LA CHAPELLE, LA GRANDE SALLE, LES PORTRAITS
II nous reste maintenant à visiter l'intérieur de l'ancien établissement.
Comme on Ta vu plus haut, l'échevin Lecointe, assisté du greffier Grimbert, commença son inventaire le 3 septembre 1781. L'opération débuta par la grande salle^ indiquée dans la légende que nous avons jointe au plan. Les portraits des majeurs qui ornaient ses murs furent catalogués, les noms relevés avec les blasons et devises, la liste dressée chronologiquement : elle
— Sien comptait deux cent-cinquante-quatre ^ . Le commissaire procéda ensuite à rinventaire du mobilier de la chapelle et des papiers ; les vacations continuèrent le lendemain.
Le P. Ignace nous donne sur la chapelle de S'-Jacques des renseignements d'autant plus précieux qu'en dehors du plan-relief de 1716 maintenant au Musée 2^ et du plan de la fin du dix-huitième siècle reproduit plus loin, nous n'en trouvons ailleurs aucune description .
Toutefois, les notes jointes à l'inventaire des tableaux complètent utilement ce qu'il rapporte de sa structure intérieure et de son ornementation. « Elle est, dit-il, du quatorzième siècle ». — Pourquoi pas du treizième, comme la fondation d'Adam Esturjon ? — Elle avait sur la petite rue sa façade rectangulaire et son portail extérieur, tandis qu'à l'autre extrémité Tabside formant un hémicycle en faisait une construction « en cul-de-lampe ». Un portail intérieur s'ouvrait à droite en face de Phôpital ^.
(( Le long du comble régnait une galerie de pierre avec quelques petits pilastres et créneaux ». Le plan-relief l'a vaguement figurée. Comme l'indique ce même plan, le clocher avec sa flèche conique s'élevait entre l'abside et la nef; il était couvert en plomb ainsi que le comble. Pour les refaire l'un et l'autre, la confrérie vendit ce plomb en 1745 et le remplaça par des ardoises. Le clocher était alors carré, sa flèche hexagone, le tout en bois. Quinze ans plus tard, la charpente ayant dû être renouvelée, le clocher, « pour la plus grande décence », fut reporté vers le pignon ■^. 11 renfermait deux cloches à peu près égales, de 20 à 22 pouces de haut sur 69 de circonférence ; elles pesaient ensemble 823 livres ^.
Bien qu'elle fût éclairée par neuf fenêtres, la chapelle était fort obscure à cause de l'épaisseur de ses vitraux peints. A partir de 1622, on commença à
1 En 1732. le P. Ij^nace en complait deux cent IrcnLc-dcux. — Ms. 1039, t. III, p. 467.
2 Le plan de Tingénieur De Vèze était construit de façon à pouvoir se disloquer : la banlieue se séparant de la ville permettait d'en approcher et d'examiner de près le détail de ses édifices. Le montage ne le permet plus, ce qui est très regrettable pour l'utilisation d'un document de cette importance. C'est maintenant un livre fermé qu'on ne peut plus ouvrir, simple objet de curiosité pour les visiteurs. L'erreur peut se réparer; espérons qu'on y avisera quelque jour.
3 Ce (( portail intérieur » qu'indique le P. Ignace devait être la porte de l'oratoire que j'ai marqué sur le plan. En face était un logement appelé spécialement " l'hôpital », où la confrérie, dans sa période de décadence, donnait asile à quelques pauvres. — Bibliothèque dAnas, ms. 103i, t. ^'III, p. 281.
4 Archives comm.. Registre aux bâtiments 1753-1773, fol. 10"^, 6 mai 1760.
5 Ibid., S^-Jacqiies : Inventaire.
Oi) —
les remplacer par du verre blanc, si bien ([u'en 1732 il n'en restait plus qu'un, représentant la Vierge avec l'enfant Jésus sur ses genoux et les deux apôtres S'-Jacques debout à ses côtés. On y voyait encore une « vitre en peinture » donnée par Antoine Sarrazin et Jeanne de Foix, sa femme, alors paroissiens de S'*-Croix, l'église où fut baptisé leur lils, l'illustre prélat Jean Sarrazin ^.
Une voûte en berceau en couvrait toute la surface ; elle retombait sur des arcades dont les piliers portaient, gravée en creux, la croix d'or potencée en témoignage de consécration. Le chœur était séparé de la nef par une grille de fer au-dessus de laquelle était suspendu un grand crucifix. « 11 y avait de chaque côté des enfoncements où Ton avait ménagé deux autels, une tribune et l'orgue au-dessus du portail » 2.
L'autel était en bois peint, son rétable un tableau de l'Annonciation. A droite, au-dessus de la balustrade, s'ouvrait un triptyque, où l'on voyait dans le fond la Résurrection, et sur les feuillets, d'un côté Philippe Faucquet, de l'autre Jeanne le Houx, donateurs, avec leurs sept enfants et la date 1617 •^.
Tout auprès, l'inscription en vers de Sébastien Thobois, messager à cheval de la ville, 1581.
A la troisième arcade du même côté, un tableau d'albâtre de la Résurrection, avec rinscription funèbre en vers et les donations de Pierre d'Arthois, époux de Claire Dufour, mayeur en 1561, décédé en 1589 ^.
1 Les Sarrazin possédaient rhôtellerie de V Echiquier au Grand-Marché n» 31, paroisse de S**- Croix : c'est là sans doute que demeurait, au commencement de son mariage (oct. 1535 , le tapissier hautelisseur Anthoine Sarrazin, fils de Jacques, hostelain, et que naquit, le 20 juillet 1539, leur fils Jean, le futur prélat.
2 P. Ignace, ms. 1039, t. III, p. '«68.
3 « Un petit tableau avec deux feuillets ouvrans. Au milieu, le fond du tableau représente Notre-Seigneur ressuscité et ses gardes renversés. Sur le feuillet de droite, un homme à genoux, Têtu de noir, en habit de pèlerin sur un prie-Dieu ; derrière lui quatre garçons aussi vêtus de noir, fraise à l'espagnole, un cinquième en petit bonnet et un sixième en maillot sur un carreau. Par derrière sur le haut : f phles. Sur le feuillet de gauche, une femme à genoux, vêtue de noir aussi à l'espagnole ; derrière elle S^ Jean l'évangéliste, et une petite fille en maillot mise, comme la précédente, sur un carreau. Au dessous l'inscription suivante :
Phelippe Fanquel meu de devossion De teste imaige a fait donassion.
Pour espouse eiill Jenne Le Roux et eurent par ensemble sept enfans a sçavoir six fils et une fille.
Vous, lecteur, priez Dieu qu'il leur soit rémunérateur. Amen. 1617 ».
4 L'abbé Proyart, Etablissements de bienfaisance, p. 45, a publié cette inscription et la suivante d'aî)rès la copie du P. Ignace, ms. 1039, Diciiojin. du diocèse, t. V, p. 318.
A la quatrième arcade en suivant, l'épitaphe et les fondations de Jean Carpentier, chapelain du Conseil d'Artois, décédé le 20 octobre 1596.
A gauche près du portail, au fond des bancs des confrères, le tableau fort effacé de Jacques Lamoury, trépassé en 1476 le 6 février et Jeanne Coque, sa femme, en 1496 le 28 juin, Tun et l'autre enterrés à S'-Nicaise : ce tableau fut mis en place la veille de S'-Jacques en 1523.
Au-dessus de la tablette, un tableau donné par Valérien BuUette, mayeur en 1657, en mémoire de ses trois femmes, dont il eut huit enfants.
De Tautre côté, le tableau de Nicolas Petit, mesureur de grains, décédé le 5 mai 1711, et de sa femme Madeleine Caudron, le 30 août 1710 : tous deux avaient fait le voyage de Compostelle. « Il y avait dans ce tableau diverses stations et au pied de chaque un couplet de la chanson des Pèlerins » ^.
L'inventaire relève en bloc onze statues de saints et saintes, parmi lesquelles une (( figure de la Transfiguration », dont S' Jacques avait été témoin.
Les vases sacrés avec les ornements sacerdotaux, garniture d'autel, livres et autres objets servant au culte furent aussitôt transportés dans la chapelle de THôtel-de- Ville par M* François Arrachart, prêtre habitué de la paroisse, un des locataires de l'hôtel S*-Jacques : ils devaient y rester jusqu'à ce que l'évêque décidât de leur attribution.
Tout ce qui ne pouvait être enlevé sur le champ fut laissé à la garde de Philippe-Joseph Debuire, occupeur de la maison 2. Les panneaux fixés aux murs de la grande salle restèrent donc en place. Ils y étaient encore sept ans après, la municipalité, pour des raisons budgétaires ou autres, montrant beaucoup moins d'empressement que l'évêque à réaliser les nouvelles transformations. Ce fut seulement en 1788 qu'elle se décida à exécuter les travaux.
Après de longs pourparlers, les Frères venaient d'adresser le 2 avril au magistrat le plan définitif des bâtiments à construire. Aussitôt les couvreurs^ maçons, charpentiers commencèrent à déblayer le terrain. Fauquembergue, menuisier de la ville, fut chargé du « démeublement des tableaux, chapelle et autres (sic) dans la maison de S* -Jacques ». Terminé le 22 mai, ce travail
1 Archives départ., notes jointes à la liste des mayeurs. Il est bien reg^rettable qu'on n'ait pas transcrit ces couplets.
2 Pour cette maison, mise à usage de cabaret, Debuire payait à la confrérie un loyer de 250 livres par an, vingt pots de beurre et un gâteau. — Archives comm., S^-Jucques.
avait duré un mois ^. Que devinrent alors les panneaux de la jurande salle? Personne ne le sait. 11 est vraisemblable qu'arrachés, disloqués, mis en tas avec les autres planches des démolitions, ils lurent remisés dans quelque coin de l'Hôtel-de-Ville, où ils restèrent à la merci des utilisations éventuelles.
C'est là, en effet, qu'on les retrouva par pièces et par morceaux, il y a une cinquantaine d'années, au cours des transformations de cet édifice, lorsque fut supprimée la grande salle annexe du Conseil perpendiculaire à la façade. En enlevant le carrelage, on s'aperçut que les planches sur lesquelles il reposait présent:iient sur leur autre face des fragments de peintures et d'inscriptions. On porta ces débris au Musée : c'est entassés ainsi au pied du grand escalier que nous les vîmes pour la première fois. En 1864, notre collègue C. Le Gentil signala l'intérêt de ces portraits au Conseil municipal dont il faisait partie, et, sur son rapport, l'assemblée décida leur restauration '^.
Vingt-cinq ans plus tard, aucun changement ue s'était produit dans leur état de misère et d'abandon, lorsque, de retour à Arras, j'essayai de reconstituer avec ces débris le panneau principal auquel ils avaient appartenu. Les deux listes des mayeurs que j'avais vues jadis aux Archives communales m'auraient grandement facilité ce travail, mais je ne les y rencontrai plus : elles avaient disparu du dossier de St-Jacques. L'une d'elles se retrouva juste, à point pour confirmer l'exactitude de la reconstitution, lorsqu'elle fut soumise en octobre 1890 à la Commission départementale ^. Un hasard non moins heureux nous a rendu depuis Lautre exemplaire de cette liste, qui sera reproduite à la fin du chapitre ^.
1 Arch. comm., S'-yacgues; Mémoire du comptable et quittance de Fauquemberjrdu 27 juin 1788.
2 Séance du Conseil municipal du 14 mai 1864 ; « Lecture dune lettre de M. Le Gentil, qui demande « que les portraits d'anciens mayeurs d'Arras {sic) retrouvés dans la démolition de « l'Hôtel-de-Ville, soient restaurés et placés soit dans une salle dudit Hôtel, soit au Musée ». — Le Conseil décide que la restauration des portraits retrouvés aura lieu par les soins de M. Demory, père. Le chiffre de la dépense sera ultérieurement voté, ainsi que l'endroit où les portraits seront placés » — Arch. d'Arras, Registre aux délibérations 1864-1867, fol. 34^». — Cf. C. Le Gentil, Le Vieil Arras, p. 352, et Epigraphie du Pas-de-Calais, t. I, p. 100-101.
3 Bulletin de la Commission, t. L p. 158. Le procès-verbal, au lieu de Andrieu Lancquier, a imprimé Adrien, coquille reproduite ibid. t. IL p. 538, 4 juillet 1901. Andrieu est une ancienne forme d'André.
4 II avait passé de main en main par voie d'héritage, puis avait été donné, avec un lot de vieilles paperasses, à un ami de la famille. Celui-ci ne sachant qu'en faire allait les jeter au feu, quand son sijifnalement m'étant transmis par hasard me le fit aussitôt reconnaître. Son écriture n'est pas ct'lle d'un clerc et alterne avec les notes du greffier, d'où l'on peut croire que l'officier municipal se fit aider dans son recollement par un habitué de la maison. Il a d'ailleurs recopié la liste de sa main : c'est cette copie au net qui est rentrée aux Archives départementales avec la collection Barbier; l'autre sera réintégrée aux Archives communales aussitôt après sa publication
En examinant de près ces peintures, j'avais retrouvé le nom de l'artiste auquel les majeurs de 1602 en avaient confié le travail : la représentation centrale de S^-Jacques est signée André Lancquier. Cette famille remontait à Philippe, reçu bourgeois le 10 juin 1457. Son fils Enguerran Lancquier, recréanta la bourgeoisie le 10 avril 1472, fut élu échevin en 1493. 149^, 1496, 1498, 1499, et vivait encore en 1523 i. Il eut pour fils Jean, maître-èsarts, lequel recréanta en 1495 et mourut en 1556. Robert, fils de Jean, lui succéda alors à la bourgeoisie : ce Robert était le père de notre André Lancquier, né en 1577.
Cette dernière date résulte d'une attestation authentique formulée le 30 avril 1610 par quatre experts assermentés, deux prêtreset deux laïcs, dont « Andrieu Lancquier, maître peintre éaigé de trente-trois ans ». Agissant à la requête de Louis Ladam, marchand et maître brodeur en la ville de Tournai, ils devaient examiner, « es églises de S'-Jacques, S'-Jehan-en-Ron ville et St^-Marie-Magdeleine », les tableaux ou épitaphes de son aïeul Nicaise Ladam, le héraut bien connu de Charles-Quint, et relever son inscription et ses armoiries. I^e portrait du majeur de SWacques en 1535, reproduit par Lancquier, manque dans les débris du panneau reconstitué ; mais on sait que les feuillets du triptyque de S'-Jean-Ronville, peints par le célèbre Jean Bellegambe, furent retrouvés à Arras en 1863, et qu'après avoir été très habilement restaurés, ils font aujourd'hui l'ornement du Musée — de Douai ^.
Les peintres, verriers, brodeurs et tailleurs d'images avaient formé, en 1525, une confrérie de métiers sous le vocable de S^-Luc en l'église de S'-Jean-Ronville. Nos Archives communales possèdent leur registre ancien, mais renouvelé en 16)2. On y recopia alors une vingtaine de procès-verbaux de réception à maîtrise remontant seulement jusqu'en juin 1587, transcriptions
1 Archives comm.. Reg. mémorial XII, fol. 232.
2 « Comparurent en leiu-s personnes M' Jacques Mielet, preslre, chappelain de léglise de S'»- Marie Magdelaine en ceste ville, eaigé de XXVI ans, M« Pierre Basseux, aussy prestre et clercq en lad. église, eaigé de XXVII ans, Andrieu Lanquier, maistre peintre, eaig-é de XXXIII ans, et Désiré Fournier, maistre d'escoUe, eaigé de XXXVl ans, le tout ou environ, nos bourgeois et soubzmanans ; lesquelz aprez serment par eulx faict et preste es mains des eschevins soubz segnez ont dict, juré, attesté et pour vérité affermé, assavoir lesdicts Mielet et Basseux in verbo sacerdotis, et lesdictz Lanquier et Fournier par leur foy et serment, que par plusieurs fois ilz se seroient transportez es églises de S'-Jacques, S'-Jean en Ronville et S"-Marie Magdeleine situées en ceste ville d'Arras, comme ilz auroient encoires faict ce jourd'huy ; par le moien de quo}' ilz sçavent et ont recongneu que esdictes églises sont reposans en chascune d'icelles ung tableau ou épitaphe à
dûment certifiées chacune par les cinq maîtres actuellement commis à 1' « eswMrt ». André Lancquier en faisait partie, après avoir été mayeur en 1608 ; sa signature s'v trouve avec les autres. Elle ligure ensuite au bas d'une douzaine de procès-verbaux des années 1613, 1617, 1618, 1624, 1626 et enfin 1634. Les vingt-deux piemières se lisent Lancquer (une fois Lanquier), les six dernières Lancquier. De ses deux tils, Pliilippe et Adrien, le premier seul exerça la profession paternelle : il fut reçu à maîtrise le 27 janvier 1632 •.
C'est donc à André Lancquier, alors âgé de vingt-cinq ans, que la confrérie s'adressa pour la décoration de sa grande salle. Le mur à droite en entrant, sans ouvertures, éclairé obliquement par deux fenêtres, fut revêtu du panneau de chêne que nous avons reconstitué dans la planche 1. 11 mesurait environ 7'"50 de largeur, sans les bordures, et 2'"10 de hauteur. Sur ce panneau cinq séries horizontales de vingt-cinq compartiments chacune, symétriquement superposés, encadraient chaque portrait dans une niche formée par deux colonnes et une arcature, avec le numéro d'ordre, le nom du personnage représenté, la date de sa mairie, souvent son âge et aussi son blason ou son signe professionnel.
Le milieu du tableau était occupé par une grande image de saint Jacques, vêtu d'une robe rouge, tenant de la main gauche le bourdon où pend son (( esquerpe » ou sacoche en toile grise, et de la droite un livri ouvert avec ces mots d'un côté : Ora pro nobis heate sancte Jacohe, de l'autre : ut digni efficianiur promissis omnibus christianis. Au-dessous, après la signature du peintre.
deux fœulletz pour les fermer et ouvrir, et propres à la décoration desdictes églises, où y at les escripteaux en carme, comme est reprins par la coppie cy dessus escripte de la main dud. Désiré que iceulx attestans auroienl conféré et raporté avecq celles escriptes ausdicls tableaux : mcsmes ont apperceu que sur l'ung des fœullés du tableau reposant en ladicte éf^rlise de S'-Jelian, y a deux effigies, Tung portant une cassacque ou cotte d'armes sur le brach où sont les armes de l'empereur Charles V* dcflunt, laquelle effigie ilz croient estre celle de Nicaize Ladam, quy est celuy quy a donné ledict tableau, et que les armes quy y sont apposées, telles que cy dessus est depainct par ledict Andrieu, estoient celles dudict Xicaize. De quoy, de la part de Louis Ladam, marchant et maistre brodeur demeurant en la ville de Tournay, nous a esté requis acte à luy accordé des présentes, pour luy valloir et servir où il apartiendra par raison. Faict et passé le dernier d'apvril .X.\'I'" et X Signé : Ch. de Quignon. — Archives comm. dArras. Beg. aux procurations 1607-1630, fol. 57.
1 Les examinateurs l'avaient d'abord refusé, tant à cause de son « chef-d'œuvre juf:é du tout vicieux et non recevable », que pour ne leur avoir « satisfait en banquet » — l'épreuve <»rale ! André et son fils en appelèrent à l'échevinage ; ils furent déboutés. Philippe dut alors corriger sa composition, offrir aux maîtres le repas dû en sus des droits d'examen, et on l'admit - Arch comm., Beg. de la Confrérie de S' Luc, fol. 57 r" et v.
cette inscription en lettres d'or, qui se voit encore presque entièrement sur le fragment du Musée :
En • LAN • DB • GRACE • QUE • LON • NOMOIT
mil • qvattre • cens • nonante • et • qvattre Henri • Lallart • maievr • estoit
QUI • de • CEANS • AVECQ • AVLTRE • OT • FAICT • LACHAPT
Mais • povr • plvs • ce • liev • décorer
ces • effigiez • dv • bien • comvn • font • comencer
FrANCHOIS • MaNESSIER • MAIEVR • ET • PRINCE
ET • Pierre Millon • maievr • entrant
Des • QUATTRES • ESTOIT • LELECTI0N LE • PREMIER • ToVSSAIN • FaMECHON SaNSON • DE • BeRLET • ET • NoEL • SeNECHAL
ET • Pierre • Brehon • a • evx • égal K
Ce tableau devait tenir en largeur la place de deux compartiments au moins, soit 0"ï56 ou 60, et correspondre à quatre séries pour la hauteur du personnage.
Un autre tableau large de trois compartiments, ou C^Si, et descendant bien au-dessous de la bordure, occupait à droite « en entrant par le bas » l'angle inférieur du panneau ; c'était le portrait d'Antoine-François Desseinges, âgé de de vingt-quatre ans, porteur de guidon de la confrérie en 1685 : il avait évidemment pris la place, à cette date récente, de quelque ancien tableau du même genre primitivement adapté au cadre et à la chronologie de l'ensemble. Ce personnage à cheval, tenant à la main l'étendard de S'-Jacques^ « avait à côté de lui, pour signe ou chiffre, un écu de gueule à deux singes d'or ; au milieu, un collier de cheval de même, ce qui indique le métier du porteur de guidon ». Il nous reste un morceau de cette peinture.
On remarque certaines irrégularités dans la suite des cent dix-sept mayeurs dont se compose le panneau principal ; la première série ne contient que vingttrois portraits pour vingt-cinq compartiments, deux places sont inutilisées : on peut croire qu'elles étaient occupées par les extrémités des sommiers du plafond et leurs corbeaux.
L'ordre des premiers mayeurs présente une autre anomalie : après Henri Lallart, qui inaugura en 1494 le ci-devant hôtel de Rely, viennent régulièrement
1 Cf. Le Gentil, Epigr. du Pas-de-Calais, Arras, t. I, p. 101.
ses successeurs annuels jusqu'en 1 49J, mais ceux de 1500, 1501, 1502 et 1503 sont remplacés par les quatre majeurs de 1490, 1491, 1492 et 1493, antérieurs à cette acquisition ; après quoi la série reprend son ordre chronologique, ('omment expliquer cette interversion? Il est vraisemblable qu'en dressant en 1602 une liste de noms dont le premier remontait à plus d'un siècle, il s'est rencontré une lacune dans les anciens registres, et que, pour la masquer, on aura emprunté quatre noms aux années antérieures dont le dernier chiflre correspondait à celui des années manquantes '.
Plus loin fait lacune à son tour le mayeur de 1517, sans qu'on en sache la cause. Cette omission rompt pendant vingt ans l'harmonie entre les numéros d'ordre et les dates ; mais une double mairie en 1538 rétablit la concordance.
Est-il besoin de faire observer que, pour la période ancienne, bon nombre de ces effîg-ies ne peuvent être que des créations fantaisistes? Si le peintre, en elîet, a pu s'aider parfois d'anciens portraits de famille, et surtout de tableaux funèbres dont l'usage était alors très répandu, — les dates qu'on v voit inscrites en sont la preuve — il est certain que son imagination dut le plus souvent suppléer à leur absence. La garantie de ressemblance flotte donc incertaine, mais la vraisemblance en donne l'illusion ; cette variété des physionomies atteste la fécondité du peintre et fait honneur à son talent.
Cependant l'œuvre du portraitiste n'apparaît en réalité qu'avec les derniers mayeurs du seizième siècle, ceux qu'il a pu connaître personnellement et peindre d'après nature. Elle ne s'arrêtera pas à l'année 1617, là où finit le premier panneau ; elle continuera, et vraisemblablement longtemps encore, à décorer son prolongement sur le mur suivant faisant face aux fenêtres.
La porte d'entrée coupant ce second panneau par moitié, les portraits v formaient deux sections, dont la première comprenait, comme précédemment, cinq séries superposées, de douze compartiments chacune, mais sans niches. La série d'en haut commençait par le 1 18® mayeur Charles Térache -, celui qui
1 L'une des listes porte cette annotation : « On m'a dit que ces quatre mayeurs, qui l'av(jient esté aux époques de 1490, 9J. 92 et 93, le furent en 150C, J501, 1502 et 1503; mais que, comme la maison de S'-Jacques fut acquise sous la mayerie de Henry Lallart, on le mit le premier dans Tordre des tableaux ». Pourquoi alors aurait-on inscrit ces anciennes dates au lieu des autres ? Et puis est-il vraisemblable que quatre anciens mayeurs eussent été réélus dans le même ordre ? Il est évident que cette explication hasardée n'explique rien. ^
2 Charles Terrache, époux de Louise Carton, dont il avait eu dix enfants, donna en 1635 à l'église de La Madeleine une table d'autel en l'honneur de S'-Roch, à l'occasion du cinquantenaire de son mariage. — Biblioth. nat.,ms. fr. 8538, p. 129.
inaug-ura parmi ses confrères la manie des devises en rébus et calembours : « Tel homme, té rache (telle race) » ^. Elle était close par le grand tableau en dessus de porte de Jean Descamps ou Deschamps, 129* mayeur et porteur de guidon. Il s'était fait peindre à cheval, avec sa casaque rouge et son étendard décrits plus haut, attirail qu'il avait fait faire à ses frais et légué à la confrérie, ainsi qu'il le fait savoir dans une longue inscription ~. Les séries suivantes se succédaient régulièrement : la deuxième du 130"^ au 142^ (le 138® manquait) ; la troisième du 142' au 153®, la quatrième du 154® au 165®. La cinquième (où manquait le 177*) commençait au n» 169, avançant ainsi de trois rangs, bien que la liste ne présente aucune interruption. On ignore la raison d'une asymétrie qui place ainsi hors du cadre les n*" 166, 167 et 168; en tout cas, à moins de supposer une transposition bien invraisemblable, le n" 181 devait terminer la série avec l'année 1674.
Il n'est pas douteux qu'un autre demi-panneau, tout semblable au premier, ne lui fît pendant de l'autre côté de la porte, de sorte que ses soixante portraits épuisaient, à treize années près, le total de la liste dressée dans l'inventaire. Mais ici le témoignage des débris nous fait défaut ; la boiserie n'a pas laissé de traces. Les peintures de cette dernière période semblent donc anéanties, à l'exception des trois mayeurs de la salle publique du Musée, dont deux
2 Voici d'aulrcs échanlillons de ces jeux d'esprit : N" J37. Malarl (il a pour signe un tison fumeux) : Verl bois mal art ■=■ brv'ile mal. — N^ 139, De Query : Tant que vivrai, giiéry serai. — Le Gar (armes parlantes, une oie mâle : Le gar : •= le jars. — N» 160, Noiret : En deuil noiref ; (c'était un tailleur). — N" 178 : Petit : Pelil à petit. — N» 186, Dupire : Nous avons du pire ; à quoi le n" suivant réplique : Espérant mieux. — N» 192, Chrestien : Avant d'être baptisé, je fus chrestien. — N"»193, Le Toict, ./e vous mets tous à couvert. — N° 209. Bonsens : une corbeille de fleurs et ces mots : Icy est le bon sens. = ce qui senl bon. — .l'en passe, qui ne valent pas mieux.
3 « Le 129" maieur Jean Descamps, étant aussi porteur de guidon de la confrérie de ceste muisou, a fait faire ledit guidon de damas rouge et aussi la casaque qu'il porte le jour de M. saint Jacques à la procession avec les confrères. Icelui Descamps a fait faire ledit guidon et casaque à ses frais et dépens, pour porter honneur * laditte confrérie et aux anciens maieurs et quattre, et a donné icelui guidon et casaque à lui appartenant à laditte confrérie, moyennant, à charge et condition, comme il est porté dans la lettre des confrères et anciens maieurs et quattre de laditte confrérie par assemblée faite en laditte maison, de jouir des privilèges à lui donnés et à son fils, comme il est marqué par écrit sur lesdittes lettres qu'il a tiré dfsditz maieurs et quattre pour en avoir mémoire après sa mort ausdits confrères de ceste confrérie. — Fait en l'an 1622 ».
Jean Deschamps, « huissier des élus d'Artois et porteur de guidon de Mons"^ sai it Jacques ". mourut le 3 août 1635. Il avait épousé d'abord Sainte Rolland, décedée le 13 juillet 1620, puis Jeanne du Saussoy. décédée le 21 juillet 1635. — Biblioth. nat.. ms. fr. 8538, p. 117,
encadrés: I99« François Maille, 1092; 233"-' Jean-François Menu, 1744; 249' Pierre-François Pamart, 17()() '.
C^es portraits sur chêne comme les autres, de l'orme et de dimensions analogues, proviennent, en ett'et, des panneaux démolis : ce qui le prouve, c'est qu'à côté d eux on en voit un quatrième beaucoup plus ancien, celui de Laurent Le Gar, 1634, dont notre premier demi-panneau a marqué la place incontestable, la douzième de la seconde série. Les trois autres ont même origine : le 199* (1692) est le seul fragment qui nous reste du deuxième demipanneau; le 233' (1744) et le 249' (1766) appartiennent à celui de la muraille en retour.
C'est à leur état de conservation et à leur provenance que ces quatre représentants de la confrérie doivent leur exposition dans la salle publique, honneur accordé en même temps, et pour la même cause, à la planche aux trois mayeurs en ligne verticale, cette précieuse relique qui nous a permis de reconstituer théoriquement tout son casier. Ces trois portraits, avec celui de Jean-François Menu qu'on y a joint pour la symétrie sont l'objet de la PI. IV. L'agrandissement relatif de leur reproduction ne doit pas faire perdre de vue qu'ils ont approximativement les mêmes dimensions que ceux de la PI. 111. Les autres, notamment ceux du grand panneau, sont, depuis cinquante ans, entassés pèleméle dans un obscur réduit sous les combles. Ne pourrait-on donc loger plus honorablement ces invalides de l'art indigène dans un Musée dont l'objet spécial est avant tout, et en dehors des questions d'esthétique, de donner asile aux souvenirs historiques d'Arras et de les mettre en lumière ? Méconnaît-on l'intérêt qu'ils offrent pour Phistore locale et pour les familles qui portent leurs noms ? ou bien leur état serait-il tellement irrémédiable qu'il nous faille désespérer d'en voir jamais un seul survivre à ses blessures ?
On trouvera la réponse dans les deux planches de portraits dont une précieuse collaboration a enrichi cette notice. Toute l'échelle traumatique du vandalisme utilitaire y est représentée, depuis le personnage reconstitué auquel il ne restait
1 Le portrait de Pamart se distingue par sa provenance de ceux qui précèdent ; je lai acheté tout encadré pour le Musée, en 1891, au domicile même de sa descendante, place des Potiers. Les derniers mayeurs et les enfants de leurs prédécesseurs, qui assistaient à lenlèvement de ces portraits, durent reTendiquer un bien que personne n'avait intérêt à leur contester : c'est pour cette raison sans doute qu'on n'a presque rien retrouvé des derniers panntaux. M. Wantiez, surveillant- général du Musée depuis 18S2. acheta d'un brocanteur, en 1897. le portrait du l4l' majeur Laurent Le Gar. D'où venait-il ? On l'ignore.
plus qu'une moitié de tête et la face i, jusqu'aux plaies profondes ou superficielles, toutes cicatrisées comme par enchantement. Ces cures merveilleuses sont l'œuvre de notre excellent collègue M. Ed. Morel, docteur en médecine et chirurgie artistiques, assisté d'un jeune et distingué radio-photographe, M. Victor Leroy fils.
Que serait-ce si le pinceau s'associait à ce crayon magique 2 T Aux compléments du texte il manquait un plan de Thôtel. M. Georges Sens, plus qualifié que personne pour combler cette lacune, a bien voulu nous communiquer celui qu'il avait copié jadis aux Archives communales, et il y a joint une excellente photographie prise sur le plan-relief par M. Renard. Grâce à ce guide indispensable, auquel nous avons ajouté la légende, le lecteur pourra maintenant aller tout droit à la grande salle de S'-Jacques et revoir en imagination les anciens mayeurs de la confrérie, dont on lui présente ici le catalogue illustré.
1 Ce portrait mutilé est celui de Mathieu Cardevacque. Fancétre dune des plus illustres familles du pays. Reproduit en 1890, sur ma demande et pour l'ancien marquis d'Havrincourt. par Julien Boutry, il apparu en 1891 dans une publication généalogique de Ad. de Cardevacque, sans indication dauteur ni de provenance. Ce Mathieu, aïeul de l'avocat anobli en 1596, était fils de Guillaume, pelletier, et celui-ci fils illégitime de Huart aussi pelletier. Les généalogistes, pour dissimuler ce cas de bâtardise, alors si fréquent, ont supposé deux frères Guillaume, dont l'un aurait été légitime. Il est en effet inscrit deux fois dans le Registre aux bourgeois, d'abord le 24 février 1444 v. st., comme récréantant la bourgeoisie de son père, puis le 18 août 14.^6, comme achetant cette bourgeoisie; mais, dans les deux cas. il s'agit toujours du même Guillaume. Sa première inscription était nulle : un bâtard ne pouvant hériter n'avait pu légalement recréanter ; c'est pourquoi, lor.^qu'on connut son véritable état civil, il fut forcé, dix ans plus tard, de se faire inscrire comme nouveau bourgeois.
2 En attendant, le peintre A.ndré Lancquier, cet enfant d'Arras qui n'est pas représenté dans la salle arrageoise par un seul de ses portraits de mayeurs, car ceux qu'on y voit ne sont pas de lui, réclame de nouveau la place qui lui est due au Musée historique et archéologique ; et cette fois, ce ne sera pas en vain ; nous en avons pour garants le zèle éclairé du nouveau conservateur M. Advielle, l'empressement avec lequel il nous a facilité ce travail de reconstitution, la part effective qu'il y a prise. Une décision s'impose : isoler les portraits après les avoir numérotés, choisir largement dans le nombre ceux qui ont le moins souffert, les exposer, réserver les autres et sacrifier définitivement les déchets de l'opération, voilà, ce me semble aujourd'hui comme il y a douze ans, la seule solution pratique qui satisfasse aux diverses conditions du problème. — Voir Bulletin de Ih Commission, t. II, p. 538, 4 juillet 1901.