Act., m, 15 ; Rom., iv, 24; VIII, 11 ; I Cor., vi
alors que cependant peu de matières ont dû être traitées plus souvent, à cause de l'usage généralement en vigueur depuis des siècles, en vertu duquel l'évêque fait une courte allocution aux confirmands avant de leur conférer l'auguste sacrement du Chrême.
Outre l'homélie de saint Eucher de Lyon, mentionnée plus haut, le plus remarquable morceau antique est la catéchèse mystagogique de saint Cyrille de Jérusalem, que nous donnons en entier ci-après. Elle se distingue par son parfum mystique et sa profondeur de doctrine jointe à la plus suave onction.
Parmi les œuvres des grands évéques des derniers siècles, i"homéliaire de saint Charles Borromée nous fournit une série de cinq allocutions. L'illustre cardinal-archevêque de Milan les prêcha dans sa ville épiscopale lors d'une tournée de Confirmation, qu'il y fit dans Tannée 1583 du 30 mai au 3 juin, pendant la semaine de Pentecôte :1e lundi dans L'église de Saint-Simplicien, le mardi dans celle de Saint-Laurent, le mercredi dans celle des Saints-Apôtres, enfin, le jeudi et le vendredi dans celles de Sainte-Babyle et de la Madone délie Scala (^
D'un caractère plutôt moral, ces homélies de saint Charles offrent plusieurs aperçus d'une grande élévation. Les plus remarquables sont la deuxième, où le saint cardinal fait un heureux rapprochement entre la manifestation de l'Esprit divin au prophète Elie et la communication du même Esprit dans le deuxième sacrement ; et la quatrième,dont la pensée a plus de largeur et le style plus de majesté. Notre première pensée avait été d'en donner ici quel-
1. Cf. .S. Caroli. Homiliœ cxxvi. — Augustas Vindelicorum, an. 1758. — Homil. Xiv-XlX, p. 103 sqq.
ques extraits choisis, comme suite à la catéchèse de saint Cyrille ; mais la crainte d'étendre à l'excès le cadre de cet appendice nous a retenu,et nous nous bornons à les signaler.
Mentionnons encore les pages remarquables que Louis de Grenade consacre en plusieurs endroits de ses écrits à la Confirmation, à son institution, à son caractère sacra* mentel, à son administration et à ses effets (I).
Et maintenant prêtons l'oreille aux enseignements à la fois si simples, si profonds et si onctueux du grand docteur de Jérusalem.
Baptisés dans le Christ et revêtus du Christ (2), vous êtes devenus semblables à la forme de Dieu en union avec le Fils de Dieu lui-même (3). Dieu, qui nous a prédestinés à son adoption (•*), nous a faits conformes au corps glorieux du Christ (5). Rendus ainsi participants du Christ (6), vous êtes à bon droit appelés d'autres christs (7) (c'est-à-dire oints), et c'est de vous que Dieu a dit : « Nolite tangerc Christos meos, ne touchez point à ceux que j'ai oints (8). » Vous êtes devenus les oints de Dieu, lorsque vous avez reçu le gage, le symbole de l'Esprit-Saint; et tous les mystères se sont accomplis en vous sous une forme symbolique, puisque vous êtes les images du Christ.
Lorsque, lavé dans le Jourdain, le Sauveur eut communiqué aux eaux une émanation tout embaumée de sa divinité, il remonta sur la rive du fleuve, et le Saint-Esprit descendit en personne sur sa tête, se reposant au-dessus de celui dont il était la ressemblance et qui était son
1. Œuvres complètes de Louis de Grenade. (Trad. Bareilli, Vives 1868) xiv, 281 ; xvir, 163-172 ; XXI, 381. —2. Gai., m, 27.-3. Rom., vin, 29. — 4. Eph., 1, 5. — 5. Philip., in, 21. — 6. Hebr., ni, 14. — 7. Cf. Mat., 18, n. 33. — 8. Ps., civ, 15.
image. Vous aussi, après être remontés de la fontaine des eaux sacrées, vous avez reçu le Chrême, symbole de celui qui oignit le Christ, c'est-à-dire, l'Esprit-Saint. C'est lui qu'entrevit le prophète Isaïe, lorsqu'il dit dans la personne du Seigneur : « Spiritus Domini super me, quapropter unxit me : evangeîizatum pauperibus misit me. L'Esprit du Seigneur plane sur moi, c'est pourquoi il m'a oint ; il m'a envoyé prêcher l'évangile aux pauvres (x). » Car ce n'est pas d'une huile, ni d'un baume matériel que le Christ a été oint par des mains d'hommes, mais le Père, qui le constitua Sauveur du monde entier, l'oignit de l'Esprit-Saint. C'est pourquoi Pierre l'a appelé « Jésus de Nazareth, oint par Dieu de i'Esprit-Saint, Jesum a Nazareth, quem unxit Deus Spiritu Sa?icto (2) », et le prophète David s'est écrié : « Votre trône, ô mon Dieu, demeure dans les siècles des siècles ; le sceptre de votre royaume est un sceptre de droiture. Vous aimez la justice et vous haïssez l'iniquité; c'est pourquoi Dieu vous a oint d'une huile d'allégresse entre tous ceux qui sont associés à votre héritage (3). » Et de même que le Christ est vraiment mort, enseveli et ressuscité, et que vous aussi, par une opération semblable, vous avez reçu de la miséricorde divine le bonheur d'être crucifiés et ensevelis et de ressusciter avec lui; de même la ressemblance au Christ vous a été communiquée dans le saint Chrême. Le Sauveur a été oint d'une huile toute spirituelle d'allégresse, c'est-à-dire de l'Esprit-Saint, appelé huile d'allégresse, parce qu'il est l'auteur de l'allégresse spirituelle (4); pour vous, vous avez reçu l'onction du baume, et par cette onction vous êtes devenus participants de l'héritage du Christ.
i. Is., lxi, i. — 2. Act., X, 38. — 3. Ps., LXIV, 7-8. — 4. Cfr. Aug. 1. 15, de Trinit. c. 6.
Au reste, gardez-vous de penser que cette huile n'est qu'une huileordinaire. Comme le pain de l'Eucharistie, après l'invocation du Saint-Esprit, n'est plus du pain commun, mais s'est changé dans le corps de Jésus-Christ; de même cette onction sainte n'est plus après l'invocation une huile commune, mais c'est un don de Jésus-Christ, qui a, par la présence de sa divinité, la vertu de produire les opérations du Saint-Esprit. Cette huile sainte est répandue symboliquement sur votre front et sur vos autres sens; et tandis que votre corps est oint d'une liqueur visible, votre âme est sanctifiée par l'Esprit-Saint et vivifiant.
Et d'abord, vous avez reçu l'onction sur le front, afin d'être délivrés de cette honte qui a envahi le premier homme après sa rébellion (x) et afin de pouvoir contempler la gloire du Seigneur à face dégagée comme dans un miroir (2). Ensuite on a oint vos oreilles, pour vous donner des oreilles ouvertes aux divins mystères, suivant la parole d'Isaïe:«Et le Seigneur m'a accordé une oreille docile à sa voix (3);» et suivant cette autre parole du Seigneur Jésus dans son Évangile : « Que celui qui a des oreilles entende (+). » Puis on a oint vos narines, afin que, vous attachant aux parfums divins, vous pussiez dire: « Nous sommes devant Dieu la bonne odeur du Christ pour ceux qui se sauvent (5). » On a oint aussi votre poitrine, afin que, revêtant la cuirasse de la justice, vous fussiez forts à résister aux embûches du démon (6). »
Car, de même que le Christ, après son baptême et la descente de l'Esprit-Saint sur son chef sacré, entama la
1. Gen., ni, 7-8. — 2. II Cor., III, 18. — 3. Is. , L, 4. — 4. Mattb., xi, 15. — 5. II Cor., 11, 15. — 6. Eph., vi, 14-11.
lutte contre son ennemi (x), ainsi vous aussi, après votre saint baptême et après l'onction mystique, couverts tout entiers de l'armure du Saint-Esprit, vous vous dressez pour résister à la puissance adverse, vous lui faites la guerre et vous remportez la victoire en disant : « Je puis tout dans le Christ qui me fortifie (2). »
Admis à recevoir ce saint Chrême, vous vous appelez désormais chrétiens, et par votre régénération vous avez obtenu ce qu'exprime ce titre. En effet, avant que cette grâce ne vous fût accordée, vous n'étiez pas dignes de porter ce nom dans son acception propre, mais vous dirigiez vos efforts à devenir des chrétiens.
Or, il vous importe de savoir qu'il existe dans l'Ancien Testament une figure de cette onction. Lorsque Moïse, partageant avec son frère le ministère dont Dieu l'avait investi, l'établit grand-prêtre, il le lava d'abord, puis l'oignit (3), et Aaron fut appelé Christ (4) par suite de cette onction figurative. De même le pontife suprême qui éleva Salomon à la dignité royale l'oignit après l'avoir lavé dans Gihon (5). Mais cela s'accomplissait pour eux en figures (6); pour vous, ces onctions se sont réalisées non point en figure mais en vérité; car vous avez été véritablement oints par le Saint-Esprit. Le principe de votre salut est le Christ, il est vos prémices (?), vous êtes la pâte (8). Or, si les prémices sont saintes, nul doute que cette sainteté ne se doive communiquer à la pâte et la pénétrer.
Gardez ce saint Chrême sans souillure : s'il demeure en vous, il vous enseignera toutes choses, suivant la parole de saint Jean (9). Car ce Chrême est saint, il est un pré-
1. Matth., IV, 1. sqq. — 2. Phil. , IV, 18. — 3. Levit., VIII, 1. sqq. — 4. Levit., iv, 5. — 5. III Reg., 1, 39-45.-6. I Cor., x, il.— 7. I Cor., xv, 23. — 8. I Cor., v. 7. — 9. I Joan., il, 27.
servatif spirituel du corps et un rempart salutaire de l'âme. C'est de lui qu'Isaïe disait dès les temps anciens : « Voici ce que le Seigneur fera pour toutes les nations sur cette montagne »,(et par cette montagne il désigne l'Église, ainsi qu'en d'autres endroits, comme quand il dit : « Et dans les derniers jours la montagne du Seigneur brillera à tous les regards (J) » ): « un festin de vin, un festin d'allégresse, une onction d'huile (2). »
Et pour que cela vous confirme davantage, entendez en quels termes il parle de cette huile comme d'une huile mystique: « Donnez tous ces bienfaits aux nations; car le conseil miséricordieux du Seigneur s'étend sur toutes les nations (3). >>
Ayant donc reçu l'onction de cette huile sacrée, gardez-la en vous sans tache et libre de tout reproche; progressez dans la vertu par la pratique des bonnes œuvres, et sachez plaire à l'auteur de votre salut, au Christ Jésus, à qui soit gloire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il (4).
Dans le cours de notre exposé nous avons à plusieurs reprises représenté la Confirmation comme l'institution divinement efficace qui fait des lutteurs et qui donne le courage de la persévérance.
Après avoir entendu une des plus éloquentes voix de la primitive Église nous exprimer dans un onctueux