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Emigration britannique.
Avant d'analyser l'attitude de la conférence sur les grandes questions impériales—politique étrangère et guerres—il n’est pas sans intérêt de jeter un coup d'oeil sur un autre ordre de problèmes de législation et de gouvernement intérieur dont la conférence s’est occupée et qui démontrent à la fois la persistance des entreprises impéria-
listes et les obstacles formidables que les lois naturelles et les forces économiques leur opposent.
En 1907, on avait adopté une résolution recommandant à tous les gouvernements de l’empire d'encourager l’émigration anglaise aux Pays britanniques de préférence aux Pays étrangers.
Cette année M. Burn: a expliqué aux :nembres de la conférence ce que le gouvernement impérial avait accompli à ce sujet depuis quatre ans. La conférence l’en a félicité et a renouvelé son adhésion à la politique préconisée en 1907.
Sur la thèse générale. posée au nom de l'unité impéria!'e, l’accord a été parfait. Mais lorsque les ministres anglais ont voulu pousser plus loin et obtenir des sanctions pratiques, ils ont pu constater une fois de plus la prédominance des intérêts locaux. des rréjugés même, sur ‘‘l’unité du sentiment impérial.’
Echange de travailleurs.
Le gouvernement britannique avait donné avis d’une motion proposant l'application aux possessions d'outremer des dispositifs du Labour Erchange Act du Royaume—c’est-à-dire l’échange, entre les divers pays d’empire, des ouvriers de toute catégorie.
On voit d'iei le résultat. En Angleterre, la plupart des métiers sont encombrés. Aux colonies, les artisans techniciens—skilled labourers—sont encore rares. Certaines industries coloniales auraient peut-être profité de l'exécution du projet, mais comme résultat général, les colonies eussent été inondées d'ouvriers anglais plus ou moins skilled, recrutés principalement parmi les désoeuvrés, les ivrognes et les incapables. D'où encombrement des métiers, abaissement des salaires, misère aux époques de crise, accroissement des crimes et de l’immoralité.
Seul, sir Edward Morris favorisa la praposition.
Sir Joseph Ward inelinait à en faire l’expérience, pourvu toute.
fo’s qu’elle restât ‘subordonnée aur conditions que les tokonies imposent aux immigrants.’’
M. Batchelor dit que les gouvernements des Etats australiens n … bandonneraient jamais leur droit absolu de choisir leurs immigrants.
Sir Wilfrid Laurier déclara que l’opinion publique, au Canada, s’opposerait à la mesure. I] rappela l’échec de la tentative du même genre faite par l’Association des manufacturiers canadiens.
Le général Botha dit crûment que l’Afrique-sud avait besoin d'’agriculteurs, mais pas de traîneurs de rues —**South-Africa did not want men for walking the strects.’?
motion reprit prestement le chemin des cartons du Board of Trade.
Emigration indoue
Le gouvernement impérial avait aussi annonce à la conférence la question, toujours épineuse e situation des Indous et, en général, des race pire.
C’est là, peut-être, de tous les problèmes d'ordre intérieur, le plus complexe qui s'impose à l'attention des hommes d'Etat britanniques. Toutes les colonies anglo-saxonnes ont adopté des lois restrei. &nant ou interdisant l'immigration asiatique, Elles ferment leurs Portes non seulement aux Chinois et aux Japonais, mais même à leurs ‘‘frères”” des Indes anglai‘es. Il en résulte, au sein de cette population de trois cents millions de sujets britanniques, un malaise économique et un sentiment d'humiliation nationale dont les autorités impériales s’effraient avec raison.
Dè; la conférence de 1897 M. Chamberlain, tout en re aux colonies le droit de se protéger contre l'invasion asiatique, les avait adjurées de ne plus infliger de marque infamante aux sujets de couleur de Sa Majesté" without placing a stigma upon any of Her Majesty’s subjects on th° sole ground of race or colour.”
Depuis, le gouvernement impéria] a fait désavouer par le gouverneur-général du Canada les lois de la Colombie anglaise contre l’immigration japonaise, mais il n'a pas osé toucher aux lois australiennes d’exclusion, portées contre les asiatiques en général,
Aux conférences de 1902 et de 1907, il fut trop question de dé-
fense impériale et de tarifs de faveur pour qu'on eût beaucoup de temps à consacrer à cette question.
Le réveil nationaliste aux Indes, accél
é qu'il soumettrait t jamais résolue. de la s de couleur dans l’Em-
connaissant
A De D gerer D TENTE pie rt
ment, ont sans doute accru, aux yeux des ce d’une solution de ce pro
cs TU
Le gouvernement britannique avait inserit cette question au premier rang du programme qui
position concrète. L lois concernant la n
pour son pays, le droit de les exclure absolument. même les équipages composés de sujets britanniques.
La question fut discutée à fond, le 19 juin, lorsque sir Joseph Ward formula son voeu réclamant pour les colonies une plus large mesure d'autonomie sur ces matières,
Le comte de Crewe, ancien ministre de: colonies et actuellement secrétaire d'Etat pour les Indes, envisagea la question dans toute son ampleur. |
Il ne peut être soumis à la conférence aucune question qui soit plus difficile et, par certains aspects, plus critique que celle de l'immigration des Indous et du traitement des indigènes 4ans les diverses possessions autonomes. Ministre des colonies, j’ai exprimé un jour l'opinion que s’il est une question qui menace rn seulement la prospérité mais même l’EXISTENCE DE L’'EM- PIRE COMME EMPIRE, c'est la division entre blancs et indigènes. LE
— SEMBLE EN QUELQUE SORTE INSOLUBLE. ( ‘‘Précis’’, page 73).
Il ne cacha pas aux délégués coloniaux qu’en dépit des efforts du gouvernement des Indes pour faire accepter la situation aux Indous, le mécontentement se répandait de plus en plus et menaçait la sécurité des institutions britanniques. 11 suggéra instamment aux minis tres coloniaux de rendre l'accès de leurs colonies respectives plus facile aux Indous, tout en leur appliquant. s'ils le jugent nécessaire, les mesures restrictives qu'ils appliquent à toute autre classe d’immigrants; et il termina par ces paroles décisives :
Jusqu'à ce qu’il existe des relations amicales entre les Dominions et l'Inde, nous sommes loin d’être un Empire uni. |
Cet appel à l’unité et même à la sécurité de l’empire fut vair— même auprès de l’impérialiste sir Joseph Ward. Il déclara hautement que la Nouvelle-Zélande ne cèderait rien sur ce point, que ce n'’était pas un préjugé de races qui inspirait ses lois, mais une nécessité économique absolue, une question de vie ou de mort pour les blancs d’Océanie; que les autorités impériales devraient induire toutes les nations à adopter la politique du rapatriement de toutes les races dans leurs zones respectives—* ‘every colour going back to its own zone.’
Chose étrange, personne n’a songé à demander à sir Joseph Ward ce qu'il adviendrait de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande, de l’Inde anglaise et de l’Empire britannique tout entier si la race anglo-saxonne était forcée de prêcher par l’exemple la doctrine du rapatriement des races!
Lord Crewe se borna à faire observer que c'était une grosse question!
Tous les autres ministres coloniaux ratifièrent l’opinion de sir Joseph Ward. M. Malan dit que l’Union sud-africaine avait assez d’un problème noir à résoudre sans se charger en outre d’une difficulté d’une autre couleur.
Sir Wilfrid Laurier réitéra l’avis de sir Joseph Ward : qu'il s’agissait d’une difficulté économique plutôt qu'’ethnique, ‘Ce sujet, dit- ‘ il, prouve une fois de plus l'impossibilité d'appliquer à ces grands ‘© problèmes impériaux une solution commune; il faut les traiter sui. ‘* vant les conditions locales. *’
Réflexion très juste. Mais comme Personne n'eut de solution à offrir, la question reste en suspens—et l’Inde grosse d’orages.
Naturalisation.
Rien peut-être n’a marqué davanta
: Fmpire britannique et l’impuissane que le débat sur la naturalisation.
S'il est un pouvoir dont l’exere
ge le défaut d'unité morale de e des ‘‘puissances d’outremer”’
ice affirme la souveraineté nationale, c’est bien celui qui permet à un Souvernement d'accorder aux étrangers la qualité et les privilèges des nationaux.
Or jusqu'ici les colonies britanniques n'ont Pu exercer ce pouvoir que d’une façon très restreinte. Les lettres de naturalisation qu’elles &ccordent ne sont valides que sur leur territoire respectif, tandis que la naturalisation obtenue en Angleterre est valide partout.
Ainsi supposons qu’un Américain, comme sir W ou sir Thomas Shaughnesy. se soit fait naturaliser
auinze, vingt ou trente ans. Il a bien le droit d'exercer au Canada les droits d’un citoyen britannique
sent. Et à Londres ou à Sydney, à Cape Town ou à Well
hevalier de ci ou commandeur de
uraliser en Angleterre, il est sujet britannique partout, dans l’Empire ou à l’étranger,
C’est cette inégalité de situation que les gouvernants des colonies
veulent faire cesser, tout en conservant les conditions locales que leurs osent aux immigrants et aux aubains,
uis dix ans, l’objet de Correspondances et de
Dès 1901 Je gouvernique a préparé un projet de loi qui est encore à l’état
A la conférence de 1902 on en CauSa, mais aucune motion ne fut faite.
En 1907, on débattit le sujet plus longuement. Je note en passant la déclaration très nette de sir Joseph Ward, que la Nouvelle-Z6. lande, décidée à rester ‘‘colonie blanche”’. s’Opposerait énergiquement à toute loi qui permettrait à un homme de couleur ayant ob-
tenu des lettres de naturalisation impériale, de venir exercer ses droits à la Nouvelle-Zélande.
Tout ce qui résnlta de la disenssion, ce fut une résolution dila-
‘conférence subsidiaire. ”?
toire ajournant l'étude de la question à une ‘
La conférence subsidiaire n'eut pas lieu et les délégnés de 1911 trouvèrent les choses au même point—avec l'éternel Draft Bill impérial dans le même état de parturition sans i-sue.
C’est le seul sujet sur lequel le gouvernement canadien avait exprimé un embryon d'opinion, sans du reste suggérer aucun remède, dans la réponse qu'il avait envoyée, en janvier dernier, à l'invit. tion du ministre des colonies,
Trois avis de motion avaient été donnés,
Le ipremier, par l'Australie, suggérait que sans restreindre le droit de chaque Dominion de déterminer les conditions de la naturalisation locale, les lettres de naturalisation accordées dans n'importe quelle partie de l'empire soient valides dans tout l’empi-e—remettant encore à une conférence subsidiaire la recherche du moyen jusqu'ici introuvable de concilier les deux principes: uniformité. impériale et autonomie locale,
Le deuxième, par la Nouvelle-Zélande était un simple voeu préconisant, au nom des intérêts impériaux, ‘plus d’uniformité’’ dans les lois de naturalisation.
Le troisième, par l’Afrique-Sud, demandait la révision des principes sur lesquels s’appuie le Draft Bill impérial,
M. Batchelor, ministre australien des affaires extérieures. en proposant le vceu de son gouvernement, affirma que chaque colonie doit conserver le droit absolu de déterminer les conditions de la naturalisation. Il suggéra que des certificats de naturalisation impériale ne soient accordés qu'aux étrangers qui seront dans les conditions exigées par la plus sévère des lois locales, britannique ou coloniale,
Sir Wilfrid Laurier dit que la ‘‘meilleure solution pratique”? était de reconnaître les deux principes: ‘‘uniformité des effets de la naturalisation une fois accordée”? et ‘diversité des méthodes pour l'accorder””. Evidemment ; mais comme c'est précisément ce que tout le monde cherche depuis dix ans, on ne fut guère plus avancé. En cette occurrence, comme en plusieurs autres, le Nestor de la conférence en a été surtout le Joseph Prudhomme.
M. Malan (sud-Afrique), dont le Pays a été ensanglanté pour cette question de naturalisation exprima ses doutes et ses craintes au sujet de l’uniformité.
Enfin, le gouvernement britannique intervint par M. Winston Churchill, ministre de l'Intérieur, qui fit prestement écarter les trois
Du reste, ‘‘le statut impérial devra être formulé en des termes qui permettent à chaque possession autonome de l’adopter!”’—‘The Imperial Act should be s0 framed as to enable each self governing Domi-
Et voilà une autre de ces victoires autonomistes que M, Brodeur célébri* en déposant sur Ja terre canadienne ces pieds fameux qui ont si bieu représenté le Canada dans les plats impériaux! En vérité si notre amiral ne reliporte avec ses sabots de guerre, de triomphes plus éclatants que ceux qu'il a recueillis dans ses chaussons de diplomate, il est à craindre que sa gloire n'’efface pas celle de Drake et de Nelson !
Ici encore, reconnaissons-le francheme impériaux est juste et logique, L'Angleterre, puissance souveraine, ne peut pas plus partager avec ses colonies la paternité des lois qui font ses sujets qu'elle ne peut rien sacrifier de son autorité suprême dans le KouVernement général de l'Empire et la direction de sa poli. tique étrangère, Coloniaux nous sommes et coloniaux nous restons, en dépit des phrases creuses du Washington canadien !
+ nt, la position des ministres
Souvenir de la guerre d'Afrique.
A noter, au Passage, un trait d'une sanglante ironie,
Dans la déclaration de principes du &ouvernement anglais, M.
Churchill a fait inscrire ce Paragraphe que tous les ministres colo. niaux ont accepté :
2. La mére-patrie trouve nécessaire de maintenir cinq ans comme période de probation [pour les aubains.] Ceci est une les
Possessions autant que pour elle-même: mais cinq ans dans toute Partie de l’Empire vaudront autant que cinq ans dans le Royaume-U Page 54).
Dan; ses explications. M. Churc'ill insista sur la nécessité üe cette condition. 11 déclara nettement que le gouvernement britannique n’ac. cepterait aucune loi qui abrègerait la période de cinq ans.
Nous croyons fermement, dit-il, que les étrangers ne doivent pas obtenir
la naturalisation avec trop de facilité: et nos objections à ce sujet ne peu-
vent que se fortifier à Cause des conditions qui vont naître de la loi des pensions et du projet d'assurance d'Etat.
En 1899, sir Alfred Milner, gouverneur du Cap e tiaire anglais, discutait à Bloemfontein avec le prés blique sud-africain: la situation des L’itlanders. de; aubains du Transvaal.
Le délégué de M. Chamberlain et de clamait pour les Uitlanders les droits des i Kruger n’objectait Pas, comme M, Churchi miques qui pouvaient résulter d’une nat ; gnalait le danger réel qui menacerait la sécurité i s donnait tout à coup ia direction des pouvoirs politiques du pays à une majorité d'étrangers, véritables hordes sud-africain par la seule soif de l’or. ‘‘Je veux conserver l’indépen-
t plénipotenident de la Répudu Rand, c’est-à-dire
dance de mon pays.”” répétait sans cesse le vieux Boer. Il offrit ce. pendant de réduire à cinq ans la période de
probation des Uitianders,
mer, en plein parlement, que cette guerre était la plus juste que l'An. gleterre ait jamais faite! Aucun homme d'Etat responsable dans tout l'Empire britannique, pas même M. Chemberlain, n’a osé aller jusque là.
Oui, le Nestor impérial, le Washington canadien, trouva juste et bon de faire massacrer cinquante mille hommes brûler et ravager des milliers de fermes, piller des foyers Paisibles, violer des femmes et enfermer des petits enfants dans des Camps pestilentiels où ils Mmouraient comme des mouches, parce que le vieux Kruger ne voulait Pas accorder aux Uitlanders les privilèges de la nationalité sud-afri. cine avant cinq ans de résidence.
Aujourd'hui il trouve également Juste et bon que le gouvernement
ritannique refuse d'accorder aux étrangers les privilèges de la nationalité britannique avant cinq ans de résidence.
La seule différence c’est celle des motifs. Le président du Trans- Vaal voulait préserver l'intégrité nationa!e de son pays; le ministère britannique ne vut pas obérer son trésor. Il est possible qu'aux yeux de M. Laurier: dépourvu, par instinct. de toute conviction nationa'e, le deuxième motif soit de beaucoup supérieur au premier,
Quoi qu’il en soit, ce rapprochement historique accentue davantage l'ironie profonde, sanglante. cruelle de ce mot d’un député libéral, aspirant juge, qui osait, en offrant ses hommages à sir Wilfrid Lau. rier, glorifier la firité inaltérable de ses principes!!!
Soldats anglais ou africains, tombés sur le veldt pour la gloire de Chamber'ain, femmes mortes de honte ou de misère Pour la grandeur de Laurier enfants dont les entrailles se sont des’échées dans les camps de concentration pour l’honneur de l’Empire, —qu'’en pensezvous ?
Rebuts d’émigration.
Comme suite à la question de naturalisation, M. Churchill fit motion que les Dominions adoptassent une politique de Coopération avec le gouvernement britannique afin de ne pas laisser à Ja Grande-Bre. tagne ie seul fardeau des émigrants étrangers que les colonies refusent de recevoir et renvoient en Angleterre.
M. Batchelor fit modifier la proposition de manière qu’elle s’appliquât également à tout pays d’empire.
Les délégués canadiens acceptèrent sans mot dire cette condamnation implicite de l’abominable régime d'immigration primée qu’ils ont tant pratiqué. :
Sir Joseph Ward fit aussi accepter une proposition, modifiée suivant les vues du gouvernement impérial, afin de permettre d'’intenter,
teurs du foyer qui abandonnent leur famille à la charité publique dans toute autre partie de l’empire.
Le but est louable, mais l’application pourrait ouvrir la porte à de graves abus. C'est un autre sujet à ajouter à l’énumération des empiètements de la conférence sur le domaine du droit civil.
M. Laurier en fit l’observation, mais laissa voter la proposition.
Navigation océanique.
Abordons maintenant l’un des sujets les plus importants, celui des lois et du commerce maritimes.
Le 2 juin. l: conférence discuta une proposition de M. Fisher demandant l’uniformisation des lois britanniques et coloniales sur la navigation, dans le but d’encourager la marine de commerce et les équipages britanniques.
M. Pearce, ministre de la défense en Australie, protesta énergiquement contre l’autocratie du Board of Trade (ministère impérial du commerce qui, à chaque tentative de législation aux colonies, leur
. rappelle que ;: statut impérial, le Merchant Shipping Act, a préséance sur les lois coloniales, même dans les eaux territoriales des colonies. Il dit qu'avant de rendre la législation vniforme, l'Australie voulait inscrire librement dans ses statuts les lois qu’elle a le droit d’adopter.
M. Findlay, procureur-général de la Nouvelle-Zélande, dit que le gouvernement impérial avait empêché pendant deux ans la sanction d’une loi néo-zélandaise.
Sir Joseph Ward déclara que les législateurs coloniaux connaissent mieux les besoins de leurs pays ue le parlement impérial.
M. Brodeur se joignit à l’assant. Par extraordinaire, il commit encore une gaffe. Il dit qu’au Canada tout avait bien été jusqu’en 1894, alors qu’un nouveau Statut impérial avait rejeté la législation canadienne dans le chaos.
Le ministre anglais du commerce insinua délicatement à notre amiral qu’il ne connaissait pas le premier mot de la question, puisque le statut de 1894 n’est qu'une refonte des lois antérieures et qu’il ne contient aucun dispositif nouveau applicable au Canada.
M. Buxton consentit à laisser voter la proposition après en avoir fait atténuer les termes de manière à la rendre inoffensive.
Il ne prit aucun engagement et déclara nettement aux représentants des ‘‘puissances’’ que le Board of Trade était tenu tout d’abord ‘‘de considérer les intérêts du commerce du Royaume-Uni. ’?
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Mais ce n’est que le 19 juin, lorsque sir Joseph Ward pos“ carrément la question sur le terrain de l’autonomie coloniale, que le mi-
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nistre anglais dévoila toute sa pensée: les autorités impériales veulent bien uniformiser les lois britanniques et celles des colonies—pourvu que la législation britannique reste souveraine.
Le premier ministre de la Nouvelle-Zélande proposa cette motion :
The self 80Verning Overseas Dominions have now reached a stage of development when they should be entrusted with wider legislative powers in respect to British and Foreign shipping. (‘‘Précis’’, page 72).
Les possessions autonomes ont maintenant atteint un degré de développement qui leur donne droit à l'exercice de pouvoirs législatifs plus étendus rela-
ger
La conférence employa &:7x séances entières à l’étude de cette importante proposition.
La première fut conss ré exelüsiveraent à la question indoue. J'ai résumé ce débat.
À la deuxième réunion, M. Buxton formula longuement les objections du gouvernement britannique. Il dit que les autorités impé-
te—sans compter que ce droit restreint, le Canada, comme l’Australie, prétend le posséder déjà en vertu de sa constitution. M. Laurier
Du reste M. Buxton motiva très bien le refus du gouvernement britannique de se dépouiller de son autorité suprême. La plus grande partie du commerce maritime, entre les possessions anglaises et l’étran-
ainsi doublement frappé, aux colonies et à l'étranger. Ne voyant pas la possibilité de modifier la proposition d’une manière satisfaisante, il
Le Néo-Zélandais s’y refusa péremptoirement, disant que son pays avait absolument besoin de pouvoirs additionnels pour protéger ses marins contre la concurrence des Indous.
MM. Laurier et Brodeur l’appuyèrent.
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Afin, sans doute. de ménager l’amour-propre de sir Joseph Ward, M. Harcourt, ministre des Colonies. déclara que le gouvernement britannique s’abstiendrait de voter. Les délégués de l’Australie, de l’A.
La Nouvelle-Zélande et le Canada restèrent senis. Aueune ins.cription d’adoption ou de rejet ne fut faite au cémpte rendu communiqué aux journaux le 21 juin. Mais dès le 20, le Times annonçait que la proposition avait été rejetée,
Et c’est encore l’une des ‘‘victoires”? dont M. Brodeur se glori-
Celle-ci est tout Juste aussi authentique que ses fausses citations. du Devoir, découpées dans les colonnes du Canada, du Soleil et de la Vigie, avec suppression des noms de ces Journaux !
Traités de Commerce.
Arrivons maintenant aux deux seules motions que M. Laurier ait faites en séances publiques: Dénonciation des clauses des traités de commerce s'appliquant aux colonies ; enquête sur les ressources de l’empire. M. Laurier a lancé ces deux Propositions en travers d’une motion de M. Fisher, dont la discussion l’eût fort ennuyé ainsi que M. Asquith et ses collègues du cabinet de Londres.
La motion de M, Fisher se lisait ainsi :
Cette conférence reconnaissant qu’il importe de stimuler un plus grand développement des relations Commerciales à l’intérieur de l’Embire, recommande fortement toute tentative qui pourra déterminer la Coopération dans
britanniques d'outre-mer, d’encourager, autant qu’il sera possible de le faire, tout effort en faveur des produits des fabriques britanniques et du commer-
Cette motion, d’une portée très étendue, formulée sans doute à dessein, dans des termes assez obscurs, ouvrait la porte à un débat sur la réforme du tarif anglais. sur la préférence impériale au Canada et, Par suite, sur la réciprocité canadc-américaine, On conçoit facilement qu: M. Asquith et M. Laurier ne voulaient à aucun prix se laisser entraîner dans ces buissons épineux.
Nestor—ou plutôt, c’est bien iei le temps de l’appeler l’Ulysse: de la conférence—se chargea de la manoeuvre, et il la conduisit avec une rare habileté.
Il commença par introduire s£ motion relative aux traités. Etudions-en l’origine, les termes et la portée,
++ + Cette question a évidemment fait l’objet de négociations secrètes
dè; la conclusion de l'entente Taft-Fielding. En dépit des précautions. il en transpira quelque chose,
Dès le 30 mars, le gouvernement britannique fut interpellé à ce sujet à la Chambre des Communes.. On demanda s’il était vrai que le Canada se Proposait de soumettre la question à la conférence et de se faire libérer des obligations que lui impose la clause de la nation la plus favorisée dans les traités impériaux.
Le gouvernement répondit qu'il n’en savait rien.
C'était peut-être officiellement vrai. Mais M. Laurier nous a éclairés, par cette Parole que j'ai citée dans un article précédent, sur la manière dont il S y prend pour entretenir des relations secrètes avec le gouvernement de Londres.
9 avril. sir Edward Grey, ministre des affaires étrangères, a. nonçÇait à la Chambre qu'il allait discuter avec les Etats-Unis l’effe de la convention canado-américaine sur la clause de faveur.
On peut être certain que le gouvernement de Londres, après avoir si puissamment secondé le gouvernerient canadien dans ses négociations de Washington, n’a pas abordé cet aspect de la question sans entente préalable avec M. Laurier.
Parés à l’appuyer; et surtout les ministres anglais n'étaient que trop heureux de donner cette satisfaction à M. Laurier, en retour des ser-
Du reste, la question n’était pas nouvelle, Dès 1897, la conférence avait adopté la motion suivante, autrement énergique et redicale que celle présentée cette année par M. Laurier :
C’est à la suite de cette résolution que le gouvernement impérial dénonça les traités allemand et belge. Les dévots de M. Laurier-— et j’en étais—crièrent, tout comme cette année, que le Grard Canadien nous avait conquis l’autonomie Commerciale. Il paraît maintenant que ce n’était pas fini.
Cela ressemble beaucoup, ainsi que l’écrivait M. Pelletier, à l’annexion de l’Ungava par notre Pirate Normand—ou encore aux conquêtes du brave à trois poils, le Colonel Sam Hughes, au Sud. Africain. Un soir, avec son ordonnance Turpin, il entoure un corps d’armée boer, le fait prisonnier ets’empare d’un grand troupeau de bestiaux, destinés à ravitailler l’ennemi. Seulement, le lendemain matin, soldats et bestiaux étaient disparus, et Sam Hughes et Turpin restaient gros-Jean comme devant.
(1) ‘‘Proceedings ’’ ete, 1897, (livre blanc anglais c. 8596), page 14,
ES ve
Tout doute doit disparaître sur le droit des colonies de faire entre elles et avec le Royaume-Uni des arTangements douaniers réciproques; et de plus, CE DROIT NE DOIT PAS ETRE ENTRAVE SANS LEUR CONSENTE.
Voici maintenant la traduction exacte du voeu que M. Laurier a fait voter cette année:
Que le gouvernement de Sa Majesté soit avec les divers gouvernements étrangers, rarties à des traités qui s’
C’est l'élargissement de la voie ouverte en 1897, dans ce sens que l’on demande de dégager les colonies de i
Mais par ailleurs la propusition reste en deçà de celles de 1897 et de
On prie le gouvernement anglais ‘‘d’entamer des négociations’? pour libérer des traités actuels les colonies qui le demanderont, Mais
principe d’autonomie. Au contraire le principe de la souveraineté absolue du gouvernement britannique est réaffirmé sans réserve. À ce point de vue, c’est un pas en arrière.
Du reste, cette victoire ne Ccoûta ni sang ni lutte. Les délégués des quatre autres ‘‘puissances d’outremer”’? appuyèrent la proposition sans même la discuter.
Sir Edward Grey l’accepta en deux mots après avoir fait spécifier qu’il ne s'agissait que des conventions de commerce, Il promit de faire de son mieux pour se rendre au désir des colonies, mais sans répondre des résultats. I] ne s’engagea même pas à faire ce que M. Chamberlain n'avait pas hésité à risquer en 1897: la dénonciation du traité, si l’autre partie contractante ne veut pas désengager la colonie.
Comme on le voit, nous sommes loin de l’autonomie commerciale, du treaty making power que M. Laurier réclamait si énergiquement il y a huit ans.
Tel est cependant }e seul triomphe personnel et décisif de M. Laurier à la conférence de Londres. Et c’est celui qu'ont célébré avec tant de fracas la prose des journaux stipendiés et les pétards payés avec les
Ut fe
deniers publics et les souscriptions arrachées aux entrepreneurs de travaux publics.
Après tout il n’avait pas tort ce brave ouvrier qui disait, l’autre soir, en contemplant les girandoles de feu qui auréolaient le Grand Homme, iiinqué de D. A. Lafortune et de Lanctôt-la-Peinture en guise de chérubins: ‘‘Ç’aurait été ben mieux d’employer tout c’t ’argent-là à donner du lait à nos enfants qui se meurent.’
Enquête commerciale.
La proposition relative aux traités étant votée, M. Laurier proposa, évidemment après entente avec le gouvernement anglais, le voeu suivant :
Que des démarches soient faites auprès de Sa Majesté afin d'obtenir la nomination d’une Commission Royale, représentant le Royaume-Uni, le Cana-
turelles de chacune des parties de l’Empire représentées à cette conférence :
le développement qu’elles ont atteint et qu’elles peuvent atteindre; leurs fa. cilités de production, de fabrication et de distribution: le commerce de cha-
Cette proposition, —on le voit d’un coup d’oeil—absorbait, en l’accentuant. le voeu exprimé dans le premier paragraphe de la motion de l’Australie, et fermait presque la porte à la politique de préférence mutuelle sugg”-ée par le second paragraphe.
M. Harcourt sauta sur lé bouton de la porte et donna le tour de clef en suggérant d'ajouter ces mots à la motion de M. Laurier:
‘‘—et par quelles méthodes CONFORMES A LA POLITIQUE FISCALE
ACTUELLE DE CHACUN DE CES PAYS, ce commerce réciproque peut être facilité et augmenté’?
M. Laurier accepta avec non moins d’empressement. Tous les autres délégués firent chorus et tombèrent dans les bras les uns des autres. M. Asquith donna la bénédiction générale.
Le tout ne dura pas une heure.
La proposition de M. Fisher disparut dans l’allégresse.
En vérité, c'était un coup bien monté et il a été joué de main de maître.
De deux choses l’une: cette coinmission est une farce ou elle est sérieuse. Si c’est une plaisanterie, ce n’est qu’une vulgaire manoeuvre électorale de la part du ministre anglais et du ministre canadien. Si elle est sérieuse, elle n’en rendra pas moins le même service aux gouvernants actuels: celui d'’écarter pour longtemps du domaine de la
discussion impériale les deux questions les impérial et réciprocité américaine.
Cette commission ne sera pas prête à fonctionner avant l’automne. Eile ne pourra faire rapport avant plusieurs années. M. Asquith a parlé de quatre ans—à la prochaine conférence. Si elle étudie à fore tout le Programme que M. Laurier lui a tracé. elle en a pour dix ans! Et grâce aux deux lignes ajoutées par M. Harcourt. il lui est interdit de rien suggérer en dehors de la ‘‘ politique fiscale actuelle’? de l’Angleterre et du Canada—sans parler de à-dire de faire la moindre observation favorable à l'établissement d’un régime douanier impérial, ou contraire à unilatérale et à la réciprocité américaine, oeuvres de M. Laurier.
C’est un peu comme la leçon d’histoire. dans l’Aiglon : l’année de la bataille d’Austerlitz, il ne se passa rier de notoire, que
plus controversées: tarif
Certes la tactique de MM. Asquith et Laurier, évidemment concertée d'avance et dans le secret, peut être très habile. Elle les aidera probablement à mieux franchir l'épreuve des prochaines élections, en Angleterre comme au Canada. Comme truc de politiciens adroits, c’est bien, c’est même très bien. Comme oeuvre d’hommes d'Etat, de Constructeurs de nations et d’empires, c’est misérable. Ne leur faisons Pas l’injure de penser qu’ils croient eux-mêmes avoir par là résolu le problème de l'impérialisme commercial.
Ils n’en ont qu'ajourné l'étude, laissant la solution à leurs successeurs. Ils ont adopté, avec succès, la tactique des chefs d'Etat faibles. égoïstes et chancelants : ‘‘Après nous le déluge!”?
“AII Red Line”.
À cette même séance où l’on disposa des deux motions de M. Laurier, on adopta également une proposition de sir Joseph Ward en faveur du fameux projet de transport maritime et transcontinental, l’4/J Red Line. Chose étrange, sir Wäülfrid Laurier, qui avait Pris la paternité de ce projet en 1907, qui l’avait fait approuver par la conférence après une lutte ardue, en dépit de la répugnance manifeste de M. Lloyd George, —Sir Wilfrid Laurier semble s'être complètement désintéressé de la question cette année. L: ‘explication est fort simple, C'est qu’en 1907, il avait son exécutant sous la main: Clifford Sifton.
Il serait pourtant intéressant de connaître une bonne fois la nature exacte des liens qui avait rattaché le premier ministre à son ancien collègue à travers l’Al! Red Line, et aussi de savoir pourquoi ces liens se rompirent. En tout cas on peut être certain que c’est dans cette rupture qu’il faut chercher l’origine de l’indignation patriotique de M. Sifton contre la réciprocité et de l'indifférence profonde que M. Laurier témoigne aujourd’hui à ce vaste projet, qui devait porter sa gloire plus loin et plus haut que le Transcontinental et le Pont—éeroulé—
de Québec.
La Déclaration de Londres,
C’est la Déclaration de Londres qui a fourni à M. Laurier l’occasion de prendre, sur la politique étrangère de l’empire, l’attitude
On connaît l’origine de la Déclaration de Londres. À la dernière conférence de La Haye, en 1907, on a constitué un tribunal international des prises de guerre. C’est une véritable cour
Les plénipotentiaires des dix puissances maritimes se réunirent à Londres, en décembre 1908. et dressèrent un protocole, en date du 29 février 1909, qui a reçu ie nom de Déclaration de Londres.
Ce document important, véritable code de droit international de la guerre navale, définit les conditions des blocus, les droits respectifs des helligérants et des neutres, ainsi que la contrebande de guerre, ab-
La contrebande absolue comprend les armes, les munitions, et tout ce qui, par sa nature ou par son emploi usuel, est manifestement destiné à la guerre.
La contrebande conditionnelle comprend le blé, la farine et autres matières alimentaires, ainsi qu’un nombre assez considérable d’objets d’un usage général. (Ces articles ne constituent la contrebande que s’ils sont destinés, manifestement ou probablement, à ravitailler les armées et les flottes des belligérants. Les vaisseaux battant pavillor neutre Teuvent, sans être molestés, introduire ces articles dans les Pays en guerre, pourvu que le déchargement s'opère dans es ports ouverts qui ne puissent servir de base de ravitaillement aux combattants.
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La déclaration définit aussi de quelle manière les navires de commerce des nations en guerre peuvent Passer sous un drapeau neutre.
Avant d'entrer en vigueur, cette convention doit être ratifiée par les gouvernements et, dans les pays constitutionne!s, par les parlements des nations qui ont adhéré à la convention de La Haye.
Il n'entre pas dans le cadre de cette étude d'apprécier le méri‘e de la Déclaration. Elle embrasse tout un ordre de questions très complexes de droit international. de science navale, de technique militaire, sur lesquelles je confesse une incompétence presque égale à celle de notre ministre de la marine, futur juge de la Cour Suprême,
Dans l’ensemble, elle semble marquer un progrès vers l'arbitrage et restreindre, par certains côtés, la narge toujours trop large des actes de piraterie que la conscience des peuples chrétiens n’a pas encore su ou voulu réprimer.
Elle a néanmoins soulevé en Angleterre de fortes et nombreuses protestations. Contre deux chambres de commerce et deux chambres @+ shipping, qui l’ont approuvée mollement, quarante chambres de commerce, la Chamber of Shipping du Royaume-Uni, représentant trente-et-une associations, et trois grandes sociétés d'assurance mariti. me l'ont condamnée. Plus de cent amiraux et contre-amiraux,—lord Charles Beresford et sir Edward Seymour en tête —l’ont dénoncée comme particulièrement dangereuse pour l’Angleterre. L’amiral amé. ricain Mahan, l’une des autorités du monde sur les questions navales, a déclaré qu’elle ‘‘arrachait les dents de la flotte anglaise. ”?
Les o"-jections de ces adversaires multiples et formidables peuvent se résumer à quatre ou cinq principales.
1o La déclaration n’est pas assez explicite dans sa définition de la contrebande conditionnelle (art. 24) qui comprend le blé, la farine et tous les articles d'alimentation. Or l’Angleterre, obligée par sa situa. tion géographique et ses conditions économiques d'importer sa nourriture de toutes les parties du monde, est plus exposée à souffrir de ce chef que tout autre pays.
20 Tout port anglais peut être considéré, aux termes du traité, comme base de ravitaillement militaire et, par conséquent, fermé au commerce neutre et à l'importation des marchandises destinées à la nourriture du peuple anglais (art. 33 et 34). Lord Beresford résume ainsi la situation de l’Angleterre, en temps de guerre: ‘‘The danger staring this country in the face, if the Declaration is ratified, is not invasion, but starvation.”’—*Le danger qui nous menace, n’est pas l’invasion, mais la famine. ’’ (1)
30 La déclaration permet explicitement, dans certains cas, la destruction des navires de com:aerce neutres, ce que la Déclaration de Paris ne faisait pas.
(1) Lettre au “Daily Mail”, 19 juin 1911.
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40 Elle ne défend pas, elle reconnaît même implicitement, le droit des belligérants d'armer les vaisseaux de commerce et tend ainsi à faire revivre le vieux régime des lettres de marque et des corsaires.
5o La Grande-Bretagne n'est représentée sur le tribunal international des prises que par un délégué; ses grandes colonies maritimes, comme le Canada et l'Australie, n’y sont nullement représentées, tandis que des pays insignifiants comme la Perse, St-Domingue, la Colombie y envoient chacun un délégué. M
À ces objections, le ministère et les partisans de la Déclaration répondent :
lo Une définition plus explicite de la contrebande de guerre est, en soi, un avantage notable pour le commerce britannique.
20 La seule constitution d'un tribunal international des prises est aussi un gain énorme; Puisque jusqu'ici, les réclamations étaient décidées en dernière instance par les ('onseils des prises du pays capteur ov destructeur.
30 Dans toute guerre où l’Angleterre n’est pas en cause, son commerce ne peut qu'en bénéficier. car ses navires de commerce sont les Principaux eonvoyeurs du commerce neutre.
40 Lorsque l’Angleterre sera en guerre, elle n’aura qu’à tenir ouverte la route qui la rattache aux ports neutres les plus rapprochés : et c’est pour cela qu’elle maintient la flotte la plus puissante du monde.
50 Les puissances signataires n’ont pu s’entendre sur tous les points, la Grande-Bretagne n’a pas réussi à faire accepter toutes ses vues; mais elle ne peut s’isoler du reste du monde, et ce qui a été arrêté entre les puissances constitue en somme un progrès notable.
C’est, on le voit. un débat fort intéressant.
Il ne pouvait manquer de passionner l’Australie, pays essentiellement maritime. Son commerce en haute mer dépasse $650,000,0C0. Sa population est disséminée tout le long de son immense littoral, sa capitale et toutes ses villes importantes sont des ports de mer peu ou point fortifiés—proie facile aux flottes du monde entier et surtout à celles du Japon.
Dès le mois de février, le gouvernement australien avait notifié au secrétaire permanent de la conférence un avis de motion censurant le gouvernement britannique parce qu’il n'avait pas consulté les colonies avant d’accenter la Déclaration de Londres, et protestant particulièrement contre l’article 24 qui définit la contrebande conditionnelle, et les articles 48 à 54, qui autorisent, en certains cas, la destruction des pavires neutres.
La situation était critique pour le ministère Asquith. Ayant déjà à dos les influences énormes que j'ai indiquées, il eût été très ennuyé d’une attaque de front de la part des premier ministres des ‘“puissances d’outremer.’?