‹ La confrérie des pèlerins de Saint-JacquesChapitre 16 sur 35 · I. Voici la pièce, qui mérite d'être rapportée · texte numérisé non relu

I. Voici la pièce, qui mérite d'être rapportée

Par devant le prevost de Paris, en jugement, est produit l'acte suivant : « Charles, duc de Bretagne, en nostre court, à Jugon, personnellement establie noble dame Marguerite d'Avaugor, dame de Noion, femme de noble homme et puissant mons. Hervé de Léon chevalier, sire de Noion, recognut et confessa que le dit mons. Hervé son mari estoit absent hors du royaume de France, détenu prisonnier par les Anglois anemis du roy, et pour ce ne povoit bonnement requerre ne avoir auctoriléde son dit mari a faire les choses ci en après escriptes; pour quoi, elle voulant parvenir à la nécessité de bonne délivrance de son dit seigneur et mari et pour l'évident besoing et prouffil d'icelui a establi . . . ses procureurs generaulx et especiaulx ses amez, mons. Philippe de la Roche sire de Vaulx, mons. Riou de Rosmadonc et mons. Jehan de Léon sire de Montagu, chevaliers; mons. Daniel le Neir et mons. Alain l'Escaf, prestres; Hervé Raymond et Jehan Lemoine, et

chascun d'euls pour le tout especialement pour obligier la dite dame

ses biens, ses hoirs, par foy, par serement et par peines et par toutes les meilleures obligacions que l'on saura deviser » . . (23 mars i343). — Sur quoi, par devant le prevost de Paris, « les quiex procureurs affermèrent en vérité que pour la délivrance de la personne du dit mons. Hervieu de Léon qui, si comme ils disoient, estoit prisonnier du roy d'Angleterre en la ville de Londres, il avoient exposé et mis en vente entre les autres choses un hostel si comme il se comporte, qui est appelé la Meson d'Ardoise, lequel hostel o toutes ses appartenances led. mons. Hervé tenoit et pousséoit comme son propre héritage avecques touz les droiz, entrées, issues, court, jardin et la grandie, assis à Paris en la grant rue S. Denis et aboutissant à la rue au Cygne, tenant d'une part tout au lonc à l'ospital de S. Jacques aux Pèlerins, de Paris, et d'autre part devers la grant rue à la meson que l'en dit aus Trois Filles Dan Symon, et par devers la rue au Cygne la meson sur la porte, derrières tenant à la meson Jehan Beaupignié et d'autre a la meson Hébert d'Ivry. Lt est le dit hostel par devers la grant rue en la censive et seignorie du roy N. S., et par devers la rue au Cygne en la terre

La confrérie avait été mise en possession, dès la fin de Tannée i3i8, des terrains où elle voulait bâtir. Elle s'appliqua immédiatement à l'ouvrage. Grâce aux comptes qu'elle a soigneusement tenus des recettes et des dépenses qu'elle faisait et qui se sont heureusement conservés dans un état presque complet (que nous avons décrit ci-dessus, t. I, p. 227), un architecte pourrait presque refaire pierre par pierre toute la construction des bâtiments de Saint-Jacques.

Voici par exemple les termes d'un marché rapporté dans le compte qui fut rendu au siège du 27 juillet 1327 :

« Item, marché fait en tasche à Jehan de Soissons, tailleur de pierre, et à Jehan Dalibert, maçon, c'est assavoir que il doivent faire ij piliers, fonder et lever au haut des ars, et faire ij ars et demi sus les diz pilers, et doivent entabler les diz ars à la suite de ceus qui sont en l'ospital, et faire ij pignons à movoir de dessus les fondemens qui sont faiz, et abatre la maçonnerie qui est dessus les fondemens ; et doivent faire un bon portail et fenestres es diz pignons, tant comme l'en en y voudra faire ; et doivent faire en haut, au dessus des tirans, ij timbres pour geter clarté ou dit hospital, et es ij pignons faire ij demi piliers pour respondre contre les ars, et es pignons ij contrepillers dehors pour contreforter les pignons autiex comme ceux de dehors, et empâter les pignons: et au dessus des pignons cspizou croiz, elles deux pilers estreez à parfaire au haut des autres. Et doivent avoir de tout ce iiij xx livres. » — Item les diz Jehan de Soissons et Jehan Dalibert on eu de la dite besongne, oultre le pris dessus dit parce que il a esté regardé par mestres de leur mestier que il avoient fait la besongne de meilleur manière et plus de besongne que il n'avoient fait marchié, xxxvj livres. »

Mais nous nous contenterons de tirer de nos comptes quelques

et censive que l'en dit de Jooigny, laquele est à présent Jehan de Pacy, bourgeois de Paris; chargié tout le dit hostel ... en 20 1. 2 s. p. tant de fons de terre comme de crois de cens ou rente chascun an, deues aus censiers ci après devisez . . (au curé de l'église de S. Père des Arsiz 4 1. p.; à l'église de S. Magloire 48 s. p.; aus frères de la Trinité 8 s. p.; à sire Pierre des Essars 40 s. p.; aus hoirs de maistre Pierre le Breton 2 5 s. p.; à Garnier Marcel 23 s. p.; etc.) et les maistres et gouverneurs et aulcuns confrères dud. hosp. S. Jacques, pour ce que le dit hostel ou meson d'Ardoise leur cstoit moult convenable pour le dit hospital, s'estoient trait par devers euls et leur en avoient offert bon et raisonnable pris, montant à la somme de six cent vingt livres parisis », lequel prix a été payé « en deniers d'or à l'escu pour treize soulz quatre deniers parisis la pièce »... Le 22 avril 1344 (Cote 178).

renseignements plus sommaires sur la construction de l'église de S. Jacques.

La grande fcte religieuse de l'association se célébrait le 25 juillet, Jour de la fête du patron, saint Jacques le Majeur, et le premier dimanche qui suivait était consacré au siège, c'est-àdire à l'assemblée annuelle dans laquelle on élisait les maîtres et gouverneurs de l'année suivante. Les choses se passèrent ainsi pendant plusieurs siècles avec une régularité parfaite. On remarque seulement que les premiers qui gouvernèrent la Compagnie furent au nombre de trois ' et qu'ils restèrent en charge jusqu^à ce que les travaux importants dont ils avaient la direction et qu^ils avaient commencés fussent arrivés à leur terme. Cette raison de nécessité les maintint dans leur charge depuis les premiers pas de la confrérie, organisée en i3i8, jusqu'au mois d'août 1324. Ces trois bourgeois, assez riches et assez zélés pour avoir accepté cette tâche et pour être sortis de charge après avoir avancé de leurs deniers à la confrérie une somme de près de 900 livres, se nommaient Nicolas le Loquetier, Guillaume Piz-d'Oe et Philippe de Cormeilles. Le second porte un nom illustre dans la vieille bourgeoisie parisienne, les deux autres sont ces vénérables marchands dont j'ai donné ci-dessus 2 les testaments, datés de 1327 et 1329. Nicolas le Loquetier s'était particulièrement distingué en faisant le voyage d'Avignon, dans le but de solliciter les bulles pontificales dont la confrérie avait besoin et en refusant de rien porter en compte pour les frais de voyage de son ambassade, sous prétexte que sa dévotion personnelle l'avait porté à faire le pèlerinage de Fabbaye de Saint-Gilles près Nîmes, en sorte qu'il s'était trouvé pour son intérêt privé dans le voisinage d'Avignon^.

1. Ce qui vient de ce qu'avant l'organisation de la confrérie accordée par le roi en i3i4, les confrères pèlerins de Paris formaient trois groupes qui collectaient séparément : le premier, pour les habitants de la Cité, à l'église Saint-Severin, le deuxième à Saint-Jacqucs-la-Boucherie et le troisième à Saint-Eustache; chaque groupe avait à sa tête deux doyens. C'est ce que montre le commencement de chaque rouleau des comptes qui consigne d'abord la recette des trois doyennés. (Voy. cote 2248.) — Les trois doyennés subsistèrent et même s'augmentèrent, dès l'an i329, d'un quatrième doyenné, celui des forains, mais ils relevaient tous des deux maîtres et gouverneurs élus chaque année.

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