AVANT-PROPOS
fresque toujours de l 'éclectisme \ nous nous sommes contenté de suivre la doctrine dit Maître des maîtres, saint Thomas dAquin.
Afin d atteindre plus sûrement notre triple but, nous avons ajouté à la partie doctrinale de notre travail un appendice plus spécialement destiné aux jeunes confirmands et aux familles chrétiennes.
Puissent ces modestes pages dictées par la reconnaissance envers Dieii pour le bienfait de ses dons, augmenter, ne fût-ce que dans un seul cœur, V estime et l amour du grand Sacrement qîti en est le dispensateur.
Abbaye de Saint- Benoît de Maredsous, fête de Pentecôte, 1888.
LORSQU'UN homme peu versé dans les arts considère une machine aux engrenages multiples et variés, lorsqu'il contemple un tableau rayonnant de couleurs et de jeux de lumière, ou qu'il suit d'une oreille attentive les accords mélodieux et nuancés d'un orchestre bien nourri, il éprouve d'abord un sentiment vague et inconscient qui tient de la stupeur. Incapable de raisonner ses impressions, il admire l'ensemble, sans pouvoir se rendre compte des détails. Puis, s'il essaie de passer à l'analyse des parties, il est aisément porté à croire, faute d'intelligence, que les rouages nombreux du mécanisme s'inspirent du caprice autant que de l'utilité, que la distribution des couleurs et des clairs-obscurs sur la toile est le fruit de l'arbitraire plutôt que d'une pondération calculée, et qu'enfin tel instrument, tel accord pourrait disparaître de la symphonie sans nuire à son harmonieuse ampleur.
Et cependant, si cette machine, si cette peinture, si cette musique sont des œuvres parfaites, il n'y a en elles rien de trop, rien de trop peu, rien qui n'occupe sa juste place. Ainsi l'exige la loi suprême de l'art.
En est-il ainsi déjà des productions du génie humain, à combien plus forte raison ne verronsnous pas resplendir ces qualités dans les créations divines, surtout dans les créations de l'ordre surna-
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turel, reflets immédiats de l'unité, de la vérité, de la beauté éternelles ?
La trilogie de la foi, de l'espérance et de la charité, avec la grâce sanctifiante ; les quatre vertus cardinales, les sept dons du Saint-Esprit, les béatitudes, les douze fruits du Saint-Esprit ; et puis, comme instruments tout-puissants de ces merveilles, les sept sacrements : quel mystérieux ensemble !
A la vue de tous ces moyens de salut l'esprit du chrétien est d'abord saisi comme d'un éblouissement. Puis, quand il cherche à s'y reconnaître, à assigner à chacun de ces éléments la part d'action qui lui revient, il demeure interdit. Pour colorer son ignorance, il voudrait croire à une prodigalité divine sans calcul ni mesure, et la pensée lui vient de douter d'un rôle déterminé et distinct assigné à chaque partie de ce tout prodigieux.
Mais non ! Si, d'un côté, rien n'y manque, rien, de l'autre, n'est superflu, rien n'est arbitraire dans ce chef-d'œuvre de l'art divin, mécanisme subtil, dont chaque mouvement concourt à hâter la sainteté, palette magique, dont chaque couleur disposée avec une entente infinie contribue à reproduire dans l'âme l'image parfaite du Christ, symphonie ineffable, dont chaque accord prélude aux concerts éternels.
Dans ces courtes pages nous nous proposons, chers lecteurs, de considérer attentivement une de ces pièces du mécanisme subtil de la grâce, un de ces coups de pinceau, une de ces notes vibrantes, pour en pénétrer tout le jeu, toute la finesse, toute la sonorité.
INTRODUCTION
Nous étudierons de près le deuxième des sept sacrements, en lui-même d'abord, ensuite dans ses rapports avec l'ensemble de l'organisme surnaturel.
Le fruit de cette étude sera, nous osons l'espérer, une admiration plus consciente de l'œuvre du Christ, une dévotion plus solide aux moyens établis par Lui pour opérer notre sanctification, et en particulier à l'institution trop peu comprise de la Confirmation.
Nous disons à dessein : trop peu comprise ; nous devrions ajouter : et par le fait même trop peu honorée.
N'y a-t-il pas peut-être là une petite lacune dans l'éducation de la jeunesse chrétienne ? La fête de la première Communion, fort légitime sans doute, absorbe presque tout : préparation, solennité, souvenir. A côté d'elle la Confirmation semble occuper un rang bien inférieur. Et pourtant, il s'agit ici d'une action unique dans la vie, marquant une empreinte indélébile dans l'âme, et exerçant sur toute la carrière d'ici-bas une influence souveraine, pourvu que la piété éclairée lui reste fidèle par le culte d'un retour reconnaissant.
D'où vient que tant de chrétiens trahissent honteusement la livrée de leur saint Baptême, et, non contents de déserter la cause de la foi, passent même à l'ennemi pour la combattre, si ce n'est de ce qu'ils n'ont point profité de l'initiation divine qui les sacrait soldats du Christ et leur offrait des armes robustes et fourbies, dont le maniement courageux devait les
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mener infailliblement à la victoire et faire d'eux autant de héros ?
Le lecteur entrevoit toute notre pensée.
C'est la dévotion au grand Sacrement de la Confirmation, et au Saint-Esprit qu'il confère et dont il répand le don septiforme, que nous brûlons de voir grandir dans les âmes.
Or, toute dévotion solide s'appuie sur le dogme, et le dogme, à son tour, dans les Sacrements surtout, se traduit le plus éloquemment par la liturgie. Aussi, dans notre travail,réservons-nous uneplace d'honneur à l'exposé dogmatique et au commentaire liturgique de la Confirmation, de manière à faire du premier le fondement et du second le centre de notre modeste édifice. C'est sur le dogme que se baseront, c'est autour de la liturgie que se grouperont les considérations historiques, morales et parfois mystiques que la matière nous suggérera au fur et à mesure que nous la traiterons.
Pour mettre un ordre plus apparent dans notre travail, nous l'avons divisé en trois sections. Dans la première nous considérons V institution de la Confirmation par Notre- Seigneur JÉSUS-CHRIST. La seconde traite de X administration de la Confirmation. La troisième parle des effets delà Confirmation.
Un chapitre complémentaire est consacré à la Confirmation au point de vue de Y art chrétien.
Mais avant d'aborder notre sujet, nous croyons utile d'esquisser dans un chapitre préliminaire le septénaire sacramentel. Quand le lecteur aura
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reconnu la place qu'occupe la Confirmation dans l'économie des Sacrements, il pourra en quelque sorte mesurer d'avance le rôle qui lui est assigné, et pressentir les prérogatives dont son divin auteur a dû la doter pour lui permettre de le remplir.
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§ I. — Institution salutaire des Sacrements.
EST le propre de l'orgueil humain, sous quelque forme qu'il se manifeste, de réduire au strict nécessaire les rapports 1 de Dieu avec sa créature; sans doute, afin de donner à celle-ci une ombre d'indépendance, et de colorer la noirceur de son ingratitude en rabattant de la dette de sa reconnaissance. Cette tendance, qui, dans l'ordre naturel, aboutit à l'athéisme le plus cynique, s'est accentuée par étapes dans les systèmes des hérésies qui admettaient encore, comme base des rapports mutuels entre le ciel et la terre, non seulement la création gratuite, mais même la rédemption gratuite au prix du sang du Fils de Dieu.
Or,les sacrements de l'Église sont ces institutions salutaires qui, en ouvrant d'une part avec une abondance illimitée les trésors du salut, assujettissent de l'autre la vie du chrétien à une dépendance constante vis-à-vis des dons divins.
Il devait donc se produire que Phérésie radicale dont la seule réforme a été de préparer le retour au paganisme, fût aussi la plus audacieuse à nier les sacrements. A la suite de multiples fluctuations de doctrine, magistralement retracées par Bossuet dans
son livre des Variations, le Baptême, on peut le dire, finit par trouver seul grâce devant Luther ; et encore n echappa-t-il pas toujours aux négations impies de Calvin. C'est que le Baptême semble seul nécessaire pour le rachat de l'humanité, surtout étant posé le dogme monstrueux d'une justification extrinsèque et inamissible aussi longtemps qu'une foi aveugle dans l'application de la justice du Christ parvient à étouffer le cri de la conscience coupable et à dissiper le doute du salut sans bonnes œuvres et sans repentir. Et certes, même avec la justification intérieure et la possibilité de perdre par le péché mortel la grâce reçue, en un mot, avec le dogme catholique de l'impossibilité du salut sans la charité et les bonnes œuvres, si Xotre-Seigneur n'avait institué que le seul Baptême, il aurait pleinement satisfait à sa mission de Rédempteur des hommes. Nous irons plus loin, et nous dirons que le parallèle rigoureux entre le premier et le second Adam ne demandait rien de plus du Messie (T).
i. S. Th. enseigne que des sept sacrements il n'y en a que deux absolument nécessaires : )e Baptême, pour l'individu, et l'Ordre, pour l'institution visible de l'Église un, q. 65, a. 4. in a). La Pénitence n'est nécessaire que dans la double hypothèse de la rechute dans le péché mortel, et de la volonté positive du Christ de subordonner l'efficacité du repentir à l'aveu et à l'absolution sacramentels. Les autres sacrements, sans être nécessaires dans le sens absolu et antécédent, sont cependant d'une nécessité relative et conséquente ; d'abord parce que sans eux le salut, bien que possible, est néanmoins très difficile ; ensuite parce que le mépris, l'indifférence ou même l'abstention vis-à-vis de ces moyens d'institution divine, constituent une faute grave incompatible avec le salut ; enfin parce que, dans l'intention du Christ, les sacrements se complètent les uns les autres. Cfr. Conc. Exeter. 1287, tit. 1. (Hard., vu 1074.)
Mais, comme l'expose éloquemment le grand saint Paul, « le don de Dieu »,— et JÉSUS-CHRIST s'appelle lui-même de ce nom dans l'Évangile (*), — « le don de Dieu ne s'est pas mesuré à l'étendue du délit » du premier homme ; « car, si par le péché d'un seul plusieurs sont morts, la miséricorde et le don de Dieu se sont répandus beaucoup plus abondamment sur plusieurs par la grâce d'un seul homme, qui est JÉSUS-CHRIST. — Et il n'en est pas des effets de ce don comme de ceux de ce péché ; car si la justice nous a condamnés tous à la suite d'un seul péché, la grâce nous justifie tous après plusieurs péchés (2). »
Le Messie a résumé lui-même cette doctrine consolante en un seul mot lorsqu'il a dit : « Je suis venu pour que mes brebis aient la vie et qu'elles V aient en abondance (3). »
Cette abondance de vie, c'est par le septénaire sacramentel que le Sauveur la communique à son Église, comme par autant de canaux remplis des influences mystérieuses et de l'efficace souveraine de sa Passion, ou mieux encore, comme autant d'artères qui partent du Cœur même de JÉSUS et répan-