LE BANQUET ANNUEL DE LA CONFRERIE
Cest un vaste espace qu'occupaient les bâtiments de Saint- Jacques-L'Hôpital-aux-Pèlerins. On peut s'en rendre un compte exact encore aujourd'hui. Sur la rue Saint-Denys, la grande artère de l'ancien Paris, ils avaient remplacé une série de huit à neuf maisons, qui s'étendaient depuis la rue du Cygne jusqu'à la rue Mauconseil et maintenant sont remplacées à leur tour par les trois maisons qui portent les n"'* 127, 129 et i3i. Cette dernière, construite pour le grand magasin de nouveautés qui a pour enseigne « Aux Statues de Saint-Jacques », forme l'angle où finissait autrefois la rue Mauconseil, mais qui a été récemment détréci pour l'élargissement de la rue aux Ours et le percement de la rue de Turbigo. Le long de la rue Mauconseil les bâtiments de Saint- Jacques s'étendaient jusqu'à la rue du Verdelet; mais sur le côté opposé parallèlement, c'est-à-dire sur la rue du Cygne, ils s'arrêtaient à la rue de Mondétour. Cette ligne est aujourd'hui composée des n°' 2 à 1 6 de la rue du Cygne. Les confrères étaient donc propriétaires du quadrilatère irrégulier dont les quatre côtés étaient, il y a peu d'années, les l'ues Saint-Denys, du Cygne, de Mondestour et Mauconseil, et qui est à présent circonscrit par les trois premières, puis par la rue nouvelle de Turbigo et la rue aux Ours prolongée. Pendant la Révolution, le cloître des chanoines et chapelains de la maison, situé derrière l'église, devint un passage public par lequel on allait de la rue Mauconseil^ à la rue du Cygne, et dans les dernières années du premier empire, ce passage fut converti en rue : la rue « de l'hôpital Saint-Jacques ». Enfin du milieu de cette dernière on perça ensuite une voie conduisant en ligne verticale sur la rue de Mondestour; c'est la « rue des Pèlerins^ ».
1. La porte sur la rue Mauconseil avait été ouverte en 1348 : « Pour troiz journées de ij charpentiers qui ouvrèrent en la couverture du logeys et l'acourcerent d'une travée pour faire l'entrée de la porte de Mauconseil, xiv s. vj d. feb.; item pour couvrir le logeys selon lad. travée et y mettre vj toises de goutieres neuves et j milier de clos à late, Ixx s. » (1348).
2. Voici, d'après le compte de l'année 1498-1499 (cote 2412), comment
362 LA CONFUKRrE DE SAINÏ-JACQUKS AUX PÈLERINS.
L'on comprend aisément que l'étendue considérable d'immeubles ainsi réunie entre les mains de la confrérie contînt, outre l'église, l'hôpital, le cloitre et les logements de tout le personnel, des terrains non bâtis. Il s'y trouvait certainement un cimetière et une très-longue treille '. On y trouvait aussi, à ce qu'il paraît, l'emplacement convenable pour la célébration d'un immense banquet.
Chaque année, à la fin du mois de juillet ou au commencement d'août, c'est-à-dire le premier dimanche après la fête de saint Jacques le Majeur (marquée dans le calendrier au 25 juillet), à rissue du service religieux du matin, la confrérie s'avançait en corps par la rue Saint-Denys, chacun ayant sur les épaules le
étaient disposés tous les immeubles de la confrérie, venant s'appuyer sur les trois bâtiments principaux : l'église, l'hôpital et le «comptouer» ou logis de la confrérie, tous trois très-distincts sur le plan de Gomboust. A eux se joignaient, sur la rue Mauconseil, 17 maisons savoir: « i° La première maison joignant et ensuyvant le trésor d'icelle église et sur l'uys de la quelle est paint pour enseigne les trois coquilles; 2° la deuxième maison ensuyvant sur l'uys de la quelle est pour enseigne la malette; 3° la fleur de lys; 4° les deux poissons; 5" maison dont partie est sous la porte de Mauconseil; 6° composée de deux chambres au dessus de la porte et allée du cloître à la rue de Mauconseil; 7° sur l'uys de la quelle est paint le scriptouoire; 8° l'estoille; 9° la roze; 10° le croissant; 11" la caige; 12° huit escussons ; i3*la pomme rouge; 14° l'ymaige S. Jaques; i5° les deuxespées; 16° le bourdon et la coquille; 17° maison sans enseigne, estant au bout des salles du dit cloistre, ayant court, jardin et issue en la rue de Mauconseil.» — A l'opposé: « I» la maison contiguë a l'hospital, vaste maison a quatre pignons servant à la faite du siège et le surplus du temps au logis du clerc de l'hospital ; 2" maison située 'en face, du ti'ésor et ayant issue sur la rue du Cygne; 3° maison de la cuysine de la confrairie, avec jardin et issue sur la rue au Cygne; 4° maison située en partie sur l'entrée du cimetière, en face la porte sur la rue Mauconseil, ayant un jardin et sortie sur la rue au Cygne. »
I. « Pour la treille du cimetière taillier... » (Compte de i327). — « Pour tailler et faire la treille du cimentiere, iij s. » (i328). — « Pour soier l'erbe du cimetière, etc. » (1340). — « Pour quatre journées que Robin le charpentier mist à faire et drecier le merrien des treilles vjij s. » (1348). — « Pour les noiz et le vertjus du cimetière vendus, 5 s. » (j33i). — « A un maçon qui a levé le mur du cimetière tout au lonc et y fu vingt quatre jours à v s. par jour. » (i36i). — « Pour la vente du verjus du cymitiere vendu à Regnault de Vandosme comme au plus offrant, 1 s. » (1392). — « Deux journées et demie de deux jardiniers qui ont relié les dites treilles, xxiiij s.» (1398). — « Pour la vente de la tige d'un viel amendier qui estoit au cimetière vendu a ung huillier, iv s. » (1460).
mantelet de pèlerin garni de coquilles, à la main un cierge également « coquille « et sur la tête une couronne ou chapeau de fleurs. Elle parcourait ainsi une partie de la ville, en formant une procession dont le principal ornement consistait en une grande statue, peinte et dorée, du saint patron qu'on posait sur une civière dont les quatre bras étaient portés par quatre privilégiés de ce jour qubn nommait les « bastonniers. » Ce rôle appartenait aux confrères les plus zélés et surtout les plus riches, qui payaient l'honneur qu'on leur faisait en ce jour par quelque somptueuse offrande. La procession revenait à son église pour y entendre les vêpres; puis les confrères se constituaient en assemblée pour entendre le rapport des deux gouverneurs sortant de charge et la lecture ou du moins le résumé de leurs comptes ^ Ensuite elle élisait les deux gouverneurs de l'année nouvelle et la journée se terminait par un festin qui durait jusqu^à la nuit.
L'abondance de ces comptes annuels dont j'ai déjà parlé (t. I, p. 227) et le minutieux détail où les comptables étaient obligés d'entrer vont me permettre d'offrir un tableau à peu près complet de cette fête gastronomique dontrimportance dépasse de beaucoup, n'en déplaise au lecteur, celle de nos banquets modernes. Ce n'est pas que les mets fussent très-nombreux ni très-recherchés; mais c'est le nombre de gens mis en mouvement pour cette affaire qui peut étonner. Au temps de la grande ferveur de la confrérie, vers le milieu du xiv*^ siècle, ce banquet peut réunir, durant bien des années, huit à douze cents convives assis à la même table. En 1340, le repas fut de douze cent soixante et treize couverts^.
On sV prenait longtemps d'avance pour subvenir aux frais. La confrérie, comme il a été dit plus haut, s'était partagé le territoire de la capitale au moyen de ses quatre doyennés de Saint-Séverin, de Saint-Eustache, de Saint-Jacques-la-Boucherie et des Forains. Dès le jour de la mi-carême, puis à Pâques, puis aux approches du 2 5 juillet, les doyens parcouraient les rues de Paris pour faire la quête en faveur du banquet. Chacun d'eux, muni d'une boîte ou
1. Plus tard, au xv* siècle, les comptes se rendaient le lendemain au plus tard en présence du petit nombre des membres les plus zéle's.
2. Il avait été, en 1327, de quinze cent trente-six personnes auxquelles on avait servi huit bœufs et trente-deux porcs. Mais la ferveur diminua graduellement au point qu'à la fin du xv° siècle il était descendu au chiffre de 1 10 à 400.
bourse réglementaire ^ et flanqué, d'un côté, par un crieur^ qui fiiisait Tannonce après avoir agité sa sonnette^, de Pautre par un clerc qui prenait le nom des souscripteurs, se livrait à l'exploration de son district. Il y employait ordinairement trois ou quatre Jours. Il ne présentait pas seulement sa bourse aux confrères, mais tendait un peu la main ù tout le monde'*. Les pèlerins qui se proposaient de prendre place au banquet payaient deux sous, somme équivalente, on Ta montré plus haut, à douze francs d'aujourd'hui; les (?/2^ra«f5 ou non-pèlerins payaient le double; les dons en pure aumône, faits par de non-confrères, étaient naturellement à la volonté des bienfaiteurs; enfin il y avait les nonpèlerinés, qui étaient, à ce qu'il semble, des gens achetant ainsi le droit d'entrer dans la salle du banquet, sans porter la pèlerine
1. Pour quérir les aumosnes et ledit siège, pourdespens desdoiens, pour le clerc et le crieur, xlij s. ; à Jehan le Fosseur, crieur, du restant que l'en li devoit de l'an xxij, 9 s. 2 d. ; pour une boiste à porter par la ville pour la queste, iiij s. vj d. (i323). — Pour les despens du clerc et des crieurs et des doians des quatre déannez alanz quérir les aumosnes et le siège, x 1. x s. viij d. (1329). — Pour les despens de cinq personnes par ij jours en querant les aumosnes et les boistes de la miquaresme l'an cccxxix et pour les journées du clerc et du crieur, xvj s.
2. Un crieur en costume de réclame : « Pour avoir fait taindre en noir ung drap de lin pour doubler le corset que le crieur porte parmi la ville à quérir la confrairie mons. S. Jaques ij s. ivd.; pour cinq onces et demie de frenges de soye à frengier le dit corset, xxxiij s.; au Chamblier pour sa paine d'avoir redoublé le dit corset et frengé, viij s. » (1455). — « A Baudichon Pitou, tapissier, xx escuz d'or pour avoir faict de neuf un corset ou robe de tappisserie pour servira crier parmy la ville la dite confrairie mons. S. Jaques, auquel corset sont devant et derrière l'ymaige de Dieu et de mons. S. Jaques avec deux prians, xxij 1. ij s. A Jehan Ferrebourc, mercier, pour ix onces et un quart d'once de franges de soye pour mettre tout autour du dit corset et mcnches d'icellui, Ixxiv s.; a Barsuraube, tappissier, pour avoir doublé led. corset et assiz lesd. franges sur icellui, xij s.; la toille dont led. corset a esté doublé a esté prinse, ou trésor de lad. église, de draps linges que on avoit fait taindre; pour ce néant. » (1472). — « Pour ung bourdon et coquille de brodure au bonnet du crieur, iv s. 6 d. » (i486). — Au crieur pour un bonnet d'escarlate brodé, viij s. » (1490). — « A Guill. Parent, l'un des gouverneurs, pour une verge noire de coste de baleine qu'il a donnée pour servir au crieur de la confrarie, sur la quelle les maistres ont fait plusieurs coquilles et bourdons d'argent, Ixviij s. p. » (1499).
3. « ... Pour une sonnette achetée de Jehannot le crieur, viij s. iiij d. »
4. « ... Pour aumosnes de ceus (du doyenné de S. Severin) qui n'ont pas siz a table, iv 1. xviij s.; ... de ceuG du doyenné de S. Eustache, viij 1. iv s. vj d., etc. » (1334). — Et ainsi des autres, chaque année.
coquillée, principal insigne des disciples de saint Jacques, et de voir la fête sans s'asseoir à la table. Ceux-là payaient seulement six deniers ^ Ces convives incomplets, simples curieux ou prochains néophytes, étaient peu nombreux : on les voit au nombre de 12 1 pour un banquet de 834 personnes (en 1327), de 184 pour 1043 personnes (1342), de 162 pour 900 personnes (i343).
Le revenu de ces diverses souscriptions était donc fort variable, de même que les dépenses du repas pouvaient être plus ou moins élevées suivant les circonstances du moment. Ainsi l'on voit en i338 les doyens rapporter à la bourse commune quarante-sept livres et en 1 339 dix-neuf livres de bénéfice, tandis qu'en 1342 l'on est obligé de faire une collecte extraordinaire pour subvenir aux frais du banquet de l'année précédente^. Le souscripteur recevait comme quittance un méreau qui était de plomb s'il avait payé le droit de siéger à la table des repas; autrement il n'avait qu'une rondelle de bois peint ^.
1. Tout cela du moins semble ressortir de cette partie des comptes. En voici un échantillon emprunté à l'année i337-i338 :
« C'est le compte des déans et du siège.
« Recepte. Premièrement pour la déanné de S. Sevrin depuis le siège de l'an xxxvij jusqu'au siège de l'an xxxviij. Premièrement pour ix vingt et xiij personnes séans a table, xix 1. vj s.; item, pour les aumosnes de xij xx et iiij personnes, xij 1. iiij s.; item, pour les entrées et aumosnes de xij [nouveaux] pèlerins, xxxvj s. ; item, pour les aumosnes de xxxix non pèlerines, xix s. vj deniers.
(I Déanné de S. Jaque-la-Boucherie, pour 280 personnes séans à table, 28 1.; pour les aumosnes de 3o8 personnes, i5 1. 8 s. ; pour les entrées et aumosnes de 10 pèlerins, 40 s.; pour les entrées et aumosnes de 4 non pèlerines, 8 s.; pour les aumosnes de 21 non pèlerines, 10 s. 6 d.; de Michiel de Sainte- Suzanne pour les mantelets, 4 1. 5 sous.
« Déanné de S. Huistace... Pour le siège de 238 personnes, 23 1. i6s.; pour les aumosnes de 341 personnes, 17 1. 12 d.; pour les entrées et aumosnes de 18 pèlerins, 72 s.; pour les aumosnes de 61 non pèlerines, 3o s. 6 d.
«Déanné de ceus de hors... Pour le siège de i23 personnes, 12 1. 6 s.; pour les entrées et aumosnes de 18 pèlerins; pour 4 non pèlerines entrans, 8 s.; pour les aumosnes de i83 personnes, 9 1 3 s.; pour les aumosnes de onze non pèlerines, 5 s. 6 deniers.
« Receu du déan de Saint-Denis, 75 sous »
2. « Recepte de dons faiz pour allegier les frez du siège »; article comprenant les noms de 52 confrères ou co-sœurs ayant donné de cinq à quarantecinq sous chacun, montant en somme à 26 1. 4 s. 6 d. (1342).
3. La rondelle était ou peinte sur le bois ou peinte sur un parchemin qui enveloppait le bois et était collé dessus. Cette sorte de méreaux se distribuait aussi aux pèlerins qui suivaient les funérailles de leurs confrères
Huit jours avant le dimanche marqué d'avance pour la fête, on commençait les préparatifs. Les confrères appartenant aux différents corps de métier dont on allait avoir besoin, charpentiers en tête, se réunissaient à l'auberge aux frais de la confrérie^ et prenaient leurs dispositions pour établir la Loge. C'était un hangar en charpente couvert de tuiles qubn élevait sur les terrains de rhôpital pour abriter le banquet-. Et comme le nombre des convives obligeait souvent à prolonger la table au-delà du hangar, on suspendait au-dessus de leurs têtes un grossier velarium fait avec des toiles^. De plus, ce simple appentis en bois de charpente ne devant pas otirir de lui-même un aspect suffisamment agréable, on ïencourtinait, c'est-à-dire qu'on le garnissait d'une tenture en étoffe qui en faisait le tour'* ; on y tendait aussi des tapis-
défunts. — « Pour meriaas de plonc pour la table, xviij s. iij d.; ... pour demi conl de meriaus de fust, pour parchemin et coller et escrire, xxxij d. » (i32o). — « Item, par Guillaume Capete et Gautier son compaignon [doiensde S. EustacheJ, pour ledit siège pour quérir les aumosnes et les boistes [troncs] par quatre personnes par deux jours, xvj s. x d. ; pour tailler, coller et pour le parchemin de quoi l'on fist ij cens de meriaus, v s.; pour une douzaine de bourses a porter les meriaus aus corps, iiij s. vj d.; pour tailler ij cens et demi de meriaus et pour le parchemin de quoi ils furent fais, vj s. ; pour XV cens meriaus de plonc pour la table, xvj s. » (iSii); — « item, pour uns molles à meriaus touz neus et pour ij cens de meriaus pour les prestres, iv s. » (i347).
1. « Pour les despens des vj doians, de ceus de cuisine, de bouteillerie, d'eschançonnerie et pour le doian de S. Denis la semaine du siège, Iv s. vj d. » (1327). — «Pour despens la semaine du siège pour touz les compagnons, Ixx s. » (i33o). Etc.
2. « Pour le siège de l'an xx, à Simon Godart pour faire la loge, xij 1. ; à Michiel Cabin pour sa taache de couvrir et later six travées de la loge où le siège siet, Ivj s.; item, pour asseoir les goutières de ladite loge, vs. » (i32o). — « Baillié à Robin pour six jours celle (Iij") semaine pour eschaufauder et deseschaufauder, x s.; pour un valet qui lui aida cinq jours, v s. ; a Rogier le recouvreur pour essanle [scindulas] et journées d'ouvriers pour couvrir la haie où le disner est le jour du siège, xxxiv s. » (i326).
3. « Pour le louage des bennes qu'on dit pour le soleil, xvj s.; pour fil, corde et une perche sur quoy on tcndi les dites bennes, xxviij s. » (1372). — « Pour le louage des bennes qu'on tendit au bout de la salle, xx s. » (i375). Etc.
4. « Pour l'encourtinement des loges du siège par Phil. de Cormeilles, xxxvj s. (i32G); pour fil et aguilles à coutre les courtines, ij s. vj d. (i3iy); pour les despens de ceus qui parèrent le logeys la veille du siège et pour ceus qui aporterent les paremens et les reportèrent, iv s. iv d. (1341); pour cinq vallés qui housserent le logeys la veille du siège et pour portages de
séries qu'on empruntait pour mieux parer la salle'. La décoration s'étendait hors de Téglise dans ce qu^on appelait le logis, c'est-àdire le comptouer ou bureau, le cloître et jusque dans le dortoir de riiôpital-. On prenait soin en même temps de faire une grande toilette générale de propreté et sous le hangar, et dans les cours avoisinantes et par toute la maison ^.
Les lieux ainsi bien préparés, on louait d'abord pour le banquet des tables et des chaises ou du moins des formes, c'est-à-dire des bancs ou escabeaux. Il en fallait une quantité très-considérable, puisque le prix de cette simple location s'élevait généralement à la somme de douze livres ^. On louait aussi toute la vaisselle et la verrerie nécessaires pour les convives ainsi que les cuviers ou
tapis empruntés et remuer merrien et pierres, xj s. ; pour plusieurs cents de clos, croches et chevilles pour tendre les paremens à la S. Jaques et au siège et mis en autres besongnes, ix s. ix d. » (1347).
1 . La loge devint probablement un édifice permanent. La confrérie en tirait un revenu en le louant à d'autres Sociétés. Ainsi on a dans le compte de l'an 1345 : « Dons pour sièges de confraries. Pour le siège de la confrarie de Boulongue, xl s. ; pour le siège de la confrarie aus iij Roys, xxiv s. ; pour le siège de la confrarie de S. Julian aus jongleurs, xvj s.; somme iv 1. p. » Plus tard d'autres confréries surviennent, par exemple celles de Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer, de Notre-Dame de Liesse, des Billettes (1428); etc.
2. « Pour cinq vallès qui housserent le logeys la veille du siège et pour portages de tapis empruntés et remuer merrien et pierres, xj s.; pour pluseurs cens de clos, croches et chevilles pour tendre les paremens à la S. Jaques et au siège » (1348). — «A ung fourreur pour avoir refait xx couvertures fourrées dont on fait parement aux festes sollennelles sur les Hz du dit hospital, xvj sous » (143 1).
3. « Premièrement à Regnaudon de Laon pour sa taache de vuidier et aporter hors de la court, derrière, toutes les pierres grans et petites et tout le .merrien viez et neuf, et aonnir les terres et mettre chascune maison apparent, Ix s. » (i32i). — « Pour netoier les loges et le moutier et tout ij s. » (1327). — «Pour iiij vallès qui chargèrent les tumberiaus et widerent et nestoyerent la salle, chascun par iiij jours, xij d. par jour : xvj s. » (1329). — « Pour iiij penniers achetez pour porter les nestaûres, v d. » {1340).
4. « A Pierre le Mestre et à Raoul de Cormeilles pour livrer les tables et les fourmes, porter et reporter à ses cous, xij 1. » (i32i). — « Baillié à Raoul de Cormeilles pour le louier des tables et des fourmes, xij 1. » (1327). — Plus tard la confrérie prit le parti d'acheter ces fournitures et d'en exploiter ellemême la location : « Pour le louage de tables, tresteaux et formes, tant pour la feste des docteurs comme à nopces et aussi à plusieurs marchans de lars qui vendent le jeudi absolut au parvis Nostre-Dame, Ixij s. » (1436 et années suiv.) — « Pour le louage etc.. tant a S. Laurent, au parvis Nostre- Dame comme a pluseurs nopces et festes, où ilz ont esté portées et louées pour toute l'année, Ivij s. viij d. » (1454).
autres gros ustensiles requis pour le service de la cuisine * à laquelle il fallait construire en maçonnerie des fourneaux suffisants-. Toutes ces fournitures étaient demandées ù des entrepreneurs qui les faisaient à forfait.
Les tables jointes bout à bout, on les couvrait de belles nappes que l'on cousait ensemble^, on ajoutait à chaque couvert une aube ou serviette ^ et l'on jonchait le sol de paille et d'herbages ^'. Enfin un certain nombre de dressoirs étaient élevés autour de la salle, tant pour l'orner que pour faciliter le service *•. La grandeur des préparatifs qu'il y avait à faire pour ce dîner exigeait que tout fût disposé et, vraisemblablement, le couvert mis dès la veille; aussi des gens de confiance passaient la nuit ou les nuits qui précédaient la fête en sentinelle dans la maison et principalement aux abords de la Loge '.
En même temps que la salle à manger s'organisait, de vastes préparatifs animaient la cuisine. Déjà elle avait ses fourneaux construits, ses chaudières pendues ^, elle avait ses cuves, ses pots, ses ustensiles, sans compter le chapitre de la bouteillerie; elle
1. « Pour louage de vesseaus de cuisine à Thiebaut, pour dédiiez de poz et d'escuelles et d'autres choses, iiij 1.; pour portage, ij d, » (iSig). Pour louage de poz, d'escuelles, de voirres, de vessiaus de cuisine et pour les detïautes'de toutes ces choses |la casse], vij 1.; item pour louage de cuves, V sous (i32i). — « Pour louier des cuves à saller la char, xiiij s. » (iSay).
2. « Pour piastre pour atachier les chaudières et autres choses, viij s.; pour piastre à faire les fourniaus, iij s. » (iSaô).
3. « Pour entraire et appareiller viij pièces de nappes, v s.; pour laver toutes nappes après le siège, xij s. ; pour porter la huche aux nappes et les nappes à l'ostel, xij d. (i32i). — Pour les nappes entraire et atfaiter pour le siège, xvj s. ; pour la huche ou les dictes nappes sont porter et raporter pour ledict siège, ij d. (i322). Etc. »
4. « Pour laver les aubes et nappes de la table du siège, xvij s. vjd.(i32o). — Pour laver napes et touailles avant le siège et après, xviij s. (1327), etc. »
5. « Pour herbe le jour du siège, xxx s. (1327). — xij s. x d. pour xvj fés d'erbe vert, du siège de i335, etc. »
G. «Pour ij vallcs qui tirent les dreçoirs, iiij s, (i32i); pour viij trestiausdu drecouers; pour façon et chevilles de fer, ix s. iiij d. » (i326).
7. « Pain et vin pour ceux qui veillèrent le vendredi devant le siège, v den.; autres despens pour Guillart de Brie, Raoul de Veele et leurs compaignons la veille du siège, xv d. » (i32o). Cette dépense se répète, comme la plupart des autres, à chaque compte. « Pour despens de ceus qui veillicrcnt la nuit du siège et gardèrent les paremens, et pour chandelle qu'il ardirent, XX s. iv d. (i375). Etc. »