La confession sacramentelle dans l'église primitive
Les adversaires les plus acharnés de la confession auriculaire ne font pas difficulté d'admettre que, dans l'hypothèse de l'existence d'un Sacrement de pénitence, administré par les apôtres et leurs successeurs, la déclaration des péchés commis serait une condition indispensable de l'absolution (1). Investis du pouvoir de remettre et de retenir les péchés, les évêques et les prêtres seraient à la fois les juges et les médecins des âmes coupables. En cette double qualité, ils auraient le droit et le devoir de connaître les fautes des pécheurs. La sentence d'un juge, l'application d'un remède, ne se conçoivent pas sans la connaissance de la cause à juger, du mal à guérir.
C'est cette vérité que Sozomène proclamait expressément lorsque, voulant expliquer l'origine du prêtre
(1) « Such remission was manifestly impossible without a preliminnry déclaration ot the ofifences to be forgiven. » Ch. Lea, History of auricular confession, t. I, p. 182.
b LA CONFESSION SJI.CRAMENTELLE
pénitencier à Constantinople, il écrivait : « Pour demander pardon, il faut nécessairement confesser son péché (1). » Saint Augustin, de son côté, louait j'e coupable qui, pénétré de confusion, lavait ses fautes dans le sang de son âme, mais il avait soin d'ajouter que cette douleur intime était une insuffisante expiation : « Ce sont les préposés aux choses saintes, disait-il, qui doivent indiquer au pécheur le mode, la mesure de sa satisfaction (2). » Le pape Innocent P'" tenait à Rome le même langage : « C'est à l'évêque, sacerdotis, qu'il appartient de juger de la gravité des fautes et de tenir compte de la confession du pénitent », de estimando pondère delietorum sacerdotis est judicare, ut attendat ad confessionem pœnitentis (3). a Pour exercer utilement et sagement le pouvoir de lier et de délier, remarquait plus tard saint Grégoire le Grand, il faut peser les causes et les circonstances du péché », ce qui suppose une confession sincère et détaillée : Causée pensandœ sunt... Videndum est quœ culpa prœcessit (4). . Aussi les Pères, dans leurs discours ou leurs écrits qui ont trait à la pénitence, insistent-ils sur la nécessité de la confession. A Alexandrie, c'est Origène qui recommande au pécheur de chercher « un remède à son mal dans la pénitence, que précède l'aveu fait
(1) IHst. eccles.. lib. VII, cap. xvi.
(2) Serni. 351, n* 9.
(3) Kp. ad Decentium Eugub., cap. vu, Mi-ne, P. L., t. LVl, ^ol.517.
(1) In Eoangel. Homil. xxvi.
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au prêtre du Seigneur (1). » A Carthage, c'est TertuUien qui exhorte les fidèles à braver le respect lumain par un aveu sincère de leurs fautes, s'ils veulent en obtenir le pardon dans la pénitence (2). Et si Ton estime que la phrase de Tertullien prête à Téquivoque, citons saint Cyprien qui coupe court à toute chicane par un texte a bon droit devenu classique : « Que chacun confesse son péché, pendant que celui qui a péché est encore dans le siècle, pendant que sa confession peut être acceptée, pendant que la satisfad-ion et la rémission accordée par les évêques est agréable au Seigneur (3). » En Espagne, saint Pacien, évêque de Barcelone (iv® siècle), s'adressant aux fidèles qui rougissaient de confesser leurs fautes : « Je vous en prie, s'écriait-il, cessez donc de cacher les blessures de votre conscience. Un malade ne rougit pas de montrer au médecin, qui doit user du fer ou du feu, les parties de son corps même les plus secrètes (4). »
On pourrait faire ainsi le tour de l'Eglise et on retrouverait partout, en Orient comme en Occident, l'écho des mêmes pensées. Saint Jérôme, qui appartient à l'Eglise latine, mais qui vécut si longtemps en Palestine, reprend pour son compte la comparaison du malade et du pécheur. « Le malade doit
(D In Leviticum Homil. ii.
(2) De Pœnitentia, cap. x.
(3) De Lapsis, cap. xxix.
(4) Parœnesis ad Pœnitentiam, cap. vi.
confesser sa blessure au médecin, car la médecine ne guérit pas ce qu'elle ignore (1 . »
« Le grand docteur syrien, Aphraate (première moitié du iv® siècle), fait allusion à une discipline analogue : « Il y a des remèdes, dit-il, pour guérir toutes les souffrances, si elles sont connues d'un habile médecin. Ceux qui sont blessés dans notre combat spirituel ont la pénitence comme remède qui les guérira s'ils l'appliquent à leurs blessures... Le soldat blessé dans une bataille n'hésite pas à se confier à un sage médecin, lorsqu'il est tombé terrassé dans la lutte ; et, quand il a été guéri, il n'est pas rejeté par son roi, mais réincorporé et rémtégré dans son armée. De même, celui qui a été frappé par Satan ne doit pas avoir honte de confesser sa faute, et de la laisser, et de demander la pénitence comme remède (2). »
Nous avons vu qu'à Constantinople ce fut la nécessité de la confession qui, dès le temps de Dèce ou même avant, détermina l'évêque à instituer un prêtre pénitencier (3). En Asie Mineure, saint Grégoire le Thaumaturge, saint Basile, saint Grégoire de Nysse témoignent pareillement de l'existence d'un « économe » de la pénitence, chargé d'entendre
(1) In Eccle^iast., cnp. x. Le concile de Trente a reproduit ce texte, Sess. XIV, cap. v.
(2) Patrologia Sijriaca, accurante Graffîn, t. I, DemonHrat . va. n" 2-4.
(3) So/omène, Hist. eccles., lib. VII, cap. \vi.
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les confessions et d'appliquer aux coupables les peines canoniques (1).
Bref, au iv° et même au ni® siècle, règne, dans toute l'Eglise, ce sentiment que la confession est un devoir qui s'impose à tout fidèle souillé d'un péché grave. Et ce sentiment apparaît déjà dans les écrits de saint Irénée (2). S'il n'éclate pas davantage au II® siècle, c'est que les documents se font rares pour cette époque.
(1) Grégoire le Thaumaturge, Ep. canon., P. G. t. X, col. 1020 ; Grégoire de Nysse, Ep. canon., P. G. t. XLV, col. 221 suiv. ; Basile, Ep. canon., 188, 199, 217, P. G. t. XXXII, col. 664, 716, 793.
(2) Adaers. Hœres., lib. I, cap. vi, n" 3.
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