‹ La ConfessionChapitre 6 sur 58 · II. — DIFFÉRENTS SENS DU MOT CONFESSION · texte numérisé non relu

II. — DIFFÉRENTS SENS DU MOT CONFESSION

Les termes confiteri, confesser, et confessio, confession (en grec exomologèse) sont de ceux que l’on rencontre le plus fréquemment dans l’Écriture et, par suite, chez les Pères. Seule- . ment ils s’y présentent à nous avec trois significations fort différentes. :

19 Confiterr signifie souvent rendre gloire à Dieu, et confessio gloire ou oUPes rendue à Dieu.

Confitemini Domino quoniam bonus, quoniam in saeculum misericordia ejus : célébrez Iahvé, car il est bon et sa miséricorde est éternelle {Psaumes

CVI, 1 ; CVIL, 1 ; Daniel, ITL, 89).

Ce premier sens de conjiteri et de confessio est de beaucoup le plus fréquent dans l’Écriture et chez les Pères.

29 Confessio signifie quelquefois, mais plus rarement, profession de foi :

Puisque nous avons un grand pontife qui a péné-

tré les cieux, Jésus, le Fils de Dieu, attachons-nous

à la confession (de notre foi): teneamus confessio-

nem (Hébreux, IV, 14). |

C’est en ce sens qu’on dit : conjesser la foi, confesseur de la foi. LS Le 30 Enfin confessio veut dire aveu, et, en

lespèce, aveu des fautes commises. C'est

d’ailleurs le sens propre des mots confessio et exomologèse.

Nous n’avons qu’à écarter les deux pre-

miers sens, qui n’ont rien à faire ici. Nous ne

considérerons la confession ou exomologèse que dans son acception propre d’aveu des péchés.

Or la confession ainsi entendue, c’est-àdire l’aveu de la faute en vue d’en obtenir le pardon, est une pratique d’origine juive.

Nous retrouvons le mot et la chose dans presque toutes les parties de l'Ancien Testament. Quand le prophète Nathan reproche

à David le meurtre d'Ouriya, le roi s’écrie :

« J'ai péché contre Iahvé !» Et, en considération de cette confession et du repentir dont elle est l'expression, Dieu remet à David son double crime, en se réservant toutefois de l’en punir dans une certaine mesure (II Samuel, XII, 13).

Lorsque Tahvé, irrité à cause du dénombrement du peuple, a fait périr par la peste, ‘en une seule nuit, soixante-dix mille Israéhtes, David s’écrie encore :

Voici que moi seul j’ai péché, j'ai fait l’iniquité ! Mais ceux-ci, ce troupeau, qu’ont-ils fait ? Que ta main soit sur moi et sur la maison de mon père !

Et aussitôt ne exterminateur remet son épée dans le fourreau (II Samuel, XXIV, 17).

Nous voyons Néhémie confesser à la fois.

les péchés d'Israël et les siens propres :

Ah ! lahvé ! que ton oreille soit attentive et tes yeux ouverts à écouter la prière de ton serviteur que je t’adresse maintenant, en ta présence, le jour et la nuit, pour les enfants d'Israël, tes serviteurs, en confessant les fautes qu’ils ont commises contre toi. Même moi et la maison de mon père, nous avons péché. Nous avons été pervers à ton endroit, n'observant ni tes commandements, ni tes pres-

criptions, ni les jugements que tu as imposés à Moïse ton serviteur (Néhémie, I, 5-7). Î

Dans le même livre, au chapitre IX, 1- 3, nous lisons

Les enfants d'Israël s’assemblèrent jeûnant et vêtus de sacs, avec de la terre sur eux... Tous vinrent confesser leurs péchés et les iniquités de leurs pères. Ils se tinrent debout en leur place pendant qu'on leur lisait le livre de la thora d’Iahvé, un quart du # jour ; et, un autre quart du ] Jour, ils se confessaient et se prosternaient devant Iahvé, leur Élohim.

Les exemples les plus frappants de con- ” fessions longues et ferventes nous sont offerts par le livre de Daniel :

Ah ! Seigneur, Dieu grand et redoutable. nous avons péché, nous avons commis l’iniquité et le mal, nous nous sommes rebellés, nous éloignant de tes ordres et de ton droit. Nous n’avons point écouté tes serviteurs, les prophètes, qui parlaient en ton nor à nos rois, à nos chefs, à nos pères et à tout le

. Ja honte du visage aujourd’hui (IX, 4-7).

Et Daniel continue longtemps encore de con- » fesser sur ce ton ses péchés et ceux de son

peuple du pays. Seigneur, à toi la justice, et à nous

ES

peuple. Nous retrouvons une confession du même genre dans la bouche d’Azarias, au

| chap. [IT de Daruel, 29-34.

— Nous lisons dans les Proverbes, XXVIIT, LS :

ui veut cacher ses fautes n’y réussira pas ; qui ?

les avoue et les abandonne est pardonné !

Cr

vivant, Aaron confessera sur lui toutes les iniquités

Et dans l’Ecclésiastique, IV, 31 : « Ne sois

point honteux de confesser tes péchés. »

Dans la loi mosaïque, la confession des péchés est prescrite en certains cas, par exemple au moment de chasser au désert le bouc émissaire :

Imposant les deux mains sur la tête du boue

des Hit d'Israël, leurs rébellions en toutes sortes. de péchés, et, après les avoir mises ainsi sur la tête du bouc, enverra celui-ci au désert par un homme exprès. (Lévitique, XVI, 21).

"Le psaume LI (b0), le Miserere, n’est qu’un long cri de pénitence accompagné dons | confession :

Lave-moi (6 Dieu), de mon iniquité et pires moi de ma faute. Car je reconnais mes pers

- tions et mon péché est toujours devant moi. C’est est Se tes yeux. (Je l'avoue), pour que tu sois

jugements.

Des confessions analogues aux précédentes

sages de l'Ancien Testament en général et des psaumes en particulier.

dans l'Ancien Testament, ne s’adressait qu’à Dieu seul. Et, comme Dieu connaît, bien . mieux que le pécheur lui-même, les circons- tances de la faute, il était inutile d’entrer dans le détail. Il ne s'agissait pas, pour l'Israélite, de mettre sous les yeux d’Iahvé la liste plus ou moins complète de ses prévarications, mais de se reconnaître coupable et de demander pardon de sa faute, en un mot de revenir sincèrement à Dieu avec un cœur contrit et humuilié. |

Cette confession, le pécheur pouvait la ‘faire dans le secret, seul à seul avec Dieu ; mais 1l y avait des cas où les Juifs la faisaient en commun, dans l’assemblée. C’est ce que nous avons vu dans le passage de Néhémie

toi, oui, c’est toi que j'ai offensé, en faisant ce qui

reconnu juste en tes arrêts et irréprochable danstes

se retrouvent dans beaucoup d’autres pas-

RE

Naturellement la confession des Dh

SEE UMR VÉREEl

RS

cité plus haut. On rédigea même, à l’usage de tout le monde, des formules générales de confession, d'aliure liturgique, que chacun put débiter en public sans se compromettre, tout comme nous récitons maintenant le Confiteor. Aujourd’hui encore, la liturgie du

Yom-Kippour nous présente l’une de ces

formules, dans laquelle l'accusation des pé-

chés est beaucoup plus développée et plus

précise que dans le Confiteor catholique.

Les Chrétiens héritèrent des Juifs cette

pratique de la confession des péchés. Dans la Didaché, IV, 14, nous lisons :

Dans l’assemblée, tu confesseras tes péchés et tu n’iras pas à la prière avec une conscience mauvaise.

. Ce passage est tiré de la première partie de la Didaché, la Doctrine des deux voies, qui est sans doute d’origine juive. Nous avons ici un cas de l’adoption pure et simple de la pratique juive par les Chrétiens. Dans la seconde partie de la Didaché, qui est entière-

ment chrétienne, nous retrouvons la confes-

sion associée à la communion eucharistique.

Réunissez-vous le jour dominical du Seigneur, rommpez le pain et rendez grâces, après avoir d’abord

confessé vos péchés, afin que votre sacrifice soit

pur (XIV, 1).

Ici, il n’est pas dit expressément, comme en IV, 14, que la confession se fait dans l’assemblée, mais cela va de soi et ressort du contexte. C’est donc d’une confession publique, faite en commun, et d’un caractère général, qu'il s’agit.

Nous possédons un petit échantillon de cette confession globale et liturgique dans l'Epitre de Clément aux Corinthiens, ouvrage à peu près contemporain de la Didoëhe Dans la grande prière qui termine cette Epiître,

al est dit :

(Dieu) miséricordieux et compatissant, remetsnous nos fautes et nos injustices, nos chutes et nos “aberrations. Ne compte pas les péchés de tes serviteurs et de tes servantes, mais purifie-nous par la vérité et dirige nos pas pour que nous marchions

- dans la sainteté du cœur (LX, 2).

Dans le fameux passage de la Ze aux Corinthiens, XI, où il rappelle FPinstitution de la Cène, saint Paul recommande instamment aux Édeles de ne prendre part au festin

AT tu

eucharistique qu'après avoir soigneusement

purifié leur conscience :

Quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement, est coupable envers le corps et le sang du Seigneur. Mais que l’homme s’éprouve lui-même, et ainsi qu’il mange du pain et boive à la

coupe (XI, 27-28).

Ce n’est peut-être pas pour obéir à l’injonction de saint Paul, mais c’est en tout cas

dans le même esprit que les fidèles prirent l'habitude de purifier leur conscience, avant de communier, par une confession globale et sommaire de leurs péchés, comme nous

venons de le voir dans la Didaché. De très bonne heure la confession des péchés fut le préliminaire obligé de la communion. Confession et communion se trouvèrent par là indissolublement unies, et elles le sont encore aujourd'hui, comme le prouve l’usage cons-

tant de réciter le Confiteor avant toute com: munion,

Le Pasteur d'Hermas, livre qui est, lui

aussi, d'inspiration juive, fait plusieurs fois

allusion à la confession des péchés. Hermas en donne l’exemple en la pratiquant lui-

. même :

na res "1 4 3 (

Un esprit me saisit et m’emporta à travers une contrée inaccessible, qu’un homme n’eût pu parcourir : c'était un endroit escarpé et raviné par. les eaux. Après avoir traversé le fleuve qui était là, j'arrivai dans la plaine ; je m’agenouillai alors et

» (Vision I, 1, 3). — Je me rendis donc dans le 2 297 J champ... j'éprouvai comme un frisson d’être seul.

enfin en compagnie des six jeunes hommes que

m'écouta prier et confesser mes péchés au Seigneur ! (Vision IT, 1, 5-6). — Dieu, notre Seigneur, le . Souverain maître de toutes choses, celui qui tient sous sa puissance toutes ses créatures, oublie les offenses de ceux qui confessent leurs péchés et se montre propice envers eux {Similitude IX, 23, 4).

Circonstance digne de remarque : dans les

deux cas où Hermas pratique lui-même la -

confession des péchés, 1l prend soin de nous es qu'il est seul et que c’est au Seigneur que s'adresse sa confession. Il ne s’agit donc

Do: ici, comme dans la Didaché, d’un acte :

hturgique, accompli en union avec la com-

me mis à prier le Seigneur et à con mes péchés

Revenu à moi, je me rappelai la gloire de Dieu et repris courage ; puis, m’étant mis à genoux, je confessai de nouveau mes péchés au Seigneur, comme je l'avais fait précédemment. La femme âgée arriva

J'avais déjà vus, et, s’approchant de moi, elle.

munauté, mais d’un exercice de piété fait dans le plus strict secret.

La confession des péchés se présente à nous, chez les Pères des premiers siècles, sous quatre formes différentes.

1° Nous trouvons d’abord la confession à Dieu seul, dont nous venons dé voir un exemple dans le Pasteur d’'Hermas.

20 Il y a la confession liturgique, faite en commun à l’église, généralement avant la communion, et dont notre Confieor est actuellement l’expression.

80 Nous pouvons compter comme une ! confession, et des plus sérieuses, l’aveu de culpabilité grave qu’impliquait le fait seul de se soumettre à la pénitence publique.

49 Enfin, dans nombre de passages, les Pères nous montrent le pécheur venant s'adresser, en particulier, à l’évêque ou au

prêtre pour lui faire l’aveu de ses péchés.

Ce dernier cas ressemble fort à la confes- Sion sacramentelle d'aujourd'hui. Mais, s’il y à analogie, y a-t-il identité ? C’est ce que

- nous aurons à examiner. Rappelons-nous seulement que, d’après la doctrine catholi- - que actuelle, la confession sacramentelle est - l'accusation des péchés faite à un pie pour recevoir de lui l’absolution.

Pour la confession faite à Dieu seul, dans le secret du cœur, il est clair qu’elle n’a - aucun rapport avec la confession sacramentelle.

On est frappé de linsistance que mettent … la plupart des Pères à recommander aux fidèles cette pratique de la confession à Dieu. - Saint Jean Chrysostome surtout se distingue » par son zèle pour ce genre de confession. Certaines de ses paroles, prises isolément, ont été largement exploitées par les théologiens - romains. Mais, dès qu’on les replace dans leur contexte, en s’aperçoit tout de suite que cet aveu, qu'elles préconisent comme si efficace pour la rémission des péchés, n’est pas celui » qu’on pourrait faire à un prêtre, mais celui qui » s'adresse à Dieu, et à Dieu seul. Quelque- 4 fois même le saint docteur prend soin de bien souligner cette dernière particularité.

Voici, à titre d’échantillon, quelques passages relatifs à la confession :

+ Quand l'iniquité a passé en acte, tuons-la immé- : diatement par la confession, par les larmes, par l'ac- ‘cusation des péchés commis. Il n’y a rien de funeste |

pour le péché comme l’accusation et la condamnation

de la faute accompagnée de regrets et de larmes.

Condamner son péché, c’est s’en décharger. Qui a

dit celà ? Le juge lui-même, Dieu : « Sois le premier |

à dire tes péchés, et tu seras justifié. » Pourquoi,

je vous le demande, avez-vous honte ét rougissez-

vous de dire vos péchés ? Les dites-vous à un homme qui vous les reprochera ? Les dites-vous à l’un de vos semblables qui ira les divulguer ? C’est au | maître, au gouverneur, à l’ami des hommes ; c’est |

| au médecin que vous montrez la blessure. Non pas

qu'il ignorerait, si vous gardiez le silence, lui qui | connaît tout d'avance. Qu'est-ce donc qui empêche- … rait de parler ?... Je ne vous oblige pas, dit-il (Dieu), à vous exhiber en public, à prendre de nombreux | témoins ; dites votre péché à moi seul, en parti- : culier, pour que je guérisse votre blessure et vous : délivre de votre douleur (Sermon IV sur Lazare, … Migne 43, p. 1012).

Vous rougissez de dire vos péchés ? Même si vous étiez obligés de les dire et de les confesser | devant les hommes, vous ne devriez pas rougir. Ce : qui est honteux, en effet, c’est de pécher, et non de |

confesser ses péchés. Mais il n’est pas nécessaire de

vous confesser {Non esse ad gratiam concionandum, 2 et 3). î

51 le pécheur se hâte de confesser ses actes, de montrer sa blessure au médecin qui le soignera sans

seul à seul, sans témoin, de lui dire tout exactement, il réparera vite ses défaillances. La confession

meurtres à \ses femmes, serions-nous dignes de pardon, si nous refusions d’avouér nos péchés à celui

ignore qu'il veut savoir ? Ce n’est pas du tout pour cela qu’il réclame notre confession, lui qui connaît toutes choses avant qu’elles soient. Il se sert de la . confession pour éveiller en nous le sentiment de nos péchés (Homélies sur la Genèse, XX, 3, 4).

Accusons-nous nous-mêmes et nous apaiserons le juge. Un péché confessé est un péché atténué ; un péché non confessé est un péché aggravé... Je ne vous demande pas de les publier, de vous accuser à d’autres ; je vous engage à obéir au prophète - qui vous dit:« Révèle ta voie au Seigneur» { Psaume bi. XXXVI). Confessez vos péchés à Dieu, confessez-les au juge ( Homélies sur l’Epître aux Hébreux, XXXT).

. faire la confession devant des témoins. Que l'examen se fasse devant le conseil de la conscience, que le jugement soit sans témoin, que Dieu seul vous voie

Tinjurier, de recevoir de lui des remèdes, de lui parler

-… des péchés est, en effet, la suppression des péchés. Alors que Li nèci n’a pas refusé d’avouer ses

qui les connaît tous exactement ? Est-ce parce qu'il

Pourquoi Jean Chrysostome pousse-t- il tant ses auditeurs à se confesser à Dieu ?

Comme on a déjà pu s’en apercevoir par les textes précités, c’est parce que cette confession oblige le pécheur à se mettre en présence de sa conscience et à faire un retour sérieux sur lui-même. Aussi la confession qu’il exige n’est-elle pas une confession vague et générale, mais une confession détaillée de tous les péchés l’un après l’autre. Dans la confession à Dieu, c’est surtout l'examen de conscience qu'il a en vue.

Il ne suffit pas de dire : Je suis pécheur ! il faut se souvenir de chaque péché en particulier. Car, de même que le feu qui tombe sur des épines les consume facilement, ainsi la réflexion qui retourne fréquemment les péchés dans l’esprit, les supprime, les

noie facilement ({Homélie : Non esse ad gratiam con-

cionandum) .

Souviens-toi de tes péchés en détail. Cou qui se remet en mémoire ses péchés, en éprouve de la dou-

leur. C’est pourquoi Dieu donne la justice comme

récompense à cette douleur, selon ce texte : « Sois le premier à dire tes péchés et tu seras justifié. » Ce n’est pas un petit moyen d’amendement que de tourner et retoùrner ses péchés en détail dans son esprit (Homélies sur Matthieu, XLI, 4).

C’est donc un grand bien que de connaître ses

… péchés et de se les rappeler sans cesse. Rien ne guérit

le péché comme le souvenir continuel du péché ; rien n’a la même vertu pour retenir l’homme sur la pente du mal... Ne nous contentons pas de nous dire péses ; comptons nos péchés, GORDON -les un à

. Ce qui rend l’âme humble, c’est l'examen détaillé des péchés (Homélies sur l'Epître aux Hébreux, XXXI).

La deuxième forme de confession, la confession liturgique, ne mérite pas de nous arrêter. Les Pères n’y font que de rares allu-

SiOns, tout en lui reconnaissant une certaine efficacité pour effacer les péchés, au moins les péchés véniels. Elle s’est perpétuée jusqu’à nos jours dans la récitation du Confiteor.

Arrivons tout de suite à la troisième forme de la confession : le fait même de se soumettre à la pénitence publique constituait un aveu de culpabilité, c'était une véritable confession publique. Tout le monde savait fort bien que l’on ne descendait au rang des péni-

138 \ LA PÉNITENGE PUBLIQUE tents que si l’on avait commis l’un de ces péchés très graves, en petit nombre d’ailleurs, que l’Église qualifiait de crimes et frappait de l’excommunication. S’adressant

aux catéchumènes, saint Augustin leur dit :

Ne commettez pas des fautes pour lesquelles on serait obligé de vous séparer du corps du Christ, malheur qui, je l'espère, ne vous arrivera pas. Ceux que vous voyez faire pénitence ont commis des crimes, par exemple des adultères ou d’autres énormités. Voilà pourquoi ils font pénitence. S'ils n'avaient commis que des fautes légères, la pénitence quotidienne sufhrait à les effacer (Sermon aux Catéchumènes, 15 ; Migne, 40, p. 636).

Aussi les coupables ne montraient-ils au-

cun empressement à se soumettre à la pénitence canonique :

Je présume, dit Tertullien, que la plupart se dérobent à ce devoir ou le diffèrent de jour en jour, parce qu'ils redoutent de s’afficher en public. Ils “ont plus de souci de la honte que de leur salut, comme ces gens qui, ayant contracté quelque

maladie aux parties les plus secrètes de leur Corps, |

cachent leur état aux médecins et meurent ainsi avec leur pudeur (De la Pénitence, X).

SES pe

D: Le Pères ne cessent d’exhorter les pé-

Ë cheurs à à braver le respect humain et à affron- … ter l'humiliation de la pénitence publique, La * quand la gravité de la faute requiert l'énergie ne de ce remède :

le : Dis- done, toi, le dont s’écrie Tertullien, É à quand il s'agissait de pécher, tu gardais le front 1 haut ; tu le baisses, quandils agit d’apaiser Dieu !... ti Peut-on mettre en balance l'opinion des hommes et RS le jugement de Dieu ? (bid.).

__ Vous tous qui avez fréquenté des femmes autres > que vos épouses, dit saint Augustin, faites la péni- | tence telle qu’on la fait dans l’Église, pour que } l’Église prie pour vous. Que personné ne dise : «Je. Mrs pénitence en secret, devant Dieu ; Dieu sait que : je fais pénitence dans mon cœur et il me pardon- - nera. » Est-ce donc en vain qu'il a été dit : «Ce que À vous délierez sur la terre sera délié au ciel» ? Est-ce donc en vain que les clefs ont été données à l'Église : de Dieu ?.… Qu'ils s’abstiennent de la communion, . | ceux qui savent que je connais leur faute, autrement ils s’exposent à être chassés hors de la grille. Quant à ceux dont je ne connais pas les fautes, je PAT les en supplie devant Dieu, qu'ils fassent, eux aussi, pénitence et qu’ils s’abstiennent ensuite de se souiller par des formications (Sermon 392, 3).

sal

La pénitence publique était donc, par elle- même, une vraie confession publique.

Mais, de plus, elle n’allait jamais sans un aveu préalable fait à l’évêque ou à un prêtre : la troisième forme de la confession -présuppose donc nécessairement la quatrième.

En effet, on n’entrait pas dans l’ordre des pénitents à l’insu et sans l’assentiment du clergé. Or, de deux choses l’une : ou bien la faute était publique, notoire, scandaleuse, ou bien elle était plus ou moins secrète. Dans le premier cas, le pécheur était excommunié d'office. Il ne pouvait rentrer dans l’Église qu'en réparant publiquement le scandale qu'il avait causé et en se soumettant au régime de la pénitence canonique. Mais, pour cela, il lui fallait faire une démarche personnelle et reconnaître au moins la faute dont 1l était accusé.

Dans le second cas, le pécheur occulte qui voulait se soumettre à l’humiliation de la pémitence publique devait préalablement venir trouver l’évêque ou le prêtre pour lui révéler son péché. Cet aveu était nécessaire pour deux motifs : pour juger, dans le cas donné, de la nécessité ou du moins de l'utilité

de la pémitence publique, et pour régler le mode et le degré de cette pénitence.. Il » n’était pas toujours opportun d’étaler aux a yeux de la communauté entière certaines défaillances cachées. Il pouvait quelquefois y avoir plus de sujets de scandale que d’édification à voir un chrétien, réputé irréprochable jusque-là, relégué tout à coup au rang des grands pécheurs. C'était à l’évêque ou au prêtre de décider, dans sa sagesse, de ce co délicat.

Quelques fidèles, plus zélés que les autres, n’hésitaient pas à venir confesser leurs péchés devant l'assemblée entière. Cette pratique, inspirée par un louable sentiment de pénitence, n’était pas sans inconvénients,

comme le montre le passage suivant d’Origène:

Celui qui se confesse à Dieu de ses péchés et est en proie à la douleur du repentir,.…. (constate avec le Psalmiste) que ses amis, ses proches l’abandonnent et s’éloignent de lui parce qu’il se livre à l’exomologèse de son péché et à la douleur. Il dit donc 7.

« Mes amis et mes proches se sont approchés et se. sont dressés contre mot. » Voici un homme fidèle, mais faible. Il à été vaincu par le péché, il déplore ses fautes, il veut à tout prix guérir sa blessure et

recouvrer la santé. Cet homme confesse les fautes

TR

qu'il a commises, il foule aux pieds le respéct humain, il brave les outrages, les avanies, les risées que sa confession lui attire. Il sait que cela lui obtient son pardon et qu’au jour de la résurrection, pour avoir été ici-bas couvert de honte devant les hommes, il échappera à la confusion et à l’opprobre devant les anges de Dieu. Il ne veut pas couvrir et cacher ses taches, mais avouer sa faute. Il ne veut pas être un sépulere blanchi, paraissant beau aux yeux des

hommes, c'est-à-dire faire croire aux hommes qu’il

est juste, alors qu’à l’intérieur il est rempli d’immondices et d’ossements de morts. Donc ce fidèle, qui a conscience de son péché, s’avance au milieu et s’accuse lui-même. En entendant cela, ceux qui ne craignent pas le jugement de Dieu, qui ne se font pas infirmes avec les infirmes et ne gisent pas à

terre avec ceux qui sont tombés, disent : « Éloigne-

toi de moi, ne m’approche pas, car je suis pur | » Ils commencent à mépriser celui qu'auparavant ils

admiraïent, et retirent leur amitié à celui qui n’a

pas voulu cacher son péché (Homélie IL sur le psaume XXXVII, 1). \

Pour parer à ces inconvénients, Origène,

dans la même homélie, recommande au pé-

cheur d’user de discrétion et, avant, de se

livrer aux exercices de la pénitence publique,

de prendre conseil d’un médecin spirituel

expérimenté :

CHRONO SE US

ASapies

Tant que les pécheurs tiennent leur faute cachée

étouffés par l'aboss ou la bile du péché. Mais, si le - pécheur s’accuse lui-même, par le fait qu’il s’accuse

avec celui qui pleure, qui connaisse l’art de compatir - aux douleurs des autres et de les partager. Quand vous aurez trouvé ce médecin expérimenté et indul-

à être déclarée et soignée dans l'assemblée de toute - l'Église, que cela pourra contribuer à l’ des autres et faciliter votre guérison, 1l faut obtem-

| pérer au conseil de ce médecin expérimenté. (Ibid.,

Îl y a eu certainement des communautés . dans lesquelles la confession publique des

facultative, mais obligatoire. Vers le milieu du ve socle, nous trouvons établie, dans

on mettait les confessions par écrit et on les - lisait en publie, à l’église. C’est comme si,

en eux-mêmes, ils sont gênés et pour ainsi dire

+ et qu'il fait des aveux, il vomit son péché et fait / disparaître la cause de la maladie. Seulement,

examinez avec soin à qui vous devez nn - votre péché. Éprouvez préalablement le médecin à . qui vous devez exposer la cause de votre maladie, : qui sache se faire infirme avec un infirme, pleurer

gent, faites tout ce qu'il vous dira, suivez tous ses conseils. S'il est d’avis que votre maladie demande

édification

péchés secrets était, non pas seulement

-l’Itahe Adonale une pratique bizarre :.

aujourd’hui, on publiait les péchés des péni- tents au prône de la grand’messe. Cette cou- ‘tume, on le comprend, n’était pas faite pour encourager les pécheurs à demander la pénitence. Aussi l’évêque de Rome, saint Léon Ier, dans une lettre aux évêques de Campanie, proteste-t-1l vigoureusement contre ce détestable abus :

À propos de la pénitence demandée par les fidèles, on ne doit pas dresser par écrit la liste détaillée des péchés et en donner lecture en public ; car il suffit de faire connaître aux prêtres seuls, par une con-

fession secrète, les fautes dont la conscience est.

chargée. Quelque louable en effet que semble être cette intensité de foi qui, par crainte de Dieu, n'hésite pas à rougir devant les hommes, cependant, comme les péchés de ceux qui demandent la pénitence ne sont pas toujours de nature à être publiés, sans que les coupables en redoutent la publicité, il faut abandonner cette coutume regrettable, de peur que beaucoup ne s’éloignent des remèdes de la pénitence, soit par honte, soit par crainte de! voir révéler à leurs ennemis des faits qui peuvent tomber sous le coup des’ lois. D’ailleurs il suffit de

faire cette confession d’abord à Dieu, ensuite à |

l’évêque, lequel intercède pour les péchés des péni-

tents. Enfin on pourra plus facilement amener un plus grand nombre de pécheurs à la pénitence, si

. l’état de conscience de celui qui se confesse n’est pas révélé aux oreilles du peuple (St Léon, Epître 168, Migne, P. L., 54, p. 1211).

En principe, la pénitence est toujours publique ; mais l’aveu qui accompagne et motive la demande d'admission à la pénitence publique n’est pas obligatoirement public ; il ne l’est même pas ordinairement. Il ne - faut pas confondre la pénitence publique, qui est la règle, avec la confession publique, qui n’a jamais été qu'une exception. Les 4 pécheurs que saint Léon a en vue feront pénitence en. public ; seulement, la faute pour laquelle ils sollicitent l’imposition de la péni-

tence, ils la confesseront ngn au peuple assemblé dans l’église, mais à l’évêque ou à son délégué. C’est ce que saint Léon appelle - une confession secrète. Secrète, elle ne l’était qu'à moitié : car, en voyant un homme descendre au rang des pénitents, tout le monde savait bien qu'il avait commis une de ces fautes très graves qualifiées de crimes ; mais au moins on ne savait pas laquelle.

C’est à l’évêque qu'incombait le soin de

recevoir les aveux des pécheurs qui demandaient leur admission à la pénitence. Mais

46 LA PÉNITENCÉ PUBLIQUE

LPS ; œ ; naturellement, dans les grandes agglomérations, comme Constantinople, l’évêque se

vit bientôt débordé. On institua donc, dans

les centres importants, un prêtre péniten-

cier, qui fut chargé, d’une façon générale, :

de tout ce qui concernait la pénitence. Bien | que, à cette époque, le secret de la confession ne fût pas, à beaucoup près, aussi absolu qu'il l’est devenu plus tard, la discrétion était pourtant l’une des principales qualités qu’on exigeait du prêtre pénitencier. À la suite d’un scandale arrivé dans l'Église

de Constantinople, le patriarche Nectaire Supprima cette fonction et son exemple fut

suivi par un grand nombre d’évêques orientaux (cf. SozomÈène, H. E., L VIL ch. 16).

Dans le passage suivant, saint Augustin,

s’adressant au pécheur qui se résout enfin à la sévère médication de la pénitence, lui trace ainsi la marche à suivre :

Qu'il vienne trouver les prélats chargés dans l'Église du ministère des clefs. Commençant dès lors

à se montrer un bon fils (de l’Église), et se confor-

mant à l’ordre hiérarchique établi entre les membres de (cette Église), sa mère, qu'il reçoive de ceux qui sont préposés aux saints mystères la mesure de la

satisfaction (qu'il aura à accomplir); afin que,

- été une cause non seulement de mal pour lui-même, mais encore de scandale pour les autres, et si le

tence sous les yeux d’un grand nombre ou même du peuple tout entier, qu'il ne refuse pas, qu'il ne résiste pas, et que, à une plaie dangereuse et mor-

ajouter l’enflure. Qu'il se rappelle toujours que

: bumbles (Sermon 351, 9). ; Quand l’évêque ne jugeait pas opportun de

coupable d’un péché grave, mais secret, il ne le tenait pas quitte pour cela de l'obligation d’expier sa faute, mais il lui prescrivait, suivant l’expression de saint Augustin, la manière et la mesure dela pénitence à accom-

modum.

Et puis, alors comme aujourd’hui, il y

» quiets de l’état de leur conscience, venaient

tout en offrant avec dévotion et supplication le . sacrifice d’un cœur contrit, il fasse servir sa pénitence non seulement à son propre salut, mais : = encore à l’édification du prochain. Si son ici a

prélat juge utile au bien de l’Église qu’il fasse péni- *

telle, il n’aille pas encore, par respect humain,

Dieu résite aux superbes et donne sa grâce aux

soumettre à la pénitence publique le fidèle

% plir en son particulier, satisfactionis suae :

avait des scrupuleux. Certains fidèles, in-

confier aux supérieurs ecclésiastiques les scrupules qui les tourmentaient. Ainsi saint Cyprien, exhortant à la pénitence les Chrétiens tombés dans l’apostasie, leur propose

| D pe de ces âmes délicates qui couraient

s’accuser, comme d’un crime, de la simple

tentation qu’elles avaient eue dé renier Jésus-

Christ :

Combien la foi et la crainte de ceux-là est-elle plus louable qui, bien qu’ils n’aient ni sacrifié ni donné des billets, néanmoins, parce qu’ils en ont eu la pensée, viennent s’en confesser simplement et avec douleur aux prêtres de Dieu, découvrent le

secret de leur conscience, mettent leur esprit en

repos, et cherchent un remède salutaire à leurs blessures, quoique légères, parce qu’ils savent qu'il est écrit qu'on ne se moque pas de Dieu (De lapsis,

XXVIIT.

Comme on le voit, les pécheurs avaient des raisons multiples et des occasions assez fréquentes de venir trouver l’évêque ou le prêtre, pour lui soumettre l’état de leur conscience et lui avouer leurs fautes. C'était bien là

une confession, un aveu ; c'était même une confession lait et secrète, au moins

: provisoirement. Mais ce n ’était pas une con-

LA CONFESSION Lin d'A

. fession sacramentelle, puisque cet aveu n’avait pas pour but d'obtenir l’absolution. C'était une simple consultation, quelque chose, sil’on veut, d’analogue à la direction. |

Madirellement les Pères ne se lasssent pas d'engager les pécheurs à ce genre de confidences, et ce sont les exhortations de cette espèce qui prêtent le plus facilement à la confusion avec la confession sacramentelle.

Page 1