I. — Tradition ecclésiastique
JORSQUE nous voyons une vérité importante de la foi ou de la discipline admise sans conteste et affirmée non seulement par les écrits des Docteurs, mais encore par la pratique constante de toutes les Eglises, cette tradition unanime, alors même que des arguments intrinsèques feraient défaut à l'appui du point en question, suffirait à elle seule pour revendiquer l'origine divine de cette croyance ou de cette institution. Telles nous apparaissent dès l'abord la Confirmation et sa dignité sacramentelle. Si nous consultons les annales ecclésiastiques, nous voyons que, jusqu'à la Réforme, c'est-à-dire jusqu'au XVIe siècle, aucune secte n'a osé nier directement la dignité sacramentelle de la Confirmation.
Il est vrai que, dans les premiers siècles, les Novatiens, imitant la négligence que saint Corneille reprochait vivement à leur maître (2), eurent pour ce
i. L'ordre inverse que nous suivons dans cette section est motivé par le manque de documents inspirés, assez clairs pour s'imposer à première vue. Dans ce cas, en remontant la tradition, il est plus facile d'aller à la recherche des sources d'où elle découle; comme le touriste parvient au berceau d'un fleuve en remontant son cours.
2. V. la lettre du pape saint Corneille à Fabius d'Antioche touchant Novatien, ap. Ewseb.H.E. c. vu 43,P.G. XX. 615-616 et P. L. III, 759 sqq.
3<d Section I. — Chapitre I.
sacrement un mépris pratique qui faisait partie de leur programme. Toutefois, ni saint Épiphane, ni saint Philastre, ni saint Augustin, qui ont dressé des catalogues des hérétiques et de leurs erreurs, n'attribuèrent aux Xovatiens la négation formelle de la Confirmation, non plus que saint Pacien et saint Jean Damascène, qui les ont combattus par leurs écrits (*). Pendant les siècles qui précédèrent la Réforme, les Albigeois, les Vaudois, les Wicléfites et les Hussites, auxquels les Calvinistes (2) se plaisent à faire remonter leurs doctrines touchant la Confirmation, ne nièrent pas davantage la vertu de ce sacrement que ne l'avaient fait jadis les Xovatiens. Seulement ils revendiquaient pour tout prêtre, voire pour les simples laïcs, le pouvoir de le conférer (3). A Luther revient la triste responsabilité d'avoir rompu, le premier,avec une tradition de quinze siècles, en niant le second sacrement de l'Eglise. La Confirmation, d'après lui (4), n'a que la valeur d'un simple rit ecclésiastique. Au jugement de Mélanchton (5), elle n'était jadis qu'une sorte de catéchèse solen-
i. Chardon, Histoire des sacrements, Confirmation. Ch. I. Mign. Curs. t/teoL, t. XX, p. 160. — Virasse, De Confirmatione, q. i, art. i, sect. i. lbid., t. XXI, p. 547, sqq.
2. V. le célèbre calviniste Jean Daillée, disp. de Sacrant, confirtn. 1. 3, c 17,