CONFRÉRIE DD PUT DR VALENCIENNES
Les puys ou concours poétiques des Trouvères n’étaient nulle part plus répandus que dans les provinces du nord de la France. De même que le Puy d’Amour d’Abbeville précéda le Puy de la Conception, de même un Puy d’Amour parait avoir donné naissance à la confrérie de Valenciennes qui va nous occuper. A Arras, nous ne trouvons pas de confrérie semblable; mus la renommée de son Puy d’Amour ou Puy Verd le place au-dessus de toutes les académies galantes formées par lés trouvères aux xn.*etxui.*siècles. Un trouvère, cité par M. Arthur Dinaux (1), rend hommage, dans les vers suivants, aux juges experts du Puy d’Arras : :
iÿ .Les Trouvères Artésiens , p. 1t.
Chinçon, y*-t-en tout un* loiuir ▲a Pni d’Ann te fai oir.
A ceux qni sevent chaos fournir
Là sont li bon entendeour
Qui jugeront bien la meiUour .
De no* ohançons.
La Flandre offrait aussi des académies poétiques nommées Chambres de Rhétorique. Elles avaient été instituées sousIesanciensComtes, non seulement dans les villes, mais dans plusieurs bourgs. On y distribuait, à diverses époques, des prix aux auteurs des meilleures pièces de poésie et de moralités. Alost, Tournai, Maubeuge, Douai, possédaient de très-anciennes Chambres de Rhétorique. Ces sociétés littéraires sont dignes d’attention et d’intérêt ; mais nous devons nous borner ici à faire connaître les confréries de Notre-Dame analogues à celle d’Amiens, c’est-à-dire la confrérie de Notre Dame du Puy de Valenciennes et celle des Clercs du grand Puy de Notre-Dame, de Douai.
U. Hécart, dans l'introduction de l’ouvrage intitulé : Serventois et tottes Chantons couronnés à Valenciennes (1), s’exprime ainsi : « Aux xin.* et xnr.' siècles, la poésie française était tellement en honneur à Valenciennes, que des prix furent établis en faveur de ceux qui produiraient les meilleures pièces ; et, comme le caractère des habitants était naturellement gai, ces concours se bornaient à des chansons dans lesquelles l’amour et la dévotion se trouvaient souvent réunis.»
(1) 5/ édition. Péril, 1834-
« L'association connue sous le nom de Notre-Dame du Puy (1) n'était d’abord qu’une simple confrérie qui avait pour but d’bonorér la Vierge (2). L’un èt l’autre sexe y étaient admis comme dans les confréries actuelles ; quelque temps après son établissement , les confrères résolurent de proposer des concours de poésie dont les vainqueurs obtiendraient des prix...... »
« Cette compagnie, selon Simon Leboucq, renouvela ses règlements en 1426, deux siècles après sa création qui est de 1229. A cette première époque, la chapelle était consacrée à Dieu, à la sainte Vierge, à saint Nicolas et à sainte Catherine. Wiilaume de Quarouble, prévôt de la ville, l’ayant fait rétablir au commencement du xv.• siècle, elle fut spécialement consacrée à Notre- Dame du Puy (3).... »
(1) La Vierge du Puy était représentée avec un puits à côté d’elle, par une équivoque de puy (mons) avec puits (puteus).
(2) « Il existait, dit toujours M. Hécart, une tradition parmi le peuple par laquelle on disait que la confrérie avait été établie en reconnaissance d’un miracle de la Vierge, qui avait retiré une femme d’un puits dans lequel elle était malheureusement tombée; ce puits existe encore dans la eéuy de l’hÔteHerie, et c’est à cause du lieu où le miracle s’est passé que l’on bâtit nne chapelle sous le nom de Notre-Dame du Puy» »
Il est bon de remarquer l’analogie de oette tradition populaire relative au miracle avec celle qui existait à Amiens et qui concernait un enfant tombé dans un puits. Au moyen-âge, les traditions et les légendes voyagent d’une province & l’autre , et se diversifient suivant les lieux.
(3) M. Arthur Dinaux (Trouvères Artésiens , p. 10) nous apprend que dans la chapelle de Notre-Dame du Püy de Valenciennes on gardait une chandelle de cire formée des gouttes qui découlent du cierge miraculeux d’Arras, lequel ne se consume jamais, comme chacun sait La chandelle
* L’usage des concours de poésie fut conservé et dura jusqu’à la fin duxtn. e siècle, après lequel on h’en trouve plus de tFaces. La cérémonie religieuse et le repas seuls furent conservés.
» L’auteur de la meilleure pièce obtenait une couronne d’argent et assistait au repas que les confrères donnaient chaque année le dernier dimanche de septembre (1).
» La veille de la fête, ou quelques jours auparavant, on réglait les affaires de l’association composée de soixante membres au plus.
» On ne se bornait pas, dans ces assemblées, à ordonner des actes de dévotion ; on délibérait aussi sur les secours à délivrer à ceux dés membres de l’association devenus pauvres, par infortune , pertes, vieillesse ou débilité,
<te Notre-Dame du Puy était tout le# an# portée en procession le dernier dimanche d’août par le plus Jeune ménestrel qui se trouvait à Valenciennes ; il était suivi de tous les autres ménétriers de la ville , jouant de diverses sortes d’instruments, et cela en mémoire des deux jongleurs, Itier et Pierre Norman, à qui la Vierge délivra la chandelle miraculeuse, pour guérir les Artésiens affligés de la peste en l'an 1105. — La chapelle de Notre-Dame du Puy a été pillée le 2* août 1506 par les brise-images, qui, dans leur fureur, brûlèrent toutes les reliques de la paroisse de Natre- Dame de la Chaussée à Valenciennes.
(1) Voici le passage de Simon Leboucq concernant les prix, a Le 41sner des confrères achevé, chacun d’iceulx ou ceulx qui voudront, réciteront les vers qu’ils auront dreschez à l’honneur de la Vierge, et fera distribuer au mieux faisant, une couronne de fin argent, pesant une once et demie, et au second un cappiel, aussi d’argent, pesant quinze estrelins, et & tous tes autres ayant faict pareil acte de rhétorique, deux lots de vin pour eulx récréer» »
dit le règlement. Les confrères et les consœurs, quoique ces dernières .n’assistassent pas au chapitre, devaient leur donner chacun six deniers tournois par mois. Le jour de la fête, les quaire princes leur envoyaient chacun une honnête écuelle de viande; ils devaient encore donner à dîner au curé et au chapelain de l’hôtellerie (hospice de vieillards des deux sexes), à condition qu’ils assisteraient à la grand’messe, aux vêpres et à la procession ; les pauvres du dortoir recevaient aussi quelques lots de vin ; on payait au portier dix sous tous les ans.
» Les quatre princes, étaient choisis parmi les membres de l’association ; ils devaient procurer à leurs frais trois ménestriers et deux trompettes.
» Immédiatement avant la révolution, la fête se bornait à une procession toujours suivie d’un repas. La veille et le jour de la fête, plusieurs confrères allaient, accompagnés de la musique, prendre les religieux carmes ou autres à leur choix, pour venir chanter les vêpres, et le lendemain dimanche la grand’messe. Cette cérémonie religieuse terminée, on retenait deux des religieux à dîner ; on donnait vingt sous tournois à chacun de ceux qui composaient le reste de la communauté. »
La confrérie de Valenciennes était-elle, comme le prétend Roquefort, un reste des Cours ou Puys d'Amour, qui existaient à Valenciennes aux xu.* et xm.* siècles? M. Hécart nous fait remarquer à cet égard que l’existence d’une Cour ou d’un Puy d’Amour à Valenciennes ne ré', suite d’aucun document positif. On peut seulement la supposer à cause du caractère profane de plusieurs des piècei couronnées qui se trouvent réunies dans son recueil.
COMraiUB DES GLEEOS PARISIENS, OU CLERCS DU ORAND SUT DE NOTRE-DAME, DE DOUAI.
M."* Clément Hémery (1) a consacré quelques lignes . cette confrérie, nous les transcrivons :
« Cette confrérie, pépinière des poètes et des sa vans ui ont illustré la ville de Douai, fut établie en 1330, (ans l’égliqe de Notre-Dame, par des jeunes gens de Douai, slèves de la communauté des pauvres écoliers de la maiann le Sorbonne.
» De retour dans leur ville natale, voulant entretenir l’émulation parmi les jeunes gens qui devaient leur succéder, ils se réunirent pour honorer la mère de Dieu, par des offices, et par des pièces de vers composées à sa louange.
» Le jour de l’Assomption, dit le P. Martin l’Hermite, on procédait à l’élection du prince de la confrérie, et à la distribution des prix mérités par les vainqueurs.
» Quelques jours avant la fête, le Prince attachait au portail de chaque église deux vers intercalaires qui devaient servir de thème et de refrain aux ballades et chants royaux destinés à concourir. La séance avait lieu à midi, au milieu d’une foule immense qui remplissait l’église ; les poètes lisaient leur ouvrage, et les juges nommaient les trois vainqueurs, auxquels ils décernaient les prix. Ces
(I) Butoire du fétu eivilu ei relipieutu, dot utagu ancieni et moderne* du departement du Bord, par M.-* dément, née Hémery, t. !.•», t.* édition, p. 190.
prix consistaient en trois couronnes d’argent; la première, richement ciselée, travaillée avec soin ; la deuxième, de moindre valeur , décorée de fleurs ; la troisième, ornée de laurier. Des applaudissements sans nombre suivaient ces distributions. Nulle plume étrangère est exeluse de ce concours de lettres et de piété, ajoute le P. Martin ; effectivement, au xvi. 6 siècle, on y admit des élèves de l’Université de Douai, mais à l’époque de l’institution , cette confrérie n’était composée que d’ecclésiastiques et de laïques, ayant fait leurs études à Paris.
» Les Echevins de Douai, pour entretenir l’émulation dans cette confrérie, accordaient une exemption entière d’octrois, à ceux qui avaient remporté les couronnes pendant trois années de suite. La dernière faveur de ce genre fut accordée à Jean Darnehem, le 26 janvier 1634.
» En 1778, la confrérie décida qu’elle ne décernerait qu’un seul prix ; il fut obtenu le 16 août de la même année par M. Legrand de Laleu. Ce fut la dernière séance de cette confrérie. »
La Chambre de Rhétorique de Douai, société distincte de la. confrérie des clercs du grand Puy, mérite une mention particulière, à cause.de certaines circonstances qni la rapprochent des puys de Notre-Dame. « Le prince de rhétorique à Douai, dit M. m6 Clément, était le Lauréat, c’est-à-dire celui qui avait fait la meilleure pièce de vers eh l’honneur de la mère de Dieu. Il existe à la bibliothèque communale de Douai un petit poème par Loys, prince de rhétorique. Il est du xv. 6 siècle ; le poète y chante l’immaculation de la Vierge.
» La fête se célébrait le 2 février de chaque année ,à
la suite d’un concours où tous les princes de rhétorique devaient parodier les sujets qui leur étaient présentés.
» Les vainqueurs parcouraient toute la ville dans un char, aux acclamations du peuple, après avoir reçu les prix, qui consistaient en pièces d’orfèvrerie. On donnait du vin aux vaincus pour qu’ils noyàssent gaiement leur mésaventure. »