ENVOI
Mac-Allan, voilà ce que vous m'avez dit, et j'ai résisté à cette terrible épreuve ! J'ai refusé de vous répondre. J'ai béni votre amitié, votre secours immense, votre bonté sans égale ; mais, si je vous ai aimé, — ce que je ne puis nier, — dois-je dire que je vous aime encore? Non, je ne le puis ni ne le dois, car je ne sais pas si mon âme est assez vierge de toute autre affection pour accepter votre confiance illimitée dans le passé. Le vôtre est rempli de passions dont je n'ai pas le droit d'être jalouse. Je le suis pourtant malgré moi, et, en découvrant en moi ce besoin de souffrir, ce besoin de posséder votre cœur sans, qu'il se souvienne de ce qui n'est
D'UNE JEUNE FILLE. 4l3
pas moi, je me demande avec effroi si vous n'éprouverez pas la même souffrance quand vous aurez lu dans le mien. Ai-je aimé Frumence? Je n'en sais rien. Je peux répondre de n'avoir pas aimé Marius; mais l'autre? Je ne l'aime pas, je ne le regrette pas. Je suis heureuse de son amitié, de son bonheur. Je me rappelle à peine et je peux à peine définir la nature des agitations que j'ai éprouvées : elles me semblent inouïes, inexplicables, insensées, ridicules, ressenties par une personne qui n'existe plus, qui n'a jamais été moi : mais je vous connaissais, Mac-AHan, et je vous aimais déjà quand je vous comparais l'un à l'autre et quand l'idée du mariage de Jennie était à la fois mon désir bien arrêté et mon tourment involontaire. Est-ce de l'amitié de Jennie que j'étais jalouse? Mes sens ont-ils parlé à mon insu, ou mon imagination, ou mon cœur? Enfin suis-je l'être idéal dont la pureté vous enivre? Je n'ose dire oui, et pourtant il y a eu en moi tant de bon vouloir, tant de scrupules, tant d'aspirations vers le bien, tant de pudeurs craintives, tant de conscience effarouchée, tant de dureté envers moi, tant de luttes et tant de fiertés jalouses d'elles-mêmes, que, si je disais : « Non, je ne suis pas digne de vous, » je me rabaisserais plus que je ne le mérite. Je vous ai demandé le temps de la réflexion,