‹ La confirmationChapitre 5 sur 123 · Joan. , vi · texte numérisé non relu

Joan. , vi

éléments de vie décrits plus haut suffiraient pour le maintenir dans la possession stable dune santé parfaite. Mais telle n'est pas, du moins après le péché du premier homme, la condition de ceux qui s'appellent désormais les mortels et qui ont chaque jour à lutter contre les maladies, tristes avant-coureurs de la mort. Il faut donc que l'homme arme son génie contre les influences multiples d'un fléau inexorable et qu'il s'efforce de son faible mieux à en retarder le plus longtemps possible l'inévitable victoire. De là les guérisons, triomphes passagers remportés sur les premières attaques de la mort. Mais il est rare qu'une guérison soit radicale et instantanée. Le plus souvent après la crise le mal laisse des traces que seule une cure assidue parvient à faire disparaître une à une. Tantôt c'est un régime de diète à suivre pour ménager les organes, tantôt un mouvement progressif à se donner pour rendre aux membres engourdis leur souplesse et leur vigueur. On le voit, dans la lutte contre les maladies, la vie corporelle triomphe des assauts de la mort par la guérison proprement dite, ou la destruction du principe du mal, et par la convalescence, ou le retour à la santé première.

Or, la vie de l'âme, non plus que celle du corps, n'est à l'abri des défections et des contagions funestes. Comme les maladies sont les avant-coureurs de la mort corporelle, les péchés graves le sont de la mort spirituelle, ou, pour parler plus exactement, les péchés mortels sont une mort spirituelle, mais une

iS CHAPITRE PRELIMINAIRE.

mort dont la miséricorde divine diffère à son gré les conséquences éternelles. La seule différence qui existe pour le chrétien entre la double lutte pour la vie, c'est qu'il ne peut arracher son corps au terme inévitable de la tombe, tandis que par le Baptême son âme a échappé à l'étreinte fatale de la damnation. Si donc, pour le corps, il doit mourir, pour l'âme, il peut ou vivre toujours ou se donner une mort éternelle. Sans doute la triple énergie du Baptême, de la Confirmation et de l'Eucharistie lui offre assez de ressources pour lui permettre d'éviter toute contagion de péché et pour maintenir à son âme une vie toujours robuste au milieu des plus violents assauts. Mais le malheureux qui, pour n'avoir pas usé ou avoir abusé de ces divins moyens de salut, ou pour s'être témérairement exposé à des dangers au-dessus de ses forces, est devenu la proie du vice et a vu sa vie spirituelle, le souffle de la charité, s'éteindre sous l'étreinte du péché mortel, n'aura-t-il plus aucun moyen de guérison, plus aucune source de résurrection spirituelle ? O bonté inépuisable du Sauveur ! le sacrement de la Pénitence est ce bain du salut, cet autre Jourdain qui rend à l'âme une seconde naissance (J). Et si, au

. i. On le voit, l'analogie entre la Pénitence et la guérison corporelle n'est pas tout à fait exacte. Elle pèche par défaut, car la guérison suppose la vie, et la Pénitence est directement instituée en vue des âmes qui l'ont perdue. Toutefois on peut regarder le caractère du Baptême comme une semence vitale qui ne périt jamais entièrement et dont la Pénitence réveille l'énergie. Au demeurant la comparaison, toute à l'avantage des dons surnaturels, prouve que l'auteur de la Rédemption a tenu à renchérir sur les largesses de l'auteur de la nature.

sortir de ces eaux vivifiantes, l'âme, par défaut de disposition, se ressent encore de certaines suites du mal, suites qui l'empêcheraient, au sortir du corps, d'entrer immédiatement en possession de la gloire, un second sacrement, l'Extrême-Onction, tout en servant de remède contre les assauts de l'agonie, achèvera cette convalescence spirituelle, et viendra parfaire l'œuvre de la Pénitence, de la même manière que nous avons vu la Confirmation donner à celle du Baptême son entier perfectionnement (2).

Jusqu'ici nous avons considéré les éléments qui tendent au perfectionnement de l'individu. Il nous reste à faire le rapprochement entre l'ordre matériel et spirituel au point de vue de la perfection sociale. Un simple coup d'œil jeté sur la société humaine suffit pour nous montrer qu'il est deux espèces d'institutions sociales. Les unes concernent l'autorité, les rapports publics entre les différentes classes de la société, et distribuent les pouvoirs, les droits et les charges ; les autres regardent directement la

i. Ailleurs S. Thomas formule ainsi cette efficacité de l' Extrême- Onction : Dicendum quod principalis effectus hujus sacramenti est remissio peccatorum quoad reliquias peccati, et ex consequenti etiam quoad culpam, si eam inveniat. Suppl. q. 30, a. I, in c. Cfr. Jac. , V. 15.

A celui de nos lecteurs qui s'étonnerait de voir comparer à la convalescence le sacrement qui prépare à la mort, nous ferions d'abord observer que la vie spirituelle parfaite et immuable commence au trépas, et que partant, pour le chrétien, mourir c'est commencer de vivre de la vraie vie. Nous ferions ensuite remarquer que l'effet premier du sacrement, d'après S. Th. , est celui d'effacer les restes du péché, et que c'est là l'effet visé par le saint Docteur dans sa comparaison. Enfin nous rappellerions que l'Extrême-Onction a une véritable efficacité physique pour rendre la santé à qui elle sera salutaire, selon les desseins de la divine Providence.

propagation même de la société, et règlent la famille.

Or, l'Église est la grande société des chrétiens. Pour être une société parfaite elle doit posséder des institutions fixes qui déterminent les lois du culte et les pouvoirs de ceux qui sont appelés aux fonctions ecclésiastiques. C'est le sacrement de l'Ordre suivant ses degrés, jusqu'à la plénitude du sacerdoce, avec le triple pouvoir d'enseigner, de régir et de sanctifier. En outre, l'institution naturelle établie par Dieu pour propager la famille humaine doit devenir du domaine de l'Église, qui en attend la multiplication de ses enfants. De là l'élévation du lien conjugal parmi les chrétiens à la dignité de sacrement, le Mariage, complément du septénaire sacramentel (*).

i. Il est intéressant de rapprocher de l'explication de S. Thomas cette autre que le Dr Sepp fournit du septénaire sacramentel. « Les sept sacrements doivent diriger l'influence spirituelle de la grâce sur tous les degrés et sur tous les âges de la vie, afin de la sanctifier tout entière. Par le Baptême, l'enfant est reçu dans l'Eglise dès sa naissance, et commence son éducation comme membre du royaume des cieux. Par la Confirmation l'Esprit-Saint, qui descendit sur les Apôtres au jour de la Pentecôte, se communique à chaque individu, et, au moment que s'éveillent les passions, ii renforce et dirige l'énergie de la volonté. En vertu du Mariage, la bénédiction du paradis est répandue sur l'homme mortel, afin que l'union de l'homme et de la femme, symbolisant l'union du Christ avec son Eglise, édifie la communauté des fidèles. Les trois sacrements qui suivent sont destinés à renouveler l'effet des précédents et à étendre leur action sanctifiante sur le reste de la vie ; en effet, les grâces du Baptême sont rafraichies par la Pénitence, qui remet les péchés commis depuis le premier affranchissement ; \ Extrême- Onction prépare aux combats de la mort comme la Confirmation arme pour les combats de la vie. Par l'Ordre l'homme s'unit à Dieu, et, s'interdisant le Mariage charnel, procure à l'Église les fruits de son union mystique avec elle, les véritables enfants de Dieu. Enfin le S. Sacrement des

Mais ce n est pas seulement au point de vue du simple perfectionnement de l'individu et de la société que le nombre mystique des sacrements présente une admirable synthèse ; on lui trouve une raison d'être non moins impérieuse si l'on se place au point de vue de la destruction du péché et de toutes ses influences.

Voici d'abord la privation de la vie, qui constitue l'essence du péché originel : le Baptême engendre à cette vie. L'enfant nouveau-né n'est que faiblesse ; le péché originel, bien qu'effacé par le Baptême, a affaibli les forces morales de l'homme : la Confirmation infuse à l'âme une vigueur nouvelle.La faiblesse, suite du péché originel, prédispose à tomber fréquemment dans le péché ; l'âme de l'homme ressemble à son corps, toujours prêt à défaillir : l'Eucharistie est l'aliment qui combat l'inclination habituelle au péché. Cette inclination fâcheuse vient-elle à produire le péché actuel commis après le Baptême ? Voici la Pénitence qui efface la faute, et l'Extrême-Onction qui achève d'en consumer les restes, en même temps

autels vient compléter le cycle, et se plaçant au centre des autres, donne dans le pain de vie un avant-goût de la certitude de la véritable immortalité. » Dus Leben J.-Ch. t. VI, c. 164, p. 601. Ratisbonne — Beffroi : t. I, p. 1862 185.

Sans vouloir enlever à cette explication quelque chose de son mérite; nous croyons cependant pouvoir faire observer que l'ordre des sacrements y est bien moins gardé que dans saint Thomas ; en outre le rôle de l'Extrême-Onction y est affaibli, l'Ordre n'a pas le relief voulu, et l'Eucharistie n'est pas mise assez en rapport avec le Baptême et la Confirmation. Autant de motifs pour lesquels nous préférons la synthèse de S. Thomas.

qu'elle arme le mourant contre les angoisses et les assauts de l'agonie, et dispose le corps à recouvrer la santé si elle est salutaire. Elément de dissolution, le péché tend à désunir la société par l'anarchie et la dépravation des mœurs. L'Ordre établit une hiérarchie divine et donne à la terre un sel qui la préservera de la corruption du vice. Enfin restent les châtiments principaux du péché: la mort, qui moissonne les peuples et la concupiscence, qui, en asservissant l'institution établie pour les propager, leur transmet l'héritage funeste d'une nature déchue. Le Mariage chrétien servira à la fois d'antidote à la concupiscence et de germe fécond d'où sortiront des générations nouvelles de croyants et d'élus.

§ III. — Ordre des sept sacrements.

Faut-il ajouter que ces considérations expliquent d'une manière lumineuse et naturelle non seulement le nombre des sacrements (*), mais même l'ordre dans lequel la sainte Église les a rangés ?

En effet, le septénaire comprend deux groupes principaux. Les cinq premiers sacrements regardent la personne, les deux derniers la société ; or il est juste de commencer par l'individu avant de passer à la collectivité. Les cinq premiers sacrements présentent encore une subdivision de deux groupes. Les trois premiers à savoir : le Baptême, la Confirmation et l'Eucharistie ont un caractère éminemment absolu

i. Voir notre notice ci-dessus sur la tradition catholique du septénaire sacramentel.

et forment une gradation complète. Le Baptême occupe de droit la première place, comme la conception et la naissance forment le début de la vie corporelle. Pour la Confirmation et l'Eucharistie il semble que l'on pourrait motiver une inversion, puisque la nutrition ne suit pas seulement la pleine croissance, mais encore la précède et la procure.Toutefois laConfirmation,comme nous le dirons plus loin, est,de par sa nature,plus intimement liée au Baptême, que l'Eucharistie. Aussi dans les premiers temps elle précédait toujours celle-ci, et maintenant encore, là où elle le peut pratiquer sans inconvénient, l'Eglise aime à confirmer les enfants avant de les admettre à la première communion. La Pénitence et l'Extrème- Onction ayant un caractère plus relatif, il est tout naturel que la Pénitence suive l'Eucharistie, bien que pratiquement la confession doive précéder la communion en cas de péché grave. L'Extrême-Onction est le complément de la Pénitence et doit donc venir après elle. Enfin pour la place à donner aux deux sacrements sociaux, il est évident que le rang de dignité doit donner le pas au sacrement de l'Ordre dont l'objet est beaucoup plus relevé et le caractère exclusivement surnaturel.

§ IV. — Rapports particuliers entre les Sacrements, surtout entre la Confirmation et les autres Sacrements.

Un mot encore sur certains rapports particuliers qui existent entre plusieurs sacrements. Et d'abord

il est intéressant de remarquer que l'on peut considérer le Baptême sous un triple aspect : en tant que principe de la vie surnaturelle, en tant qu'opérant la rémission du péché originel, en tant qu'imprimant un caractère indélébile. Comme principe de vie surnaturelle, le Baptême a un rapport particulier et unique avec tous les autres sacrements ; comme rémission du péché originel, il a une relation spéciale avec la Pénitence et l'Extrême-Onction,qui sont aussi directement rémïssifs (*) ; enfin comme imprimant un caractère spécial, il occupe le premier degré de l'échelle qui mène par la Confirmation à l'assimilation la plus parfaite au Christ dans le caractère épiscopàl, sommet de l'Ordre. »

Nous trouvons aussi des aspects multiples au sacrement qui fait l'objet spécial de cette étude. Dans le cours de nos recherches, nous verrons qu'il a des rapports particuliers non seulement avec le Baptême, mais encore avec l'Eucharistie et avec l'Ordre. Enfin il offre un parallélisme intéressant avec l' Extrême- Onction, non seulement à cause de la matière, mais surtout parce qu'il remplit en quelque sorte vis-à-vis du Baptême le rôle de l'Extrême-Onction vis-à-vis de la Pénitence.

i. Saint Thomas caractérise comme suit le rapport entre ces trois sacrements : comme le Baptême est une espèce de génération spirituelle, et la Pénitence une espèce de résurrection spirituelle, l'Extrême-Onction est une espèce de guérison ou de convalescence. Suppl.q. 30. a. 1, in c. C'est la même doctrine que celle développée plus haut, ht. q. 65. a. 1. mais avec une légère nuance de différence qui, loin de la contredire, la fait au contraire ressortir davantage.

Enfin, si le Baptême est le principe de tous les sacrements, l'Eucharistie, comme étant le plus auguste sacrement du septénaire,est le centre lumineux et divin vers lequel ils convergent tous et auquel tous viennent naturellement aboutir.

Ces considérations préliminaires, empruntées pour la plupart à la doctrine de l'Ange de l'École, suffiront pour initier le lecteur au caractère et au rôle de la Confirmation. Elles nous permettront d'aborder avec plus de fruit dans les chapitres suivants les documents de l'Écriture et de la Tradition qui ont trait à ce même sacrement et qui servent de base à sa liturgie.

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