qu'’emboîter le

pas à sir Edward Grey ; et tous les autres délégués, sauf ceux de l’Australie partagèrent leur opinion. Mais l’inconséquence de sa conduite est notoire. Elle est d'autant plus remarquable que c'est la seule question sur laquelle M. Laurier se soit compromis par une attitude positive et tranchée.

On n’y peut trouver qu’une explication: le désir ou la nécessité de témoigner au ministère Asquith sa reconnaissance des services qu'il en a reçus au sujet de la réciprocité et du secret des délibérations sur la marine et la défense militaire. J'ai déjà signalé deux äcomptes qu'il a payés sur cette dette : en aidant au rejet des motions Ward-Harcourt sur le comité permanent des conférences, puis en aiguillant la motion Fisher. au sujet du commerce impérial, sur la très longue voie d’évitement de la commission d'enquête.

Le troisième paiement, sur la Déclaration de Londres, est le plus substantiel. Et il paraît d'autant plus lourd que jusqu’au moment où les ministres anglais eurent besoin de l’appui moral des colonies pour se tirer d’embarras, ils semblent avoir attaché plus d'importance

à l'opinion du président nègre d’H aïti qu’à celle du premier ministre du Canada

Mais il y a encore mieux que cela.

Le débat sur la motion Fisher avait duré toute la séance du ler

juin.

Le lendemain, 2 juin M. Fisher retira sa motion de censure et y substitua celle-ci :

Cette conférence, ayant entendu le secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, accueille cordialement la proposition du gouvernement impérial, ainsi formulée:

(a) Que les Dominions auront l'avantage d’être consultés sur la préparation des instructions qui seront données aux délégués britanniques qui siègeront aux futures réunions de la Conférence de la Haye, et que les conventions affectant les Dominions et provisoirement arrêtées à cette conférence seront distribuées aux gouvernements des Dominions pour étude; et

(b) Qu’une procédure semblable sera suivie autant que possible — le temps, l’occasion et le sujet le permettant, — lorsque [lo gouvernement impérial] préparera les instructions peur les négociations DES AUTRES ARRAN- GEMENTS INTERNATIONAUX affectant les Dominions. (‘‘Précis’’, page 29).

Et le procès-verbal officiel ajoute : ‘Mr. Asquith said that the resolution carried out eractly what Sir Edward Grey had undertaken should be the procedure in future”?

Or ce que sir Edward Grey s'est engagé ‘‘exnetement ”” à faire, c’est exactement ce que M. Laurier avait combattu la veille.

N'’empêche que le lendemain. M. Laurier votait en silence, ainsi que M. Brodeur, pour la proposition qu'il voulait faire écarter la veille. En effet, le procès-verbal, qui accuse la présence des deux ministres

EE. Ve

canadiens. constate que la deuxième motion Fisher a été votée à l’unanimité.

Les journaux impérialistes, comme le Star, ont fait état. avec complaisance, des protestations des journaux torys d'Angleterre contre les paroles de M. Laurier. Les journaux ministériels ont utilisé ces protestations pour acelamer cette ‘nouvelle victoire autonomiste”’ de M. Laurier et le peindre pour la centième fois comme le martyr de son patriotisme. ;

Ni les uns ni les autres n’ont signalé le vote de M. Laurier, qui est venu. à vingt-quatre heures de délai, donner le démenti à ses paroles.

Ils ont cité ces lignes du Times : ‘‘L'argument que Sir Wilfrid a ‘* développé dans son discours, s’il était poussé à sa conclusion logique, ‘* conduirait à une rupture complète du lien qui unit le Canada à ‘ l’Empire. ”’

Mais les uns et les autres se sont gardés soigneusement de reproduire ces autres lignes du même article : ‘‘/t may be taken, as Sir Wil- ‘© frid did not dissociate himself from the resolution in its amended ‘ form, that his view of Imperial relations doës not in practice differ ‘* much from that of the other Prime Ministers.?’ (Times, June 3rd.)

—"Sir Wilfrid ne s'étant pas séparé [des autres délégués] sur la

proposition amendée, on peut en conclure que ses vues sur les relations impériales ne diffèrent pas beaucoup, dans la pratique, de celles des autres premiers ministres.”

En résumé, M. Laurier a posé un principe dans son discours et appuyé de son vote le principe contraire.

Peut-on s'étonner si les journaux de Londres ont assaisonné de quelques pincées de poivre les éloges qu'ils servaient autrefois sans mélange à notre premier ministre? Avait-il vraiment tort, celui d’entre eux qui l’a baptisé Sir Face-both-Ways—Sire Double Face?

Défense de l’Empire.

Les questions de guerre ont occupé une place prépondérante à la conférence. Elles se sont toutes débattues à huis clos. Dès le troisième jour, les délégués des colonies s’enfermaient dans la salle du comité de la Défense impériale pour causer marine et armée. Ils s’y réunirent cinq ou six fois et toujours dans le secret le plus absolu.

Je reviendrai sur ces procédés de gouvernement oligarchique et sur les dangers qu'ils offrent aux libertés coloniales.

Pour l’instant. je me borne à rechercher ce qui a pu se passer dans ce conclave des oeuvres de mort.

Qu'il s’y soit conclu de nouveaux arrangements entre les autorités impériales et les colonies, il n’y a pas le moindre doute possible.

Dès le 26 mai, le Herald, de Montréal, annonçait dans une dépéche particulière qu’à la première séance de la junte secrète, on avait

discuté ‘‘les problèmes épineux de l'autorité immédiate des généraux ‘‘et des amiraux impériaux, sur les armées et les flottes de l'empire, ‘‘ en temps de guerre. ”’’

Le 13 juin. le correspondant particulier du Star télégraphiait que le général Botha était disposé à offrir une contribution annuelle de deux cent mille livres sterling à la marine impériale.

Le 15 juin, la même source nous transmettait le résumé d’un discours prononcé à Pontypool par M. McKenna, premier Lord de l’amirauté (ministre de la marine). Dans ce discours, le ministre anglais annonçait que les ‘‘arrangements conclus [à la conférence] avec les ‘* colonies étaient des plus satisfaisants, et que les représentants des ‘ Dominions s'étaient unis au gouvernement [britannique] pour four- ‘‘ nir et maintenir les moyens nécessaires de défense. ’?

‘Sans entraver l’autonomie d’aucune partie de l’Empire, on a ‘* jeté les bases d’une force navale qui, combinée en temps de guerre, ‘© sauvegardera les intérêts impériaux sur tous les points du globe.’’

Voilà qui ressemble beaucoup à la définition de M. Fielding : une flotte canadienne en temps de pair, impériale en temps de guerre.

Notre vitupérant ministre des postes devra ajouter le nom du ministre de la marine impériale à la liste des ‘menteurs’ sur lesquels il a bavé si copieusement depuis un mois.

Quant à l’armée, nous avons le témoignage d’une autorité égrlement compétente: celui de lord Haldane, ministre de la guerre, qui, passant en revue les troupes coloniales, le 20 juin, exprima ‘‘l’espoir ‘que le nouveau plan d'organisation, récemment adopté (worked out), ‘aurait pour résultat l'unification des armées de l’Empire. (1)

Enfin, à la séance de clôture, le premier ministre impérial, M. Asquith. fit cette déclaration, consignée au procès-verbal officiel :

De nos débats au sujet de la coopération navale et militaire, nécessairement conduits sous le même voile du secret, il est résulté, je crois, un arrangement tout à fait satisfaisant. Tout en établissant nos obligations commures [cet arrangement] reconnaît avec une égale netteté, que ces obligations doivent s’exécuter dans chacune des parties de l'empire suivant les exigences locales d’opinion, de besoins et de circonstances.’ (‘‘Précis’'’, page 84).

Il y a done eu une nouvelle entente. Et l’on peut être certain que cette entente s’est conclue sur la même base que les arrangements précédents: conservation apparente du principe d'autonomie; concentration lente mais graduelle de l'autorité suprême au bénéfice de l’Angleterre.

Les zones navales

Tout ce qui a transpiré jusqu'ici, c’est la fameuse question des zones navales. La presse ministérielle de Québee—les acolytes ordiaires du premier ministre, comme le Canada, et ses compagnes d'’occasion, comme la Presse—ont fait grand tapage autour de ces ‘‘zones,. ’?

(1) Dépêche de la ‘‘ Presse Canad enne associée’”, ‘‘Herald’’, 21 juin

Ils ont tortu: © les dépèches et les faits de manière à faire croire que cette délimitation assurait au C‘anada le contrôle absolu de sa flotte, et, par conséquent, que les délégués canadiens avaient ainsi assuré ‘‘l’autonomie navale’” du Canada.

C'est, d'après eux, la plus éclatante des ‘‘ victoires’ autonomistes remportées à Londres par sir Wilfrid Laurier.

Voyons un peu ce qu'il en est.

La nouvelle, comme l'on sait, fut d'abord lancée le 3 juin par le New York Herald, à qui son correspondant parisien l'avait télégraphiée, dès la veille.

La Presse, avee son bluff ordinaire, dont le fameux ballon est la fidèle image emprunta la nouvelle du New York Herald, la donna comme de son erû et l’agrémenta de quelques pompons en l’honneur de sir Wilfrid Laurier, ‘‘l’irréductible champion de l’autonomie coloniale”?

On retrouvera plus loin les échecs de ces pâmoisons et la contre partie tirée de la même boutique.

Le 6 juillet, le Canada reprenait la légende :

« A la conférence de 1909, dite de la défense, l'Australie et la Nouvelle- Zé'ande avaient fait désigner les eaux que leurs marines à elles seraient spécialement chargées de défendre et de POLivun (sic)...

A la dernière conférence, il à été convenu que le Canada se chargerait de surveiller et de POLICER (encore!) son littoral, ses côtes, tant sur l’Atlantique que sur le Pacifique, et qu’il le ferait, nécessairement, de la manière qui lui conviendrait le mieux.

Ainsi se trouve confirmée aux yeux du monde entier L'ABSOLUE AU- TONOMIE DE NOTRE MARINE. Ce que d’ailleurs les torys d’Ontario reprochent amèrement au gouvernement Laurier.

Par bonheur, le Canada est peu lu en dehors des zones ministérielles de la province. Ceci épargne à la ‘‘nation canadienne’ ix honte et le ridicule de laisser croire ‘‘au monde entier’’ que sa flotte, fille des oeuvres du ‘‘ Washington canadien.” n’est qu’une escouade de sergents de ville. qui vont de temps à autre policer sur l’eau, mais sans trop s'éloigner de terre, n'ayant pas le pied marin.

Les maîtres du Canada feraient bien de policer les arguments et

CFA

le vocabulaire de leurs ‘‘écrivains. ??

A lire et à croire ces journaux ‘‘bien informés””, on dirait vraiment que cette histoire de zones est toute récente, qu’on en parla pour la première fois en 1909.

Sans remonter à la nuit des temps. dès 1887. le gouvernement britannique avait fait. avec les diverses colonies australasiennes—non encore fédérées—un arrangement par lequel elles payaient à l’Angleterre un certain tribut (en tout 106,000 livres sterling, pour l’Aus tralie proprement dite, et 20,000 pour la Nouvelle-Zélande), pourvu que l’amirauté maintînt dans leurs eaux quelques vaisseaux d'ordre inférieur. Ces vaisseaux ne pouvaient sortir de la zone territoriale des mers qui entourent les colonies.

ET ee

C'était un dispositif un peu analogue à celui de notre ancienne loi de la milice qui prescrivait que les troupes canadiennes ne pourraient être entraînées, même en temps de guerre, que sur des terres ‘‘contiguës à la province’ du Canada.

Nous allons voir que le régime actuel des zones navales. auquel le Canada vient. paraît-il, d'adhérer, s'éloigne beaucoup plus de l’arrangement de 1887 que notre loi de la milice de 1904 ne s'écarte de la loi de 1853.

Dès l’origine, les autorités navales de la Grande-Bretagne critiquèrent la condition imposée par les gouvernements australiens. Elles ne cessèrent de faire valoir qu'une restriction de cette nature, applicable à une milice territoriale. n'avait pas sa raison d'être dans les guerres navales où le salut de l'empire peut exiger la concentration rapide de toutes les flottes sur un point quelconque des mers,

A cela les Australiens répondaient que la situation de leurs territoires et de leurs villes et. par suite la nature de leurs relations e“térieures et de leur commé@ee. exigeaient une vigilance perpétuelle ; et qu'ai‘ant au soutien de la flotte. iis devaient au salut de leurs nationaux d'exiger le maintien de cette restriction.

La lutte fut ardue et constante: elle a duré plus de vingt ans. Comme toujours. les autorités impériales ont fini par l'emporter, tout en laissant habilement subsister, dan: les termes, ce qu'il pouvait être nécessaire de conserver de l’arrangement primitif afin d’apaiser les exigences et l’amour-propre des eo'oniss.

Je ne puis entreprendre de raconter par le détail l'histoire de cette lutte; et pourtant elle offre un intérêt considérable, puisque c’est là qu'on trouve la véritable origine de notre marine ‘‘einadienne en temps de paix, impériale en temps de guerre. ’”

Je me borne à indiquer la source du conflit et ses points décisifs.

La source, c’est la volonté persistante des autorités impéria'e. 1e modifier le principe même de la défenie de l’Empire.

Le principe qui avait triomphé avee le développement du gouvernement responsable, c'était celui-ci: chaque colonie autonome assume graduellement la charge exclusive de la défense de son sol ; la Grande- Bretagne, seule maîtresse des relations extérieures de l'Empire, conserve seule la charge de sa défen<e générale.

Ce principe trouva sa première application dans l'organisation de la milice canadienne et de la marine australienne. C'était naturel. Au Canada, pays continental, voisin d’un peuple puissant et longtemps agressif, on devait d’abord pourvoir à la défense du territoire. Pour les colonies australiennes, essentiellement maritimes, la défense navale constitue la véritable protection du territoire.

Le principe nouveau—qui au fond ne fait que ressusciter sous une forme nouvelle la vieille politique de Georges III—<'’est que les colo-

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