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272 L'ÏMPASSR.
comme naguère. Leur enveloppe matérielle, disparue ou comme translucide, laissait leurs âmes s'apercevoir et tendre, Tune vers l'autre. En même temps, ils oubliaient. Qui ils étaient? D'où ils venaient? Ce qu'ils voulaient? Rien; ils ne savaient pas. Qu'importaient ces choses! C'étaientdeux esprits, amoureux; ils ignoraient le passé, surtout. Les devoirs et les droits, les chances fatales ou bonnes de l'avenir... : mots incertains qu'ils n'entendaient plus.
Jamais sommeil plus profond n'engourdit la raison et les sens : jamais plus libre ne s'envola, dans les espaces du ciel, l'âme de deux humains.
Beauté des affections sincères f qui portent à tout l'être emparadisé, les sensations idéales de l'amour, à la fois parfum, fleur et fruit. Un sang nouveau brûle aux artères, des forces inconnues surgissent, une beauté resplendit sur les faces, même les plus dégradées.
Volupté à la fois si douce, si forte, si amère, que l'on ne sait comment la satisfaire, hors
qu'en mourant de son extase. L'être se dédouble, et les sens décuplés pour la joie, s'abolissent pour le désir, car rien de charnel ne palpite, et l'idée même ne s'en révèle, tant elle paraîtrait impure et tant elle ferait rougir. Elles furent si fortes, leurs impressions, qu'ils n'entendirent pas, marchant comme des somnambules et jetant à la nuit des paroles sans suite, non, ifs n^entendireht point sonner les heures^ lointaines, ni ne virent monter la mer qui mouilla leurs pieds, doucement, ni ne sentirent, dans le froid aigu du matin, que les étoiles s'évanouissaient, et que l'aurore allait naître.
En se quittant, ils n'eurent aucun regret, avides de jouir seuls (le l'immensité de leur bonheur. Rien de la vie et de ses exigences, ne subsistait pour eux: Hier était un mort, qu'ils n'avaient pas connu. Demain était lumineux et Aujourd'hui se fondait dans l'identité de leurs êtres, qui n'étaient plus que deux âme» ; elles s'appelaient :
ÏÎ4 L'IMPASSE
— Pierre!...
— Anne!,..
,.,el se répondaient pendant des heures, comme si ces noms eussent contenu le verbe de la vie entière :
— AïiDet
— Pierre!
Gr&ce à Tltieognito, à Id âôlltade, aux apparences facilement satîvéés,leur tlltisidfi se perpétua, et ptusiéttfs semaines pââàèfetit : mais etissent-élles dufé des ànûéeêf (Jué Ce û*éût pâfu qu*uû jèmf, tlnê heure, une minuté» Le désir de ne se phis quitter fit trouver long les ftbséncôâ. Là duchesse retint son ami chef àUx repas. Âtnst ils ne se quittaient pôhit, que pour dormir, comme s'ils eussent été ffèré et sœur.
Mais à vivre ainsi près et à mêler les acted de leur vie — inévitable besoin — déjà dans
276 L'IMPASSK.
leurs entretiens et leurs rêveries se glissa quelque chose de douloureux.'
Ce froissement léger, qu'ils ne soupçonnaient pas devoir grandir, venait de leur union même et de ce qu'ils ne se séparaient pas. C'était, après l'extase des âmes, le lent et inconscient réveil des sens ; c'était le sourd appel de leur amour, qui voulait plus, et ne savait ce qu'il voulait.
Pour calmer cette langueur que chaque jour faisait un peu plus cruelle, ils échangèrent ingénument des baisers, et selon la loi, rapprochèrent leurs bras de leurs tailles : mais alors leur malaise devint une douleur vive, dont les amants se sentaient navrés; et sans qu'ils osassent s'avouer pourquoi, les lèvres leur étaient amères, et leurs bras en s'enlaçant frissonnaient, comme si tous deux avaient commis ensemble, à une heure quelconque et oubliée, autrefois, un sacrilège.
La divine nuit étoilée, par quelles tortures ils en allaient expier, sitôt, la brièveté, et quel infini de misère les attendait, pour des^affres interminables.
Ils auraient dû prévoir — mais tout ceci fut fatal — ils auraient dû savoir que l'union des âmes, affirmée par l'aveu, ne s'opère, selon la fatidique formule, que par le Verbe devenu chair. Nécessairement ils allaient, de l'enlacement de leurs pensées, à celui de leurs corps! Ignorants, ils s'abandonnaient, pour le plus
cruel réveil.
fw^^^^^am^^ji^ ■ .: — - ^ - - --x-^^^w.^
a7R L'IMPASSE.
Un soir, ils étaient seuls, sur la plage qu'ils chérissaient; la mer battait son plein; un brouillard hlou flottait, et sous la lune estompée
et diffuse, il se mouvait comme une fumée. Les
lu
vagues étaient ternies; là où l'astre se mirait, elles se moiraient de reflets doux et comme huilés. L'atmosphère était dense et moite.
Le sang, comme la mer, avait de sourds a^x, et battait plein les veines. C'était en août, Todeur des champs et des haies, portée par de tiMes souffles, se mariait, avec un relent de fécondité fmmide, à l'odeur âpre qu-exhalait rOcéan, Les nerfs des amants se dissolvaient, flans une torpeur pénible ; et en môme temps une iièvi^e désordonnée les secouait. Ds étaient étendus, face à face; leurs visages s'éclairaient d'une pâleur verte. Un vent chaud se leva : le monotone bruit des flots leur sembla s*enfter de sanglots, car ils associaient la mer à leurs joies, devenues si vite des douleurs. Ils pen^ chèrent, avec des yeux étranges, leurs lèvres ; mais, dès que chargées de fluide, elles coM*
munièrent, convulsivement ils tressaillirent, et la femme pantela sous l'étreinte de l'homme. Dès qu'elle comprit qu'il touchait à ses vétementS) elle se redressa, s'arrachant à leur mutuel désir, et cria désespérée:
— Que demandes-tu? Jamais, jamais! c'est impossible...
Elle s'enfuit et courut par les galets, au risque de tomber. Il la rejoignit, éperdu, hachant les mots d'un souffle court:
— Pourquoi? viens... nous nous aimons, qui nous retient? Anne... je t'en prie, je t'en prie... Anne, une fois déjà.,.
Mais elle le frappa au visage comme s'il avait dit quelque chose d'infâme, elle s'élança vers un endroit où . la grève sombrait à pic dans l'eau profonde :
— Tais toi! Un mot, et je me jette.
Saisie aussitôt et retenue par des bras respectueux, elle sanglota :
— Ah 1 malheureux, tu as parlé 1 (et avec fièvre) :
tm J/IMPASSE.
— SI un lispoir, c'est que nous oublierions cela, impossible 1 non, moi non plus, je n'ai pas oublié : Ah! je voudrais m'arracher la chair : VoUà ce que je craignais! voilà... je f aime, nous nous aimons, nous tendons l'un vers Tautre, et cette joie de nous unir, dans la fierté dé notre âme, c'est interdit. Malheureux, nous avons profané l'amour I... Ahl quand lâchement et vulgairement, nous avons âQlJsraJt notre fantaisie bestiale, toi le passant que j'imaginais, moi la fille que tu croyais, pouvions nous prévoir cela, qu'un jour l'amour nous riverait? Va-t'en, je t'aime I Va-t'en, si lu me reprenais, je mourrais de honte I...
Et se tordant toute avec douleur, elle dit, reconnaissant une expiation fatale : C'est l'Amour qui se venge I
XXIU
Ils souffrirent. Ce fut un atroce mal, et sans remède. Dissemblable, mais aussi amère, fut à chacun la plaie de son cœur.
Elle lui apparut désormais, la figure brusquement empourprée de honte ; il montra un visage haineux d'homme jaloux. Leurs peines s'égalant, ils s'isolaient, fuyaient, tant elle était âpre, la souffrance côte à côte; puis l'invincible force de leur passion, dans sa sincérité spirituelle, les rapprochait; alors ils restaient silencieux, ou parlaient d'indifférentes
choses, nécessité mauvaise I car à ce jeu,
28i L'IMPASSE.
s'évanouirent l'identité de leurs êtres et l'atmosphère de mirage en laquelle ils vivaient.
La réalité, un instant effacée, reprenait corps et redressait, au lieu de deux amants platoniques : Pierre et Anne, deux personnalités appai*tenant à une caste, à un monde, à une vie sociales, deux êtres différant entièrement, et dont rien ne justifiait, hélas I la liaison occulte : Pierre Lor et la duchesse d'Arjaën.
Elle, dominatrice blasée, sentait crouler son intrépidité : la liberté sensuelle dont elle usa jadis, de par sa fantaisie, lui apparut coupable, non seulement aux yeux du monde, mais aux siens, et à ceux de l^homme qu'elle respectait. « Non, non, au lieu de maîtriser, comme elle l'avait cru, la vie, elle avait été esclave de sa passion ou de ses vices; première confusion, non la moindre : la suprême honte lui vint de s'être livrée, courtisane volontaire d'une maudite heure, à celui que maintenant elle chéris-
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sait avec la pureté, la chasteté, l'idéalité de l'amour vrai. Ahl qu'il la devait mépriser 1 Et comment pouvait-il même la désirer? Ne seraitce pas bien pire qu'un inceste? Quoil passionnément épris, il soulèverait timidement les voiles, que Jadis elle-même jeta bien loin, cyniquement nue. Gomment! il recommencerait ces caresses, qui furent si violentes, n'étant que charnelles. Duperie vulgaire I dont tous deux rougiraient trop, et à laquelle elle fût morte plutôt que de consentir.
Et lui, c'est de la jalousie la plus banale, la plus humaine par conséquent, qu'il tirait sa souffrance, aussi forte que celle de sa coinpagne; Eh oui! il se jalousait liii-même, il s'enviait d^avoîr |)ossédè autrefois cette femme, il se haïssait, de s'être ainsi privé de Tétreindre aujourd'hui; en elle, il exécrait la courtisane, il adorait l'idole. Dédoublement de lui-même et d'elle-même, surprenant, mais forcé. Et sa jalousie remontait à des caprices analogues, probables, certains. Il n'en voulait point à
ifil l/IMPASSE.
ceux que la tluchtï&^se eût pu aimer avant lui, de lé^time affection ; mais à'I'idée que d'autres, comme lui, avaient, dans une rencontre soudaine^ comme lui profané le corps de celle dont il vénérait Tàme, il se sentait soulevé par des rages de meurtre et d'incendie. Et si Tamourpropre impérissable luifaisait espérer, que seul il avait profité d'un inexplicable hasard, d'une de ces aventures où se commettent, par désœur vrement ou caprice, les plus hautaines femmes, alors c'est à lui-m^me qu'il s'en voulait, c'cfst lui qu'il meurtrissait en se heurtant contre les murailles : fureur qui ferait sourire, si elle ne lui eût arrache des larmes de désespoir.
De quelque côté que tous deux se tournassent, ils ne voyaient point de recours. Ils évitèrent de se frôler, car les tressaillements des contacts leur causaient une angoisse intolérable. Incertains de l'avenir, ils prolongeaient le présent; et leur amour plus fort que tout, leur faisait presque trouver supportable d'être non loin Tuii de Tautre, échangeant des pa-
rôles, qu'ils craignaient de rendre éloquentes ; des sourires , par lesquels ils avaient peur d'avouer l'ironie de leur situation; et des regards, dont ils redoutaient l'involontaire cruauté.
Un mdthi, Pierre trouva la duchesse qui froissait, avec fièvre, une lettre motivant son retour immédiat : te duc se mourait.
En tout autre instant, ils eussent fort souffert, d'un si brutal rappel à la réalité. Mais, loin de concevoir quelque Jalousie # amant, Pierre éprouva presque une délivrance. EBe le sentit et s'attacha à cacher, sous Talr le plus dégagé, sa douleur intime. Immédiatement, il la taxa en son cœur d'indifférence î eBe, tout bas, lui reprochait sa cruauté. H* serraieÉt leurs lèvres, comprimant Peniie cruelle qui les
mordait au cœur de se blesser et de se frapper par d'acérées paroles.
Puis, en cet instant, comme reprise aux conventions sociales, par la nouvelle de la maladie du duc, elle s'efforçait inconsciemment de reprendre son rang; elle eût voulu se montrer hautaine; et passant la main sur les touffes d'or de ses cheveux, elle simulait de froids dédains et s'essayait à des regards de reine : effort puéril. L'eût-elle voulu, elle ne pouvait mépriser Pierre; et en face de lui, homme sorti de la basse plèbe, elle ne se sentait plus que l'âme docile d'une servante.
Elle eût voulu parler du duc, mais ude pudeur la retint, craignant que Pierre ne s'offensât; qu'eût-elle dit, d'ailleurs?
Et mélancoliquement elle regardait la mer.
Le duc et elle vivaient séparés depuis dix ' ans. Il l'épousa d'amour et l'aima, trois mois. Une vieille maîtresse le tenait encore, à travers des caprices tolérés par elle, rivé par l'habitude. Homme de fier tempérament cheva-
leresque, aujourd'hui vieillard et sceptique, il avait toujours manifesté à la duchesse les égards dus à son rang et à la beauté. Tous deux eussent pu se dire: « cousins » ayant aux veines un peu du sang des maisons, celleci de Russie, et celui-là d'Espagne. Sa fortune était si grande qu'il n'en savait pas le compte. Ses intendants et ses procès n'avaient pu le ruiner. 11 s'affaiblissait depuis quelques années, sans maladie déclarée ou les ayant toutes plutôt, épuisé.
Sa douleur avait été profonde de n'avoir point de fils. Il n'en accusa point la duchesse, et avec un courage assez noble, s'attribua à lui-même cette imp^uissance : « D'arbre mort ne pousse feuille » songeait-il. L'orgueil de mourir le dernier de sa race le consola :
égoïsme hautain. Avec mélancolie, il contemplait la marée démocratique. L'aristocratie s'amoindrissait. En France, elle n'existait quasi plus, avilie par les ^nariages riches. Et
qu'ailleurs même elle restât indépendante, voire
S90 L'iirPASSE.
souveraine, qu'importait, si les rois n'étaient plus que le premier ministre d'un pays. Alors H s'applaudissait de ne laisser personne derrière lui. Son nom à porter eût été fatal et lourd, coraprotnia sans gloire. Où étaient les batailles?,.. Le peuple montait, lentement, nivelant les tètes...
-^ Je vous éeriraî, promit la duchesse ep partant.
Elle n'écrivit point.
Une officielle lettre de faire part, où se déployait l'héraldique litanie des titres, des fonctions, des colliers, et des ordres du duc expiré, parvint à Pierre, et ce fut tout. Encore son adresse, la main banale d'un scribe l'avait écrite*
Pensif, il tint et retourna cette page, dont l'énoncé, d'une typographie savante, s'encadrait de noir : cela lui semblait froid, correct et morne comme un adieu. Un adieu 1...
Vite, il écarta cette pensée, par orgueil, par
:^03 LMMPASSE.
ainour aussi. Grâce au mirage de la séparation, il oubliait, déjàî le martyre récent et continu de leurs cœurs. Déjà, il souhaitait delà revoir; carie soulagement inspiré par le départ, s'était évanoui, en même temps que dans l'air, la fumée blanche se dorant au soleil, du train qui l'emportait. Le sihîncc d'Anne d'Arjaën se prolongeant, l'inquiétude qui le gagnait se transforma en froissement d'orgueil, puis en désir impétueux, enfin en angoisse folle.
Parles journaux, il apprit quç la duchesse entrait en retraite dans une maison religieuse et qu'elle y passerait son année de deuil.
Ne sachant que penser^ il errait sur la plage pendant des heures, et regardant la maison, déserte maintenant, qu'elle habita, il méditait, étonné du destin, frappé du bouleversement de sa vie, lui cpii n'avait connu que des amours d'une heure, petits d'orgueil, de douleur et de joie, — Si méfiant que soit l'esprit qui souffre, il n'eut pas l'idée que cette mort, événement asscK indifférent pour lui, serait,
à cette heure-cj, capital pour la duchesse. Si elle avait songé à rompre, quelle meilleure occasion ?
Elle le savait.
Et ses méditations furent très différentes de celles de son ami. Tandis que lui, tout uniment et sans perspicacité, déplorait labsence et souhaitait le retour ; elle, autrement organisée d'intelligence, analysait, supputait le présent et l'avenir. Comme elle aimait ellemême, et intensément, ce lui fut une cruelh»
expertise de leurs sentiments les plus cachés, une douloureuse constatation de Tim-
possible, devant les portes du Paradis fermé.
Car, si elle résumait le passé, quel était-il?
Primitivement, la chair les avait asservis.
Ensuite une tendresse platonique leur avait fleuri au cœur. Et une constante souffrance les enveloppait : elle ne ferait que s'épaissir, comme un air irrespirable et mortel. Quelle solution à cela? La meilleure, la duchesse se
S9i L'IMPASSE.
Tavouait, c'était, s'il en était encore temp^, de briser là.
Il oublierait, se consolerait. Et n'oubliâtelle point et ne se consolât-elle jamais, du moins elle aurait quelque mérite, et c'est avec orgueil qu'elle porterait le deuil de cette passion tranchée à vif et saignante. La certititude d'avoir évité des maux plus grands leur seraityà tous deux, douce plus tard. Et comme la rupture ne viendrait pas de lui — à cette heure du moins — c'était elle-même qui deVait se soustraire à la tyrannie de leur passion. Il fallait mettre à profit les exigences de ce deuil ofiBciel, et rompre, d'un seul coup.
Elle sanglotait d'y penser, l'âme enténébrée par cette tristesse qu'apporte le départ dans l'éternité de ceux qui ont partagé avec nous le pain, la couche, le nom et toutes les choses de la Vie; plus que le duc, dont la mort lui causait une émotion funèbre, elle se pleurait elle-même, avec l'égoïsme des passions vraies ! C'est qile prendre uU parti, se dire
,:.■.•■- Aà
a il le faut » et se roidir, c'est assez pour déchirer son cœur, ce n'est rien pour satisfaire sa volonté : agir, voilà la question.
Et quand il fallut se résoudre à l'acte qui romprait leur esclavage mutuel, Madame d'Arjaën s'avoua que c'était impossible : elle ne pouvait. Leur amour était trop impérieux, vinssent les catastrophes et toutes les misères qu'il traîiïerait, inévitablement. Ils s'aimaient : qu'ils se revissent, afin de souder leur chaîne par des mailles infrangibles, oui, qu'ils unissent encore leurs lèvres, et que... I
Folie! constatait-elle ensuite; qu'adviendrait-il ? Leur torture renaîtrait plus âpre.
Ah I si l'on pouvait tuer l'amour aussi facilement qu'on peut se donner la . mort. Se tuer...! Tous les deux? Idée qu'elle écarta, parce que, pour malheureux qu'ils fussent, ils n'en étaient pas arrivés à ce dégoût suprême. Ils voulaient vivre, être heureux :
souhait dérisoire. Cependant, qne faire?
Pierre Lor était rentré à Paris.
— C'est moi I
Et rejetant le voile qui masquait son visage, elle entra et s'assit sur un divan.
Non vêtue de ce deuil, qui eût été ici un rappel du passé et une hypocrisie, elle était serrée dans une robe sombre de voyage; son visage était pâle, comme à ceux qui vont partir pour des pays si lointains, qu'ils ne savent s'ils reviendront un jour.
Le premier mouvement de Pierre fut de se
jeter à ses pieds et de crier : « Enfin I » Le
second fut de se roidir et de la dévisager avec
afti L'IMPASSK.
un mauvais regard, mais elle le toisa avec non moins de fierté, et presque dédaigneuse :
— Ne jouez point de comédie vulgaire; vous êtes ravi de me revoir. Je suis contente aussi. Ne me questionnez pas. J'ai espéré fuir, j'ai essayé de rompre la chaîne. J'ai voulu vous oublier^ et je ne rêve que de vous. J'ai voulu vous haïr, je vous aime. Est-ce assez? Oui.
Venez là.
Elle lui fit sur le divan une place, où il se jeta» et collant sa tête contre le sein de son amie :
— N'ai- je pas souffert aussi, moil J'ai toulu te braver, en vain; en aimer d'autres, le dégoût m'a rejeté vers toi. Anne, nous aurons des joies sans nombre; vois-tu, j'ai soif de toi.,, et [a berçaût de paroles, il attirait vers lui le corps emprisonné dans le sombre vêtement; mais, inflexiblement, elle te repoussa.
— Tu vois bien, lit-il avec rage. Tu me repousse^; til mens, quand tu dis que tu
m'aimes, tu te jdUes de moi, tu fis quand je pleure...
— Moi! s'écria- t-ellè. Puis, dédaignant de se défendre, elle baissa là tète, seùtant grandir entre éUi là méprise dll soft, uàVrée, qu'après lé bref bonheur de s'être réunis, ils retrouvassent sitôt de quoi souffrir et désespérer.
Elle se leva silencieuse et s'éloigna : sa pensée était très loin. Lui cependatit s'était approché, sans bruit, attiré par cette invincible fascination qui s'émanait d'elle. Il l'appela.
Elle se retourna. Une lumière froide emplissait la chambre : il y faisait un jour clair et sans soleil.
Anne lui apparut, par une transfiguration nouvelle, tout autre, maigrie et comme grandie. Il lui mit la main à la taille et sentit l'armure du corset d'acier. Et ses pieds ne dépassaient pas la robe. Devant la défense présentée, sans colère, mais sans bonté, par
tout Tetre énigmalique de cette femme, et devant le raidissement ferme de ses membres, jl ne put s'cmprcher de dire amèrement :
— Pourquoi donc es-tu venue?
Elle se retourna avec une vivacité extraordinaire.
Il balbutia intimidé :
— Oiiî, pourquoi êtes- vous venue ?
Elle ouvrit des yeux plus larges, ils pétillèrent soudain; et sur sa face pâle passa comme réclair d'une découverte immense :
— Pourquoi'?-.- répéta-l-elle.
Et en même temps une cruelle inspiration jaillit dans son cerveau, ou tout un monde d'idées llamhoya, « Oui! c'était le salut. Ils souffraient trop. Cela dénouait tout. Le dégoût tuerait l'amour. Ils ne pourraient plus se voir en face. Il Tinsulterait. Elle le mépriserait. Pourtant c'était affreux. Et fallait-il y consentir sitôt? Ah certes! en finir surtout 1.,» » Et elle regardait Pierre avec un visage si changé qu'il s alarma, sans com-
I/IMPASSK. 301
prendre, troublé d^ns tous ses sens, et répétant :
— Oui, pourquoi ?
— Pour toi f
Un long silence succéda au pénible froissement des jupons empesés, un silence dans lequel tous deux se regardèrent, lui, stupide de son bonheur subit, elle, indéfinissable et s'efforçant de sourire avec dégoût. Mais elle ne ressentait rien de ce qu'elle attendait, étourdie; et elle passait la .main sur ses tempes, comme souffrante. A lui, l'humaine reconnaissance fit balbutier :
— Comme je t'aime... Merci!
Elle vêtait cependant, pour le départ, sans parler, son manteau, et elle se recoiffa'. Une vive rougeur couvrit son front et ses seins palpitèrent : elle ressentait l'humiliation d'un viol et l'effroi d'un inceste. Jamais elle n'aurait suppos;; que ce fût possible ; une minute
^C^'^^IHP 'ITk^ ""^ ' ^' . IJIIHWPI"
Mi L'IMPASSE.
de baisers, et c'était fait. Elle aurait crii le haïr davantage» Pourquoi leur cœur ne se soulevait-il point?,.. Elle rêvait utie catastrophe qui les eût anéantis ilans leur stupre. C'était donc fait!..- Eh bien, il fallait partir. Elle était âûuillée^ sans joie. L'amour était mort, sans doute^ pour que tout lui semblât si vide et si froid dans sou âme. Adieu donc f
Elle se dirigeait vers la porte, quand un eri de Pierre la fit tressaillir.
— Annej où vas-tu?
Elle se retourna. Il comprit que si elle franchissait le seuil, elle ne reviendrait point.
Qu'elle était palet Une voix mystérieuse lui parlait à roreille- Qu'était-ce? Son cœur réveillé battait avec folie. Elle comprit que rien n'était aboli. Rien n'était changé. Seule, l'aiguille du cadran avait marché. De mépris> aucunj de dégoût, pns même, mais l'amour plus fort que tout, maître d'elle. Ils s'étaient unis, en vain. Elle Taimait autant, plus. N'importe, adieu. Elle iiait loin, en^exil, vers l'ou^
L'IMPASSE. â03
bli, vers la mort. Sombre, elle se détachait sur la drSperie du seuil. — Mais lui :
— Pitié ! cria-t-il éperdu. Tu me hais donc bien?
Elle chancela, et précipitée par une force fatale, elle se rua dans les bras de Pierre, avec un grand cri :
— Je t'aime I
r-*^TrTT:;>
Ils s'aimèrent.
Ils eurent pendant deux on trois mois l'illusion d'un bonheur parfait. Cependant ils s'étonnaient presque, que pour \ivace et chaude qu'elle fût, leur passion ne fût pas surhumaine ; quelque chose d'invisible retint sur la terre leurs âmes, tournées vers l'idéal. Seule et libre, sous le couvert de sa retraite officielle dans un couvent, la duchesse apportait, aux tendresses de leurs entretiens, une mélancolie" déguisée, qui peu à peu grandit : la honte du passé, le trouble du présent, la peur de l'avenir
la rendaient à nouveau pensive. Et lui, après les tiraillements de leur amour, trouvait leur joie bien calme, s'étonnait d'être moins ardent, songeait qu'un jour naîtrait peut-être la lassitude.
r/est que naïfs, ils s'étonnaient de ne s'aimer que d'une affection humaine/, ils eussent voulu parler les mots d'une langue inconnue, avoir des pensées vierges, et des caresses plus simples que celles des enfants, plus fougueuses que celles des animaux, plus extraordinaires que celles des débauchés.
Au lieu de cela, ils ne ressentaient que des joies incomplètes et bornées : et cependant pouvaient-ils s'entourer de l'illusion dorée que créent la richesse, l'indépendance et l'orgueil ! Par une lente transition, ils en vinrent à jouer une comédie, dont les rôles inconscients d'abord et faciles, devaient leur paraître peu à peu insoutenables et amers. Cela dura le temps d'un automne et d'un hiver. Vint le printemps, ils s'avouaient tout bas que leur passion s'en allait, non par leur faute, mais d'elle-même.
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Us s'effaraient alors, craignant de se juger petits et bas, s'ils trahissaient cette infériorité mutuelle de leurs âmes. A mesure qu'ils s'aimaient moins, ils s'attristaient plus* Se rappelant l'instinct charnel qui tout d'abord les rassembla, ils enviaient presque la joie vulgaire de cette nuit-là.
Certes, ils firent tout pour Continuer à s'aimer, et de toute la force de leurs lèvres, soufflèrent sur l'amour qui vacillait. Mais il devait mourir^ comme toute passion et toute chose humaines. Que ce fût en six mois ou en dix ans> qu'importe! Ils eurent alors tous deux le sentiment cruel de leur impuissance. Leur tendresse était inférieure, et eux-mêmes étaient vulgaires : ils le sentirent.
Pauvreté irrémédiable du cœur 1 Ils voyagèrent. Mais par des villes et des paysages, promenaient-ils autre chose que l'in* suffisance de leur àme, Taveu de leur propre stérilité, et cette fatigue aussi, qui s'accroissait? — Us se mentirent. Leurs yeux et leur
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bouche se souriaient courageusement, hélas I Ils tentèrent un dernier effort, héroïque, s'il réussissait, avilissant, s'il échouait. Ils voulurent ressusciter par la folie sensuelle leurs extases abolies, ils renouvelèrent, infortunés, en des nuits analogaes, cette première, cette fatale orgie où craquèrent leurs os, pour un plaisir sans âme et sans nom. Ils demandèrent à la luxure d'enfiévrer à nouveau leurs êtres fatigués. Us échouèrent. Et la conscience d'une dégradation irrémédiable pesa sur eux.
Leurs âmes, ils se l'avouaient, pressées comme d'amers citrons, restaient sèches et taries ; leurs cœurs, qui peut-être renaîtraient à d'autres chimères, étaient morts à celle-ci. Ils se demandaient s'il ne serait pas beaucoup plus digne d'eux de se séparer ; mais lequel commencerait l'aveu ? Et par orgueil et lâcheté à la fois, ils retardaient une explication qui les eût sauvés ; mais pour cela, il eût fallu subir une honte étrange et souffrir, hélas 1 jusqu'au plus profond d'eux.
Par l'étouffant après-midi, ils étaient partis, comme deux écoliers perdus dans la semaine, pour les bois silencieux de Ville-d'Avrov .
A un moment, descendus dans le parc de Saint- Cloud, ils errèrent dans l'enceinte réservée du château brûlé. Ce jardin était calme et mystérieux. Composite, et mariant les |tclouses arrondies et les savantes bordures de fleurs, aux taillis sans ait et aux clairièics ovales, c'était un doux et grave lieu, exhalant une odeur vieille et tamisant mu^ les dômes de grands arbies, penchés dvN
leur jeunesse, la clarté d'un épais soleil.
C'était en septembre ; des feuillages s'étant fanés, ils espaçaient des bouquets roux et jaunis dans le vert séché des bois. Une accablante lourdeur pesait sur la terre ; les gazons fauchés poussaient, hors du sol nu par places, des crins ras et dorés. Des moucherons tournoyaient ici. Un garde-chasse en vert; le fusil à l'épaule, passait suivi d'un chien, là-bas. L'air s'épaississait, oppressait les poitrines, ralentissait les pas. Un malaise cercla leurs fronts. Us s'appuyèreat plus fort aux bras Vwi de l'autre, désirant, craignant aussi la pluie.
Jusqu'aux plus hautes cimes des arbres, rien ne bougeait.
Les feuilles se découpaient dans une sécheresse de métali«ous un ciel d'ardoise sombre. Le grand parc s'immobilisait, sans animaux d'aucune sorte ni ètfes humains, tel qu'une forêt morte.
Soudaifi un coup de vent passa. D^un tilleul,
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LMMPASSE. 3U
une vingtaine de feuilles arrachées tourbillonnèrent effarées, comme une volée d'oiseaux, et descendirent en zigzaguant. Tous les arbres s'inclinèrent et il sortit d'eux un long bruissement : une risée courut, rebroussant d'un reflet clair les gazons jaunis. Eux deux, le frisson des choses les troubla. Les jupos de la femme se gonflèrent ; et tout en se hâtant afin d'éviter la pluie, ils aspiraient l'air soudain frais. Un grondement de tonneire retentit. Quelques gouttes tombèrent.
Ils étaient au plus haut du parc : une vaste éclaircie dans le rideau d'arbres, leur dévoilait au loin, Paris. Avisant une toiture de chaume adossée à un mur, ils s'y pressèrent. La pluie tomba.
Elle tomba fine, aiguë, presque invisible.
Les grondements s'approchaient, et coup sur coup des éclairs palpitèrent, envahirent l'horizon ; de couleur orange ou violet pâle, ils précédaient de brusques éclats de foudre. Trois fois des carreaux d'argent étincelèrent au
plus haut du ciel noir. Sur Paris, où l'on ne distinguait que la pointe d'un ou deux monuments, se levait une clarté cuivrée, que revêtit la gaze grise de nuages terre à terre. Et quand tout fut bien sombre, la pluie, comme grêle, s'abattit.
Elle tomba avec fracas, et raya le ciel comme une forêt de lances, ou des barreaux de prison. Sur les feuilles, elle rendait un bruit de tambour, et sur le sol, écumeuse, elle jaillissait en gros ruisseaux. Un violent arôme se dégageait de la terre, grisant et âpre. La fraîcheur subite glaçait leur dos, tandis que sur le toit étroit qui les abritait, la pluie les éclaboussait, furieuse.
L'horizon devint plus clair, l'ondée tomba moins forte. Alors les cimes courbées se redressèrent, la pluie un instant cessa, un coup de vent secoua les feuilles alourdies de perles, la terre but les ruisseaux, et de rares oiseaux chantèrent.
A ce moment Tierre et sa maîtresse, qui
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n'avaient encore échange une parole, oppressés par l'orage de leur âme, se sourirent, en même temps que souriait un pâle rayon de soleil. Us se secouèrent, trempés comme les oiseaux des branches, et en même temps ils secouèrent la langueur de leur amour :
— Pierre ! dit-elle.
•—Anne ! dit-il ; et rien que ce regard et ce mot leur donnèrent IMllusion d'un pénétrant et vif bonheur. Ils se prirent à marcher; leurs âmes étaient allégées.
— Vois 1 fit-elle avec un sursaut.
Sur de hautes branche^, un écureuil sautelait, se balançait, s'élançait, vif et capricieux comme l'amour libre.
Il disparut. Ils le regrettèrent; presque aussitôt des nuages reformés et du ciel obscurci, retomba la pluie, grise, monotone, lourde, et qui les chassa, et qui les poursuivit; dans la tristesse de la fin de journée, quittant le bois gagné à l'automne et promis à l'hiver, saturés de mélancolie, Pierre et Anne rentrèrent à Paris.
Les fins d'histoires tristes sont brèves.
Après avoir supporté le dépérissement de leur tendresse, ils sentirent la rancœur de la vie insatisfaite monter à leur tête comme une sève empoisonnée. Ils se parlèrent avec cruauté.
Chose affreuse à penser, que l'on torture l'être adoré la veille, et qu'on s'éclabousse de la boue, jetée à la face même de la Madone. L'orgueil de la patricienne se révolta. Il était temps. Pierre Lor également sentit la nécessité d'un parti, qui cependant leur glaçait les veines, tant ils chérissaient le mal qu'ils blasphémaient ; et ils convinrent de se séparer.
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Du moins, ils eurent ce tardif courage.
C'était dans une vaste chambre d'hôtel, comme si le sort ironique eût préparé cet endroit banal, lieu de passage, bien propre aux séparations.
Le tumulte du boulevard montait jusqu'aux fenêtres ; un rayon de soleil ensanglantait le velours pourpre des meubles.
La duchesse était assise en face de Pierre Lor: ils avaient ainsi plus l'air d'étrangers que d'amants. Ils se regardaient, depuis un long
moment, avec des yeux impatients, et les
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lèvres leur remuaient : car jamais la nécessité d'une déclaration franche ne s'était imposée plus directement à eux. Le silence proloifgeait leur malaise, et ils craignirent de devenir vulgaires ou ridicules.
La duchesse, qui effilochait distraitement les ganses du fauteuil, dévida deux fils de soie, les enferma dans sa main, et en tendit à Pierre les extrémités :
— Au plus court !
Il tira ; le plus long restait aux doigts de la femme.
Essayant de sourire, 9 se résigna :
— Vous avez raison, fit-il avee un soupir, parla nous évitons la puérile vengeance, d^accuser celui qui eût parié !e premier. Il est plus digne de ne pas cherdier à nous donner le change. Je ne vous dirai pas : « vous êtes lasse » et cependant puis-je m'exprîmer autrement?...
Elle l'arrêta là :
— Bien I répliqua-t-elle en pâlissant, c'est
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dit et cela suffit. A quoi bon poursuivre et dira ce que bous savons si bien, que vous dtds aussi las, sinon plus que iqoi« j^'épuisous pua les lieux communs des ruptures, et si quelque mélancolie de nous quitter pleure en qous, soyons fieps et disons-'nousadiôUjCorrectement.'-^iîlle ajouta après untempstr^j Point d'orftisouftiftôbre, n'est-ce pas? Il fait beau, je vous proposerais bien de soFtir ensemble une dernière fois, mais ne serait-ce pas un enfantillage?
8a voix s'altérait; Pierre et elle se regardèrent! rillusion de Tamaur, jetant une dernière clarté, les leurra, pendant quelques secondes. Jamais ils n'avaient cru se désirer autant,
La duchesse alors se recula, craignant que s'ils s'attendrissaient, ils recommençastsent, repris à l'impossible, à traîner sans grandeur, la servitude de leur union.
Il comprit, et avec la même sécheresse feinte, il ne fit pas un pas.
La duchesse jeta alors un regard expressif sur la pendule arrêtée. Tendant une botte de
cigarettes russes, elle en oirrit à son ami et eu alluma elle-même uoe- Ce brin de papier limiterait le temps qui leur restait à vivre ensemble.
Ils fumèreot avec lenteur, parlant de choses indifférentes, car Ta venir 0e leur présentait aucun prix, en ce moment Puis les paroles cessèrent, et la fumée bleue des cigarettes S'exhala en Lourbillons légers: deux existences mêlées, la folio de Fâme et du corps, des années de souffrance et de joie, des sanglots et des extases, T Amour enfin, s'évanouissait dans ce bleu, se résolvait en fumée.
L'un ou TautrCj par moments, secouait la cendre de sa cigarette, et il semblait, que de la vie morte et du temps révolu, un peu tombât, réduit en poussière.
Pierre le premier acheva sa cigarette et la jeta. Très pâle, il regardait la duchesse tirer de lentes bouffées, dans un rhythmique soulèvement des seins, et le cercle de feu se ranimer et pâlir, comme leur amour, hélas I
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Quand elle eut fini, elle lui donna la main.
Ils se regardèrent en face, puis s'inclinèreni, lui profondément, elle de haut; et rien ne fui poignant et héroïque comme ce silence de l'adieu. Il leur fallut un grand effort pour desserrer leurs mains, scellées l'une à l'autie comme par une chaux vive.
Sans parler, ils se séparèrent.