ÉPILOGUE
raine de la Confirmation pour rendre le chrétien valeureux et capable d'héroïsme, nous avons cru utile de reproduire ici un émouvant récit publié naguère par l'excellente Semaine religieuse de Cambrai, sous ce titre : « Une Confirmation au temps de la Révolution (*). »
« Un soir de l'année 1790, Mgr de Pressigny arrive à la campagne chez M. Robert de la Mennais. Il lui avait fallu quitter Saint-Malo à l'improviste; l'action du premier pasteur sur son diocèse y aurait été trop facilement paralysée par la difficulté des communications extérieures. Mais à peine son départ est-il connu, que la police est sur ses traces ; il lui faut donc quitter la France, et l'évêque pense que de Jersey il pourra, grâce à des correspondants courageux et fidèles, garder son troupeau dans la pureté de la foi. C'est M. Robert de la Mennais qui organise le départ nocturne de son évêque; une barque l'attendra sur le rivage au point du jour.
Avant de quitter son diocèse, Mgr de Pressigny témoigna à Madame de la Mennais le dessein de célébrer la sainte Messe.
Oui lui répondra? dit-on.
— Moi, moi! s'écria Jean-Marie, resté silencieux
1. Ce récit est emprunté à la vie de la Rde Mère Marie-Anne de la Congrégation de Notre-Dame (dans le monde Marie de la Fluglaie), et fut trouvé dans les papiers de M"1* de la Fluglaie, après sa mort. Le héros de l'anecdote, Jean-Marie de la Mennais, fondateur d'une Congrégation de Frères instituteurs et vrai modèle de vertus sacerdotales, était le frère de Félix de la Mennais, le trop célèbre auteur del' Essai sur V indifférent isme.
26o ÉPILOGUE.
dans un coin de la chambre pendant cette soirée de graves préoccupations. La mère avait oublié de l'envoyer coucher. Il avait à peine neuf ans.
— Tu sais donc bien servir la messe? mon enfant, dit avec bonté Mgr de Pressigny.
— Oui, Monseigneur.
— Et ton catéchisme, le sais-tu bien aussi?
— Oui, Monseigneur, je le sais bien tout entier, à livre ouvert.
— Voyons, dit le bon évêque.
L'examen fut satisfaisant, et les yeux du pieux pasteur se fixaient avec attendrissement sur ce jeune enfant en qui semblait se personnifier toute la génération que les malheurs de la France menaçaient dans sa foi.
— Ecoute, mon petit Jean, je vais partir, je ne sais quand je reviendrai, ni quand je pourrai te confirmer; puisque tu sais si bien ton catéchisme, prie bien le bon Dieu, et je te confirmerai demain matin avant ma messe. Ta foi, cher enfant, sera peut-être mise à de rudes épreuves ; du moins tu auras la grâce du Saint-Esprit et le caractère de parfait chrétien, pour la soutenir.
Le lendemain, en effet, Jean-Marie avait reçu en un même jour, avec le pardon de ses fautes, le Pain qui donne la vie, et l'Onction des forts. En ce tempslà il fallait se hâter. La suite montra que l'évêque était inspiré, et les effets de ces grands sacrements reçus dans une âme pure ne se firent pas attendre.
Mgr de Pressigny avait célébré la sainte Messe, confirmé Jean-Marie, selon sa promesse, et faisait en