CHAPITRE III
Confrérie du Puy de la Conception d’Abbeville.
M. Louandre, dans son histoire d’Abbeville et du comté de Ponthieu (2), s’exprime ainsi : « On trouve à Abbeville à la fin du quatorzième siècle des jeux littéraires désignés sous le nom de Puys d’amour, Puy des ballades, Puy de la Conception. Le Puy de la Conception chantait
(t) Histoire littéraire de la ville d'Amiens, p. 53. (S) i .* r vol. f p. 309 .
les louanges de la Vierge ; les Puys d’amour et des ballades traitaient des sujets profanes et galants. La fête du Puy d’Amour, qui avait ordinairement lieu dans les villes voisines le jour de St.-Valentin (1), se célébrait à Abbeville , à la Pentecôte et au jour de l’an. Les pièces de vers étaient lues et jugées publiquement dans ces joûtes poétiques , le vainqueur recevait une couronne et prenait le titre de prince ou de roi. La ville aidait de ses deniers les princes à soutenir les grands frais de leur charge ; car ils donnaient deux fois par an un dîner splendide aux sujets de leur royaume, et le sénéchal de Pontbieu, le bailli d’Abbeville, le mayeur, tous les notables, tenaient à assister àce dîner. Il est fait mention pour la dernière fois en 1401 du Puy d’Amour ; mais le Puy de la Conception delà Vierge, qui avait sa chapelle à St.-Vulfran , s’est conservé jusqu’en 1764. A Abbeville, comme à Amiens, le prince du Puy faisait exposer dans la collégiale un tableau de piété portant pour légende le refrain de la pièce de vers qui avait été couronnée. Ce refrain contenait ordinairement une allusion , ou plutôt un jeu de mots sur le nom du donateur. En 1594, c’est Antoine Duval qui remporte le prix et qui donne le tableau, et il prend pour refrain de son palinod :
Du val heureux épouse, fille et mère.
(1) Le 15 février. — La fête de saint Valentin était celle des amoureux.
Saint Valentin choisissent ceste année
Ceulx et celles de l'amoureux parljr ;
Seul me tend ray, de confort desgarny.
Sur le dur lit d'ennuieuse pensée.
(Poésies de Charles d’Orléans, publiées par Guichard, in-l 8, p. 75.)
Philippe de l’Estoile n’était pas moiop iBgénieux ; il avait trouvé pour refrain :
Le corps très-par de l’pstoile prend rie.
Selon la mode du temps, on fit tour-à-tour des ballades * des sonnets et même des odes, et, au xvin.* siècle encore,on yoitfigurer parmi les rimeurs,conseillers, juges-consuls, magistrats municipaux, chanoines et mousquetaires. »
M. Louandre n’exagère pas en parlant de la célébrité des jeux littéraires d’Abbeville. Le poète-historien Froissard envoyait au puy d’amour une ballade, jugée digne de la couronne. Nous sommes assez heureux pour offrir à nos lecteurs cette pièce inédite que M.Cocheris, notre collègue, a fait soigneusement copier sur un manuscrit de la Bibliothèque impériale ( 1 ).
(!) H. P« Paris renseigne ainsi ce manuscrit dIjms son ouvrage sur les Manuscrits français de la Bibliothèque du Roi, t. vi, p, 981.