I. Voy. t. I, p. igS (note 3) et
3g6 LA CONFRÉRIE DE SAINT-JACQUES AUX PÈLERINS.
a Pour fucrrc quant la royne Jchannc fu aportée à l'ospital, v s.; pour vin que l'on donna à boivre à sa gent, iij s. ij d.; pour la quittance des ce liv. que nous eusmes du roy, xviij d. . . . pour un tumberiau pour oster la boe quand la royne fu aportée à Paris, vj s. . . . des trésoriers nostre sire le roy pour don qu'il donna à l'hospital, ce livres flebes. »
Ce compte s'applique, il est vrai, à l'année écoulée de juillet i328 à juillet 1329, et l'accouchement était du i""" avril i328; mais tout ce qu'on peut en conclure est que ces menues dépenses n'avaient pas été payées immédiatement; car la suite du compte, en parlant, à propos de la reine, de gésine et d'une « chambre de la gésine » qu'on transporte d'une partie de l'hôpital dans une autre, ne laisse pas de doute, — s'il pouvait s'en élever sur ce point, — que la reine avait été « apportée » à Saint-Jacques pour y faire ses couches.
La grande et tragique histoire d'Etienne Marcel s'éclaire aussi à la lumière des archives de la confrérie. Tous les historiens de France racontent avec émotion les actes de ce riche et vaillant bourgeois de Paris, rêvant d'unir et de coaliser contre la noblesse et la royauté toutes les communes françaises, maître absolu de la capitale pendant deux ans, de i356 à i358, puis succombant sous le poids d'une entreprise que le plus grand nombre des bourgeois d'alors ne pouvait comprendre, et, bientôt acculé aux dernières extrémités, se livrant lui et les Parisiens à un compétiteur du roi légitime, à Charles le Mauvais, par un obscur complot dans lequel il trouve la mort, massacré par ceux mêmes qui avaient été ses partisans. Les principaux auteurs du meurtre de Marcel sont Jean Maillart, Pépin des Essarts et Jean de Charny, et deux jours après la fin tragique du prévôt, un échevin , son complice, a la tête tranchée sur l'échafaud : c'est Charles Toussac. Tous ces noms figurent à chaque rôle dans les comptes de Saint-Jacques, En effet, Marcel, comme un grand nombre d'autres personnes de sa famille et de son nom, en était un membre zélé. Nous avons eu l'occasion de le noter une fois, en l'année r338 (t. I, p. 212), comme assistant à la séance de l'élection des gouverneurs, mais il est nommé souvent dans les procès-verbaux de ces assemblées; il y était assidu et il fut notamment un de ceux qui reçurent et ouïrent les redditions de comptes qui eurent lieu le dimanche 18 décembre i356 et le dimanche 5 novembre 1357. Son alliance avec ce funeste Charles, roi de
Navarre et comte d'Evreux, à qui ses contemporains ont infligé le nom de Mauvais que l'histoire lui a gardé, paraît une alliance injustifiable ; mais on ignore que la confrérie était inféodée par une reconnaissance fraîche encore à la fille de Louis X, Jeanne, comtesse d'Evreux et mère de Charles. On s'est demandé par quelle imprudence Marcel avait offert d'introduire l'ennemi par les deux portes de Saint-Denys et de Saint-Antoine dont il n'avait pas la surveillance immédiate; c'est qu'il pouvait se croire assuré, tout au moins, de la porte Saint-Denys, puisque les bâtiments de Saint-Jacques en étaient distants de vingt pas et que, dans la salle du banquet, l'on pouvait cacher et disposer une petite armée. Or, c'est dans la nuit du 3i juillet au i^'août que l'illustre prévôt des marchands fut tué, c'est-à-dire précisément pendant la semaine du siège; et nos comptes portent le témoignage d'un grand trouble qu'éprouva la confrérie dans ce moment, car le siège n'eut pas lieu cette année-là. Je ne fais ici qu'ouvrir un aperçu; il vaudrait la peine qu'on fît une étude spéciale des ressources que peuvent offrir les archives de Saint-Jacques pour ajouter à nos connaissances sur l'histoire de Paris au temps d'Etienne Marcel.
Conclusion.
Ma conclusion sera d'inviter les érudits parisiens à scruter plus et mieux que moi, qui n'ai fait que les effleurer, ce qui leur reste des belles archives de l'administration de l'assistance publique, et de remercier d'abord l'ancien Directeur, feu M. Husson, grâce à la bienveillance duquel j'ai pu les étudier jadis (de i858 à 1864), puis leur archiviste actuel, M. Brièle, mon très-digne confrère de l'École des chartes, qui aura toujours droit à notre reconnaissance pour avoir su préserver des funestes incendies de 1871, sinon son dépôt tout entier, au moins les parties qui en étaient la fleur et en particulier le fonds tout entier des Pèlerins de Saint-Jacques.
Henri Bordier.