Ibid., p.2o3 et ss
l'auteur du journal parisien. 329
Et si disoit-on qu'il n'en estoit pas content, et si estoit homme ancien et très pou piteux à quelque personne, s'il ne recepvoit argent ou aucun don qui le vaulsist; et, pour vray, on disoit qu'il avoit plus de cinquante procès au Parlement , car de lui n'avoit-on rien sans procès.
Item, il, ou ses très desloyaulx complices, trouvèrent une pratique bien estrange, car ils alloient parmy Paris, et quant ils veoient huys fermez, ils demandoient aux voisins d'entour : « Pourquoy sont ces huys fermez ? — Ha ! sire, respondoient-ils, les gens en sont trespasscz. — Et n'ont ils nuls hoirs qui y fussent demeurez? — Hc! sire, ils demourent ailleurs. » Et tant faisoient qu'ils, par leurs décevantes paroles, scavoient où ils ce dcmouroient ; et tantost les faisoient citer pour rendre compte de leurs testaments. Et se, par aucune adventure pour longtemps, posez qu'ils eussent bien accompli leurs testaments, et qu'ils le prouvassent bien, si ne peussent-ils chevir, s'il tantost ne apportassent leurs testaments, et y eut dix ou douze ans ; et s'ils l'apportassent, si bien coustoit-il argent par leur subtille cautelle. »
A la lecture de ces lignes outrageantes pour la mémoire de Denis du Moulin, il n'est personne qui ne reconnaisse dans l'auteur du Journal un ennemi personnel de l'évêque de Paris et très-probablement l'un de ses adversaires en cour de Parlement. Nous terminerons donc cette note, déjà longue, en disant que Tattribution du Journal parisien à Jean Beaurigout peut se défendre à l'aide de sérieux arguments, en attendant que des recherches ultérieures dans les archives du xv* siècle nous révèlent quelque autre particularité sur ce curé de Téglise Saint-Nicolasdes-Champs.
Auguste LONGNON.
l'Église de saint-jacques-l'hopital.
Le quartier des arts à Paris, au commencement du xiV^ siècle, était à la porte Saint-Denys, qui se trouvait alors un peu audessus de la rue Mauconseil et s'appelait la Porte aux Peintres. Le nom est caractéristique, et il fut tellement tenace qu'un espace vide attenant à la porte, après avoir été appelé durant plusieurs siècles « cul-de-sac de la Porte aux Peintres, » existe encore aujourd'hui sous le nom plus harmonieux d'à Impasse des Peintres ^ » C'était vers cet endroit, formant alors l'extrémité de la grand'rue ou rue Saint-Denys qu'étaient les boutiques brillantes des peintres et des imagiers, les statues coloriées et dorées, les ornements d'église en pierre ou en bois richement façonnés; là aussi étaient suspendues quelques-unes de ces enseignes, qui, rares encore au XIII* siècle, commençaient à devenir fort à la mode. Ce quartier de luxe fut celui que choisirent les pèlerins pour y fonder leur établissement.
Ils se fixèrent à l'angle des rues Saint-Denys et Mauconseil en projetant de s'emparer peu à peu de tout le pâté de maisons qui s'étendait et s'étend encore d'une part jusqu'à la rue du Cygne et de Tautre jusqu'à la rue Merderet ou Verdelet. Les premières acquisitions de terrain eurent lieu en iSiy ^. Dans l'intervalle du i^'' août au 25 novembre iSig, ils achetèrent la maison de l'angle avec les quatre suivantes sur la rue Saint-Denys et les six ou sept attenantes sur la rue Mauconseil. Depuis la porte Saint-Denys jusqu'aux halles, il y avait en 1292 un peu moins d'une centaine de maisons de contribuables, sur lesquelles sept seulement sont désignées alors comme appartenant à des artistes :cinq sculpteurs, un peintre et deux architectes 3; mais en iSig, sur cette première
1. A droite en montant la rue Saint-Denys, trois ou quatre mètres avant la rue de Turbigo.
2. « Environ l'an mil ii)"^ xvij fut la première emocion des pèlerins pour la fundacion de l'hospital. L'acquisition du pourpris dud. hospital et chapelle, depuis l'hostel d'Ardoize jusques au coing de Mauconseil rue de Saint- Denis, et depuis le dit coing de Mauconseil jusques à la maison de Laurens Prévost, ce fut au dit an 1 317. » (Tiré d'un cartulaire du xvi" siècle, compris sous la cote i58.)
3. Guillaume de Meulent ymagier, Jean Maalot ymagier, Jean le peintre,
douzaine d'immeubles seulement, dont les pèlerins de Saint- Jacques venaient de faire l'acquisition, quatre sculpteurs figuraient comme propriétaires : Robert de Lannoy à qui avait appartenu la maison d'angle, mais qui ne Toccupait plus; Martin Malot qui lui avait succédé; Robert de Heudincourt ou Hedicourt ^ et Guillaume de Noriche2. Les confrères purent compléter, au cours des années suivantes, leurs acquisitions sur la rue Saint-Denys en achetant la maison de la Coquille et la notable maison des Trois Pucelles ou des Trois Filles Damp Symon; puis, en retour sur la rue du Cygne, divers autres immeubles dont le principal était une vaste propriété qu'on nommait la Maison d'Ardoise.
Voici la substance de quelques-uns des actes qui relatent ces transactions ou qui font connaître celles qui s'ensuivirent plus ou moins longterrips après. On y rencontre des noms et des détails qu'il n'est pas inutile de conserver.
— Par devant deux notaires, au nom de Henri de Taperel, garde de la prévoté de Paris, « Martins Maaiot, ymagier, et Mabille sa famé demourans a Paris, affermèrent en bonne vérité que de leur propre conquest il avoient, tenoient et paisieblement possidoient trois mesons entretenans dont les deus sont assises en la grant rue S. Denys
Robert l'ymagier, Gilebert Tymagier, Evrart d'Orléans ymagier, Estienne le maçon, Jehan Tousac. (Paris sous Philippe le Bel, contenant le rôle de la taille imposée sur les habitants de Paris en 1292, publié par H. Geraud; Paris, in-4'', iS'ij.)
1. Un autre sculpteur du même nom, probablement son père, occupait déjà cette maison en i3o8 comme on le voit par la pièce suivante :
« Par devant ijous Adam Séquence, maire de Therouenne de Paris, fu présente en jugement Eudeline l'Esperonnière, famé feu Robert Bardouville l'Esperonnier, etcongnut, et confessa li, avoir vendu à Pierre de Montpellier, orfèvre et bourgeois de Paris, et à Marie sa famé et à leur hoirs trente et un souspar.de cens ou de rente, céans sur la moitié de la maison Guillaume de Heudicourt ymagier, si comme elle se comporte, et sur toutes ses appartenances, assize a Paris en la grant rue, tenant d'une part à la maison Roumain le Balencier et par derircs a Berthaut l'Eschequetier en la censive de Therouenne dessus dite, pour le pris de noucf livres et diz sous par. de fort monnoie, des quiex 3i s. dessusd. se dessesi en nostre main et nos requist la dite venderesse que nous en sesissions les diz acheteurs ; et nous à la requeste de lad. partie les en avon sesiz, sauf le droit à chascun, et nous tenons à poié des ventes. Ce fu fet l'an de grâce mil ccc et huit le vendredi feste S. Luc cvangelistre. » (Cote i83.) — Le maire du fief de Thérouanne quelques années avant (lagS) était Jehan Arrode (même cote).