‹ La ConfessionChapitre 4 sur 58 · VI. — Leur entremélement et ses causes · texte numérisé non relu

VI. — Leur entremélement et ses causes

Naturellement ces périodes ne commencent pas et ne finissent pas à jour fixe ; elles empiètent l’une sur l’autre. Longtemps après que la pénitence

tarifée eut fait sa première apparition, la pénitence

publique restait encore en vigueur dans certains pays. Cet entremêlement temporaire des formes successives de la pénitence donne parfois lieu à de regrettables confusions. Aussi est-il nécessaire de nous arrêter quelques instants sur ce point essentiel.

Aujourd’hui, quand le Pape, chef suprême, unique et infaillible de l'Église catholique, proclame un dogme ou prend une mesure disciplinaire, administrative ou liturgique quelconque, la nouvelle s’en répand le jour même, ou le lendemain au plus tard, jusqu’au fond de l’Amérique et de l’Australie, et les ordres du Pontife sont exécutés partout en même temps, immédiatement, sans discussion.

C’est que, d’une part, l’Église catholique est devenue un État complètement unifié et une monarchie absolue. Tout relève de l’autorité du Pape de Rome, et tout, jusqu'aux moindres cérémonies liturgiques, jusqu'aux gestes à faire et aux mouve-

. ments à exécuter dans la messe ou les autres oHcéS, est réglé dans le détail pour l’Église entière. Partout même Credo, mêmes dogmes, même culte, mêmes dévotions essentielles.

D'autre part, cette tendance unitaire et centrali-

satrice de l’Église, comme d’ailleurs celle de tous les États modernes, est admirablement servie par

les inventions de la science et les progrès de la civi-

Jisation : les bateaux à vapeur, les chemins de fer, le télégraphe, le téléphone, en rapprochant les dis-

tances, concourent puissamment à l'unification du monde tant religieux que civil.

Mais ces deux éléments : l’unité de commandement dans l'Église et la rapidité des moyens de

. communication, n’ont pas toujours existé. À l’origine, les Églises s'étaient fondées sporadiquement. Elles restèrent longtemps indépendantes les unes

des autres. Sans doute les Églises des petites villes

et des campagnes se groupèrent bientôt autour de

certains centres plus importants, comme Antioche,

Rome, Alexandrie, Carthage. Mais chacune de ces :

| grandes métropoles défendait jalousement son ‘autonomie particulière. Pendant plusieurs siècles, . PÉglise catholique fut une fédération de communautés indépendantes, et non une monarchie unitaire. Ce n’est qu’au commencement du moyen âge que les chrétiennes se cristallisèrent autour de deux noyaux principaux, Rome et Constantinople, pour former l ie d’ Occident et, l’Église d'Orient. Mais,

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LS UM PATES or

même alors, quand la Papauté fut définitivement * constituée, quand l’unité de commandement fut

réalisée dans l’Église latine, il fallut, pendant longtemps encore, compter avec la lenteur et la difficulté des communications. Nous oublions trop

: INTRODUCTION nu Le

aujourd'hui que nos grands-pères, 1l y a seulement

un siècle, mettaient plus de temps pour se rendre

de Paris à Rome qu’il ne nous en faut aujourd’hui . . pour aller au Brésil ou à Bombay.

Ce morcellement primitif de l'Église chrétienne, tp 8 >

cet isolement des communautés particulières, eurent pour résultat un certain défaut d'unité dans les

croyances et surtout dans les rites. Quand une pra- : tique religieuse avait pris naïssance dans une pro- …

vince, elle y restait parfois confinée pendant de

longues années, pendant des siècles même, avant de

faire tache d’huile et de se répandre à l’entour. Ce

par l’impulsion d’une autorité centrale sans cesse grandissante, que se réalisa l’unification BRANE de l’Église.

C’est donc une erreur, quand il s’agit des temps anciens, de vouloir découvrir partout, à la même époque, les mêmes croyances et surtout les mêmes pratiques. Cette remarque peut s ‘appliquer à l’histoire de tous les dogmes et de toutes Les institutions ecclésiastiques ; mais elle est surtout vraie quand il s’agit de la pénitence. Il faut descendre jusqu’au x11€ siècle, et même plus bas encore, pour trouver,

n’est que peu à peu, sous l’action des conciles et

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ÈS

sur cette matière, un enseignement théorique et ‘pratique à peu près uniforme. Auparavant, c’est la diversité qui est la règle. C’est ainsi, par exemple, que la pénitence tarifée avait été en usage dans les Iles Britanniques assez longtemps avant d’être connue en France et surtout en Italie.

Sans doute, les théologiens catholiques n’admettent pas ces principes de la critique historique. Pour eux, les dogmes n’ont pas réellement évolué : tels ils sont aujourd’hui, tels ils sont sortis de la bouche même de Jésus-Christ. Aussi, pour prouver un dogme, les théologiens entassent-ils pêle-mêle les témoignages des époques les plus diverses. Il n’est pas rare de trouver cités côte à côte, à propos de la

confession par exemple, un texte du re siècle et

un autre du 1x° ou du x®. Est-il besoin de faire remarquer combien cette méthode est contraire à l'esprit historique et à quelles regrettables confusions elle aboutit ? C’est la méthode opposée que nous suivrons, en tâchant de bien distinguer les différentes étapes par lesquelles la pénitence a passé au cours de sa longue évolution.

VIT. — Les quatre éléments de la pénitence,

Dans la pénitence, il faut distinguer l’action du pénitent et celle du prêtre. Trois actes sont requis de la part du pénitent : la contrition, la confession, la

__ INTRODUCTION ù 17 PR M CN ne UNSS Lit EUR salisfaction. Quant au prêtre, c’est lui qui prononce le jugement et donne l’absolution.

5 De ces quatre éléments de la pénitence, le plus important, sans contredit, est la contrition, ou regret | des péchés commis joint au ferme propos de les

‘éviter à l’avenir. Mais, comme tout le monde a toujours été d’accord sur sa nature et sa nécessité, nous la laisserons de côté, sauf à dire quelques mots, à propos de la troisième période, de l’importante question de la contrition parfaite et de la contrition imparfaite.

Nous étudierons donc successivement, pour cha-

que période, les. trois autres éléments de la péni-.

tence : confession, satisfaction, absolution.

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