PARAPHRASE DU VENI CREATOR
nous enflamme, car il confère l'amour, et l'amour est un feu (ig?u's). C'est par lui que vous résidez en nos âmes et que vous les embrasez de la charité divine (charitas), cette étincelle de l'amour substantiel du Père et du Fils. C'est par lui que vous leur donnez cette onction spirituelle (spiritalis unctio) qui, sous l'action mystérieuse du saint Chrême, fit de nous d'autres christs dans le sacrement de Confirmation, sceau de notre Baptême, et nous unit comme membres parfaits à l'oint divin, le Christ-Sauveur, sur lequel, à sa sortie des eaux du Jourdain, sous le symbole d'une colombe, vous déversâtes tous vos dons, le sacrant Pontife et Roi par une onction toute spirituelle et céleste, préfigurée et chantée par les Prophètes.
Simple dans son essence, ce don admirable que vous nous communiquez, ô divin Esprit, revêt sept formes différentes (Tu septifo7-mis munere). Car, si tout don parfait descend du Père des lumières (*), et si le Père les communique par son Fils, lumière de lumière, assis à sa droite et lui servant de droite pour exécuter ses desseins (2), vous êtes le doigt de la droite du Père (patertiœ dextrœ digitus), ô vous, qui appliquez les dons du Père à la sainte Église et à nos âmes par le moyen de l'humanité du Christ, comme les doigts habiles de l'artiste arrachent des accords mélodieux au luth à sept cordes ou promènent le pinceau sur les murs du temple pour les orner des sept couleurs de l'arc-en-ciel. Promis par le Fils, qui devait vous envoyer de son Père en prix de sa victoire et de ses travaux (tu rite promissum Patris), vous avez fidèlement répondu à votre mission ; et au jour même de la Pentecôte, où naquit l'Église, vous êtes descendu sur les Apô-
. Jac, 1, 17. — 2. Ps., cxvn, 16.
très et les premiers fidèles, leur communiquant le don des langues, comme pour suspendre autour du berceau de l'apostolat les prémices prophétiques de ses futures conquêtes ( sermone ditans guttura).
Continuez donc votre œuvre, Esprit fidèle; et opérez en nous, comme jadis, les merveilles de vos dons. Et d'abord, éclairez-nous, afin qu'à la lumière de la crai?iie de Dieu nous puissions nous éloigner du mal et du péché ( Acce?ide lumen sensibus). Lorsque cette crainte salutaire aura pris racine en nous, attirez-nous à Dieu par le don de piêtê, qui réchauffe nos cœurs et est le principe de l'amour (infunde amorem cordibus). Mais nous sommes faibles; nous avons à lutter contre nos défaillances et nos inclinations dévoyées (infirma no s t ri corpo ris). Donnez-nous cette science fondamentale qui consiste à nous connaître nousmêmes, noverim me, et la distance infinie qui sépare notre nature corrompue de vous, source de toute sainteté, ?wverim te ! Et puis, quand notre œil aura mesuré cet abîme, venez, Esprit de force (virtute), raffermissez-nous et pour jamais (firmans perpeti), afin que, forts contre l'ennemi du dedans, nous soyons sûrs de triompher des assauts que le monde et Satan nous livrent au dehors (Hostem repellas longius.) Et comme fruit de ces victoires, donnez-nous la paix (pacemque do?ies), après laquelle nous soupirons au milieu de nos luttes. Oh oui ! ne tardez pas, donnez-nous la paix (protinus )! Et dans le silence de cette paix, faites nous entendre votre voix, ô Esprit de Consei/, afin que, fidèles à vous suivre toujours comme notre guide, nous ayons la bienheureuse assurance d'éviter tous les pièges du mal ( ductore sic teprœvio vitemus omne noxium).
Mais cela ne nous suffit pas encore, ô divin Esprit.
Appelés par la grâce à mener au ciel la vie de Dieu même dans la vision et dans l'amour, nous voulons, avec votre aide, nous y préparer dès cette vie, en nous initiant de plus près à connaître et à aimer les choses divines. Venez donc en nous, Esprit (S! intell ige?ice ! donnez-nous le sens des mystères de la foi et surtout du mystère par excellence du Dieu en trois personnes, Père, Fils et Saint- Esprit ( Per te sciamus da Patrem, noscamus atque Filium, teque utriusque Spiriium credamus omni tempore). Alors nos cœurs attirés par cette lumière que nous porterons en nous-mêmes, savourant dès ici-bas le don suprême de Dieu, la sagesse divine, cette sagesse qui transforme notre vie en une vie d'union et de louange, anticiperont sur les cantiques éternels du paradis. Alors nous pourrons redire sans cesse sur terre, de bouche et d'action: Gloire au Père, Seigneur souverain de toutes choses, principe de tous les dons divins et des autres personnes divines qui nous les communiquent (Gloria Patri Domino) ; gloire au Verbe Rédempteur ressuscité d'entre les morts par la vertu du Père (T). ( Natoque quia moriuis surrexit); gloire à l'Esprit consolateur, Esprit du Père et du Fils, dont le don septiforme a opéré notre sanctification (ac Paraclito); gloire à l'auguste Trinité en union aux cantiques qui retentissent et retentiront durant tous les siècles dans la Sion des élus (in sœadorum sœcnla).