L'HOPITAL SAINT-JACQUES
Après la chapelle monacale de S'-Jacques, le premier établissement fondé à Arras sous ce vocable est l'hôpital S'-Jacques, qui occupait l'ang-le de la rue de Grauechon (des Agaches) sur celle de TEstrée (S^-Aubert prolongée). Les historiens d'Arras, à la suite d'Harbaville, lui donnent pour fondateur Nicolas de Rullecourt et pour date initiale 1218 i. A son tour, l'auteur du Mémorial historique appelle en garantie de cette attribution le Chronicon Belgicum de Ferry de Locre 2. Or^ la référence vise un acte de donation et vente au profit de l'hôpital, ce qui supposerait, au contraire, l'antériorité de sa fondation, dont il n^existe d'ailleurs aucun autre témoignage.
Au quatorzième siècle, on expliquait autrement cette origine ; un document officiel lui donnait pour auteurs deux bourgeois d'Arras^ Raoul Durant et sa femme Adeluie as Paus, fondateurs également de l'hôpital S^-Julien, voire même de l'abbaye du Vivier, si Ton en croyait cette assertion paradoxale ^.
1 Cet acte a été copié par D. Queinsert d'après l'original. Bibl. nat., coll. Moreau, Charles, l. 125, p. 86. Voir Mémorial historique, t. I, p. 68 ; t. II, p. 301. — Cf. Bibliothèque d'Arras, ms. 1037, t. II, p. 339. — Il s'agit ici de Rullecourt-lès-Avesncs, aujourd'hui Grand-Rullecourl (et non de BuUecourt). Deux actes relatifs à ces origines et deux autres à des acquisitions diverses de l'hôpital sont imprimés dans le recueil inachevé, et non signé, qui porte pour titre Invenlaire chronologique des Charles de la Ville d'Arras, n°' XVII, XXVIII, XXXII, XLIX. A la première de ces chartes, notification d'une vente de 1240, pend le sceau du maître de l'hôpital : une grande coquille avec légende presque entièrement détruite. Il est reproduit dans nolve Sigilloqr. d'Arras, pi. XIII 1, avec deux autres, 2 et 3, dont le dernier (une matrice du xv« siècle), porte l'effigie de S' Jacques, toute semblable à celle que André Lancquier peignit en 1602 d^ns son tableau des mayeurs. C'est à cette confrérie que semble l'attribuer sa légende : Suhl aux confrères de saint Jacque d'Auras
3 D'après le Nécrologe de la Confrérie des Jongleurs, Adeluia (as Paus) mourut fin septembre 1235. Par acte du.... 1236, dont l'original existe dans nos Archives communales, Jean Crespin le jeune renonça envers les exécuteurs testamentaires de la défunte et les frères de l'hôpital S'- Jacques à toutes contestations au sujet de la maison en face de l'église S'-Aubcrt (ante Scm Auherlum) (jue celle-ci leur avait léguée. Or, comme un document original do ce temps-là (Bibl. nat., Lat. 10972, fol. 13,'"'') place ante templum, devant l'église, la maison adjacente au moulin de Canteraine dite le petit hôpital S^-Jacques, c'est tiès vraisemblablement cette annexe qui faisait l'objet de la donation de 1235 et valut à Raoul Durant et Adeluie sa femme le titre de fondateurs. C'est pour quelque raison analogue, et contre toute évidence, qu'on les voit substitués à Euslache de Neuville, le véritable fondateur de l'abbaye du V^ivier.
Le renseignement nous est fourni par une très curieuse enquête du bailli d'Arras sur les couvents et hôpitaux de la ville et de la banlieue. Le document n'a pas de date ; mais comme il est d'une part antérieur à Tépiscopat de 1 hierry de Hérisson, de l'autre postérieur à la fondation du couvent de la Thieuloie, il se place nécessairement entre 1324 et 1329 ; il émane donc du bailli Aleaume Caclieleu.
Malgré quelques incertitudes quant aux premiers fondateurs de ces établissements, parfois confondus sous ce nom avec les continuateurs et bienfaiteurs de l'œuvre, on y trouve une statistique des plus curieuses sur leur personnel et leurs ressources à cette époque. On en jugera par l'extrait suivant, ([ue l'abbé Proyart a déjà publié :
(( Li hospilaus saiiil .Iakemes fonda Raouls Diirans et se feme bourgois d'Arras, S'il est mestiers, eskevin y prendent warde. Si sont \'I homes et A II fenies, et a cascuns VII niencaus de blé Tan pour sen vivre. Si n'ont que veslir ne que cauchier de le maison, ne que boire, mais il ont III fois le semaine potaj^e a hure ou a oile et au diemence char, et aucunes fois y falent. Si y herberghe on toutes les nuis en II parties, a l'une partie povres clers et povres prestres en biaus lis et blans dusques a XII, et en l'autre partie tous autres povres souffîsamenl. Et au coukier ont a cauller, s'il en ont mestier, et a souper des biens de le maison. Si y a II variés et III meskines pour servir pour tout. S'est li maisons en povre paine et doivent par droite poverté bien XXXII lib. par. Si doit li maisons de rente C sols cascun an el ne porroient vuivre se on ne les pourcachoit pai- le ville et par les églises III fois le semaine '. »
Les quêtes étaient, comme on voit^ la principale ressource de la maison. Ses messagers, niintii^ parcouraient le diocèse avec des lettres de l'évêque et autres recommandations plus ou moins authentiques, dont nous avons trois spécimens du treizième siècle 2. Nous possédons en outre un curieux prospectus contenant
1 Archives du Pas-de-Calais, A. 899.
2 10 Lettres du mayeur de la charité des Ardents, de juin 1248, recommandant aux fidèles le quéleur (nuntiiis) du pauvre hôpital S^-Jacques, porteur des présentes, et les associant, en retour de leurs aumônes, à toutes les messes, prières et bonnes œuvres de ladite charité. — Archives de l'hôpital St-Jean-en-Lestrée, S^-Jàcques, copie du XIII' siècle — Un texte très défectueux de cette pièce a été publié d'après le registre de Philippe Tieulaine par Ch. de Linas, La Confrérie de N.-D. des Ardents, p. 80, puis par Louis Cavrois, Carliilaire de X.-D. des Ardenls, p. 115.
2" Lettres de même teneur adressées par l'évêque d'Arras Jacques de Dinant, le vendredi après la S'-Denis 1255 (15 octobre à tous les doyens de chrétienté et prêtres du diocèse, les invitant à prêter assistance au quêteur de l'hôpital S'-Jacques et accordant trente jours d'indulgence à quiconque aura accompagné son aumône de la confession de ses péchés. — Ibid., original, sceau enlevé. Inédit.
Nous possédons une charte semblable de Jean (de Courlenay., archevêque de Reims, recommandant l'hôpital S'-Julien à la générosité des fidèles des diocèses d'Arras, d'Amiens, de Cambrai
le détail et la soirune des avantages spirituels que le quêteur de S^-Jacques olfrait aux fidèles en échange de leurs libéralités ^ Son porteur de reliques annonçait, au quinzième siècle, celles de S^* Marguerite et même un morceau de la vraie croix 2.
Hôtel de passage pour les prêtres, les clercs et les pèlerins sans gîte^ asile de nuit pour les pauvres, logés surtout à l'annexe de la rue S*-Aubert, près du moulin de Ganteraine^ Thôpital, aménagé pour ce double service dès le milieu du treizième siècle, entretenait, comme les autres hôpitaux, un certain nombre de prébendiers pour lesquels il était une sorte de maison de retraite. Leur nombre variait avec les circonstances : au quatorzième siècle, on y comptoit six hommes et sept femmes, plus deux valets et trois servantes. Les hommes ou frères, subordonnés au maître, rector ou gouverneur, en administraient le temporel ; les femmes ou sœurs s'occupaient de l'intérieur avec une maîtresse ou directrice quelquefois nommée prieure, elle même dépendant du maître. Chaque année, un receveur nommé par l'échevinage lui rendait ses comptes, dont plusieurs du quinzième siècle sont conservés dans nos archives communales.
Ces noms de frères, rendus, sœurs, prieures ont fait dire à l'auteur du Chronicon Belgicum que Thôpital était gouverné par des religieux et les historiens d^Arras l'ont répété. On se tromperait pourtant si Ton prenait le mot au pied de la lettre. Il ne s'agit pas ici d'un ordre monastique ayant reçu la direction de
et de Thérouanne. Le parchemin porte la trace d'un sceau pendant. Cette charte est fausse. Elle est, en effet, datée d'Arras le lundi après l'Exaltation de la S^*-Groix 1270. La fête (14 septembre) tombant cette année là un dimanche, c'est donc le lundi 15 septembre 1270 que l'archevêque aurait donné ces lettres. Or, il était mort le 17 août précédent! On s'est trompé de mois: les faussaires ont heureusement de ces distractions.
1 Cet aide-mémoire du quêteur consiste en un morceau de parchemin sur lequel il est écrit : « Dominus papa omnibus benefactoribus hospitalis S. Jacobi juxta S. Aubertum in Attrebato, in quo pauperes clerici et alii pauperes et peregrini reiiciuntur, decem dies de injunclis sibi penitentiis misericorditer relaxât; Odo legatus viginti ; archiepiscopus Remensis viginti; episcopus Atrebatensis triginta; vota fracta, si ad ea redierint; peccata oblita ; offensas patrum et matrum sine manuum injectione. Archiepiscopus de Galice participationem causa peregrinationis ecclesiesue concedtt. Abbas S. Vedesti, abbas de Aroaisse, abbas de Monte S. Eligii, abbas de Henin, Abbas de Cokes, abbas de Vauceles, abbas de Claromarisco, abbas de Aucort, abbas de Loncpont, abbas S. Walerici, abbas S. Johannis Morinensis, abbas S. Andrée Cameracensis, abbas S. Quentini, abbas S. Amandi, abbatissa de Eslruen, abbatissa de Vivario, abbatissa de Braella participationem omnium bonorum, Jejuniorum.elemosinarum, vigiliarum, missarum que fiunt in abbatiis suis et in membris carundem concedunt. Fratres predicatores S/Jacobi, fratres minores, fratres Trinitatis, fratres et sorores ejusdem hospitalis... et bénéficia que fiunt et de cetero lient in domo sua concedunt.
Summa missarum Vm (quinque millia) ; summa dierum IIII»». (Octoginta). — Ibid.
2 Archives comm.. Compte de l'hôpital S*-JacqiieSy année 1430-1431.
l'hôpital. Ces frères étaient simplement des confrères hospitaliers; il en était de même pour les sœurs. Tous y vivaient nécessairement en célibat, soumis à une règ-le commune pour les pratiques religieuses comme pour le reste, et c'est en quoi leur vie quotidienne rappelait l'organisation claustrale. Affranchis d'ailleurs des vœux solennels, ces congréganistes pouvaient à leur g-ré quitter l'hôpital en cédant leur prébende ou en la vendant, ainsi que nos Archives en offrent de nombreux exemples.
Les échevins ayant la haute main sur les hôpitaux, il leur appartenait de pourvoir aux vacances produites par le décès des titulaires. On les voit d'ancienneté se partager les avantages de l'opération, en exerçant ce droit à tour de rôle, dans l'ordre que leur assignait un roulement établi par le sort au commencement de chaque échevinage.
L'échevin auquel un pain d'hôpital venait <i échoir en disposait sa vie durant. C'était là un des petits bénéfices de la magistrature urbaine, et ce n'était pas le seul.
Cette coutume fut abolie après l'élection de l'échevinage annuel du 31 octobre 1414, lorsqu'il fut décidé d'abord que les maire et eschevins, y compris les argentiers (ils étaient deux et réclamaient l'assimilation) « seroient vestus d'une (même) livrée », c'est-à-dire de robes pareilles; « et les autrez officierz, à l'ordenance de Mess, maieur et eschevins » ; ensuite « que les pains que soloient avoir eschevins se venderoient au prouffît de le ville ».
Pour compenser les frais de ces robes de parure uniformes assignées aux officiers municipaux et pourvoir à la livrée ordinaire de leurs sous-officiers (( les pains d'hôpitaux, prouvendes et mansions » vacants furent désormais vendus aux enchères publiques de la bretêque i.
Ni les pauvres ni Thôpital ne gagnèrent à ce changement. Si la situation de S'-Jacques était déjà précaire au quatorzième siècle, comme on l'a vu par l'enquête, il ne semble pas qu'elle fut plus brillante au seizième. Dès avril 1464, on avait dû vendre à rente perpétuelle « la maison nommée Le Petit hôpital^ tenant au goulot de S* Aubert et faisant coin de la ruelle de la maison et four
l « Primes fu ordonné par l'ordonnance de noslre redoublé seigneur Monsg'" le duc de Hourgongne, conte de Flandres et d'Artois, le gouverneur d'Arras et autrez officierz, que les maire, eschevins et argentiers seroient vestus de une livrée^ et les autrez officierz à l'ordonnance de mess, maieur et eschevins ; et les pains se venderont au prouffit de le ville, que soloient avoir eschevins. » — Archives comm., Reg. mém. \\ côté A, fol. 46r*. — Cf. ibid. Reg. aux embrevures, Janv. liI8 n. si., -20 juin 1419, p 117.
de Ganteraine '. En lo33, sou revenu était de 77 liv. 9 s. 6 den., et sa dépense, tant en rentes foncières que bois, braise, poix, paille, chandelle, huile, etc., avec le salaire du concierge, montait à 33 liv. 13 s. 1 den., laissant un actif de 44 liv. 16 s. 6 den. pour les gros ouvrages et réparations 2.
Or, vingt ans après ses bâtiments tombaient en ruine et la clientèle lui faisait défaut, lorsque les sœurs grises de Saint-Pol, fuyant devant l'incendie de leur couvent par les Français, vinrent au nombre de douze ou quatorze demander aux échevins d'Arras de pouvoir s'y installer. On les y autorisa, sous condition toutefois qu'elles prendraient l'engagement de soigner à domicile les bourgeois malades^ « et de ne pas mendier par besache occultement ne autrement ». Wallerand Gallouart, gardien de cette maison depuis plus de quarante ans, dut être congédié ; mais ses gages annuels lui furent maintenus et même portés de 4 livres à 10 livres comme dédommagement ^.
Ces anciennes fondations charitables, insuffisamment dotées, avaient beaucoup perdu de leur utilité première; leurs maisons étaient trop nombreuses et d'un entretien très onéreux. Aussi l'administration communale résolut-elle de s'alléger d'une partie de ce fardeau. Elle y fut autorisée par lettres de Charles- Quint du 9 avril 1554, dont l'extrait suivant nous dispensera d'entrer dans plus de détails sur la suppression de l'hôpital Saint-Jacques :
(( Charles, par la divine clémence, etc. Receue avons Thumble supplication de nos bien amezlesmayeuret eschevins de nostre ville d'Arrascontenantcomme entre autres biens compétaiis aux hospitaux nommez de Sainct-Jacques, Sainct-Julien et de la Ma^delaine fondez en notre ville, desquelz ilz ont Tadministration, sont plusieurs maisons situées en nostre dicte ville, dont aucunes ont cy-devant esté applicquées à usaige d'hospital pour y logier pèlerins passans leur chemin et malades, et le revenu procédant des autres a esté applicqué à Tentretenement desditz hospitaulx ; mais par succession de temps la pluspart desdictes maisons sont grandement détériorées et pour le présent fort caducques, non fréquentées de pèlerins passans ou malades, lesquelz, comme il faict à présumer, ont plus désiré converser le grand hospital d'Arras fondé par noz prédécesseurs, desdié ensamble pour y recepvoir pellerins passans et malades, comme aussi
J Ibid. Reg. inéni. /A', fol. b^°. — Le four et le moulin de Ganteraine, rue S'-Aubert, sont marqués en bleu sur le plan de Desailly publié en 1859 par l'archiviste A. Godin. Mais au lieu de ces deux fiefs de Tabbaye de S'^-Vaast, le Répertoire de ce plan, n» 271, place en cet endroit le Cheflieu du gàule sans soire (lis. gaule de Sançoirre ou Sancerre), qui était au Wetz-Damain. Le plan original des Archives n'a pu commettre une telle méprise.
2 Archives du Nord, Portefeuille Artois, ,Ybis; Subsides ecclésiastiques.
3 Archives comm., Reg. mém. XIV, fol. 235ï"°, 14 déc. 1533.
est uii^ aultre hospital des maieur et confrères de Saint-Jacques, de sorte que la pluspart desdictes maisons ne rendent ou apportent aucun [prouffitjausditz hospitaulx, mais chascun an pour icelles convient supporter grand frais, mises et charfçes, tant pour leur entretenement et ouvraiges que réparations ordinaires, traictement du
concierge et garde desdictes maisons auroient résolu et advisé vendre et
aliéner lesdictes maisons, en réservant Tune d'icelles seulement, la plus propice et commode pour, estant réparée deiiement en forme d'hospital général, y recepvoir et
loger doresenavant povres, pèlerins passans ou malades, chartriers et aultres
Octroyons qu'ilz puissent vendre toutes les maisons sus mentionnées appartenans ausditz trois hospitaux de S^-Jacques, S^ Julien et de la Magdelaine, en réservant et
retenant tant seullement la maison et hospital nommé des Ghariotz auquel se
mettront autant de couches et lictz que ordinairement et anciennement avoit es susditz trois hospitaulx, qu'estoient en nombre de trente deux couches furnies de lictz et linceulx et couvertures, pour audit général hospital doresenavant recepvoir et loger pèlerins passans et malades, ainsi que Ton estoit tenu de faire esditz trois hospitaulx...» 9 avril 1554 i.
Notre histoire locale est tombée ici dans une étrange méprise. On lit partout qu'en 1494 l'hôpital S'-Jacques fut transféré de la paroisse S'-Aubert auprès de l'église S'^^-Croix^ dans un immeuble dont il avait fait l'acquisition. C'est ainsi qu'une confusion inexplicable à tous égards entre deux établissements absolument étrangers Tun à l'autre, a fait de la suppression du premier un simple déplacement, qui, en l'identifiant au second, prolonge indûment son existence 2. Comme vient de l'indiquer déjà l'acte qui précède, on va voir par ce qui suit que rien ne justifie cette conception.
Alors que, supprimant l'hôpital de S'-Jacques et deux autres, Téchevinage transférait leurs trente-deux lits à l'hôpital Achariot transformé en hôpital
1 Ibid., fol. 240.
2 Le P. Ignace, ms. 1037, t. Il, p. 339. et ms. 1039, L. III. p. 468. — Harbaville, Mémorial histor., t. I, p. 68. — Proyart, Notice sur les Eiabliss. de bienfaisance, p. 43, — Idem, Notice sur le Saint-Cierge d'Arras, p. 21. — A. d'IIéricourt et Godin, Les Rues d'Arras, t. I, p. 128 et t. II. p. 359-362. — A. de Cardevacque, Lahbaye de St-Vaast, t. I, p. 166. — C. Le Gentil, Le Vieil Arras, p, 351. — A, Terninck, Arras, p. 98. — G. de Hauteclocque, Mém. de l'Acad. d'Arras, 2m« série, t. XllI (1882), p. 29, n. 3.
général, il existait à Arras une très vieille confrérie de S'-Jacques, installée depuis soixante ans seulement dans l'ancien hôtel de Hely, derrière l'église Sainte-Croix, où s'ouvrait sa porte cochère. C'était un vaste manoir, comprenant maison manable, salle, chambres, chapelle, cimetière, jardins et dépendances. Raimon de Rely dit Morel, chevalier, bourgeois d'Arras, marié à Jeanne du Luiton, la possédait en 1382, 1395, etc.
Elle échut vers 1427 à Martin son petit-fils, alors âgé de cinq ans, fils unique orphelin de Jean de Rely dit Griffon et de Jeanne de Happlincourt.
Ce Martin de Rely dit le Bon, chevalier, seigneur de Rely et de Goyencourten-Santers, par acte passé à Amiens devant auditeurs royaux le 10 avril 1494, vendit son hôtel d'Arras avec ses dépendances, pour la somme de huit cents livres, à Henry Lallart niayeur, Jean Lefebvre chapelain, et Jean Petit confrère, agissant conjointement au nom de leur confrérie de Saint-Jacques. Le vendeur se réservait la propriété d'une maison avec grange attenante, situées au bout du jardin, plus la jouissance sa vie durant des deux oratoires ménagés dans la chapelle, l'un au rez-de-chaussée, l'autre à l'étage. 11 était d'ailleurs stipulé que cette vente ne conférait aux acheteurs aucune seigneurie sur les fondations de messes de la chapelle, non plus que sur tout ce qui concerne les choses sacrées i.
Cette chapelle remontait haut; elle avait été fondée en octobre 1243 par Adam Esturjon, descendant d'une riche famille bourgeoise déjà établie à cette même place en 1170. comme on le voit iiu pouillé des rentes foncières de l'abbaye inséré au cartulaire de Guiman : Adam Sturions. infirmarlo VI den» et 1 cap. -. Outre son hôtel d'Arras, Adam possédait le manoir de Bellemotte à Blangy, qui échut après lui à Jacques Esturjon, puis à Baude le Normant. Il mourut en 12r/7. salué par un poète artésien dans une moralité sur le néant des richesses ^.
A la chapelle Esturjon, que le peuple transforma en Escourgeon, était attaché le bénéfice d'un chapelain perpétuel, dont le presbytère faisait le coin
1 11 nexiste plus qu'une copie modenie de cet acte (Arch. eonim., TiG. T. dont la partie essentielle a été imprimée dans le Mémoire pour MM. Briois d'Angre et d'Hiilluch. pièces justificatives, seconde partie, p. 5, n» 1 i, — D'après Tusa^^e, l'oratoire supérieur servait au seigneur et à sa famille, celui d'en bas à la domesticité. \'oir le plan de l'IiAtel à la fin de cette notice.
2 P. 238 de lédilion Van Drivai.
3 A. Jeanroy et H. Guy, Chansons et Dits artésiens, pièce IV, p. iO. — Cf. notre article sur La Satire à Arras dans le Moyen-Age, année 1899. p. 25") (p. 20 du tirage à part;.
de la rue du Croissant sur celle de la Vieille-Vintaine, côté de la Meule de Moulin. Le premier titulaire dont on connaisse le nom est sire Andrieu en 1382 1.
La confrérie de Saint-Jacques en Sainte-Croix remontait à une non moins haute antiquité. Il en est fait mention dans une pièce satirique composée vers 1260 par un poète anonyme d'Arras, qui met en scène
Li frère de Saint Jacque a che caperon jurant.
Ces confrères de S^-Jacques au grand chapeau étaient des flamands immigrés, colonie industrielle établie aux environs du Marché-au-Filé et dans les basses rues adjacentes. Us étaient paroissiens de Sainte-Croix et c'est un chapelain de cette église qui administrait au spirituel la confrérie à laquelle ils appartenaient :
Il lit de Sainte-Crois le capelain mander 2
Y avait-il dès ce temps-là un lien quelconque entre la confrérie de Saint- Jacques et la chapelle Esturjon? Peut-être, mais je ne connais rien qui permette de l'affirmer. On comprend d'ailleurs combien doivent être rares dans nos Archives les documents anciens relatifs à une institution de ce genre ; aussi nous faut-il franchir une lacune d'un siècle et demi et descendre jusqu'au quinzième pour en ressaisir la trace.
Par acte du 14 septembre 1416 passé devant échevins, «Jehan Fournier, maieur de le carité S^- Jacque, et les confrères d'icelle, ou nom et prouflit de ledicte carité », prêtent vingt-six écus d'or à Simon Finet et Jacote Ravenote sa femme, et à Henry de Pontieu et Marie de Sammer sa femme, tous bourgeois d'Arras et membres de la confrérie. On voit par là qu'elle existait toujours, qu'elle avait certains rt;venus, une caisse commune et la capacité civile ^. Où était son siège? on l'ignore ; sans doute dans quelque chapelle paroissiale, car on ne voit pas qu'elle ait possédé alors aucun immeuble.
1 Mém. de V Académie d'Arras, l. XXXVI (1866^ p. 375 : Rentes sur les maisons, etc., '"" tour de la paroisse Stc-Croix.
2 Voir notre Introduction au Livre rouge de la \'intaine, dans le Bulletin historique du Ministère, année 1898 (p. 38-39 du tirage à part^, et La Satire à Arras, loc. cit., année 1900, p. 131 (p. 81 du tirage à part).
3 Archives comm., Beg. aux embrevures^ fol. I33.
Quarante ans plus tard, le 8 juin 1456, Simon le Gaudrelier dit Le Cocq, agissant au nom de la confrérie de S*-Jacques, obtenait une « commission du parlement au sujet d'une contestation survenue entre elle et le curé de S'-Jeanen-Ronville, pour la chandelle que les confrères avaient coutume de mettre dans cette église ». Nous n'avons sur ce débat d'autre renseignement que cette analyse insuffisante de la pièce aujourd'hui disparue.
L'une des parties en cause étant le curé d'une autre paroisse, on pourrait se demander si la confrérie dont il s'agit est bien celle de S'-Jacques en Sainte- Croix. Personne n'en doutera quand on saura que cette pièce appartenait à ses propres archives, dont l'inventaire dressé le 3 septembre 1 781 nous en a conservé la description ' .
L'acquisition de 1494 transforma la confrérie en donnant à son influence restreinte une extension nouvelle. Maintenant qu'elle était propriétaire non seulement d'une chapelle, mais d'un hôtel où les pèlerins pourraient être hébergés, l'hôtel prit le nom charitable d'hôpital S'-Jacques. Sur Tétendue de cette hospitalité et la fréquentation des pèlerins, nous ne savons absolument rien, non plus (|ue sur l'ancien aménagement des locaux, les conditions d'admission des confrères, les revenus de Tassociation, son organisation économique, le nombre de ses membres, etc. Les comptes de la confrérie nous manquent, sauf pour les dernières années de son existence ; or, ce n'est pas avec des informations éparses, glanées çà et là au hasard des recherches, qu'on peut suppléer au manque de ces documents essentiels irréparablement détruits ^.
Il en est un surtout dont la perte nous est particulièrement sensible : le texte des statuts de la confrérie, liomologués par l'échevinage le 4 juillet 1498. Coté dans l'inventaire et versé aux archives communales, il en a été enlevé, comme l'ont été les deux listes des majeurs qu'un heureux hasard a réintégrées depuis dans nos dépôts. Si la même chance nous rend un jour les statuts, ce qu'à Dieu plaise! ils nous aideront sans doute à comprendre ce que l'on entendait au juste par pèlerin de S'-Jacques dans les conditions d'admissibilité à la confrérie.
Il n'est pas douteux que, parmi les membres, il s'en trouvait bon nombre qui avaient visité personnellement Compostelle ; même après le moyen âge et iusqu'au dix-huitième siècle, cette dévotion n'était pas rare en Artois : les
I IhicL, IlôpiUl Sl-Jac(iiics, GG 1
testaments, les épitaphes, les entravestissements même en donnent la preuve. Mais comme il n'était pas loisible à tout le monde d'effectuer en personne un aussi long- voyage, on le faisait faire par procuration ; des pèlerins gag-és s'en chargeaient. C'est sans doute à ce titre que nous voyons deux bourgeois, Jean le Boucher et Pierre de le Disme, celui-ci, mayeur-chanteur de la confrérie des Ardents, partir en 1489 pour S'-Jacques : la peste régnait alors à Arras.Ni l'un ni l'autre n'en revinrent i.
Il est permis de croire que beaucoup de confrères avaient fait ainsi leur pèlerinage, soit par Tintermédiaire de remplaçants individuels, soit en se cotisant pour l'envoi d'un délégué à frais communs. Il se peut aussi que la confrérie elle-même envoyât périodiquement, en nom collectif, un pèlerin mercenaire visiter le tombeau de l'apôtre.
Quoi qu'il en soit de cette conjecture, ce qu^on sait du moins avec certitude, c'est que la confrérie de S'-Jacques était administrée et représentée civilement par un (( mayeur et quatre » annuellement renouvelables. Ces quatre (échevins) se retrouvent dans la plupart de nos corporations de métiers. La transmission de leurs messages incombait au doyen : ce dignitaire était le concierge. Nous le voyons, dans son rôle officiel, inviter chaque année les échevins au service que la confrérie était tenue de faire célébrer pour eux dans sa chapelle, à cause de l'amortissement de l'hôtel et de ses dépendances 2.
Le manoir seigneurial comprenait, comme à l'ordinaire, une vaste salle, mentionnée à part dans l'acte de vente ; elle fut le siège des assemblées plénières, des fêtes, peut-être même d'un banquet annuel : car pour ces associations charitables et autres, le repas de frairie, ou tout au moins la « bevée », le potus, était le symbole fondamental de la confraternité, comme dans les anciennes guildes ; mais nous manquons de renseignements sur ce point.
1 Pierre de le Disme, meulequinier, reçu bourgeois le 14 mars 1468 v. st. était « canteur de la ville pour le carité des Ardans», lorsque, le 30 décembre 1485, réchevinage lui interdit « de plus chanter ses canchons es jours des dimenches et des festes à l'eure que on fait les seremons. en l'église, ne aus heures des vespres ». Il était vacant, c'est-à-dire remplacé pour un an dans ses fonctions par l'autre mayeur chanteur de la confrérie — ils alternaient — lorsqu'il partit pour Compostelle. En son absence, sa femme chargée de sept petits enfants, reçut de la ville un secours de 24 s. Bientôt après, un autre secours de 16 s. était accordé à sa veuve. — Compte de la ville d'Arras. (Monteil) année 1489-90, fol. 57 '^» et 59^°.
2 Les vigiles, commendasses et messe que les confrères devaient faire célébrer chaque année dans leur chapelle à l'intention du magistrat étaient fixées aux 14 et 15 avril par les lettres d'amortissement de leur chapelle et de leur hôtel, datées du 15 avril 1494. — Archives comm., Reg. mém. XIV. fol. 417ro ; XV, fol. 263vo ; XVI, 253''o.
Tout ce que nous savons, c'est que le vingt-cinq juillet, jour S^-Jacques et S^-Ghristofle, la fête patronale était célébrée avec une pompe extraordinaire. Par ordre de Téchevinage, les rues de la ville qu'allait parcourir la procession devaient être tendues de tapisseries J. La messe était chantée à la chapelle par un moine de Tabbaye, à qui appartenait l'église paroissiale de Sainte-Croix, faveur que les confrères en corps, précédés de leur chapelain, avaient dûment sollicitée du grand-prieur une semaine à l'avance. Ils y retournaient ce jour-là chercher l'officiant et le ramenaient processionnellement à St- Jacques.
Le cortège était précédé du porte-guidon de la confrérie, revêtu d'une casaque rouge, chargée de coquilles et de bourdons de pèlerinage en sautoir. La banière en damas de même couleur présentait l'image de S*-Jacques à cheval et l'écusson de la ville, surmonté et accosté de trois rats, avec cette devise en bordure : A l'honneur de Dieu et de saint Jacques le Grand ^.
C'est avec la même solennité que les confrères se rendaient ensuite à l'église abbatiale pour y faire l'hommage féodal de leur chapelle bâtie sur le tréfonds du monastère. Le grand-prieur ou son délégué les recevait dans le chœur et en retour leur faisait présent de huit cannes de vin pour leur fête ^.
Dans ces diverses cérémonies, le mayeur portait le bâton de parade avec la plaque pectorale à l'image de l'apôtre, suspendue au cou par une chaîne de coquilles d'argent ^. Mais qu'était l'insigne des confrères ? Chapperon, bourdon, « affîque », verge blanche ? on ne sait. Leur nombre nous échappe également. On peut toutefois affirmer qu'ils devaient être fort à l'aise dans leur grande salle, s'il est vrai qu'elle pût contenir sept cents personnes : c'est du moins ce que laisse entendre Pontus Payen, lorsqu'il raconte la mémorable assemblée qui s'y réunit le 10 janvier 1578, pour l'élection des quinze tribuns ^.
On voit par là que l'hôtel, n'étant occupé qu'accidentellement^ se prêtait à toutes sortes d'utilisations. C'est ainsi que les Dominicains, dont le couvent
1 Ibid., Reg. aux bans et édits [Livre vert), fol. 184^«», 25 juillet 1625.
2 Costume de Jean Descamps, 129* mayeur et porte-guidon de la confrérie. Voir plus loin la liste des mayeurs.
3 Biblioth. d'Arras, P. Ignace, ms. 1039, t. III, fol. 468.
4 Voir les planches de portraits. — Cf. G. Le Gentil, Le Vieil Arras. p. 352.
5 Pontus Payen, Discours véritable publié par A, d'Héricourt, Troubles d'Arr&s en 1577- 1578, t. II, p. 14. — L'aire de la grande salle n'ayant guère que cinquante-deux mètres carrés, l'assemblée tumultueuse qui s'y tint devait nécessairement déborder dans la pièce adjacente (la cuisine ?) et dans la cour.
extra-muros avait été détruit, s'y réfugièrent après le sièj^e de 1640 et sollicitèrent la même faveur après l'investissement de 1654 '. La canonnade de cette dernière attaque avait, paraît-il, « quelque peu détérioré la grande salle de cassis et de vitres, comme aussi la tour et le pignon du deuxième corps de logis ; mais la chapelle de la confrérie estant dans la première court de le dite maison, ensemble le clocher d'icelli chapelle, quy est couvert de plomb », n'avaient nullement souffert. Le dommage fut donc promptement réparé et rhôtel^ au dire des experts, remis en parfait état «. Douze ans plus tard, la ville l'appropriait au logement des soldats malades ^.
La confrérie ne prévoyait certainement pas cette future transformation, lorsque, « pour plus ce lieu décorer », elle résolut en 1602 de revêtir une des murailles de sa grande salle d'un panneau de bois où seraient peints, dans des compartiments uniformes et symétriques, tous les portraits des anciens mayeurs. Cette décision fut prise sous l'administration de François Manessier, mayeur et prince.
Cette qualification de prince, jointe à celle de mayeur, appelle l'attention. On les trouve ainsi réunies en 1506, 1513, 1556, 1560,1582, 1586, 1602,1672, 1706, 1724,1752 et 1768. Elles correspondent au double aspect que présentaient alors toutes les associations semblables. On sait, bien qu'on l'oublie trop aisément^ quel mélange du sacré et du profane le moyen âge nous offre partçut, dans ses mœurs, ses coutumes religieuses et civiles, ses institutions, sa littérature, ses cérémonies publiques. Cette confusion le caractérise, bien qu'elle lui ait partiellement survécu, et c'est pour n'en pas tenir compte que quelquefois on le comprend si mal En même temps qu'association pieuse et charitable, la confrérie de S^-Jacques formait une compagnie joyeuse et, comme telle, participait à toutes les pompes officielles ainsi qu'à toutes les fêtes populaires et réjouissances carnavalesques d'Arras et des villes circonvoisines. Car chacune d'elles avait alors ses compagnies d'acteurs en plein vent, qui,
1 Archives comni., Reg. aux résolutions, t. I, fol. 430'».
Comme les Dominicains habitaient à cette date leur nouveau couvent de la rue de Quièvremont, c'est peut être pour loger ailleurs des religieux réfugiés, ou même des religieuses, qu'ils eurent besoin d'un autre local. Déjà dans la première période de cette guerre, les dames du Vivier, n'étant plus en sûreté dans leur abbaye de Wancourt, avaient trouvé un abri provisoire à l'hôpital S'-Jacques.
2 Ibid., fol. 430'-o. — Reg. aux attestations, 1641-1690, fol. llT^o.
3 Ibid, Compte des Commis aux ouvrages, année 1676, fol. 52'<'.
groupés sous des noms plus ou moins facétieux, s'associaient à ces divertissements de toutes sortes, depuis les jeux et concours de rhétorique jusqu'aux chevaux d'osier.
Chaque troupe à son tour était dirigée par un chef dénommé roi, prince, amiral^ prévôt, pape, évêque, abbé, prieur, etc., suivant le caprice des organisateurs. Parmi ces titres, celui de prince était le plus répandu ; aussi désignait-on sous l'appellation générale de « prinçages » ou « principautés » toutes ces variétés de groupements littéraires, scéniques et burlesques i.
On ne peut s'attendre à trouver dans nos Archives le récit de ces réjouissances et représentations populaires, qui revenaient chaque année à la même époque. On y rencontre cependant, dès le quinzième siècle, à l'occasion de rentrée solennelle de chaque nouveau souverain, des descriptions très détaillées où les renseignements abondent sur ce sujet. Celle de Charles-le-Téméraire, du 16 mars 1469, nous permet de constater la participation de la confrérie de St-Jacques aux jeux scéniques donnés à cette occasion, vingt-cinq ans avant l'acquisition de leur hôtel.
De la porte St-Michel à celle de la cité, onze estrades avaient été dressées aux frais de la ville sur le parcours du duc se rendant d'abord à la cathédrale . Onze compagnies devaient y faire leurs « remonstrances ». St-Jacques occupait la septième, celle de la place Miauwe (des Etats), où elle représenta « l'histoire de Roboam, qui crut plus tost les jones que les anchiens », autrement dit l'origine du schisme des dix tribus d'Israël. Toutes les histoires mimées dans cette circonstance avaient été extraites « tant de la sainte écriture Jque des faits des Romains et autres par Clément du Bos, curé de St- Jean-en-Ronville, lesquelles histoires il avait fait getter et pourtraire en pappier par les paintres Jacquemart Pillet, Robert de Monchaulx et GoUart Boutevillain ».
Outre ce qu'elle avait payé au prêtre et aux peintres pour les frais de ces patrons, 3 liv. d'une part et 3 liv. 2 s. de l'autre^ la ville allouait à chaque compagnie une gratification de trois livres, en tout trente livres 2.
1 L'importante corporation des marchands de vins ou taverniers était présidée et représentée par un « prince », dont l'élection avait lieu chaque année le mercredi des Cendres. Le « prince » est simplement ici un mayeur sous un autre nom.
2 Ibid., Reg. mém. IX, fol. 36-39 et fol. 49*0.
Lors des réjouissances du 1" octobre 1489 qui suivirent la conclusion de la paix entre Charles VIII et Maximilien d'Autriche, nous retrouvons parmi les sociétés qui y prirent part les (( confrères de S'-Jacques », avec le prince et compag'nons d'Amours (drapiers) et le prince et gens de l'Adventure ^
Une ordonnance échevinale publiée le 4 Janvier 1494, pour régler le cérémonial de la réception qui devait être faite le dimanche gras aux compagnies des villes voisines, décida que « le prince de S'-Jacques irait avec l'abbé de Lyesse et le prince de Bon vouloir, chacun avec sa compagnie^ au-devant des compagnons de Cambrai )) 2.
La première et joyeuse entrée de Tarchiduc Maximilien le 25 juin 1599 fut, comme toujours, saluée par des illuminations, des feux de joie, des spectacles et autres a joyeusetés )). Le cortège mit une heure et demie pour aller de la porte S'-Michel à l'abbaye de S'-Vaast, passant devant dix-huit théâtres, où les diverses compagnies formaient leurs tableaux vivants. Celui de S'-Jacques dressé sur la Petite-Place s'étendait du coin de la rue de Justice jusqu'au puits devant la maison de la Baleine: « hourt bien paré et acoustré, où avoit flambeaux de chire ardant, auquel hourt se remonstroit Tistoire de Bauduin et autres comtes de Flandres )) 3.
Mêmes réjouissances le 28 février de l'année suivante, lorsque la princesse de Castille, Marguerite d'Autriche, fille de ce même Maximilien, entra solennellement dans Arras à son retour d'Espagne. C'était la veille du dimanche gras ; comme toujours, des compagnies de Lille, Douai, Cambrai, Béthune, étaient venues se joindre à celles d'Arras pour célébrer la fête. Celle de S'-Jacques est citée, mais sans indication de son théâtre et de son jeu Peut-être occupa-t-elle « au-devant de la maison dwLimechon^ contre le puis devant les boucheries, ung beau long hourt que avoient fait faire les bouchiers et cabaretz, où se faisoit remonstrance de la vie saint Jacques, et allumerie tout en long du hourcq )) ^.
1 Ibid., Reg. mém. X, fol. 72'o.
2 Ibid., Reg. aux bans et édits, fol. 145'°.
3 Ibid., Reg. mém. XI, fol. 96-106.
4 Ibid., fol. 120-123. En 1538, le « jeu des miracles de Monsieur S'-Jacques» fut représenté parla confrérie des pèlerins de S'-Jacques de Douai (Arch. de Douai, GC 258) : cette confrérie, fondée en 1452, avait acheté en 1526 un hôtel, qui fut Thôpital du Petit-S'-Jacques. Les Archives de Compiègne, CC 24, mentionnent le même jeu en 1466 : cette ville avait une confrérie des pèlerins de S'-Jacques qui participait par ses représentations scéniques à toutes les réjouissances populaires.
L'entrée de Gharles-Quint eut lieu le 16 mai 1516 avec une pompe extraordinaire. Huit « allumeries » et dix-sept théâtres avaient été dressés sur son passage : « Au-devant de La Balai/ ne, dit la relation, fut fait par les confrères de S*-Jacques ung- beau hourt, où estoit la prise de Grenade en plusieurs chappitres, bien fait et honnestement préparé » i.
Nous les retrouvons en octobre 1564, à la grande fête que les Arbalétriers donnèrent en l'honneur de Pierre Théry. Trois ans de suite leur confrère avait abattu Toiseau au concours du premier mai ; or, il était de règle partout, dans la région du nord, que cette triple couronne conférait au roi des arbalétriers le titre d'empereur. Pierre Théry fut donc proclamé au milieu d'interminables festins. Quatre empereurs et douze rois des villes voisines prirent place parmi les deux cents convives. Le vin y coula à flots, grâce à la surabondance de gracieuses libéralités. Parmi les donateurs figurent les confrères de S^-Jacques avec le prévôt des Cocquins, le prince de PArrière et autres ; mais la palme appartient à Pabbaye de S*-Vaast pour sa généreuse offrande d'une pièce de vin en cercles 2.
En compulsant les anciens registres des villes voisines, Lille, Valenciennes, Cambrai, Douai, Béthune, on constate que si le concours de leurs compagnies ne manquait jamais à celles d'Arras pour les joyeusetés de son dimanche gras, celles-ci en retour s'empressaient de le leur rendre aux jours de leurs fêtes populaires. S'-Jacques, par exemple, était au premier rang de nos troupes d'acteurs allant à Douai le premier janvier pour la fête des Anes ^.
Partout d'ailleurs on rencontrait des confréries de S^-Jacques. A Tournai, on en conserve les curieux statuts de 1351. Celle de la chapelle du rivage à Béthune, fondée et réglementée le l*' mai 1 439 par Jeanne de Hainaut, comtesse de Namur, allait en pèlerinage à Aire le jour S*^- Jacques et elle y «jouait des jeux de farces » ^.
Ces rencontres rendaient plus étroites leurs relations confraternelles. Elles se visitaient. Le 21 Août 1610, Charles Térache, mayeur, partit pour Cambrai,
1 Ibid., Reg. mém. XI, fol. 111-117.
2 Ibid., Reff. mém. XIV, fol. 368^o.
3 Archives de Douai CG 242. — Parmi les compagnies joyeuses de Douai et des villes voisines qui se rencontraient à ces fêtes au cours du seizième siècle, on relève celles qui suivent : Le Roi des Mal pourvus dOrchies ; l'Amiral des Indigents de Marchiennes : le Recteur des Bons enfants, l'abbé du Grand Hacquebart, le Prince d'Amours de Douai ; l'abbé de Liesse d'Arras ; l'abbé des Tard sages ; l'Amiral de Valenciennes ; l'Evéque des Balours ; les Apôtres de La Gauchie ; le Père des Sots de Tabbaye d'Anchin ; le Prince de Plaisance; le Prince de Bon vouloir ; le Prévôt des Coquins de Valenciennes; le Prince de Jeunesse d'Orchies ; l'Abbé de Peu de Sens d'Oisy : le Prince de Sottie de Lille ; les Cochons de la Rouge truie, etc. — Cf. Harduin, Mémoires sur Arras et l'Artois, p. 29.
4 Archives d'Aire-sur-la-Lys, Compte de la ville, année 1511-1512.
accompagné de Pierre Hanocq, chapelain, de vingt-quatre anciens mayeurs, de quatre chapelains^ du guidon Jean Louchet et de Hubert Croisé, doyen de la maison '. En 1612, le dimanche 9 septembre, les pèlerins de SMacques de Cambrai furent reçus à leur tour par ceux d'Arras ; ils étaient trente-deux, en tête desquels on remarque Nicolas de Béthune, leur prince 2.
Après ces détails épisodiques sur le rôle mondain de la confrérie, nous sommes ramenés au~ point de départ : la décision prise par François Manessier en 1602 relativement aux portraits des anciens mayeurs. Son projet fut aussitôt mis à exécution ; et après lui ses successeurs continuèrent son œuvre. Le premier panneau rempli, on en appliqua un autre à la muraille suivante en 1611, si bien qu'à la veille de la Révolution toute la salle était garnie de portraits quand la confrérie fut dissoute. C'est d'après leur inventaire que fut alors dressée la liste générale des mayeurs que nous possédons.
Comme cette liste est imprimée plus loin, avec plans d'assemblage de deux panneaux et reproductions d'un certain nombre de portraits, il nous a semblé préférable d'en rapprocher tout ce qui concerne leur confection, leur démolition, leurs épaves et leur restitution.
Les pèlerinages de Compostelle déclinèrent rapidement à la fin du dix-septième siècle. On sait de quels désordres ils étaient le prétexte ; Louis XIV résolut d'y porter remède^ d'abord par son édit d'août 1671, puis par sa déclaration aggravante du 7 janvier 1686 : elle soumettait ces pèlerinages à son autorisation expresse, sous peine des galères à perpétuité pour les hommes et de punition arbitraire pour les femmes. Le renouvellement et l'application sévère de ces ordonnances du 15 novembre 1717 et l^' août 1738 leur porta le coup de grâce «*,
1 P. Ignace, ms. 1039, l. III, fol. 468.
2 Voir plus loin la liste des mayeurs. n* 120.
3 Les considérants de Tédit royal daté de Fontainebleau, août 1671, expose ainsi les abus des pèlerinages en pays étrangers : « Sous un prétexte spécieux de dévotion et de pèlerinage, plusieurs soi-disant pèlerins quittent leurs parens et leurs familles contre leur gré, laissent leurs femmes et leurs enfans sans aucuns secours, volent leurs maîtres, abandonnent leur apprentissage, et suivant Tesprit du libertinage qui les a inspirés, passent le cours de leur pèlerinage en une débauche continuelle : il arrive même que la plupart des gens vagabonds et sans aveu, prenant la qualité de pèlerins pour entretenir leur oisiveté, passent en cet équipage de province en province, et font une profession publique de mendicité : et d'autres, encore plus punissables, s'établissent dans des pays étrangers où ils trompent des femmes qu'ils épousent au préjudice des femmes légitimes qu'ils ont laissées en France » — Jourdan, Recueil général des anciennes lois françaises, t. XVIII, p. 336, n» 654. Pour les déclarations postérieures, voir t. XIX, p. 537, n» 1200; t. XXI, p. 156, n° 154 ; t. XXlI, p. 111, n" 522. — Cf. Pèlerinage d'un paysan picard à S^-Jacques de Compostelle, publié et annoté par le B»" de Bonnault d'Houët (Montdidier 1870)- Introduction, p. XVI.
Depuis longtemps sans objet comme sans recrutement, la confrérie n'avait pas attendu jusque là pour désaffecter l'hôpital, en louant à des particuliers les diverses habitations et leurs jardins. Le logis principal était à usage de cabaret. Toutefois <( le locataire avait la charge de loger les pèlerins de S^-Jacques qui passeraient par Arras et de leur fournir, sur un billet du majeur régnant^ la çipupe, le pain, fromage et bierre dont la quantité était réglée » . C'est vraisemblablement comme compensation à cette charité devenue purement théorique, qu'on avait cru devoir hospitaliser quelques pauvres dans l'établissement 1.
Cet état anormal de la Confrérie durait depuis le commencement du siècle, lorsqu'il fit l'objet d'une enquête de l'intendant le 18 janvier 1770. La Ville cherchant alors des terrains à bâtir avait jeté les yeux sur cet emplacement : elle manquait d^écoles gratuites et le magistrat se préoccupait d'en établir. L'évêque et l'abbé de S'-Vaast avaient grandement à cœur la réalisation de ce projet. Par acte passé le 2 juin 1777, a ils s'engagèrent à contribuer aux dépenses pour 12.000 livres chacun, la municipalité prenant à sa charge 24.000 livres ; quant au terrain, on disposait par anticipation de celui de S'-Jacques. Dès le 5 juin 1778, le clergé s'entendit à ce sujet avec les frères de la Doctrine chrétienne, auxquels les plans et devis du logement et des classes à construire avaient d'abord été soumis 2,
Le marché conclu, il ne restait plus qu'à s'emparer légalement de l'hôtel des confrères, en obtenant la suppression de leur confrérie. Elle fut prononcée par ordonnance royale de septembre 1779 '\ en même temps que celle des
1 Le P. Ignace nous dit que cette hospitalisation était conforme « à l'esprit de la fondation »», puisque << la grande salle en la maison de cet hôpital appartenoit anciennement, avec le jardin, aux pauvres qui y avaient leur logement ». Cette explication procède de l'étrange erreurcommise par le laborieux capucin, lorsqu'il a placé « près la paroisse de S"-Croix » l'origine de l'hôpital S'-Jacques-en-S^-Aubert. Cest cet hôpital, et non la confrérie de S»-Jacques, qui donnait asile aux pauvres ; il les confond. — Ms. 1037, t. II, p. 339 et ms. 1039, t. III. p. 468.
2 L'abbé Proyart, lac. cit., dit que « M. de Gonzié, évêque d'Arras, fit l'acquisition de l'hôpital S'-Jacques dans le but d'y placer les frères de la Doctrine chrétienne, et dépensa des sommes considérables pour l'approprier à cette destination ». La vérité est que l'hôpital n'ayant pas été vendu n'a pu être acheté par M. de Gonzié. et qu'ensuite l'évèché contribua seulement pour un quart aux frais d'appropriation des nouvelles écoles, acte assurément fort louable, mais qui n'exclut pas le mérite de ses non moins généreux collaborateurs. — Les Rues d'Arras, t. II, p. 362 et Ij'Epigraphie du Pas-de-Calais, t. I, p. 100, reproduisent l'erreur de l'abbé Proyart.
3 E. Lecesne, Hist, d'Arras, t. II, p. 661, en donne un extrait, qu'il emprunte à VInventaire chronol. des Chartes de la Ville d'Arras, Doc. GGCGXXII, note.
arbalétriers, autre institution surannée, sans aucune utilité publique •. L'évêque de son côté, par lettre du 3 août 1781, mettait l'interdit sur la chapelle et en autorisait la démolition 2. La municipalité prit aussitôt des mesures pour le déménagement du mobilier. L'échevin Alexandre-Joseph Lecointe, avocat, chargé d'en dresser l'inventaire, y procéda les 8 et 4 septembre ; mais sa mort ayant interrompu l'opération, elle ne fut reprise que plus tard et terminée seulement en 1784.
Malgré tout, la confrérie résistait ; ses derniers mayeurs, Huleux, Pamart, Menu, Morelle, Guilliote protestèrent énergiquement dès le début contre cette spoliation d'une propriété privée que les confrères avaient, disaient-ils, {( acquise de leurs propres deniers et d'une cotisation de tous les associés, sans aucvm secours étranger ». Ce fut en vain^ on passa outre à leur opposition. Ils se pourvurent alors devant le Conseil d'Etat.
Entre temps, on apprenait que les deux cloches de la chapelle avaient disparu. Qu'étaient-elles devenues ? L'enquête policière le découvrit sans peine : elles avaient été achetées par un sieur CoUin, fils du « bondisseur » de la cloche Joyeuse du beffroi, lequel les avait revendues à Villotte, fondeur de cloches; l'une d'elles se trouvait actuellement dans le clocher d'Hendecourtlès-Ransart. Ce n'est pas tout : une gouttière en plomb, pesant près de dixneuf cents livres, avait été brocantée de la même manière. On avait même, paraît-il, vendu un des quatre jardins de l'hôpital.
Tandis que la justice, saisie de l'affaire, poursuivait ses recherches, le Conseil d'Etat, par arrêt du 27 septembre 1783, tranchait le litige soumis à sa décision : les mayeurs étaient déboutés et l'expropriation de la confrérie définitivement consommée. Bientôt on va voir son antique chapelle et son hôpital démolis faire place aux constructions nouvelles destinées aux écoles et au logement des Frères ; mais elles seront à peine achevées que la Révolution,
1 Les arbalétriers avaient, en 1361. leur jardin hors des murs, entre la Poterne, le Pont-de- Pierre et le Crinchon, dans un terrain que leur avait concédé Tabbaye cette même année. Peu de temps après le siège de 1414, ils rentrèrent leurs « berseaux » à l'abri du rempart dans le quartier de Iléronval, au bout de la rue de Pavie (S^'-Marg-uerite) Vers 1550, le jardin de cette confrérie fut transféré entre les rues de S^-Maurice et de la Queuterie (Delquenterie, là où devait être construite au dix-septième siècle la caserne de ce quartier, qui l'engloba. — Noir le plan de Desailly, n" 118.
2 Inventaire c/ironol. des Chartes de la \'ille d'Arras, DOG.CCCCXXII.
appliquant à son tour les suppressions et expropriations aux promoteurs de l'entreprise, vengera inconsciemment la ruine de la confrérie.
Son histoire finit là; cependant il n'est pas sans intérêt de savoir ce que devint, ainsi transformé, l'hôtel qui en perpétue le nom et le souvenir. On a dit et répété qu'il avait été vendu nationalement K A quel propos Taurait-on compris dans les biens d'église ? L'hypothèse repose uniquement sur sa prétendue acquisition par l'évêque, M. de Gonzié. C'est une double erreur : le seul immeuble de S'-Jacques qui tombât sous le coup de la loi était le presbytère de la chapellenie perpétuelle fondée par Adam Esturjon ; il fut adjugé, en effet, le 26 août 1791, pour la somme de 1700 livres, à Adrien Mathon, propriétaire de la maison contiguë 2.
La « maison de la chapelle de S'-Jacques », comme on l'a déjà dit, faisait le coin de la rue actuelle des Augustines (n« 36) sur la rue du Croissant. Le bénéficier qui la posséda en dernier lieu était « M* Honoré Mereurin, prêtre, maître-ès-arts gradué en TUniversité de Paris, prieur de Saint-Mayme, recteur de la chapelle de S*-Jacques d'Arras et demeurant à Avignon ». Titulaire du bénéfice dès 1712. il en jouissait encore en 1771 ^. Pour le desservir, il se substituait un chapelain qui avait son logement, non pas au presbytère, mais dans l'hôtel même, en face de la chapelle à gauche en entrant 4. Le P. Ignace voit dans ce logement une dépendance du bénéfice ; d'après les comptes du dix-huitième siècle, il semble au contraire que l'occupeur les tenait à bail de la confrérie.
1 L'abbc Proyart, A. d'Héricourt et Godin, G. Le Gentil, loc. cit.
2 Archives départ., Ventes nationales, Arras, n° 192 *.
3 Archives conim., /îe^rts^re aux bâtiments 1698-1722, fol. 128; 1722-1753, 25 juin J751 ; 1753- 1773, fol. 155, 15 avril 1768; Liasse des requêtes originales : 15 mars 1771.
4 « Tous les dimanches et fêtes, on dit une messe basse dans cette chapelle. Le prêtre y fait, le dimanche, Teau bénite et la bénédiction d'un pain, qui est offert et donné volontairement par un des assistans ; ou, à leur défaut, la confrérie S*-Jacques y supplée. Les pèlerins le présentent le jour S^-Jacques, 25 juillet ». — « Il y a une messe fondée tous les mardis et jeudis de l'année et plusieurs obits. On y fait office double le 25 juillet et le lendemain pour les fêtes de S«-Jacques et de S^-Christophe. Il y a salut et bénédiction du Saint-Sacrement les jours nataux, fêtes de la sainte Vierge et tous les dimanches. On y fait le catéchisme pour les enfans de la paroisse Sainte-Croix ». — << La chapelle de l'hôpital S^-Jacques fut consacrée en l'honneur de cet apôtre le 25 avril. On en fait ce jour là, ou le premier jour suivant non empêché, la dédicace. De plus il y a office solemnel dans la même chapelle le 28* jour de décembre, qui est la Translation de saint Jacques, le dimanche de la Passion, le 1*' mai et le dernier jour du mois de février: quand l'année est bissextile, il y a un obit solemnel ». — P. Ignace, ms. 1034, t. VIII. p. 281 : ms. 1039, t. III, p. 468 et t. V, p. 318.
Quant à l'hôtel, rordonnance royale de 1779 rafVectaiit aux écoles publiques de la Ville en faisait une propriété communale, ce (ju'il demeura. Aussi voiton, le premier mai 1791, le Conseil général de le commune d'Arras, désireux de donner du travail à la population ouvrière, en concéder la jouissance gratuite pour neuf ans à Louis-François Durot, à charge d'y établir, suivant sa requête, une filature de coton et un tissage de basins et garas ^ Arras possède un curieux souvenir de sa fabrication : c'est un grand mouchoir de coton blanc, à large encadrement de fleurs imprimées en couleur, où se lit dans une guirlande de feuillage : Dédié aux corps administratifs par L. Durot -- Arras Van de la liberté m.d.cc.xcii 2.
Quelques années après, le 5 juin 1795 (17 prairial an III), le même industriel, dont le titre d'occupation était assez précaire, résolut d'acheter l'immeuble et fit des offres à la municipalité. Furent-elles acceptées alors, ou le marché n'eut-il lieu que plus tard, on l'ignore; toujours est-il qu'il fut conclu, car, le 18 thermidor an XIII (6 août 1804), Durot revendait l'hôtel à Jean-Baptiste Dufour, fabricant de lîl à dentelles.
A partir de là, on suit régulièrement les mutations de cette propriété et ses diverses transformations industrielles et commerciales. Après Jean-Baptiste Dufour viennent successivement Louis Dufour, 12 septembre 1814 : Alexis Hallette et consorts, 23 janvier 1823 ; De Pan de Wisques, 7 août 1827 ; Dehée-Cayet, 24 février 1838 ; François Dehée, 1*' mai 1860, Hallette y avait établi un moulin à blé, transformé depuis en moulin à huile. La famille Dehée. Sens possède toujours l'hôtel et le moulin de S'-Jacques 3.
Les transmissions ci-dessus ont pour point de départ la vente de 1494, titre initial que notre documentation ne peut omettre. Son étendue ne permettant pas de la reproduire ici textuellement, nous en donnons la substance, en supprimant les formules et quelques détails de moindre intérêt :
1 Archives départ., iL^' Départem'. Manufactures.
2 Vitrine de la salle des séances de la Commission.
3 Ces renseignements sur Durot, sa manufacture et les mutations de propriété qui ont suivi, sont dus aux recherches de notre dévoué collègue M. Lavoine, dont le concours aussi actif que désintéressé rend, sous toutes les formes, les plus grands services aux travaux de la Commission départementale et à ses publications. Si j'ai pu, malgré la distance, rester en contact permanent avec le Musée et les Archives pour la rédaction de cette notice, c'est grâce à son obligeance inlassable, et je ne saurais assez lui en témoigner toute ma gratitude.
« Sachent tous que pardevant Pierre Le Maistre et Nicolas Carv^ auditeurs du Hoi nostre sire, au nom d'icelui seigneur mis et establis par monseigneur le bailli d'Amiens ad ce oyr, comparut en personne noble seigneur monseigneur Martin de Rely dit le Bon, chevalier, seigneur dudit lieu de Kely et de Goyencourt, et a recognut que, pour son prouffit apparent et moyennant le prix et somme de huit cens livres, [il avoit et a vendu à] Henry Lallart, à présent mayeur de ladite confrérie Dieu et monseigneur saint Jacques en la ville d'Arras, sire Jehan Lefebvre, chapelain, et Jehan Petit, confrères de ladite confrérie, pour ce comparans en leurs personnes,
et eulx faisans forts en ceste partie de tous les aultres confrères d'icelle confrérie ,
tout un manoir amazé de maison manable, salle, chambres, chapelle, cimentière, jardins, lieu, pourprins et tenemens, ainsi que tout le lieu se comporte et extend, nommé Tostel Saint-Jacques, situé et assis en ladite ville d'Arras, assez près de Téglise paroissiale de Sainte-Croix, en allant par la ruelle que Ton nomme la ruelle du
Guignet-au-Bure, qui est assez près de la grande porte et entrée dicelle église
En laquelle vendition ne sont comprins deux manoirs et hiretaiges tenans ensemble, estant au bout des jardins d'icelui pourprins i, qui appartiennent audit seigneur, lesquels par ladite vendition il a réservé et retenu à lui pour en joyr héritablement. Et si a pareillement retenu, pour en joyr durant sa vie seulement^ les deux oratoires tenans à la chapelle dudit lieu et pourprins. Tune desquelles est en haut et Fautre bas; esquelles oratoires il pourra aler, converser, séjourner et soy tenir toutes fois que bon lui semblera, ensemble ses gens et biens, lesquels il pourra laisser en garde à telles personnes qu'il lui plaira pour la seureté desdits biens. Lequel chevalier a promis et sera tenu de bailler auxdits mayeur et confrères une clef servant à ladite oratoire de bas pour aler en ladite église Saint-Jacques et ladite cimentière. Et est cette vendition faite sans aucunement préjudicier ne bailler seigneurie auxdits mayeur et confrères touchant les fondations des messes de ladite chapelle, ne pareillement les choses sacrées
et les appartenances et dépendances d'icelles en aucune manière Et pour tout
ce que dessus est dit passer et recognoistre pardevant iceulx mayeur et eschevins de ladite ville d'Arras etc.. icelui chevalier auroit et a fait, nommé, constitué et establi ses procureurs généraux et certains messages espéciaux de Simon Garbonnel, Pierre
Paien, Baudrain Muette, Jacques Marchant et Pierre Lallart Ce fut fait, passé et
recongnut à Amiens le dixième jour d'avril Fan mil quatre cent quatre vingt et quatorze après Pasques. » — (Arch. Gomm., S^ Jacques. Copie moderne).
1 Ces deux manoirs au bout des jardins, en face de la porte sur la ruelle, m'ont paru correspondre aux n"^ 10 et 11 du plan '^Voir pi. V). Le Mémoire pour MM. Briois les suppose à l'autre bout de la cour, près de la chapelle : Tiniprécision des textes ne permet jiuère de trancher la question. Toujours est-il qu'ils avaient fait retour à la Confrérie, puisqu'elle en payait la rente foncière ; mais on ne sait ni quand elle les acquit, ni si ce fut à titre onéreux ou gracieux.