LUI
— Qu'avez-vous ? lui demandai-je en le voyant préoccupé. Ce pays désert vous rend-il mélancolique?
— Non, dit-il, ce pays ne réagit pas sur moi désagréablement. Il me plaît, et je ne suis pas mélancolique, je suis gloomy.
— N'est-*"* nas la même chose?
— Non. La mélancolie d'un Français se résout en vers ou en musique ; le gloom anglais tourne au rasoir avec lequel on se coupe la gorge, ou au rocher d'où Ton se précipite.
— Voilà d'affreuses images qui n'entrent jamais dans nos esprits méridionaux. Convenez que vous vous ennuyez ici et que vous avez le mal du pays.
— Un Anglais n'a le mal du pays qu'en Angleterre ; il n'a de nostalgie que pour ce qui est bien loin de ses pénates. Ce type si froid et si stupide, selon vous, a les aspirations immenses du bonheur irréalisable.
Gomme nous parlions anglais, Jennie nous quitta pour aller tenir encore un peu compagnie à M. Costel, et, comptant que Frumence allait venir prendre auprès de moi la place de Jennie, je restai seule sous la tente de M. Mac-Allan avec le maître de cet étrange manoir. Il s'était à demi couché à mes pieds sur un tcès-beau tapis de Perse, et, appuyé du coude sur le divan élastique où j'étais assise, il renouvelait nonchalamment l'air de la tente avec un large éventail de tresse de palmier.
— Mademoiselle de Valangis, me dit-il en dirigeant doucement vers moi le bout de son émouchoir, vous n'aimeriez donc pas cette vie molle et contemplative au milieu du véritable désert?
— Je suis Provençale, lui répondis-je, active par conséquent.
— Vous êtes Provençale, Italienne ou Bretonne , vous n'en savez absolument rien !
— Vous n'avez pas osé ajouter que j'étais peutêtre bohémienne?
— Qui sait ? Je voudrais que vous le fussiez !
— Sans doute pour les besoins de la cause que vous servez?
— Je me soucie de ma cause comme de cela, dit-il en jetant au loin son éventail. Est-ce que j'ai une cause, moi? Ma conscience est bien à l'aise devant une situation aussi nette que la vôtre. L'a-
venir qu'on vous offre est à prendre ou à laisser. J'ai rempli mon mandat. Je vous ai dit la vérité qu'on vous dissimulait, et je n'entends pas peser davantage sur vos résolutions. Je suis complète* ment indifférent au parti qu'il vous plaira de prendre vis-à-vis de la famille qui m'a chargé de ses propositions. Soyez noble ou bohémienne, riche ou misérable, je ne m'en occupe pas plus que des coiffes de votre grand'mère, paysanne ou marquise.
— Voilà enfin de la sincérité, monsieur Mac- Allan. Votre sollicitude pour moi n'était qu'un jeu!
— Non pas I C'était la vérité même quand je ne vous connaissais pas. J'avais pitié de vous. Chargé de vous anéantir , je ne voulais pas vous torturer, et j'aurais voulu vous trouver timide et positive. Devant l'inconnu de votre destinée, si vous eussiez accepté la consolation de l'argent, je me serais réjoui , en homme doux et humain que je suis , d'avoir sauvé une pauvre fille... Mais vous n'acceptez rien... *
— Je ne vous ai pas dit cela.
— Peu importe. Vous obéissez à M. Barthez en réservant votre décision, mais vous ne pouvez pas me tromper, et je lis l'orgueil de la révolte in* flexible au fond de votre cœur. Vous préférez votre
droit imaginaire à la fortune considérée comme une aumône.
— Non, monsieur Mac-Allan, je ne suis pas si audacieuse et si fière que cela. De mes amis j'accepterais tout, jusqu'à l'aumône.
— Et de vos ennemis?
— Rien. Tout dépend donc du sentiment d'intérêt ou d'aversion que j'inspire à mes adversaires.
— Mais il y a deux questions en jeu, le nom et l'argent : auquel tenez-vous ?
— Vous le savez bien, au nom seul.
— Si on vous offrait de vous laisser le nom seul, vous renonceriez à l'héritage matériel?
— Ceci regarde M. Barthez, et je n'ai pas à répondre à une question que vous ne m'avez pas encore posée devanHui.
— C'est juste ; mais supposons qu'à la suite d'un procès long, pénible et embrouillé, vous soyez, comme j'en ai la certitude, dépouillée de l'un et de l'autre , c'est le nom seul que vous regretteriez ?
— G'est cela, et aussi le milieu où je vis, la maison où j'ai été élevée, les souvenirs de mon enfance, l'empreinte que ma grand'mère a laissée sur les plus insignifiants détails des choses qui m'environnent... Mais que vous importe tout cela? Ne venez-vous pas de me dire que vous n'en aviez
pas le moindre souci? Je vois bien que, pour ne pas avoir vu par vos yeux et pour m'être montrée indocile à vos conseils, j'ai perdu votre bienveillance. Je crois donc que vous feriez mieux de parler de mes affaires avec MM. Barthez et Frumence, et de causer avec moi de la pluie et du beau temps !
— Voyons,* finissons-en, dit Mac -Al la n en se levant. Aimez-vous le bien-être, le luxe, le pays que vous habitez, les amis qui vous entourent? Voulez-vous garder Bellombre sans contestation? Renoncez au nom et au titre : c'est tout ce que l'on vous demande.
— Il n'y a jamais eu de titre attaché au nom de Valangis : je ne puis renoncer à ce qui ne m'appartient pas.
— Mais le nom, voyons I combien voulez- vous le vendre?
— A aucun prix! m'écriai -je exaspérée et oubliant mes promesses à Barthez ; que l'on m'en dépouille si l'on peut; moi, je ne commettrai jamais l'insigne lâcheté de vendre ce que ma grand'mère m'a donné I
— Allons doncl vous voyez bienl reprit Mac- Allan en riant et en se frottant les mains comme s'il eût triomphé de m'avoir arraché ma pensée.
Il me parut méchant et inexorable , et je me levai pour le quitter. J'en voulais à Jennie et à Fru-
mence de m'avoir laissée seule avec mon ennemi. Il ne me semblait pas que ce fût convenable ; dans tous les cas, c'était imprudent, car je n'étais pas de force, on le savait bien, à cacher longtemps une blessure faite à ma dignité et à lutter prudemment contre un outrage.
— Mademoiselle de Valangis,, reprit Mac-Allan en me retenant de l'air le plus soumis et le plus respectueux, ne regrettez pas votre franchise. J'aime ce cri de votre cœur et de votre conscience, et j'en prends acte.
— Donc, la guerre est déclarée?
— Nen, ce n'est pas la guerre ; car, en voyant combien vous méritez d'estime et de respect, j'espère obtenir la paix. Vous savez bien que je m'y emploie et que vous m'avez accordé huit jours pour faire la première tentative.
— Alors, pourquoi disiez-vous que vous étiez si indifférent à mon sort?
— Ah ! vous ne m'avez pas compris; cela devait être!
— Expliquez-vous donc.
— Vous ne voulez pas deviner?
— Je ne sais rien deviner.
— C'est que vous avez un peu trop de l'ange et pas assez de la femme.
Frumence arriva enfin , et je trouvai v après
m'étre impatientée contre lui, qu'il arrivait un peu trop tôt. J'aurais voulu confesser entièrement mon étrange adversaire. J'entendis Frumence lui dire à demi-voix :
— Eh bien, lui avez-vaus parlé de... ?
— Non, c'est beaucoup trop tôt, ftii répondit sur le même ton M. Mac-AIlan.
Au moment de nous séparer, des mots échangés comme en cachette de moi recommencèrent efitre Mac- Ail an et Frumence. Celui-ci désirait nous accompagner un bout de chemin comme pour nous dire quelque chose que l'autre ne voulait pas lui laisser dire. II paraît que Mac-AIlan l'emporta, car personne ne nous reconduisit.
J'étais intriguée, et Jennie, qui avait l'air d'en savoir plus long que moi, ne voulut rien m'apprendre. Il me semblait bien , si simple que je fusse , que M. Mac-AIlan avait une velléité de me faire la cour; mais j'avais eu une déception si ridicule en me croyant aimée de Frumence, que j'étais tombée dans un excès de modestie. Et puis Frumence avait traité Mac-AIlan d'homme ivre et d'insensé la dernière fois qu'il était venu chez nous; il y avait eu depuis, dans sa lettre à Jennie, ces mots bien graves : Mallieur à lui s'il me tend un piège! Était-il possible que, rcslé sur de pareils doutes quant au bon sens et à la loyauté de cet
étranger, Frumence eût consenti du jour au lendemain à favoriser ses prétentions sur moi? Non, à coup sûr, je me trompais, et je repoussai sans effort et sans émotion toute idée de ce genre.
Deux jours après, je rencontrai Mac-Allan à la promenade. 11 ne m'était pas agréable de lui parler. J'étais seule et un peu loin de chez moi. Je feignis de ne pas le voir, bien que nous fussions assez près Pun de l'autre. Je pris , sans détourner la tête, un sentier qui se présentait à ma droite, et il respecta mes intentions sans affecter de m'avoir vue.
Le lendemain , je remontais le cours de la Dardenne dans cet encaissement profond qui aboutit plus bas à la Salle verte et qui ne peut être un chemin de promenade pour personne, car le sentier est immergé ou écroulé à .chaque instant; je fus frappée d'un léger glissement de grains de sable qui s'opérait tantôt devant, tantôt derrière moi, comme si quelqu'un eût marché furtivement dans les buissons au-dessus de ma tête sur le haut
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du ravin. J'épiai sans en avoir l'air, et j'aperçus M. Mac-AUan, qui m'épiait de son côté. Bien certainement il croyait avoir quelque chose de bizarre ou de blâmable à surprendre dans ma conduite. Je m'amusai à le faire marcher longtemps par le chemin le plus incommode qu'il fût possible d'imaginer, puis je m'assis au bord de l'eau ; j'ouvris un livre et lui fis faire une pause d'une grande heure; après quoi, je revins sur mes pas et rentrai, bien certaine qu'il ne m'avait pas perdue de vue. "Le soir, je reçus une bien étrange lettre de Galathéè; je supprime les innombrables fautes d'orthographe, mais je conserve le style.
a Ma chère Lucienne, quoique tu croies que je *t'ai oubliée, et que tu te figures peut-être que je ne t'aime plus, je suis toujours ton amie, et je Viens t'avertir d'une chose qui peut être bien avantageuse pour toi. L'avocat de ta belle-mère, qui a demeuré cl.ez nous, c'est-à-dire chez le docteur, pendant deux jours» est devenu amoureux de toi à première vue. C'est maman qui l'a dit. Au lieu de servir les intérêts de ta belle-mère, il a tourné casaque, et sûrement qu'ils vont se brouiller ensemble, car je sais qu'elle t'en veut beaucoup et te considère peu. Il n'y a qu'une chose qui fâche ce monsieur, qui, du reste, est~très-bien : c'est ton amour pour Frumence , dont il est très-
jaloux. Sans ça, je suis sûre qu'il t'épouserait, ce qui serait bien avantageux pour toi. Il paraît qu'il est très-riche et qu'il a beaucoup de succès dans le beau monde de l'Angleterre. Je te conseille donc de rompre au plus vite avec M. Frumence, qui est plus jeune et plus bel homme, j'en conviens, mais qui n'a rien et ne pourra pas t'empêchcr de tomber dans le malheur. Écoute le conseil d'une amie qui t'aime et qui ne veut que ton bien.
« P. -S. Garde-moi le secret sur cette lettre, qui me ferait battre par maman,' si elle savait que je la trahis. Elle est bien dure pour moi , mais je veux ton bien avant tout. »
Je montrai cette lettre à Jennie, qui la relut deux fois attentivement et me dit ensuite :
— Cette sottise-là a plus d'importance que vous ne pensez ; je la garde, car elle trahit les méchants secrets de madame Capeforte. C'est bien elle qui a écrit contre vous , et voipî enfin la chose dont on vous accuse. On veut foire croire jque vous avez eu l'idée d'épouser Frumence. Puisqu'il faut que cela arrive enfin jusqu'à vous, je vous le dis; je le savais déjà, et je devinais l'auteur de cette histoire.
* — Comment est-il possible, Jennie, qu'une pareille idée soit venue à quelqu'un, même à madame Capeforte, qui a tant d'idées?
— Vous ne savez pas que Galathée... Mais à quoi bon vous dire cela ?
— Je sais que Galathée était éprise de Frumence, et qu'elle me fait encore l'honneur d'être jalouse de moi.
— Elle vous l'a dit, la sotte? J'espérais que non! Eh bien, elle a été raillée durement par Marius, que sa mère aurait voulu et espère peut-être encore lui faire épouser. Galathée n'est pas méchante, elle est pis que cela, elle est bête. Elle se sera laissé arracher l'aveu de son goût pour Frumence, .sa jalousie contre vous et les malices de Marius, dans lesquelles vous avez peut-être bien un peu trempé...
— Jamais, Jennie, cela me répugnait.
— N'importe , Marius bien naturellement ne voyait que vous et dédaignait la Galathée. Madame Capeforte sait tout cela , et elle a réussi par ses intrigues à rompre votre mariage en vous faisant des ennemis qui compromettent votre avenir. Voilà tout son plan dévoilé. Tâchons de profiter de ce que nous savons. Le moment est venu où vous devez tout savoir vous-même, et Mac-AHan, lui aussi, s'est trahi. L'autre jour, en prenant ici le
café avec Frumence, il lui a posé la question avec finesse, à ce qu'il croyait ; mais l'autre est plus fin que lui. Il a vu tout de suite qu'on le soupçonnait d'avoir avec vous une amitié trop intime, et il a relevé l'avocat si vertement, qu'ils ont failli se provoquer; puis tout à coup M. Mac-Allan a eu un bon mouvement de cœur, il s'est repenti d'avoir cru à des calomnies ; il est parti très-chagrin et très-agité. Dès le lendemain , il a quitté la bastide Keppe, et il s'est établi aux Pommets, soignant l'abbé et témoignant à Frumence la plus grande estime et la confiance la plus entière. Donc, il n'a plus de soupçons sur vous , et il est sincère en disant qu'il veut vous réconcilier avec lady Woodcliffe.
— Et pourtant il m'observe, il me suit, et il épie tous les pas que je fais hors de la maison?
— Ah ! dame, cela, c'est un sentiment personnel d'inquiétude ou de jalousie. M. Mac-Allan s'est peut-être en effet mis dans la tête de vous aimer ; madame Gapeforte a pu deviner juste : que vous en semble ?
— Il ne me semble rien, Jennie, sinon que M. Mac-Allan m'alarme et me blesse. Tu crois donc qu'il a exprimé à Frumence l'intention de m'épouser?
— C'est possible, répondit Jennie, qui ne voulait pas se prononcer.
— Frumence ne t'a rien écrit là-dessus depuis deux jours ?
— Si fait; mais il dit comme moi que nous ne devons pas encore fixer notre opinion sur M. Mao Allan. Nous ne le connaissons pas assez. S'il était ce qu'il paraît, Frumence vous conseillerait d'examiner les offres de mariage qu'il pourrait vous faire; mais, après avoir eu d'abord l'idée de vous avertir franchement de ce qui se passe, il a cédé à M. Mac-Allan, qui trouve que c'est trop tôt et qui craint de vous être antipathique. Voyez en vousmême, et prenez votre temps.
Nous en étions là quand Frumence arriva, bien qu'il fût assez tard dans la soirée.
— Parlez devant Lucienne, lui dit Jennie en lui montrant la lettre de Galathée, qu'il lut en rougissant d'indignation. Vous voyez, ajouta Jennie, qu'il n'y a plus rien à se dire à l'oreille.
— Eh bien , disons tout , répondit Frumence.
M. Mac-Allan aime Lucienne ; est-ce bien sérieuse-
ment? Moi, je ne me connais guère en passions de cette nature, et je suis surpris de voir un homme de quarante ans, car il a quarante ans et ne cache pas son chiffre , enthousiaste et spontané à ce point. Je vous le garantis maintenant parfaitement sincère avec nous et même naïf vis-à-vis de lui-même. C'est un tempérament nerveux, impressionnable, romanesque à sa manière. Donc, s'il ne vous airne pas comme il le croit, ma chère Lucienne, il croit fermement vous aimer comme il ledit.
— Pouvez-vous m'affirmer cela, Frumence?
— Oui, je le peux aujourd'hui. Je l'ai vu malade et comme désespéré la nuit dernière, et je ne serais pas dupe d'une comédie dont au reste il serait impossible d'expliquer le but.
— Si je vous ai fait cette question , repris-je , c'est que je veux rigoureusement savoir si cette prétendue passion n'est pas une insulte que je doive repousser avec mépris.
— Vous pouvez être tranquille à cet égard. Cette prétendue passion n'a pour but que de vous offrir un nom honorable et une très-belle fortune, quelle que soit l'issue du procès qui pourrait s'engager ; et, pour que l'on n'ait pas de doute là-dessus, il offrirait de vous épouser tout de suite, bien qu'il eût de beaucoup préféré, dit-il, que vous fussiez
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sans nom et sans ressources, afin d'avoir un véritable dévouement à vous offrir.
— S'il en est ainsi, je lui dois beaucoup d'estime et de reconnaissance.
— Oui, dit Jennie, s'il est riche, et si votre affaire est mauvaise !
— Moi, reprit Frumence, je ne puis admettre qu'un homme si remarquablement doué et d'une si grande allure en toutes choses ne soit pas un homme honorable. Je n'ai qu'une seule crainte : c'est qu'un caractère si expansif et si inflammable ne réalise pas le type d'amitié sérieuse et solide que Lucienne avait cru trouver dans Marius.
— Vous m'avouerez, Frumence, qu'après m'être si complètement trompée sur le compte de Marius, je ne dois plus me fier à mon propre jugement. Je veux m'en rapporter au vôtre et à celui de Jennie. Tâchez de vous mettre d'accord.
— Eh bien, dit Frumence en tirant un petit portefeuille de sa poche, puisque je suis ici l'avocat de Mac-Allan, voici une forte preuve en sa faveur : c'est la lettre qu'il écrit à votre belle-mère, et que je suis chargé de faire partir demain matin. 11 m'a autorisé à vous la montrer, lisez-la.
J'ouvris l'étui de cuir de^ Russie dont Mac-Allan avait recouvert sa lettre, pour qu'elle me fût présentée vierge d'un grain de poussière et impré-
gnée de cette odeur si chère aux Anglais et si peu agréable selon moi. C'était comme un souvenir de miss Agar ; je secouai la lettre, j'éloignai la couverture et je lus en souriant la suscription :
A Mylady Woodcliffe, marquise de Valangis-Bellombre.
« Milady, je suis heureux de vous dire que j'ai fidèlement rempli vos intentions en soumettant, dès le lendemain de mon arrivée à Toulon, vos propositions à mademoiselle Lucienne, dite de Valangis. Je pensais avec vous qu'elles devaient séduire et réduire à l'instant même une personne avide de liberté et peu soucieuse des privilèges de la noblesse, telle qu'on nous avait Repeint la fille adoptive de feu madame la douairière de Valangis. Mes offres ont causé plus de surprise et de chagrin que je ne m'y attendais , et on a refusé jusqu'à ce jour d'y répondre catégoriquement; mais, sans préjuger encore quelle sera la réponse finale, je dois vous dire qu'à l'instant même j'ai procédé à l'examen des faits, certain que, si la jeune personne était honorable, vous ne vouliez en aucune façon lui contester le nom qu'elle porte. J'ai attentivement observé la physionomie, le ton, les manières, l'entourage de cette demoiselle. J'ai
causé avec elle, j'ai vu ses amis, j'ai étudié un petit nombre de personnes recommandables admises dans son intimité ; je n'ai trouvé là que des affections très-pures, des dévouements parfaitement désintéressés, un grand respect ou des sentiments paternels. Mademoiselle Lucienne a des ennemis et des détracteurs , cela est certain , et la femme qui a tant écrit à votre mari sur ce qui se passe depuis vingt ans à Bellombre est à la tête de cette cabale ; mais celte femme est indigne de confiance, et je sais maintenant que, dès son jeune âge, elle s'était flattée de plaire au marquis, à peine sorti lui-même de l'adolescence. Elle a toujours haï madame de Valangis pour l'avoir raillée de cette prétention, et toute sa vie a été une vengeance contre elfe. Il y a encore un détail à enregistrer, c'est que cette femme voulait marier sa fille avec le jeune Marius de Valangis, qui a rejeté ses avances: nouveau sujet de dépit contre Lucienne, que l'on supposait aimée de son cousin. Pourvous> édifier complètement sur le compte de cette femme, je n'ai qu'une chose à vous dire. Elle vous a envoyé une prétendue lettre d'amour écrite par Lucienne à un jeune homme du voisinage, et surprise, disait-elle, dans les mains de sa fille innocente. Eh bien, cette fille est l'auteur de la lettre, et elle est innocente seulement en ce sens qu'elle
ignore ou ne comprend pas le parti que sa mère a pu tirer de sa folie. J'ai comparé les écritures, car j'ai fait écrire mademoiselle Lucienne sous mes yeux, et cela n'était pas nécessaire, je vous jure. La demoiselle en question a le style et l'orthographe que vous savez , tandis que mademoiselle Lucienne, jugée par nous à priori si vulgaire, si mal élevée et si peu soucieuse de sa dignité, est une personne extraordinairement instruite, parlant notre langue comme vous et moi, ayant fait de meilleures éludes que beaucoup d'hommes de notre connaissance et possédant le ton de la meilleure compagnie. Telle qu'elle est, loin d'être déplacée dans votre monde et dans votre famille, elle fera honneur à l'une et à l'autre, car il suffit de la voir pour lui accorder le respect, la sympathie et, j'ose dire, l'admiration qu'elle mérite.
« Il y avait une chose plus délicate et plus difficile à vérifier. On vous avait écrit que mademoiselle de Valangis avait une inclination d'ancienne date déjà pour un jeune drôle introduit dans la maison comme précepteur par une indigne servante. Eh bien, le jeune drôle est un homme de trente-deux ans, du plus rare savoir, de la plus haute moralité et du plus grand mérite. Bien qu'il soit sans fortune et sans naissance, ce ne serait certes pas une honte, ce serait peut-être une vail-
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lance de cœur et d'esprit de la part de Lucienne que de l'avoir choisi pour le futur compagnon de sa vie ; mais je sais vos idées sur les convenances sociales, et je n'ai pas à les discuter ici. Je devais rechercher les faits, et les voici : le jeune homme accusé de captation a repoussé avec indignation la calomnie. J'ai appris de lui, en outre, que, depuis longtemps, il avait été fiancé par madame de Valangis à Yindigne servante, laquelle est un ange domestique, le dévouement, l'intelligence, la droiture, le labeur, la chasteté en personne.
« J'aurai beaucoup à vous parler de cçtte Jennie et du rôle important qu'elle a joué dans la vie de mademoiselle Lucienne; Je vous dirai quelle est à mes yeux la valeur des renseignements qu'elle peut produire. On a joué ici cartes sur table avec moi, et mon opinion n'a pas varié sur la question d'état civil. Quand vous l'exigerez, je vous dirai la vérité, comme mon devoir et ma conscience l'exigent. Je n'ai pas non plus changé d'avis sur l'illégalité dû testament qui frustre vos enfants de l'héritage de leur aïeule maternelle; mais ce sont là des questions secondaires dont rien ne presse encore la solution, puisque j'ai pris toutes les mesures nécessaires pour réserver les droits de vos enfants. Ce que vous vouliez savoir avant tout, vous le savez maintenant. Mademoiselle de Valangis est
digne de conserver le nom qu'elle s'attribue, et qui est peut-être le sien malgré l'impossibilité où elle sera, selon moi, de le constater d'une manière légale. Jusqu'ici, il n'y a pas d'impossibilité notoire non plus à ce qu'elle y prétende. Le jugement rigoureux le lui refuse; des présomptions favorables, fondées sur sa moralité et sur celle de Jennie, peuvent prolonger la lutte. Ce qu'il faut que vous sachiez, c'est l'opinion publique, dont on doit tenir compte en France, et dans le Midi surtout, quand il s'agit d'affaires romanesques et mystérieuses. Il y a bien ici des quolibets, des doutes et des lazzi sur la recouvrance miraculeuse de la petite fille < une critique vague de certains collets montés sur son éducation virile et sur de prétendues excentricités qui n'en seraient pas en Angleterre, comme de monter à cheval et de se promener quelquefois seule dans la campagne déserte. Il y aura, il y a certainement déjà, dans les bas-fonds vulgaires et même dans de certaines coteries bigotes de cette société de province , des calomnies semées par votre indigne correspondante; mais j'ai vu le consul de ma nation, le préfet, le maire, le commandant de notre station maritime, lord Peveril, établi à Hyères depuis six ans, et mistressHawke, qui reçoit à Toulon la meilleure compagnie. Je me suis informé à Lyon et à Marseille, j'ai écrit à Nice
et à Cannes aux personnes que vous m'aviez désignées, et j'ai reçu leurs réponses. Je puis donc vous affirmer : 1° que tout ce qu'il y a d'honorable et de sérieux dans la population est pour Lucienne de Valangis contre ses envieux et ses détracteurs ; 2» qu'une recherche trop hostile de ses droits serait considérée comme une persécution gratuite; 3° qu'une attaque au testament, venant de personnes beaucoup plus riches que la légataire désignée, ferait le plus mauvais effet et tracerait un rôle infiniment pénible à votre mandataire.
« Je crois répondre, milady, à vos nobles intentions et à vos sentiments généreux en vous disant toute la vérité, et je mets à vos pjeds plus que jamais l'expression de mon dévouement respectueux.
« Georges Mac-Allan.
« N. B. Je ne dois pas oublier le docteur Reppe, qui vous a écrit des lettres si vagues. C'est un homme sans caractère et sans consistance, entièrement gouverné par la dame du moulin. Honni soit, mais modérément, qui mal y pense / »
— Allons, allons, dit Jennie, qui avait su un peu H 'anglais dans son commerce, et qui, à m'entend re étudier et causer trois ans avec miss Agar, en avait assez rappris pour comprendre cette lettre ; M. Mac-Allan est un digne homme et un hommo d'esprit. Je me rends, Frumence. Pensez à lui, Lucienne, et consultez-vous.
— Eh bien, je me consulterai, Jennie; mais doisje donc dire déjà à Frumence d'encourager ses projets?
— Non, répondit Frumence ému, ne me dites pas cela!
J'eus une sorte d'éblouissement. Il m'avait semblé que Frumence éprouvait un déchirement en me poussant dans les bras d'un autre; mais je mo trompais, et je le vis bien vite.
— Jennie, ajouta-t-il d'un ton solennel, vous savez comme je vous aime, et je veux vous le dire devant cette noble enfant que nous chérissons tous les deux. Vous êtes ma sœur, ma mère et la femme de mon cœur. Je ne me décourage pas des obstacles qui nous séparent, et j'attendrai encore dix ans, s'il le faut, que vous vous regardiez comme
libre envers Lucienne. C'est pourquoi je ne veux pas qu'elle se hâte de faire un choix qui pourrait hâter et déterminer le vôtre en ma faveur. Elle mariée, heureuse, il vous serait permis de m'accepter pour mari; mais que l'espérance dont je me nourris religieusement me soit à jamais enlevée plutôt que d'influencer ma conscience et de troubler ma raison ! Je veux encore étudier Mac- Âllan avant de l'encourager. Je veux pénétrer tous les détails de sa vie et saisir toutes les nuances do son caractère. 11 a confiance en moi. Avant peu, je vous reparlerai de lui. Jusque-là, ne le fuyez pas, Lucienne; observez-le. Vous êtes censée ignorer des projets dont je ne vous aurais pas encore fait part sans cette lettre de Galathée.
— Mais il vous demandera si je les pressens, et vous ne voudrez pas mentir.
— S'il faut mentir un peu pour soutenir la dignité et conserver l'indépendance de votre rôle, je mentirai , ma chère enfant. En pareille occurrence, ce n'est pas un si gros crime.
— Merci, Frumence, répondis-je en serrant la main qu'il me tendait. Merci pour les sacrifices immenses que vous me faites... Mais toi, Jennie, tu n'as rien répondu aux belles et bonnes choses qu'il t'a dites I Tu es blasée sur son admirable dévouement, heureuse femme!
— Je veux lui répondre devant vous, dit Jennie, el ce ne sera pas du nouveau pour lui. Frumence , vous savez qu'il n'y a aucun homme plus estimable et meilleur que vous dans mon idée ; mais je suis plus âgée que vous, j'ai bien souffert du mariage, et je serais plus tranquille si vous n'aviez jamais pensé à m'épouser ; car je suis heureuse comme nous sommes, et .il n'y a rien de plus haut placé que le sentiment que je vous porte. Si je suis votre sœur et votre mère, vous êtes bien mon frère et mon fils. Nous ne trouverons jamais mieux que cela, allez, et, si vous voulez me faire tout le bien possible, vous ne penserez pas à notre mariage comme à une chose dont notre amitié ne pourrait pas se passer.
Frumence eut dans les yeux un nuage qui se dissipa vite. Il serra la main de Jennie comme il avait serré la mienne, et se retira en lui disant :
— Je n'ai pas d'autre volonté que la vôtre.
Il me semblait que Jennie était bien cruelle, et pourtant je lui savais gré de l'être. Que se passaitil en moi? Je ne pus fermer l'œil de la nuit. L'inclination de Mac-Allan, fantaisie ou passion, réveillait tout un monde de riantes chimères évanoui depuis longtemps. On pouvait donc aimer dans la vie réelle? L'amour existait donc ailleurs que dans les livres? Frumence avait beau le surmonter, et
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Jcnnie le repousser, et Marius le nier, et Gâlathée le profaner, et Mac-Allan l'exagérer peut-être; il était là, cet inconnu, mêlé à ma vie, et, jeté dans la balance de mes destinées, il y pesait plus, à lui tout seul, que toutes mes autres chances de désastre ou de salut. J'avais eu beau vouloir l'ôter de mon programme, il l'avait rempli quand même, à mon insu. C'est lui qui avait servi de prétexte aux inimitiés dont j'étais l'objet; c'est lui qui, à l'état d'idéal ou de théorie, avait été le but innomé de toutes mes aspirations; c'est lui qui, parlant toujours plus haut à mesure que je lui imposais silence, m'avait crié : a N'épouse pas Marius; » c'est lui qui m'assurait le dévouement de Frumence, car Frumence ne m'aimait comme un père que parce qu'il aimait Jennie avec tout son être ; c'est lui enfin qui, sous les traits de Mac-Allan, se déguisait en homme d'affaires, et venait, comme dans les vieilles comédies, mettre un billet doux à la place d'un exploit d'huissier.
Je mentirais bien, si je jurais que je ne me sentis pas flattée, réjouie et un peu enivrée de l'effet produit par mon petit mérite sur un homme de cette distinction, peut-être fallait-il dire de cette valeur. Après la lettre que je venais de lire, il n'était plus possible de douter de sa loyauté; restait à savoir si je devais compter sur la durée
d'une flamme si soudaine. Mon amour-propre me suggérait d'y croire, et Frumence, en cherchant à le rabattre par ses doutes, le faisait un peu souffrir; mais Frumence prétendait ne pas savoir juger ce genre de passions. Les dédaignait-il toutes, ou en connaissait-il une, une seule digne de lui, une seule qui eût été digne de moi?
Kn cherchant à m'endormir pour échapper à cet imbroglio de mes pensées, je fis des rêves, ou plutôt des demi-rêves confus, à chaque instant diss'pés par ma raison, qui voulait raisonner et ne pas se laisser abuser par le sommeil. Mac-AIIan m'apparaissait sous des dehors charmants; je lui prêtais encore plus de grâce et de distinction qu'il n'en avait, bien qu'il en eût réellement beaucoup; je l'écoutais me dire mille choses que je n'avais pas comprises, qui m'avaient blessée, et qui maintenant caressaient mon oreille comme une musique délicieuse. Je le voyais cherchant à me rencontrer dans la montagne et revenant le cœur brisé parce que je l'avais évité, ou me suivant dans le ravin et s'enivrant du bonheur de me regarder lire.
Mais j'étais éveillée en sursaut par la voix de Frumence, qui me criait : « Gare! » et je le voyais passer dans un char de feu, emportant Jennie dans les nuages, tandis que je restais sous la tente de coutil de Mac-AIIan, respirant un parfum dp
D'UNB JEUNE FILI.E. 110
Oeurs mêlé à des odeurs de savon de Windsor et de caoutchouc. Je devenais railleuse , je trouvais mon mari trop joli, trop spirituel et trop éloquent. Il me semblait aligner des phrases au lieu de soulever des idées ; je le traitais d'avocat et nous nous querellions. Lui me traitait de bohémienne , et je criais à Jennie :
— Pourquoi m'as-tu laissée avec cet Anglais?
Alors, secouant le rêve, je m'asseyais sur mon
lit, les pieds pendants et les cheveux dénoués, et je me regardais en tremblant dans une glace qui servait de panneau à une de mes armoires.
— Est-ce que je suis si belle que cela? me disaisje. Où Mac-Àllan a-l-il pris que je fusse belle? Frumence n'a jamais eu l'air de s'en douter, Jennie ne me l'a jamais dit, et Marius m'a dit cent fois que j'étais petite, noire, ébouriffée. Le plus beau compliment qu'il m'ait fait, c'est de me comparer à une figurine indienne assez gentille qui était sur la cheminée de ma grand'mère, et de m'appeler princesse Pagode dans ses jours de belle humeur.
Pourtant il fallait bien que j'eusse quelque charme, puisqu'un homme de quarante ans en était si frappé; et le chiffre de Mac-AHan, au lieu de lui être compté comme un défaut , me faisait apprécier davantage l'hommage qui m'était rendu.
C'est un dangereux flatteur et un eflVonté cour-
lisan que l'amour! Comme il surprend l'esprit d'une jeune fille, dès qu'il parle à ses besoins de manifestation ! Les phrénologues ont un mot barbare, l'approbativitè, qui répond mieux qu'un autre à ce besoin d'encouragement inné dans l'homme, car c'est le premier élan de foute jeunesse vers la sympathie et la protection. Avant la première parole d'amour, le jeune homme, aussi bien que la jeune fille, s'ignore lui-même. Il vit dans la crainte des autres et dans la méfiance de soi. La jeune fille, encore plus facile à froisser, rougit quand on la regarde ; et qu'y a-t-il sous cette rougeur? Un premier trouble des sens? Non, pas toujours, car bien souvent elle ignore ses sens. C'est bien plutôt la peur d'être méconnue , raillée ou dédaignée. A l'âge où tout sourit à la faiblesse, l'ombre de l'ironie, du dédain, ou seulement de la curiosité passe sur l'âme du faible comme un nuage ; mais l'amour arrive avec ses exagérations poétiques ou ses ardentes hyperboles, et l'enfant d'hier entre dans la vie. 11 sent sa valeur, ou il la cherche en lui-même , il devient un être complet , ou il aspire à le devenir. 11 se sent pour la première fois assuré d'exister. Qu'il partage ou non le sentiment qu'il inspire, il ne saurait le dédaigner, et il s'en empare comme d'une force qu'il cherchait et qu'on lui apporte.
Cette prise vie possession de la vie fut bien marquée en moi et ne se perdit pas dans le vague des surprises tumultueuses de l'inexpérience. J'avais reçu une éducation mâle, je m'étais crue à tort un grand philosophe; mais mon sens philosophique avait pourtant reçu un certain développement, et je voulais me rendre compte de tout. Je reconnus avec un peu de confusion que l'amour de Mac-Allan m'était agréable, et que j'avais été hypocrite en cachant à Jennie et à Frumence la satisfaction que j'en ressentais. J'invoquai alors ma propre loyauté contre les suggestions de ma vanité , et je trouvai que j'avais dû, que je devais encore combattre l'enivrement, à moins que je ne fusse bien décidée à m'y livrer et à rendre l'affection qui m'était offerte.
C'est là que la solution cherchée me devint impossible à trouver et me donna une sorte de fièvre. Je ne sentais aucun engouement, aucun aveuglement de préférence pour Mac-Allan. J'appréciais sans trouble ses qualités, je les voyais en moins plutôt qu'en plus. Son approbation ne me semblait pas apaiser ma soif d'approbation. J'en souhaitais une plus complète, plus élevée et plus flatteuse encore. Celle de Frumence pour Jennie? Peut-être! Et pourtant Frumence me paraissait trop stoïque et trop supérieur à son propre amour. J'eusse voulu rencontrer un être aussi
grandement fort que Frumence, et aussi délicatement impétueux que Mac-Alian. Cela dépendait peut-être de la personne aimée : peut-être Jennio était-elle trop austère pour que Frumence fût passionné avec elle ; peut-être étais-je trop enfant pour que Mac-Alian fût sérieux avec moi.
Je me résumai enfin en constatant que mon cœur était ému et non rempli, mon esprit charmé et non satisfait, et je m'endormis de guerre lasse en me disant :
— Ou je suis encore trop jeune pour aimer , ou j'ai déjà passé l'âge des illusions.